LETTRE I
Sur U cours tout etUier de VOHIO.
An conflaent d« l'Ohlo et du Miiiiirippi, 1er. Avril 1833.
J’ai fait encore une bien longue et bien belle promenade. Comtesse, depuis ma dernière de Pittsburg. Que n’ai-je le pinceau de Claude ou la plume de Delille, pour pouvoir en tracer le tableau enchanteur; que ne suis-je inspiré par la sagacité d’Anacharsis ou par la sagesse de Mentor, pour savoir distinguer et apprécier ce que le pays, que je viens de parcourir, offre d’in> téressant, ce qu’il promet de flatteur aux géné* rations présentes et futures, au Nouveau et à l’Ancien Monde !
Veuillez agréer ce que peut vous apprendre un homme, dont Tâme s’absente souvent pour retourner là. où l’amour de la Patrie et des Pénates le ramène sans cesse, où l’admiration de la vertu la plus rare, les consolations de la plus noble amitié, l’ont si longtems et si doucement occupé,et dont les yeux ne voudraient s’arrêter, que sur ce qui est le plus difficile à décrire, sur, ce qui sympatise avec ses affections.
Pittsbur^, avant la guerre de l’Indépendance, n’était qu'un petit fort, eous le nom de Quêsne, lorsque ces déserts appartenaient aux Français, et sous celui de Pitt, lorsque les Anglais s’en emparèrent, sous le ministère de cet homme, que Mr. Nicoll, on de ses collaborateurs dans le parlement, a mieux peint, qu'une fausse renommée. Cefort était.dansce teros là, un des boulevards qui défendaient les frontières occidenlalea des colonies européennes. ’
Les Sauvages, ou Aborigènes, habitaient encore toutes ces vastes logions, qui constituent maintenant les Etats de l’Ohio, de l’Indiana, de l’Illinois, du Mississippi, du Kentucky, du Tennessee, d’Alabama. et une grande partie de ceux de la Louisiane, de la Georgie,du Mississippi, de New- York, de la Pennsylvanie, et de la Virginie.
Aujourd’hui c’est une ville qui contient environ 12,000 baUtans. C’est une merveille de voir avec quelle facilité l’espèce humaine s’y multiplie ;■ il semble que la mort et les médecins lYy aient, qu’un faible empire.
Il est difficile de trouver une situation, si enfoncée - dans les terres et ai éloignée de la mer, qui soît en même tems aussi favorable, que ceMeoi,^poor le commerce intérieur et extérieur.
^ rittsbui^ appartient à PEtat de Pennsylvanie, et CTt situé au pied du revers' occidental des montagnes Alléghany ou Apalacbes, qui do nada jusqu’au golfe du Mexique, du N. N. E. au S. S. O. partagent les E.-Unis en orientaux et en obeidentstox. C’est là précisément, où les rivières AMéghkny'>t l^nongabela se réunissent, et renonçant à leu^ -noms respectifs, baptisent, pbup eineî .dire, leur confluent de leurs eaux, et preunent celui d’Ohio, qui, en langue aigonquine;‘oe aborigènè. si^ifie Belle Rivière. La ptemière, qui descend du côté do Nord, ofifire une navigation sûre jusque Presqu’île, où, au raor yen d’un portage très court, on communique
Digitiz^byC'
avec le lac Erié. La seconde porte aussi de grands bateaux dans un cours d'environ 200 railles, jusqu'à peu de distance de ses sources, vers le S. E., dans les Apalaches.
Pittsburg fleurit déjà par une quantité de manufactures, qui toutes sont en grande activité, et mues par la vapeur. Le mécanisme de celles de doux est si puissant, que, la montre à la main, j'en ai vu faire, à l'aide d’un seul homme, près de 300 dans une minute ; et celui de la fonderie de fer, réduit, peut être, en moins de tems, ce métal de l'état de sa première nature à celui d’une barre très polie, et d’une dimension quelconque. Dans les pays, où bientôt l’on va renouveller aussi le mouvement du soleil, et arrêter, comme autrefois, la Terre, les inventeurs de ces machines passeraient pour des sorciers, et auraient à craindre d’encourir le même sort, qui affligea si cruellement notre célèbre Galilée. Pittsburg est le petit Birmingham des Etats-Unis.
Cette ville reçoit les marchandises de la mer Atlantique par la voie de New- York, de Philadelphie, de Baltimore, et les envoie dans les parties occidentales par l’Ohio, le Muskingum, le Kentucky, le Tennessee, le Cumberland, le Mississippi, le Missouri, l’Illinois, &c. , et dans les pays situés sur le golfe du Mexique, par le canal de la Nouvelle-Orléans, qui est à peu de distance des embouchures du Mississippi ; elle reçoit réciproquement les productions de toutes les contrées baignées par ces grandes rivières, ainsi que celles des Indes Occidentales.
Les bateaux à vapeur,ou autres, qui les transportent, croisent en tous sens toutes ces vastes contrées du Nouveau Monde. Dans les premiers on trouve toutes les commodités possibles, assez de propreté, des déjeuners et des diners qui, s’ils ne sont pas très délicats, sont très abondans ; des soupers, que le thé rend moins lourds; des lits, auxquels le bruit de l’eau et des machines prê-
tent une vertu soporifique, qu’ils n’auraient pas ailleurs; on y trouve enfin une nombreuse compagnie presque toujours assaisonnée de quelque orijnoal.
Ce fut sur un de ces s(eam-&oats, que je m’embarquai, dans la matinée do 15 Mars ; et ce ne fut qu’à quelque distance de Pittsburg,que je m’aperçus. que le temps était serein, le ciel brillant des rayons de l’ancienne idole de ces contrées ; car la fumée du charbon de terre, le seul encens que ces nouveaux peuples, tous manufacturiers et hérétiques, offrent à leurs divinités. l’Avarice et l’Industrie, dérobe toujours aux yeux des mortels et l’astre du jour et ceux de la nuit. Sans ce brouillard épais, la perspective, au point où ces deux grandes rivières se rencontrent, environnée de collines, entrecoupée de valions, et perçant i dans des lointains romantiques, aurait été beaucoup plus pittoresque et plus surprenante.
