LETTRE IL
üe V Embouchure de l'OHIO à ST. LOUIS.
St. Louis, sur le 3 Aeril 1833.
Dans ma dernière, je tous ai lais^ au confluent de l’Ohio et du Mississippi, .où j’attendais un steam-boat. 11 arriva, et .fit prendre à ma promenade une' direction, tout-à-fait contraire à c^le, qui semblait être déterminée.
Cette-fois-ci, Oomtesse, vous admettrez, à la fin, ma profession d'ignorance /sur l’avenir, sj^stême,qui n’influe auqùnc^ent sur ma çoi^duite, ni sur'.mes priqcipes, qu’en ce qu’il m’oblige de ménager mes resoluUons,et,meB projets av^c plus de circonspection et de pradeuce, et qué des méchans se sont plu d’acc.usèr de fatalisme. . ’
Toutes mes lettres de, recommandation, celles de crédit, la .compagnie à laquelle je ^ m’étais associé, le sleam-boat \ea, Etais-Unù, qui,devqit me rejoindre sous peu, tout, enfin, paraissait devoir me conduire à la Nouvelle-Orléans, aux, bouches du Mississippi, et j’y étais même attendu pour passer au Méxique ; et bien. Comtesse, je monte vers ses sources.
Le steam-6oat, qui arriva, était le,Calhoun ; il venait ici. Le Général Clark, dignê frère de celui, que j’ai mentionné dans ma précédente^ e t 'le Major Tagliaferro, étaient parmi les pass^ers. J’appris, qu’ils étaient souvent parmi les Inmens« comme étant chargés, parleGouvernement, d’ins-
f iections relatives à ce département. Il n’en falut pas. davantage pour m’induire à les obséder d’un million de .questions, sur ces peuples. Ce que j’avais lu de leurs traits extraordinaires . .qt singuliers, avait ^ excité, dès mon enfance, tantôt mon étonnement^ tantôt mon incrédulité; ce que ces Messieurs 'eurent la , bonté ,de m’en dire, ré-
veilla et mit en action . une curiosité, qu’il était dans mes projets de satisfaire, avant de quitter l’Âmcrique : jamais occasion plus belle ne pouvait les seconder, et rien, à mon avis, n’est plus itilcressant pour un étranger. Je me décidai à les suivre.
Maif^ avant de vous faire remonter cette fameuse rivière. Reine de l’Amérique Septentrionale, il est bon de savoir où nous sommes ; car les choses, comme les hommes, changent parfois de nom, en changeant de maître. L’année passée, à la Rochelle, on me dit, que Napoléonville n’existait plus. Je croyais qu’elle avait été engloutie par quelque tremblement de terre. Arrivé à la capitale de la Vendée.je trouvais qu’elle était ëficore telle, qu’elle avait été bâtie par celui qui n’est plus; dont l’ambition, et le despotisme, auraient dû convaincre les Monarques de la Terre, que cés deux vices sont aussi funeëtçè aux trônes, qu’aux peuples, et à qui il ne màtlltjdait^ que d’être modéré, pourêtre Grand : on a!Tïdt. seulement rebaptisé cette ville, comme les Ânnba|)tistcs, sous le nom de Bourbon-Vendée. ' A Paris’ je m’informais en vain, pendant plusieurs jbtlfS^ dHin Monsieur, que j’avais intimement éonnu sous le nom de Mr. L.... Mais j’avais beau le chercher : depuis le retoar du Roi, il s’appelait le Comte de la G..., Et notre pauvre feu Royaume d’Italie,on l’a morcelé en autant de noms, qu’on lui a donné de maîtres. *■ < ’''‘P
' Nous sommes entrés. Comtesse, dans ce’pkiys,
3 üi lût découvert sous le règne des Mazarin et és tiddvois, des Montespan et des Maintenons et’qfùe lé' flatterie appela Louisiane, pour honorer le hom de ce Roi. qui ne fut Grand, que dans les panégyriques de ses courtisans, dans les vers de ses pensionnaires; et dont les bons mots, qu’oii a tant fait valoir, et qu’on liii a souvent prêtés, ne suffisent pas pour couvrir cc qu’il a fait de bien mauvais ; dans ce pays, dont la par-
tie à l’Est du Mississippi, fut cédée, avec le Canada. aux Anglais, par le traité de Fontaiiieblau, en 1762, après cette guerre mallieureuse, dans laquelle Louis XV perdit la Nouvelle France en Amérique, et ruina l’Ancienne en Europe; et qui fut un des fojers de cette révolution, qui ne cesse encore, et ne cessera pour longtems de l’affliger. La partie occidentale, avec la Nouvelle- Orléans, fut cédée à l’Espagne, par un traité secret, en 1763 ; c’est ainsi que le cabinet de Versailles, voulut l’indemniser des grands sacrifices, qu'elle avait faits, en co-opérant conformément au fameux Pacte de famille de 1761.
La guerre de l’Indépendance, dans laquelle les Etats-Unis triomphèrent des Anglais, et qui finit avec la paix de 1783, dépouilla les derniers en faveur des premiers, de cette même partie de la Louisiane, qui leur avait été cedée par les Français. Napoléon acquit, en 1801, tout ce qui y appartenait à l’Espagne.