La vue des deux ponts, au moyen desquels la ville communique avec les bords opposés des deux rivières, à laquelle le voile du brouillard . prêtait tous les charmes de l’optique, présentait un tableau ravissant.
Ces deux ponts, tous en bois, basés sur des piliers en pierre, sont deux chef-d’œuvres en ce genre.
Une charpente,entrelacée admirablement, supporte, d’une manière magique, les arches plates, qui, soutenues par le seul’ effet de la pression, et nullement cintrées, atteignent cependant à des portées considérables. Ces deux édifices sont deux beaux monumens des progrès de la mécanique chez les Américains. Il parait qu’ils s’entendent mieux à bâtir des ponts, que des Parthenons et des Capitoles.
Chacun de ceS ponts a deux trottoirs latéraux, où les piétons ne peuvent être aucunement incommodés par la rencontre des cavaliers et des voitures, dont deux issues séparées fixent l’ea-
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trée et la sortie. On est dans ces trottoirs, comme dans des galeries spacieuses, à l’abri du vent et de la pluie. Ceux de la Moiiongahela ont environ trois quarts de mille de long; ceux de l’Allégany sont à peu près d’un demi mille. Ils sont éclairés, à distance égale, par des fenêtres fermées à glace. Les jalousies,qui les ornent, leur donnent un nouveau dégré de . beauté, lorsque le soleil élève la vapeur deseaux jusqu’à la hauteur des piliers, et en fait, pour ainsi dire, des palais âottans.
Ces deux structures appartiennent à une compagnie de spéculateurs, à qui, je crois, le péage, quoique fort, ne pourra jamais rendre une compefisation équivalente aux sommes, que ces ouvrages doivent leur avoir coûté. Car les nombreux débouchés, que tant de rivières navigables offrent au commerce et aux voyageurs, ainsi que le mauvais état des routes dans presque tous les Etats-Unis, sont de grands obstacles aux intérêts et aux profits des entrepreneurs de ponts.
Vous seriez étonnée,Comtesse,de trouver, dans un pays, où tout semble faire des progrès très rapides vers la civilisation, des chemins qui retracent ' encore l’idée de contrées sauvages. Mais, je crois, qu’ils seront toujours les mêmes, tant que cette ferme de gouvernement existera ; car cette Grande Union est toujours désunie, lorsqu’il s’agit de statuer sur une chose, qui, comme les grandes routes, est plus utile à un Etat qu’à un autre, ou ne l’est pas également à tous. Il n’y aurait que le cas, où cette chose pourrait en même tems intéresser les trois Etats de Virginie, de Pennsylvanie, et de New-York; car par le nombre de leurs députés au Congrès fédéral, ils emporteraient eux seuls la majorité sur les vingt-un autres. .Ordinairement ils ne s’accordent guères qu’en un seul point, qui est la grande jalousie,avec laquelle ils se surveillent tous récip^uement.
iSi oel esprit de jalousie pouvait se conserver toujours dans les bornes de la modération, il se* rait peut être le salut de la République. Mais comme les Etats de l’Ouest manifestent en toute occasion une vive opposition d’intérêts contre ceux de l’Est, et que les Fédéralistes, ou Aristocrates, sont souvent aux prises avec les Populaires, ou Démocrates, cette rivalité pourrait' se changer en haine, et devenir fatale à l’Union, et favorable à l’ennemi commun, qui ne les perd pas de vue un instant, et qui ne cesse de faire agir des ressorts puissans parmi les chefs et les coryphées de ces différens partis. Pour les Anglais, tous les partis sont bons, pourvu qu’ils servent à semer la discorde et l’anarchie, sur lesquelles ils basent principalement leur existence politique, et auxquelles leur machiavélisme condamne le monde entier.
Presqu’aussitôt passé ce grand confluent, une
K tite île charmante parait devant nous, et, par ssemblage d’une quantité d’arbres élevés et touffus, semble offrir un bouquet d’hommage à la majesté du nouveau fleuve, qu’elles viennent de former, j ^
A huit milles de là une autre île qU’on appelle Lonff-hland, à cause de son étendue, le partage au milieu. Parsemée de maisonnettes et de chaumières, elle offrait on paysage enchanteur, et la fumée, qui perçait à travers les bosquets, la nuançait de traits très tbuchans. ‘o » i>- Il serait trop long, et au-desSus des efforts de ma plume, de vous peindre, de vous exprimer toutes les impressions, que les difièrens aspects de cette superbe rivière font sur.l’ame do spectateur, et des détails sur les espaces immenses, qu’elle parcourt, fatigueraient peut être votre imagination, que je ne veux point rassasier. Je me bornerai donc à vous tracer, en esquisse, les principaux endroits qu’elle baigne, les rivières les plus considérables qui y aboutissent, et je'
lierai ensuite succintement une revue générale de toute la vallée, qu’elle embellit de son cours, pour vous en offrir ce qui sera le plus digue de votre attention.
Comme généralement l’Ohio, depuis Pittsburg jusqu’à son embouchure, coule à peu près de l’E. N. E. à l’O. S. O., pour éviter la confusion et l’ambiguité, nonobstant ses fréquentes déviations du rumb général, nous appellerons, lorsqu’il sera utile de l’indiquer, la rive, qui est sur la droite, la rive septentrionale, et méridionale, celle qui est sur la gauche.
Le vaste Etat de Pennsylvame s’étend sur ces deux bords jusqu’à 41 milles au Sud à Grape- Island, et continue jusqu’à 44 au Nord à Littk Beaver Creek, qui le sépare de l’Etat de l’Ohio.
Nous arrivâmes sur le soir à Weeling, sur le bord méridional, comme par enchantement.
Quoiqu’à 9i miles de Pittsburg, je ne m’étais pas apetçu d’avoir parcouru une si longue distance ; tant mes yeux et mon imagination étaient occupés et ravis par les charmes, que cette rivière vous présente.
Weeling est la grande rivale de Pittsburg, comme la Virginie, à laquelle elle appartient, l’est de la Pennsylvanie. Sa situation la favorise beaucoup ; presque tous les habitans de l’Ouest, qui se rendent dans les Etats de l’Est, y viennent pretKire la diligence, qui arrive et repart régulièrement trois fois par semaine pour Washington,, le Maryland, la Virginie, *la Pennsylvanie, &c. Mais elle est bien loin d’avoir tous les avantages de la ville de Pittsburg, où le commerce croise sur tous les points, et où l’abondance du charbon de terre &cilite Fentreprise des manufactures. ’ ,
Marietta, 84 milles plus bas que Weeling, sur le bord septentrional, ne date pas de loin ; néanmoins, elle est le chef-lieu du comté de Washington, dans l’Etat de l’Ohio. Cette place
ne comptait que peu de familles en 1800; main- ' tenant elle brille de beaux édifices publics et privés. Une Académie y encourage l’instruction, > et une bibliothèque assez bien choisie, invite ses habitans à la lecture. Une imprimerie n’y est jamais oisive ; car, dans les Etats-Unis, les pa-
{ >iers publics occupent les petits villages, comme , es grandes villes, la chaumière, comme le palais. Une église presbytérienne, quoique vaste, , ne suffit plus à contenir toute cette population, qui déjà monte à près de 2000 âmes, et qui augmente prodigiensement toutes les années avec la ville. Sa situation est des plus belles, des plus riantes, et le Muskingum, qui se jette dans l’Obio, lui offre les avantages d’une longue navigation dans les terres ; on peut, au moyen d’un petit portage, procéder jusqu’à la rivière Cuyaboga, qui descend dans le lac Erié.
t*a situation de Belpré, sur le ipême bord et dans le même comté, est tr^ agréablement dViccord avec son nom. Il lui fut donné par des Français, qui, après avoir coibbattu pour l’Indépendance américaine, s’établirent dans cet endroit, pour jouir aussi en paix des fruits de leur valeur. Quand on pense, que les F rançais ont tant fait pour la liberté des autres ; qu’ils ont immolé leur bon -roi au vain fantôme de la leur, et que maintenant ils forgent des fers à l’Espagne et au Portugal, et peut être à eux-^ mêmes, avec la même alacrité, qu’ils offraient des victimes au térrorisme des Sans-Culottes, on est frappé de mille sentimens opposés et cho^ qoans. .
L’île de Blamerbasset arrête l’intérêt du voya^ geur, et par sa longueur, qui est de trois milles, ' et par sa beauté qui enchante, et par le souvenir qu’elle rappelle de la catastrophe malheureuse qui loi donna ce nom. : h
Un gentilhomme Irlandais, fuyant les horreurs dont la ■ révolution ensanglantait sa- patrie en
1801. se réfugia en Amérique, et vint, s’étalflir dans celte île, avec toute sa tamille. Riche, et amateur du beau, il et» fit uii Tivoli, un Paphos. En décembre 1810, un terrible incendie ensevelit sa fille unique sous les ruines du beau palais, qu’il y avait bâti. Il abandonna,, aussitôt après ce séjour de douleur; et cette île* tie rappèle maintenant sa splendeur, que par le nom de l’infortunée, qui y périt: et touty périt après elle. Ciel ! combien on sent ce que ce père malheureux a dû éprouver à cette perte cruelle ! Ayant ensuite trempé dans utie conspiration, tendant à renverser la Grande-Union, il fut obligé de quitter aussi l’Amérique.
Le Gréai Ketthawa est la première grande ririère, qui afflue dans l’Ohio, du côté du Sud. Elle descend des Apalaches occidentales, dans la Caroline septentrionale, et est navigable à une grande distance de son embouchure.
Gallipolis, fondée aussi par des Français, fuyant aux approches des premières terreurs de la révolution, également dans l’Etat de l’Ohio, est aujourd’hui chef lieu d’un Comté, quoique cette ville existât seulement dans le livre des déstinées, en 1 780 ; mais ce qu’il y a vraiment d’étonnant, c’est Burlington, qui, à l’âge seulement de cinq ans, est chef-lieu du Comté de Lawrence, et siège d’une cour de justice.
La petite rivière Sandy n’est remarquable, que par les limites, qu’elle fixe entre l’Etat de la Virginie, et celui de Kentucky, sur le bord méridional, à environ 300 milles de Pittsburg.
Portsmouth, sur le bord du Nord, dans l’Etat de l’Ohio, est située au confluent du Scioto. rivière considérable et navigable, jusque dans l’intérieur de l’Etat.
Maysville, ou Limestone, sur le bord sud. est une ville des plus florissantes de l’Etat de Kentucky. Je me promenais dans ses environs, et la Nature, me présentant à chaque pas des perspec-
peut avoir contribué, parmi un peuple nouvellement républicain, à la rendre si promptement florissante. Elle compte déjà environ 12,000 âmes de population, pour la plus grande partie émigrés de la Nouvelle Angleterre. Elle est à 450 milles de Pittsburg.
La rivière Miami, qui descend du Nord, sépare l’Etat de l’Ohio de celui de l’Indiana. Elle entre loin dans lès terres, et communique avec d’autres, qui étendent considérablement la navigation dans l’intérieur des deux Etats. Elle est à 470 milles de Pittsburg, et à peu près à la moitié du cours de l’Ohio.
Je ne puis m’empêcher. Comtesse, de vous arrêter un instant aussi au petit village de Risin^-Sun, (Soleil levant,) situé sur une petite hauteur; il brille, vraiment, comme lui, et les sites pittoresques, qui l’environnent, justifient parfaitement son nom. IL est dans l’Etat de i’Indiana, sur le bord sept^trional.