Comme les grands préparatifs, qu’il avait faits, pour y exécuter ses grands projets, furent arretés, dans les ports de la Hollande, par la guerre, . / qui succéda presqu’aussitôt à la paix d’Amiens : à cette paix, que les Anglais n’avaient conclue, que pour gagner du tems, et se mettre' mieux en mésure, il vendit tous les droits, qu’il y avait, aux Etats-Unis, par un traité de cession, en 1803. Et, de cette manière, ces derniers sont devenus, cxclusiinent, maîtres du cours entier de cette grande rivière, et, conséquemment, de tonte la Louisiane.
• C’est l’acquisition lâ plus importante, que les Etats-Unis aient pu faire; car une nation étrangère, possédant les embouchures du Mississippi, ' aurait pu ruiner, en les leur fermant, toutes ces contrées occidentales et septentrionales. Le nom de Louisiane n’est resté, qu’au petit Etat, dont la Nouvelle-Orléans est la capitale : le reste de cette province immense a été divisé en Etats, et en Territoires.
Les Français avaient compris dans la Louisiane tout le pays, qui s’étend des sources aux '
embouchures du Mississippi, du Nord au Sud; et, de l’E^t à l’Ouest, des Apalaches aux monta*
Î ;nes, à l'Est du Nouveau Mexique. Proâtantde a bulle, célèbre par sa justice, qu'JlUxandre VI. avait accordée aux Espagnols, ils s’approprièrent, par droit de découverte, les pays découverts et à découvrir, et rebaptisèrent meme, comme un neophite, le Mississippi, sous le nom de rivière de St Louis. Les Anciens auraient placé parmi leurs dieux un si grand fleuve, et son nom aborigène aurait été inscrit dans le livre sacré des hiérarchies célestes.
Les Américains, quoique hérétiques, et rebelles à J’autorité des Papes, en ont fait autant, récemment, des pays, qui s’étendent depuis les sources de la Colombia, jusqu’à ses embou- '
chures, dans la Mer Pacifique ; car, tout ce qui est utile, semble s’accorder facilement avec toutes les réligions, avec toutes les politiques.
Par cette grande accession, beaucoup supérieure en extension à ce que les Colonies Anglaises possédaient avant la guerre de l’Ind^endance, vous pouvez vous faire une idée. Comtesse, du vaste empire, dont les Etats-Unis, par une magie politique toute nouvelle, se sont partagé la :Souveraineté, en differens Etats, concentrant leur Gouvernement général dans la ville neutre de Washington, où. comme les Grecs à Delphes, les Américains se réunissent toutes les années en Amphictyons, et chaque Etat ayant en même temsson gouvernement particulier, comme la Ligue des Achéens. Vous pouvez, également, vous faire une idée des pertes immenses, que la .
France y a faites, depuis 1763. Maintenant, Comtesse, nous pouvons suivre notre promenade moins aveuglement.
Nous partîmes, le 17 mars, de l’embouchure de l’Ohio, de ce palais des fées, où, comme dans
lHe de Circé, on est enchanté des beautés, qoi î’babitent, mais sané devenir pourceaux.
L'aspect, en nous en éloignant, en était également magique ; les eaûx, qu’une alluvion avait extraordinairement grossies, en couvraient les pilotis, et formaient un Océan tout autour ; la
{ iluie tombait à verse ; ces incidens, au milieu de a solitude la plus silencieuse, concouraient à nous offrir l’image d'un nouveau déluge, et d’une nouvelle arche. •' i
Birds-Island, ou l'Ile aux Oiseaux, ouvre, pour ainsi dire, la marche, et, par ses traits toucbans, prépare les yeux et l'âme du spectateur aux doux sentimens, au merveilleux pathétique, dont cette rivière majestueuse les frappe, par intervalles, et sans monotonie, dans l'espace, que je l'ai parcourue jusqu'ici.- ‘ V.,4
Celles des Deux Sœurs (Tm SùtersA de la Dent du Chien, ( Dog Tooth,) la suivent de près, sous des formes differentes, et vous conduisent insensiblement à t’ile Anglaise, {EngHsh Ishnd,) qui rappèle le premier endroit, où les Anglais firent un petit établissement, sur cette rivière, en I76ù, pour en attester la prise de possession, mais qui fut presqu’aussitût détruit par les Sauvages, qui ne pouvaient oublier les Français, dont ils aimaient et aiment encore les manières ; et détestaient, comme ils les détestent encore dans le fond, tous les conquérans qoi leur succédèrent ’
Le cap La Croix, à 40 milles environ du confluent s'élève sur le bord occidental pour offrir un promontoire pittoresque ; et à peu de distance, du même côté, le Cap Girardeau présente un aspect'fion moins intéressant Ces deux endroits, ont été ainsi nommés par les premiers Français, qui les virent en 1674. Ils avaient été envoyés par Mr. de Frontenac, Gouverneur do Canada, qui avait appris des Sauvages, çtt’une Grande Rivière coûtait du côté duJ^ord,et^ n'aUail
ni vert Pendrait, oû k Grand Esprit se lève, ni vwcelui où U se couche. La petite ville, qui vient de naître au Cap Girardeau, est tout à fait fille des Etats-Unis. Elle prospère, et sa population a augmenté de plus du double, depufs peud’années. C'est on des effets salutaires de la tolérance des opinions politiques et religieuses. 11 y a beaucoup d'étrangers, et l'Europe va lui en fournir 'encore davantage ; car le despotisme et l’esclavage, semblent j conspirer de plus en plus.