Et Vevay, Comtesse! Ce nom, qui rappèle la Nouvelle Héloïse, où le Grand Citoyen de Genève, en peignant les fiiiblesses de l’humanité, fiiit connaître de combien la Vertu leur est supérieure; où il montre, que l’amour peut être aussi pur et irréprochable, qu’énergique etélevé; où l’homme montre des caractères extraordinaires, et en même tems très naturels; où Julie est te modèle à la fois des épouses, des amies, et des mères. Cette petite ville, quoique dans le sein de l’Amérique, est habitée par des Suisses, comme celle du pays de Vaud. Ils y prospèrent dans l’agriculture. Elle est sur le bord septentrional, et dans PEtat d’india, à 514 milles de Pittsburg. Ces Suisses cultivent aussi la vigne. Ils sont les seuls qoi aient, jusqu'à présent, obtenu quelque sucxès dans ce genre de culture.
Nous arrivons. Comtesse, à un des plus grands ^ibutaires de l’Ohio. C’est la rivière Keotuoky,
qui, descendant, au Sud, d’une branche des Âpalaches, forme une espèce de Chersoimèse, vers l’Ouest, et sépare l’Etat du Keiituck}', au ÎJord, de celui d’Aiabama, au Sud. Cette chaîne s’àppèle les montagnes de Cumberland. La rivière Kentucky traverse l’Etat, auquel elle a donné son nom, et se jette dans l’OIiio, à environ 525 milles de Piltsburg, entre Port-Williams, Bursa droite, et Prestonville, sur sa gauche. Cette rivière offre, tous les jours, à ces deux petites villes naissantes, de nouveaux avantages, ainsi qii'au pays de l’intérieur, par la facilité, que sa navigation leur prête, d'échanger le surplus de leurs productions contre les marchandises étrangères, qui leur sont nécessaires.
A 580 milles de Pittsburg, on arrive à ce qu’on appèle TheFaUs. on les Cascades de l’Ohio. • Il est de mon système de ne m’informer nullement d’avance des^rands spectacles, ou de l’art, ou de la natur^ pour ménager à ma curiosité, une surprise, ou plus agréable, ou plus forte, afin que mes yeux et mon jugement ne reçoivent point l’influence d’impressions étrangères. Mais cette fois-ci. Comtesse, n»on attente, excitée à l’idée d’un si gros volume d’eau en CcMra«/e, demeura grandement frustrée, et je lie fus étonné, que de n’avoir aucun sujet de l’être.
Ces cascades ne sont autre chose, qu’une
J ente inclinée de vingt-deux pieds seulement, ans l’espace de deux milles, ne servant, à dire vrai, qu’à accélérer le courant de l’eau. Néanmoins j’y observai un phénomène, qui pourrait paraître extraordinaire aux yeux du philosophe.
Je pensais, que la vitesse, imprimée à une telle masse de fluide par cette descente, aurait dû lui donner un élan irrésistible, et hûter la violence du courant, jusqu’à une distance considérable ; mais point du tout, Comtesse, la rivière, aabas
du plan incliné, reprend aussitôt son niveau et sa. marclie accoutumée, comme par enchantement, et sans la moindre réaction de reflux. !Nous, qui ne sommes que curieux, Comtesse, et simplement observateurs, laissons aux savans le soin d’en résoudre le problème.
Ces rapides, outre qu'ils pourraient entraver les progrès de l'ennemi, dans le cas d'une invasion, ont encore procuré l’avantage précieux de deux entrepôts de commerce; un, là où ils commencent, l'autre où ils finissent ; et deux villes florissantes en ont été la conséquence. Louisville, où s'arrêtent tous les batimens, qui descendent, et Shippingport, où s’arrêtent ceux, qui remontent l’Ohio, l’une et l’autre sur la rive méridionale. Cependant, quand les eaux sont hautes, ces chûtes peuvent être remontées sans danger. D’autres petites villes et villages fleurissent aussi sur la rive opposée, et sont également autant d’entrepôts, pour l’Etat d’Indiana. Suivant moi, un canal, qu’on a projeté de faire entre Shippingport et Louisville, ne saurrait être, que désavantageux, sous bien des rapports.
Louisville est la clef principale du commerce de l’Etat du Kentucky. Si Pittsbui'g est la Tyr de l’Ohio, et Cincinnati la Carthage, Louisville en est la Syracuse.
Peu avant le commencement de ce siècle, ce n’était, qu’un petit fort d’observation, bâti par le Général Clark, qui fut le fléau des Indiens, sans en être l’Attila, et qui a été appelé le père des régions de l’Ouest, parcequ’il a été un des premiers, qui aient repoussé, vers le Nord et l’Ouest, ces peuples barbares, ou, pour mieux dire, on des premiers, qui aient envahi et usurpé leurs terres. Cette ville contient déjà plus de 7000 âmes.
C’est une population d’autant plus étonnante, qu’un grand nombre de ses babitans trouvent chaque année la mort, dans les exhalaisons pestilentielles des marécages, qui l’entourent, ainsi
que dans les systèmes contradictoires d’une multitude de médecins, qui rinfestenl. En entrant dans cette ville, je compris par les affiches étalées par ces Messieurs à chaque coin des rues, que le pays devait être dangereux, comme cet étranger qui, après un long voyage dans les déserts, et parmi des peuples barbares, s’apperçut qu’il était rentré dans le sein de la civilisation, à l’aspect dfun pendu exposé sur la place de la première ville, qu’il rencontra. Néanmoins la soif de l'or y conduit tous les jours de nouvelles victimes. qui se succèdent au tombeau.
Shippingport n'est pas plus sain, que Louisville, et il est beaucoup moins considérable, car les spéculateurs de cet eiidroit aiment mieux habiter sur la rive droite, dans les jolies petites villes de Clarksburg. .^Ibany, et Jefferson, dont l’élévation au-dessus de la rivière leur procure, avec la plus grande aménité, on air très salubre, où il n’y a. en tout, que deux médecins, et qui s’accordent dans leurs théories, sans que leurs maladf's ai^nt à fournir à leurs épreuves.