Vous savez. Comtesse, que je ne suis pas l’ami des républiques, dont les conséquences immédiates sont, souvent, le Sansculottisme et les factions, les plus grands fléaux de la société, et de la prospérité des peuples. Des deux despotismes, le Républicain et le Monarchique, ce dernier est le moins dangereux ; car il est plus facile de dompter les passions d’un seul, que celles de plusieurs à la fois. Les réactions du despotisme Républicain,se montrent plus atroces et plus cruelles, en général, parceq u’elles sont les efiets et les causes d’un plus grand nombre de passions et d’intérêts particuliers. Dans les Républiques, la Tyrannie ne cesse presque jamais avec les tyrans, et leurs coryphées sont presque toujours plus méchans, que les plus méchans des Rois. L’histoire en offre des preuves convaincantes, et celle des trente Tyrans de la* Grèce, des Triumvirs de Rome, des Cordelient, des Jacobins, des Girondins, des Marseillais de la France, autorise à croire qu’ils se succèdent avec moins d’interruption. De plus, en Turquie, et à Marroc, le peuple, connaissant sous quel despotisme il est destiné à vivre, réussit parfois à se mettre en mesure, pour en éviter, sinon en tout, du moins en partie, la cruauté et l’oppression ; tandis que les Grecs, les Romains, et les Français, en croyant être libres, s’endormaient sur leurs dangers, et sur les moyens de se prémunir dKbtre les Lysandre et les Callibius, con-
tre les Sylla et les Mat'ius, les Marc-Antoine et les Octave, contre les Petion, les Brissot, les Danton, et les Robespierre. Mais si je déteste rauurchie des Républiques, je voudrais, pourtant, que les Rois fussent plus vertueux, plus justes, et plus raisonnables, qu'ils se rappelassent, que leurs sujets sont des hommes, faits comme eux, à l’image du Créateur commun, et
3 u’ils voulussent bien se convaincre, que plus vient jculi quum oculus. J’étais à Rome, lorsque notre célèbre Abbé Maï découvrit, sur des palinsestes de l’Antiquité, les fragmens. De RepubUca de Cicéron. Ce qui me tomba sous les yeux d’abord, de ce sublime ouvrage, fut sa maxime : “ Optimam puto esse rempublicnm^ quœ ex tribus ordi- ^^nibus constituta est, Regali, Kguestri et Popnlari.^ J’aime d’autant plus cette forme de gouvernement, qu’elle forme, avec celui des peuples, le bonheur des souverains, la science de leurs devoirs, et le repos de leur âme, qui indue beaucoup sur celui des peuples. Un Roi, guidé par ,ces trois oracles, presqu’infaillibles, parcequals servent l’un à l’autre de balance et de contrepoids, a, comme dit Fénélon, le pouvoir absolu de faire le bien, et les mains liées, s’il voulait faire le mal. Les lois lui contient les peuples, comme le plus précieux de tous les dépôts, à condition qu’il sera le père de ses sujets. Et le Bramine inspiré lui parle ainsi: “ Favori du Ciel, toi, à “ qui les iils des hommes, tes égaux, ont confié n le souverain pouvoir ; tqi, qu’ils ont chargé du “ soin de les conduire, regarde moins l’éclat du “ rang, que l’importance du dépôt La pourpre “ est ton habillement, un trône ton siège ; la “ couronne de majesté pare ton front; le sceptre U de puissance orne ta main ; mais tu ne brilles n sous cet appareil, qu’autant qu’il sert au bien “ de l’Etat.” Un Prince, (disait quelqu’un, dont je ne puis me rappèler le nom,) un Prince, qui aspire au despotisme, aspire à mourir d’ennui.
Dans toùs les royaumes da monde, cherchez* vous l’homme le plus misérable du pays? Al* lez directement au Souverain, surtout s’il est ab> soiu. C’est bien la peine de faire tant de mé* contens, de malheureux, pour vivre entouré de la méfiance, de la crainte,etde la haine de ses sujets ! Sentimens également dangereux au bonheur de l’Etat, et à la sûreté du trône.
Ma lettre devient un sermon. Comtesse, et, ce qui est plus singulier, dans une promenade; mais le désir du bien public, et de quelque tranquib lité particulière, parte aussi éloquemment daim les mrêts et les tteam-boa/Sy que dans les grandes villes et les parlemens. v 'u..-,
La ville de Ste. Geneviève, qui est à 60 milles de la dernière, également sur la rire occiden* taie, environ un mille dans les terres, offre les mêmes phénomènes d’aisance, et de population, et ajoute aux -mêmes réflexions, et aux mêmes conjectures.*'*:»*' ‘i'- >
• La politique de Castlereagb, ou de l’Angle* tertre, en donnant le triumvirat à l’Europe, à fixé, ■ je crois, dauis l’histoire, une des plus grandes fautes du Cabinet de St James ; car elle a frappé d’un coup mortel la confiance et l’influence, clont elle jouissait encore, en quelque sorte, sur le Continent Européen, et ouvert aux Etats-Unis, ses grands émules, uné source presqu’intaris* . sable de richesses et d’industrie.