Si je voulais vous occuper. Comtesse, de tout ce qui frappait mon œil et mon coeur, dans cette promenade touchante et délicieuse, ma plume ne trouverait plus d’expressions nouvelles, et vous seriez condamnée à des répétitions ennuyeuses. J’omettrai donc les tableaux, qui n’offrent rien de plus intéressant, que ce que nous avons vû; et après vous avoir indiqué le Wabash. qui descend du Nord et sépare l’Etat de l’indiana de celui de l’Illinois, à S2â milles de PHtsburg, et du côté du Sud, Green-River, le Tennessee, et Je Cumberland, quatre rivières très ■considérables, et d’une navigation importante, nous nous reposerons au petit endroit, appelé Wilkinsonville, pour jaser un instant sur un point, que son nom rappèle, «t qui mérite une place «laris Hristoire (à former) des Etats-Unis.
Le Général Wilk'uison, qui lui adonné soa
nom par un petit fort, qu’il y avait b?ti contre leo Sauvages, après avoir été le Marcellus de son pays, voulait aussi passer le Rubicon peur en être le César. Il a été brave et vaillant dans toutes les guerres, et contre les Anglais.et centre les Sauvages, et il a été aussi accusé de conspirer contre la liberté de sa patrie.
Il était Commandant Général de toutes ces régions de l’Ouest, pendant, que le Colonel Burr, qui, quoique Vice-Président, avait été contraint de céder ses prétentions à la suprême magistrature à son illustre concurrent, Thomas Jefferson, rodait, sous prétexte de spéculations commerciales, dans ces contrées, et tenait des assemblées secrètes, qui, à ce que j’ai entendu dire, ne sentaient pas tout à fait le commerce.
Une correspondance suivie entre ces deux personnages, fit naître des soupçons; j’ignore jusqu’à quel point ils étaient fondés. Ils furent accusés d’une conspiration contre le gouvernement, tendant à séparer les Etats de l’Ouest de ceux de l’Est. Mais après une longue procédure, des débats, et des plaidoyers interminables, ils furent tous les deux absous, Wilkinson, par une cour martiale, Burr, par une cour ordinaire.
Il est à regretter que deux bommes. d’un talent vraiment distingué, qui avaient, auparavant, très bien servi leur patrie et ta liberté, aient pu se trouver sous le poids d’une pareille accusation.
Nous n’avons pas fait grand chemin. Comtesse, et nous nous arrêtons encore à un endrtût, que, bien qu’il n’y ait, que deux chats et une cheminée, on appèle Jlmerica. C’est un entrepôt naissant du bas Illinois, et le sUam-hoaty abo^a pour charger de la farine, dont cet Eti^t fournit une quantité déjà beaucoup au-dessus de sa consommation. Je profitai de ce tems .pour aller courir un peu la campagne, dont l’attrac-
tion est toujonjours plus forte, que ma résÎ9> tance. Ces forêts vénérables de première création, sont un spectacle très attrapant pour un Européen, qui est né au milieu des jardins de la belle Hespérie.
Un voyageur du steam-boal m'accompagna, et nous retournâmes avec une provision de rire, qui nous servit pour nous et la compagnie, pour bien longtems ; je vous en offre votre portion.
J’étais derrière un grand chêne à guetter un écureuil ; mon compagnon m’appèle d'une voix empressée, et s’écrie : a Deer, ( un chevreuil ; ) m lui demande où ? 11 me répond, sur un arbre, voulant alors lui rendre raillerie pour raillerie, je lui dis d’aller chercher de la glu pmur le prendre comme un bechgue; mais voyant qu’il persistait d’un air décidé, et qu’il semblait croire lui-même ce, qu’il voulait me faire croire, je mç doutai de quelque lourde méprise; j’approche, c’était une panthère. J’ignore lequel de nous deux devint 1e plus pâle, mais mou Américain n’était pas rouge. Nos fusils étant chargés de petit plomb, c’aurait été l'irriter seulement, que de la tirer. Nous fûmes parfaitement d’accord de ne pas l’inquiéter, puisqu’elle avait l’honnêteté de ne pas bouger ; nous nous retirâmes, en marchant comme des écrevisses, et, sur les aîles de la peur, et avec le soleil pour boussole, nous arrivâmes lestement au sleam-boat, quoique nous nous fussions enfoncés dans une forêt très épaisse, et sans issue.
Nous retournâmes sur le lieu avec des chasseurs du village, et mieux armés; mas ce fut inutilement ; la bête n’y était plus.
Lorsque nous la vîmes la première fois, elle était couchée nonchalamment sur la jonction de deux grosses branches. Il y en a beaucoup dans ces forêts immenses : elle se tiennent ainsi inii^
mobiles sur les arbres, poar mieux tomber sur les écureuils, qui y abondent, et dont elles sont très gourmandes.
Bien differentes de celles de l’Afrique ét de IWsie, leur poil ressemble assez de loin à celui du Cher ; mais faire paître un Deer sur un arbre! Je vous laisse à juger. Comtesse, si cela, joint â la glu et à notre surprise, doit nous avoir fait rire. J’en ris encore.
Une vaste maison en bois, qui est une auberge, bâtie sur des pieux plantés au milieu d’une plage aquatique, marque l’endroit, qu’on appèlc The Mouth, l’emboucbure de l'Obiu, là, où il se jette dans le Mississippi.
Le cours de ces deux rivières demeure près* que paralysé jusqu’à environ 20 milles de leur conâuent ; ce qui semble indiquer, que le volume fluide de l’Ohio est peut être aussi puissant, que celui du Mississippi, à cet endroit.
Cette jonction est un des grands spectacles de la Nature, et les théories de la gravitation et de la pression, de l’attraction et de la répulsion, du penchant et de l’équilibre, enfin, tout ce qui concerne les luis générales du mouvement des fluides y offre un vaste champ de bataille aux savans en hydraulique, en hydrométrie, en hydrostatique, et en hydrodynamique. Je leur cède le carrousel, car tout cela est du grec pour m >i ; et pendant qu’ils se battent, je retoùrnerai à Pittsburg, pour vous tracer légèrement, en revenant, la Tempe du grand Pénée des Etats-Unis.
La vallée de l’Ohio n’est, apparemment, que le lit, qu’il s’est formé lui-même, au moyen de l’abrasion des terres par ses eaux. Depuis Pittsburg jusqu’à son cmbouchui'e, il serpente toujours entre de petites collines, qui sont presque toujours égaies, et dont le sommet répond en général au niveau des plaines immenses, qu’il perce, et qu’il sépare ; car toutes ces vastes régions, que renferment les Apalaches et les rmniagnee.
rocheusés, Rocky Mmmtains^ de l’Est à l’Oaest, n’offreiit, en génërnl, qu'un pajrs plat, entrecoupé de petites collines, qui semblent avoir les mêmes traits, la même origine, que celles, qui forment la Vallée de l’Ohio ; et c’est le niveau général de ces terres, qui, joint à leur peu d’Iévation, facilite conséquemment la tiavigation en tout sens de tant de rivières cotisidérables, qui les baignent.
Une autre circonstance concourt à étayer l’opinion, que j’ai avancée plus haut. C’est la grande quantité d’îles, que cette rivière embrasr.e ; j’en ai compté, il me semble, environ une soixantaine.
Les bords offrent l’aspect varié d’un pays, qui n’a été produit à la société, que depuis peu d’années ; où l’art et la civilisation ne forment que de petites nuances sur le tableau, que la Nature y offre encore, de son état primitif; et les réflexions et les senti mens qui en découlent, ajoutent au prix et aux charmes de tout ce qu’ils présentent à l’œil, et à l’imagination.
Les endroits, qui portent l’empreinte de la main de l’homme, font le contraste le plus frappant avec ceux, où la Nature est encore tout à tait sauvage. Les villes et les villages, les plus rians, sont séparés souvent par une sombre solitude. Les champs et les prairies, dont l’aménité et le gazon verdoyant vous arrêtent et vous chartnent, sont partout entrecoupés par des Bois lugubres et des forêts impénétrables. Les hutte* et les chaumières, les termes et les hameaux, parsemés ça et là, répandent sur la scène des intermèdes si touchans, que l’âme la plus froide ne saurait y être indifférente.
Peu de rivières sur la terre, je pense, offrent autant que l'Ohio, des mélanges d’objets aussi inté ressens. Il fournit et au peintre, et à l’admirateur,' et au poëte,-etau philosophe.
Toute cette étendue de pays, que l’Ohio Baigne, et qui n’a été que récemment érigée en Citât*
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confédérés de la Grande Union, n’était liabitee, il y a 30 ans, que par des bêtes féroces, et par des peuples encore plps féroces, que les bctes ; et principalement la partie comprise dan^ilcs Etats de rillinois. de l’Indiana, et de l’Ohio. C’était la propriété et la demeure des Sawanoes, des Miamis, des Piankiciawoes, des Wayaoes, des Kaskasias, des Delawares, et des Illinois, peuples qui ont été en grande partie détruits, et en partie se sont incorporés avec les Owatawas, les Saukis, les Renards, &c. La rivière Aliégany était habitée par les Senekis, dont une partie s’est refondue dans les Six JVations ; et le Kentucky lui-même, lorsque Boon y pénétra le premier avec une troupe de chasseurs aventuriers de la Virginie, en 1770, n’offrait aucune autre trace, aucun autre sentier,que ceux qui y avaient été frayés par les Sauvages, les Buffaloes, les loups, les ours, et les panthères. C’est dans le Kentucky, qu’en abattant les forêts, et en ouvrant le sein de la terre, on a trouvé ces monstres gigantesques, qu’on admire dans les musées de Philadelphie, de Baltimore, et de Cincinnati : ils ont presqu’entièrement la figure d’éléphans, et les Naturalites modernes leur ont donné le nom de Mammouth.
Lexington, une des principales villes de l’Etat, et que ceux, qui croient à la possibilité d’une séparation politique, désignent déjà comme la ca-
( >itale de tous les Etats de l’Ouest, était alors e centre des peuples Sauvages, dont une partie habite maintenant la rivière Osage, qui se jette dans le Missouri, à 300 milles au-dessus de son embouchure. Enfin les premiers hommes civilisés, qui descendirent l’Obio, du Fort Pitt. ne datent que de 1773. Ce furent le Docteur Wood, et Simon Kenton; comme il résulte d’un manuscrit, qu’on a eu la bonté de me faire lire à Pittsburg.
Ensuite ces contrées devinrent le théâtre des
stierres' atroces, que les Américains eorent à soti' teiiir contre ceu peuples sauvages; et malgré la paix, conclue avec eux en 1806, ils ne parvinrent à les chasser entièrement, qu’aprés celle qu'ils traitèrent en 1814, avec l’Angleterre, et ce, en achetant leur prétentions, ou leur droit de propriété sur ces terres; mais, principalement, en fixant des postes militaires, et des forts, sur les lacs Michigan, Huron, Erié, et Ontario; sur les rivières Mississippi, Missouri, Illinois, Wabash, Miami, Arkansas, &c. Une dame à Looisville m'a raconté elle-même, qu’en l’année 1 809,- elle vit massacrer ses trois fils sous ses yeux par ces barbares, et menacer le quatrième, qu’elle' serrait dans ses bras.
Vous devinez, sans doute. Comtesse, que ces incursions réitéréesdes sauvages, étaient l’eflTet de l’Influence Anglaise ; mais il est diflîcileque vous puissiez imaginer les ressorts, vraiment diaboliques, au moyen desquels cette JSIatûm Ltbirale tenait en activité leur haine et leurs hostilités cruelles contres les Américains, qu’elle ne peut s’habituer à regarder autrement, que comme des colons, ou des sujets rebelles.