Entre le Cap Girardeau, et Ste. Geneviève, on trouve l’affluent de la rivière Kaskaskia, qui descend de TEst, et donne son nom à un village, à cinq milles de son embouchure, qui a été un des premiers établisseraens des Français, dans la vallée du Mississippi: presqu’aussitôt après, que les' Anglais en devinrent les maîtres, en 1763, il commença à tomber de sa prospérité. La po(Hilation haïssant, cette nouveHe paissance, l’abandonna. et fut grossir les étabiissemens Espagnols 9ur la rive opposée.
Le tort ChartreB, que les Français bâtirent à grands frais, sur le bord orientai, et que les Américains ont abandonné, comme inutile, n’est maintenant, qu’un modèle pour un tableau de ruines romantiques.
Des groupesd’îies, parsemées ça et là, offraient souvent l’aspect de bouquetscharmans; elles semblaient sortir d’un foyer ardent, le soleil réâéchissantses rayonsdans l’eau, qui couvrait la surface.
A. 145 milles de l’Ohio, un beau lointain, paré de toutes les nuances de l’optique, vous rapproche, comme par enchantement, pendant cinq milles, du village d'Herculanum, et celui-ci vous présente à son tour un paysage des plus variés. S’il avait aussi un Vésuve, qui lui servit de couronne, il serait aussi intéressant, et plus pittoresque, que celui, dont Portici et Résina couvrent les ruines vénérables. Des tours formées sur le roc, qui le ceint irrégulièrement, en ajoutant aux charmes de sa situation, ménagent aux curieux, une surprise intéressante par l’usage, auquel elles sont destinées.
Du haut de ces tours, qui saillent du roc taillé a pic, on jette du plomb fondu, qui reffroidit en roulant dans l’air, s’arrondit, et tombe en pluie de perles, c’est à dire, formé en dragée. Les trous grands ou petits du crible en fer, par où il passe, lorsqu’on l'y verse bouillant, forment les divers calibres, qu’on désire en avoir. Une mine de ce métal a donné naissance à ce village, qui augmente tous les jours en étendue, et en prospérité.
A peu de distance d’Herculanum, le sieam-boat s’arrêta à une petite chaumière, bâtie de troncs d’arbres, placés horizontalement l’un sur l’autre, et dont les interstices étaient bouchés avec un ciment de terre, entremêlé de paille. Elle se ceoapoeait d’un seul rez-de-chaussée, et son toit était de morceaux de bois fendus au coin.
J’en vis sortir une Dame, très bien mi^, sai-
rie d’une négresse, pcirtaiit un enfant, enveloppé d’un linge très fin ; elle vint s’embarquer. Je crus réver les contes du Noyer de Benevento, lorsqu’on me dit, que cette hutte était son babi* tation. rüB#**
Je débarquai d’un saut, et la demande d’un verre d’eau de source, me fournit l’occasion de m’y glisser par la seule porte, qu’il y eût, et qui me fit faire une profonde révérence. L’intérieur et l'extérieur offraient un contraste aussi frappant, que celui d’une damé et d’une chaumière. C’étàiti.la maison d'un petit fermier, (son mari,) qui avait’ à< sa charge sa. mère, deux sœurs, et était père de deux enfans. 1 t > ■ > h-
V'Ce luxe m'élonna, et, me rappelant, celui que y^vqis vu ailleurs, et dont je vous ai parlé dans ma lettre de Washington, il me fit aussi réfléchir, que la décadence de ce peuple pourrait être aussi aoudaine, que son élévation, q- .v<n n'
milles de l’Ohio, on trouve la rivière l^arimak, qui descend de l’Ouest, et qui conduit à des mines de plomb, dont ses bords sont enrichis, jusqu’à une.éteudue. considérable, dans les terres . (»•/ ri Ue jolies msdsons de campagne, qui du haut de riants coteaux, dominent la rivière ; des terres défrichées,qui entrecoupent des bois et des forêts, la vue lointaine d’un assemblage considérable d’édifices, nous annoncèrent, dans la matinée du 21, que nous, approchions de la principale ville' de la haute Louisiane, et nous y arrivâmes à huit heures du matin. Elle est à 170 milles environ de l’embouchure de l’Ohio. i. > .
Des habitations, dont les toits saillent, à. la chinoise, pour couvrir des galéries, qui les entourent à chaque étage, et qui se présentent assez bien, quoique dans une architecture bizarre, indiquent, que St. Louis était aussi quelque chose sous les Espagnols; mais de nouvelles rues, un nouveau martmé, de grands entrepôts, des manu-
factures actives, des jardins rians, et tous de date récente, annoncent, qu’il s’est beaucoup augmenté, depuis qu’il appartient à un CJouveriiemeut, où les lois ne distinguent que le mérite ; à un gouvernement, qui ne demande que ce qui est nécessaire aux besoins réels, et bien reconnus de l’Ëtat, et dont l’administration exécutive est surveillée par un Sénat, par un Congrès, et par la jalousie d’un peuple soupçonneux, et méfiant.
11 est vrai que dans les Etats-Unis, et plus encore dans les provinces éloignées de la capitale, il y a aussi beaucoup d’abus; surtout dans l’administration de la justice; dans le nombre et - la cliicane désolante des avocats ; dans des lois, où le négociant trouve une égide rassurante contre sa fraude, trop souvent impudente. Il est vrai que l’individu, en général, n’est pas toujours l’image des principes libéraux, qui sont la base fondamentale du gouvernement; mais on ne saurait révoquer en doute, que leur Constitution générale ne soit l’ouvrage de la sagesse et de la générosité, où le peuple contemple, avec assurance, \e palladium de sa liberté individuelle, de ses propriétés, et de ses prérogatives de citoyen ; où l’étranger lui-même trouve, avec un asyle sûr, une nouvelle patrie, l’exercice de sa religion, de ses talens, de son industrie, et une véritable Indépendance.
Un petit apperçu historique pourra mieux convaincre, que la mobilité'et la soif de l’or, seules précédèrent, dans ces pays, cette constance et cette philosophie, qui sont parvénues à latin à en faire des établissemens llorissans.
Le Père Marquette fut le premier, qui fut envoyé par le Gouverneur du Canada, en 1673.
pour explorer le Mississippi. Du lac Michigan il entra dans la baie Verte, (Green- à POuest, remonta la Rivière Foxes, qui, par un portage, communique avec rOwiscousin, qu’il parcourut jusqu’à son conûucut avec le Mississippi, et il descen-
dit ce dettre, josqa’à l’embeochare du Missouri. Mais n'ajaiit^int trouvé ce qu’il cherchait, des mines d’or et- d’ar|(ent, et n’ajaiit ni le tems, ni les moj^ens de songer alors à la conversion des Sauvages, il abandonna sa mission, et retourna à Québec, aussi inutile aux vues de ces aventuriers, que lorsqu’il en était parti. ’ ; *
" De la Salle, plus altéré peut-être de gloire, qae de richesses, entreprit loi-même, quel-
Î [ue tems après, de mieux parcourir ces pays. I passa les lacs Ontorid et Ërié, traversa on désert. et vint aboutir à l’extrémité méridionale do lac Michigan; il descendit l’lilinois; mais voyant que. rien ne répondait à ses espérances, il s’ar* lêta à la moitié de son cours, là, où cette rivière forme un lac ; y bâtit un petit fort, dont le nosH Crivecttur, répondait peut-être au 'résultat de son expédition, et revint bientêt au Ganada^'plus mortifié, que content.
Le Chevalier Tonti, à qui De la Salle avait laissé le commandement de cet établissement, éphémère, làtigué, peut-être, d’endurer ce que le fort rappelait, le suivit de près ; et le Père Hanuepin, qu’il avait envoyé vers les sources du Mississippi, ne tarda pas à venir consoler, de «t présence, ses Néophites de Québec, n’apportaut au Gouverneur, qui voulait des trésors, que l’espoir de gagner des âmes Indiennes à la religion Catholique, et au Paradis.
Dans une autre expédition, les Français donnèrent d’abord le nom de Pain-Court, à cet en»' droit, où est maintenant St. Louis, et celui du VitU-Poehet, à un petit village, qui existe encore sous le même nom. à cinq milles d’ici ; noms, qui comme celui de Créos-Comr, ne paraissmit pas bien flatteurs ; aussi leure établbsemenu étaient-ils presqu’entièrement tombés, vers le milieu du dernier siècle.
La prise de possession par les Espagnols, que les Colons ne vottlaieat pas recohnaître, ne volt-
lant que les Français, débuta par la perfidie et le sang ; lelletnent que le nom d’O’Rpîlly, ne sort de leur bouche, qu’avec l’épithète de Cruel, et ce pays ne fut ensuite régi, que par la licence la plus etTrénée, et le pouvoir le plus arbitraire. Ce n’est donc que depuis que ces peuples ont joui d’une Constitution basée sur le respect des droits des peuples, et sur des principes d’harmonie générale, qu’ils ont commencé à prospérer ; et des apparences fiatteuses semblent leur annoncer un surcroit de bonheur.