Tous les traités, que les Américains faisaient avec les sauvages, étaient malicieusement comoientés par les Anglais, qui y trouvaient toujours de^ argumens à rétorquer contre les Américains; et les sauvages violaient immédiatement ces traités.
C’est un des principes fondamentaux de la politique du Cabinet, dévot, de St. James, que tous les peuples doivent avoir une religion, non par ce qne les Anglais souhaitent, <;ue tous les peuples aillent en Paradis, qui n’est aussi que pour eux, mais seulement par ce qu’ils disent, qu’un peuple sans religion n’est point susceptible de fimatisme et de superstition, et que conséquemment, sans ces deux qualités, il ne peut aucunement servir à leurs vues. Us tentèrent donc d’«n don-
oer uneiaoBsi aux sauvages ; mais il fallait, que le mobile fut bien puissant, tel que celui du ciel jdes anciens astronomes, qui envelnpait, et faisait mouvoir les autres cieux. Ils leur créèrent ipso fado, un prophète, avec la meme facilité, qu'ils ont rendu au monde les Jésuites, et naturellement ils les trouvèrent dans l'homme le plus habile, et en relation avec les plus puissans de leurs nations, dans le frère du fameux Thecumseb, le chef le plus vaillant et le plus formidable de tous ces sauvages.
Ils commencèrent donc par le faire passer pour un inspiré, par le moyen même de la feinte crédulité de quelques fourbes soudoyés. Ensuite ils lui firent prêcher, que le Grand Manitou, leur Grand Esprit, lui avait ordonné de réunir toutes les tribus en une seule famille de concorde et de fraternité, pour marcher contre les Américains, qui conspiraient leur destruction totale, ainsi que celle de leurs Manitous. Ils lui firent finalement élever un étendard, où tous leurs emblèmes superstitieux étaient réunis; car en pareil cas, chaque nation, chaque secte a sa croix, et il en faut une. Plus de 3000 Sauvages se rangèrent, en fanatiques, sous cette nouvelle oriflamme, et bientôt l'on vit le feu courir, et le sang couler sur le Territoire Américain. .
Le Général Harrison accourut à la fin avec des forces majeures,contre ces croisés,et, comme un autre Saladin, il les vainquit; mais jamais bataille entre peuples Sauvages, et peuples Civilisés, n’a été plus obstinée, plus vaillamment soutenue, de part et d’autre, que celle du 6 novembre 181 1, au confluent du Tippacanoe et du Wabasb. Le prophète encourageait ses guerriers au .combat, en déployant son étendard et ses Manitous ; mais comme, en sa qualité de Grand Prêtre, il ne lui était pas permis d’être un sot, il se tenait bien loin du danger, sur une petite hauteur, tandis que sou frère, à la tête de
ses Saurages, se battait comme un lioiu.>,£n6ai il prit prudemment la fuite avec les vairicus, <qai purent se sauver, et laissa le champ de bataille couvert de ses bons croyans, ainsi que d’armes et de bagages, de manufacture Anglaise. 4 }, Avant l’attaque, il avait assuré à ses héros, par inspiration, ( je pense,) du Manitou de. Westminster, que ceux, qui, par aventure, périraient dans le combat, étaient attendus à diuer chez le Grand Esprit; car, en pareilles circonstances, il est aussi un paradis pour toute sorte de mondei Le Saurage du Nouveau Mexique, par ignorance, l’accorde à son cheval, lorsqu’il sert bien à ses crimes et le tire du danger; mais c’est pour servir l’Intérêt et la Politique, que nous prostituons d’une voix impie ce lieu sacré, en le promettant également aux scélérats, et aux élus du Seigneur. . . '
Venons au dénoument de la pièce. Les Américains, quoique presque toujours vainqueurs, avaient néanmoins beaucoup souflert dans ces guerres, aussi cruelles, que difficiles ; et ce fut alors, que leurs Frères Consanguins, les forcèrent, par des prohibitions maritimes tyranniques, à soutenir cette nouvelle lutte, qui ne finit, qu’en 1814, au traité de Gand. Ce fut alors aussi, que profittant également de la faible situation, à laquelle les Sauvages avaient été réduits, par les mêmes moyens, ils firent semblant de •vouloir les abandonner à la vengeance des Américains, qu’ils leur faisaient envisager comme terrible ; «t, par cette ruse, ils les attirèrent facilement i Ipur paurti. ils furent ainsi tous enrollés, sous les étendards Britanniques, avec le nom pompeux d’AUiés de S. M. Georges III. Técumseh, reçut le brevet de Général, à son servk»,et fut décoré, avec d’autres chefs, d’une médaille, où ce grand Roi %urait en héros d’un côté, et de l’autre, leur tendait la main en signe d’amitié, et de fraternité. ' .Ces détails, Comtesse, quoique peotêbpe«a
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peo trop longs, pour ane lettre sur l’Ohio, sont den préHoiioaireB nécessaires, pour vous préparer à une plus grande surprise, en apprenant la prospérité actuelle de ces contrées, quoique si nouvellement acquises à la civilisation, quoique si cruellement affligées dès leur berceau.
Le Kentucky, qui est l’Eden des Etats-Unis, nage déjà dans l’abondance du nécessaire, échange beaucoup de superflu, et est peuplé d'environ 600,000 âmes.