En voyant tant de bienfaits découler d’un gouvernement libéral, on est aussi étonné, que la Nature répugne, de voir qu’on s’obstine encore à cimenter son pouvoir de principes arbitraires. Là tout invite, tout est encouragement et activité ; ici tout éloigne, tout languit dans l’avilissement et l’inertie. Là les peuples s'attachent à leur pays, et voyent des êtres heureux dans les fruits de leurs afTections conjugales ; ici ils fuyent, ils craignent, et s’abstiennent de fournir des sujets à l’esclavage ; là chacun vit en sûreté, et content de son sort; ici les Rois sont les premiers à trembler avec les flatteurs, les ' courtisans, et les ministres, qui les trompent ; leur vie est environnée d’agitations et de dangers ; leur âme est tourmentée sans cesse parole remord, punition terrible, que la Nature et le Ciel infligent, et que nul pouvoir humain ne peut arrêter: Et l’opprobre et l’exécration publique attendent impatiemment leur mort, pour flétrir,
f lus librement, leur mémoire! Tandisque le rince, qui accorde lui-même, de bonne foi, une Constitution à ses sujets, et qui la met d’accord arec la raison et la justice, est le premier à en jouir, et par les bénédictions, qui lui viennent ' de son peuple, et par l’aspect consolant des bienfaits, qu’elle répand sur eux, et par la tran- | quillité qui accompagne ses jours, et par l’espoir i que l’Histoire et la Renommée transmettront son j
nom irimmortalité ; espoir si. touchant et si âat« leur, que Platon y basa son système des récompenses futures. r
Le Roi de Bavière, Comtesse, et le Grand Duc de Baden Bade, se promènent tous les jours dans les rues, les marchés, les places, et les promenades publiques, sans autre garde, que celle du témoignage de leur conscience, et de Tamour , de leurs sujets. Je les y ai rencontré plusieurs fois moi-même ; iis y sont adorés, comme les représentans de la Paternité Céleste. C'est de cette manière, avec de tels principes, sous les auspices de l'admiration publique, et d'accord avec le Ciel, et avec la Terre, qu’il vaut la peine d’être Roi.
Toutes ces vastes régions occidentales ont été beaucoup négligées dans l'histoire de l'Amérique ; et celle-ci a déjà besoin d'être renouvellée, car elle a déjà vieilli ; ce pays change à chaque instant de scène, et olTré souvent de nouveaux matériaux. D'ailleurs, un Européen ne vient pas faire, deux fois, de si loin, une pareille revue, et le dernier, qui y vient, en sait toujours plus que les autres. C’est pourquoi. Comtesse, je déroge'un peu à mon système de raconter en passant, et j’arrête un peu plus votre attention, et ma plume.
Bt. Louis était le chef-lieu et la résidence du Gouverneur de toutes ces régions, qui constitu-* aient le Territoire du Missouri. . . , y’H.. i/s-
Depuis qu’une partie de ce territoire a été érigé en Etat, il n'est, que le siège d’une court de justice de district, ou d’arondissement.. Ce gouvernement a aussi la sagesse de fixer les capitales des Etats, là, où lés peuples sont plus loin des ressources du commerce, et le petit village de St. Charles est déjà devenu une petite ville, * quoique l’Etat du Missouri n'ait été reçu membre du grand Corps Fédératif, que depuis 1821.
St Louis a étendu prodigieusement son com-
' . DiôitizedJjy .Qpo^Ie
mcrce. Les marchandises, qu’il fournit aux différens traiteurs des Indiens de l’Ouest, et du Nord,’ en échange de leurs peaux, qui tombent presijue toutes dans ses magasins ; les provisions, qu’il fournit à toutes les garnisons, et aux établissemetis de spéculation dans toute l’étendue de ce vaste pays, lui ménagent des affaires très avantageuses, ainsi que l’emploi constant de toutes les classes de ses habitans; et le mouvement, qui en résulte, répand au loin ses bienfaits; car il tire de New-York, de^hiladelphie,' et de Baltimore, par la voie des Apalaches et de l’Ohio, tous les articles, qui viennent de l’Europe, et des Indes orientales, et fait venir de la NouvelleOrléans tout ce que l’Amérique méridionale lui offre de nécessaire.
Les Sauvages, excités par les Ennemis du genre humain, lui ont fait beaucoup de mal, à differentes reprises ; mais maintenant, peuplée de plus de .7000 âmes, et défendue de loin par plusieurs forts, bâtis sur les principales rivières, qui traversent leurs tribus, il a beaucoup moins à craindre de leurs Tomahawks.\* )
St. Louis a aussi ses antiquités relatives. On içnore, que l’Amérique ait été connue des Anciens. Je croie que l’Atlantide de Platon n’est qu’ün rêve, ou qu’une fable allégorique ; et ceux qui en ont fait parler Aristote, Diodore, Theopompe, Sénèque, &c., n’ont, peut-être, pas réfléchi, qu’avec des vaisseaux, tels que ceux dei Phéniciens, des Grecs, et des Romains, il était impossible de traverser des mers si lointaines, et si difficiles ; et principalement sans la direction de la boussole, qui ne fut connue, qu’au éommencement du 14ème. siècle. ;
On ignore également, par où, et comment! ce.
Continent, (ou cette île,) a été peuplée; et toutes les conjectures contradictoires, que differens au-'
( * ) Eipèce d« bilciN doat Us te Mrreot pour maatacrat kur* •oneioif > F
tears ont apportées sur cette question, ne font quVn rendre plus douteuse l'origine. Mais il est certain que Christophe Colombo, Cortès, Pisarre, Verazani, (^* ) qui fut le premier à con> duire les Français en Amérique, et Cabot, ou Gaboto, ( 1 ) qui découvrit la Virgirtie et la Caroline, pour l'Angleterre, il est certain, dis-jet que tous J trouvèrent des traces d'une ancienne civilisation ; et c’est à ces tems censés civilisés, que je me croîs fondé à attribuer, les élévations, les buttes. od*tertres. ouvrages de l'industrie et de l’art, qui ont arrêté mon attention, et excité ma surprise, dans les environs de St.' Louis,' et ailleurs. I
Les Anciens honoraient, plus que noos n'avons coutume de le faire, leurs Dieux, et les mânes de leurs héros, et de leurs parens ; Persepolis et Palmyre en Asie, Memphis et Thebes en Afrique, Rome et Athènes en Europe, offrent encore dans leurs ruines, des monumeils magnifiques et vwiérables qui l'attestent, visiblement, et l’histoiré concourt à nous en convaincre. Le® élévations de St. Louis donnent, je pense, les mêmes témoignages en faveur des peuplés Aborigènes d’Amérique; et précisément les unes sont ou parallélogrames, comme le Parthenoi»
d’Athènes, et les Basiliques de Pæstum; ou cin> culaires, comme les anciens templesr do Soleil; les autres se présentent en forme de pyramides, d’urnes sépulchrales, ou de sarcophages, comme celles des Elgyptiens, des Grecs, et des Romains. Une d’eJles mérite principalement d'être remarquée ; elle est défiguré oblongue, dé la circonférence, à sa base, d’environ 300 pieds, de la hauteur de 60, ayant, sur son sommet, un plateau également oblong. large de 5, et long de 45. Un étage, de forme triangulaire, qui s’élève de 7 à 8 / pieds, embrasse toute sa' base orientale. C’est
t • ) Florsotta. ' ^ ]
( 1 ) Vénitien. '
l’image de l’autel, que les Perses consacraieui à leur Mitra ; et le grand autel des Jeux Olympiques, et autres eu Elide, u’étaieiit, que des mouceaux de terres.
Les Dieux des Anciens Idolâtres ne furent,
S robablement, que des héros bieufaisans. qui ’abord devinrent tes objets de leur gratitude, et graduellement ensuite de leur adoration; et les simples touffes de gaeon, qui couvraient, dans les tems primitifs, leurs restes, devinrent conséquemment des autels ; et tels ont été, peut-être, ces monumens ludietts.
C’est du haut de ce grand sanctuaire Sauvage, que l’oeil perce dans des lointains cbarmans, dans les terres, et sur la^ivière.
Comme la population de St. Louis est une assemblage de peuples de plusieurs nations, 1a société y est moins froide, que dans les villes toutà-fait américakies. Avant hier au soir, je me trouvais à un bal très brillant, et les dames qui l’embeilissaient, étaient jolies, et fort bien mises; leur compagnie me fit oublier, que je me trouvais à l’anti-chambre des Sauvages. .
Quand j’en vis arriver hier matin dans leurs canots, je demeurai d’autant plus surpris de la figure vraiment ^otesque de ces créatures, que, étant un peu ryrronnien de ma nature, j’avais toujours douté dé ce que j’en avais lu.
Néanmoins, Comtesse, quand j’aurai pu les voir de près., et les examiiter un peu dans les ressorts de leur âme, et dans les diflTérens commerces de leur vie, j’espère en savoir plus que les livres ; car il arrive souvent aux écrivains, ce
3 ui arriva à un peintre à Rome, que je vis peinre de son attélier une vallée du St. Bernard, sans croquis, et sans jamais l’avoir vue.
Ici l’on pratiqueégalement,comroedansles villes de l’Est, toute sorte de refigions. L’Amérique est vraiment une tour de Babel, un mosaïque, sous ce rapport là ; la confusion, qui résulte de tant
<1« croyftnces est telle, qu’on ne s’entend plus dans le nombre prodigieux de doctrines et de maximes contradictoires, dont on est obsédé, et l’on finit, ou par ne se fixer, que faiblement, à la religion qu’on embrasse, ou par n’en avoir aucune. La religion Catholique est celle qui s’y montre édifiante, et ses prêtres > exercent leur ministère d’une manière exemplaire. L’évèque, monseigneur Dubourg, est le vrai pasteur de l’Evangile, et en en exerçant la première vertu, la charité, il en augmente la vénération dans ceux, qui le professent dans sa pureté, et lui gagne avec succès des prosélites. On a souvent répété, et l’on répété encore, que les Ecclésiastiques et les Souverains conspirent ensemble pour, opprimer les peuples, et que le zèle des Evêques et des Jésuites est le mobile principal, qui doit mettre le projet en exécution. On doit croire, que ce n’est qu’une calomnie audacieuse, et grossière. Mais, certes, le zèle de Monsei-. gneur Dubourg est exempt de cette tâche, dans un pays, où le Gouvernement est l’un des plus républicains, qu’on ait jamais cmnnus, qui ne
{ irofesse aucune religion en particulier, et qui es tolère, et les respecte toutes en général ; où la piété du prélat et de ses neopbites ne peut conséquemment avoir d’autres vues, que. celle du salut de l’âme. Quant à moi. j’espère, au contraire, que le Clergé, à l’exemple de St iéau Chrisostûme, de Massillon, et de' tant d’autres
È res de l’Eglise, tonnera aussi bientôt contre I vices des Cours, et le despotisme des Pnnces. ■ ^ --'.ri' ,.v^ ■.