L’Etat de l’Ohio en compte d’avantage, quoique d’une date plus récente encore, n’ayant été agrégé à l’Union, qu’en 1803. La rapidité, avec laquelle sa population a augmenté, dispense de tout autre argument sur ses moyens heureux d’existence, attendu que, dans l’année 1790, son territoire n’était habité, que par 3000 âmes, et qu’il n’en avait pas plus de 43,000 au dénombrement de 1800. C’est un prodige unique, un vrai phénomène dans l’histoire des colonisations, et dans celle des nations les plus florissantes. Jamais pays, dans son aurore, n’a marché d’un pas aussi gigantesque : et ses progrès seront toujours de plus en plus étonnants ; car il est habité par un peuple, qui s’est consacré plus, que tous les antres, à l’agriculture. Je répète ce que je vous ai déjà dit dans mes lettres sur l’Angleterre, que l’industrie territoriale reste, et pour le moins elle donne toujours à manger; tandisque l’industrie commerciale subit ses phases, comme la lui>e ; décline ou change de demeure, et laisse souvent dans la misère le peuple, qu’elle a réunie en trop grande quantité, et formé à de nouveaux besoins, par le luxe et les vices, que naturellement elle traîne à sa suite, partout^où elle passe. Un cultivateur trouve une richesse dans une nombreuse famille, tandisque le manuiactarier n’y contemple souvent, que son désespoir.
L’Etat de rindiana, dont le nom seul indique une nouvelle création, -n’a été admis à la fédé-
ration, qu’en 1 810, et il est déjà riche de |^b de 150,000 âmes. Vous avez vu, que ses villes et ses villages, méritent déjà un rang dans l’histoire de la civilisation.
Celui de l'Illinois, n’a été inscrit dans le livre de cette Grande Famille, qu’en 1818, et il compte aussi plus de 60,000 habitans. 11 j règne une industrie, une agriculture flatteuses. Sa ca< pilale, qui s’appèle Vandalia, annonce, qu’elle vient de sortir d’un sein barbare.
Enfin, Comtesse, en parcourant cette rivière, on voit s’élancer partout, au milieu des forêts, et du sombre de la solitude, de jolis batimens, des villes riantes, comme on vit sortir, du sein de l’Océan, une superbe Venise, une Hollande formidable.
Un pays, dont le sol, enrichi de sucs végétaux, accumulés depuis la creâtion du monde, et aidé d’un climat, qui distribue convenablement la chaleur et le froid, promet une source intarissable des productions de Cérès, de Flore, de Pommone, et de Bacchus même, car la vigne, qui y végété naturellement, parait inviter la main de l’homme à sa culture ; un pays, où une quantité prodigieuse de rivières augmente considérablement le prix de l’industrie, en favorisant si admirablement l’exportation et l’importation, par des communications faciles, et d’une étendne immense; on pays, qui, quoiqu’en quelque sorte, au milieu des eaux, jouit, par une exception extraordinaire, d’un climat salubre; (et sa population en est une preuve incontestable:) un tel pays, dont la cornucopia est vraiment remblème, comment a-t-il pu se cacher au genre humain durant plus de 58 siècles !
Mais, peut-être, la Providence, l’avait-elle réservé pour des tems de calamité publique, afin qu’il put oflrir un asile, et quelques consolations, aux victimes du Despotisme et de la Tyrannie.... Aussi est-il habité par uu nombre infini de réfugiés Européens.
Il est (les cas, où l’on serait tenté de croire, que tout est prévu, tout est pfédisposé par la Destinée, s’il n’y avait pas des dogmes, que nous devons respecter, qui nous enseignent, que tout dépend de la volonté de l’homme, et qu’elle est toujours libre, lors même qu’on la rend esclave à double chaîne.
Les mêmes phénomènes, que je vous ai fait remarquer dans mes lettres sur le Rhin, ont attiré mes observations sur le cours entier de l’Ohio. L’eau s’y perd également.
L’Allégany et le Monongabela, qui le forment, égalent, je crois, le Tibre. Le Kentucky, leCumberland, le Tennessee, sont beaucoup plus considérables. LeKenhawa, le Muskin^um, leScioto, le Miami, le Green-River, et le Wabash, ne lui sont pas bien inférieurs ; plus de soixante autres rivières y versent aussi le tribut de leurs eaux ; et cependant il ne présente nulle part l’énorme volume deduide, que tantde tributaires,etsi puissans, font raisonnablement supposer. Je suis d’avis, que des cataractes, des abymes, engloutissent une grande partie de son fluide, et des lournoiemens d’eau, que l’observateur attentif voit répandus dans une très grande partie de son cours, en sont probablement Tes entrées ; et cette yaralusation extraordinaire de sa chute, aux cascades de Shippingport, ne serait-elle pas aussi un indice, que l’eau s’engouffre dans des mealus souterrains !
D’autres traits caractéristiques sont, à mon avis, des arguments frappans, que son lit était autrefois beaucoup plus vaste.
Aux endroits, où des rochers surmontent les bords de la rivière, on voit des abrasions horizontales, qui marchent parallèlement, et à la mêmeélévation, desdeux côtés. Elles ontété faites par la violence de l’eau, ou plus probablement par celle de la glace à la débâcle. La terre dans la vallée est alluviale, tandisque celle des hau-
leurs, qui la bordent, est diluviale. Enfin les bas> fonds, qui environnent Louisville sur le derrière, et des deux côtés, annoncent visiblement, qu'ils formaient autrefois une branche de la rivière, et que conséquemment le terrain élevé, sur lequel la ville est bâtie, était une île. Je pense fermement, que la plus grande partie des eaux, qui remplissent ces grands bassins, q^u’on appèle Océans, y coule invisiblement, à l’œil du mortel, et qu’elle y pénétre à travers le sein de la terre. Ce qui est, peut-être, la cause, encore inconnue, de leur salûre.
Kant, dans sa sublime Géographie Physique, déclare avoir trouvé cette salure plus forte dans certaines mers, que dans d’autres. Cette circonstance, en indiquant que les eaux filtrent, ou
{ lassent à travers des matières plus ou moins saées, fortifie mon opinion.
Nous voilà de retour, (sans en avoir bougé,) à la maison de bois, où j’attends on steam-boat pour la Nouvelle-Orléans. On annonce, qu’il y en a un en vue. Il faut, qu’à son arrivée, un curieux, qui se promène pour sonlamusement. se trouve à son poste. Je vous laisse donc, Comtesse.