LETTRE IIL
De ST. LOUIS au FORT ST. .ANTHONY,
Du' Fort St/ Anthony, au confluent de 1m Rmère St. Peter, et Missittippl, ce 10 Mai 1823.
On vient en Amérique, Comtease, pour voir le I^ouveau Monde, maia c'eat ici, dans ces déserta, seulement, qu'on le trouve, dans toute l’exten* tion du terme.
Un grand fleuve, imposant, dont on peut à peine se faire une idée ; un pays, qui vous présente, à chaque pas, des traits extraordinaires ; une éapèce d'hommea tout-à-fait diflerentede lanotre, certes, tout cela offre de grands phénomènes, et de grands sujets de méditation pour le philosophe, ménage les plus agréables surprises à l’avide curiosité, et soulage, par quelque distraction, une âme affligée. J’ai éprouvé tous les sentiinens, qu’Un spectacle si nouveau peut faire naître, mais il est difficile, pour un esprit borné, comme le mien, de percer à travers le vaste -champ de. réflexions, et de conjectures, qui sont entièrement du ressort des hautes connaissances. Cependant je vous ëommuniquerai, Comtesse, ce que j’ai vu, et ce que j’ai senti.
•Je partis de St. Louis, le 6 Avril dernier, avec le Major T agiiaferro. Le Général Clark y resta ; c’est là le lieu de sa résidence. Je loi recommandai les antiquités Sauvages, qui l’entourent, à une desquelles une main profane a déjà porté atteinte. Il est des gens, qui les croyent des postes militaires des Indiens, mais erronément, car ces élévations découvertes, et tout-à-fait ex. posées, sont absolument opposées à leur système de faire la guerre.
La manière, dont nous nous sommes rendus ici, 6xe, je crois, dans l’histoire l’époque d’une
navigation la plus extraordinaire, la plus hardie, et, peut-être, unique. Jamais un slenm-boat n'avait o«.é tenter de remonter une rivière jusqu'à environ 2200 milles au dessus de ses embouchures. C’est le Virginia, long de I lü pieds, large de 22. tirant 6 pieds d’eau, et chargé de plus de 2000 quintaux, qui nous a transportés jusqu’ici.
Le Capitaine Perston mérite d’occuper une des cent bouches de la Renommée, d’attirer l’admiration de tous les peuples, et la reconnaissaime de ses Concitoyens, et de son Gouvernement.
Pour ajouter à la nouveauté, le Grand Aigle, chef d’une tribu des Saukis, était aussi un des nôtres. Le Général Clark, avec qui il était venu
E arlemetiter. était parvenu à le [tersuader. après ien des ditricullés, à consigner sa pirogue à d’autres Sauvages, et à agréer notre compagnie.
Le premier spectacle, qu’il nous donna, fut de se débnrasser, aussitôt, que nous fumes éloignés du rivage, de runifortne de distinction, dont le général lui avait fait présent, de la part du Great Fatker. (Grand Père.) nom qu’on emploie avec les Sauvages, pour désigner le Président des Etats-Unis, et retourna, avec un air de satisfaction. au tiatu <fuo de nos pères. Le plus petit de ses deux enfans. ne portait pas même la feuille de figuier, ou ceinture de pudeur, tandisque nous tremblions de froid, malgré toutes nos laines d’hyver, et nos redingotes.
A six milles de St. Louis, le Mississippi commence à avoir un cours très rapide ; on s’approche de l’embouchure du Missouri, qui n’en est, qu’à dix dix-huit milles, et malgré que notre bois fut trè.s propre à produire une vapeur puis-ante, néanmoins, nous ne vîmes cette rivière, que le jour suivant, à 8 heures du matin.
Une île, qui s’oppose à ce grand volume d’eau, au moment, où il s.e jette dans le Mississippi, cache à sa violence les bateaux, qui passent der-^
rière, ët paralyse la pression de son poids énof' me : sans cette précaution de la Nature, il serait
S eut-être dangereux d’y passer, quand les eaux ébordent. ’
Malgré le voyage des Messieurs Lewis et Clark, et ce que en ont dit après, mais de loin, Messieurs Brakenridge, etBradbury, les sourcea du Missouri sont encore inconnues ; néanmoins il parait certain, que son cours, de l’endroit de son confluent, jusqu’où il est connu, est presqu’aubsi long, que celui du Mississippi tout enuer, ét que la masse fluide de l’un, et de l’autre, est peut-être également puissante, quand ils se rencontrent. Il semblerait donc, que le Missouri 'aurait dû conserver son nom jusque là. où le Mississippi perd le sien, dans le Gollè du Mexique, et alors'son cours aurait été d’environ 4ô0D milles. Mais le Mississippi était déjà en gratiAe partie connu, que l’autre ne l’était pas dutout. et on avait déjà déclaré tributaires toute^ les rivière de la Louisiane, qui y viennent aboutir, comme dans un bassin central. L’Histoire et la Géographie avaient déjà parlé, ainsi il fut. et il est impossible de revenir de leur jugement. Mais peut-être le Mississippi a t-il d’autres titres beaucoup plus justes à cette souveraineté. Si je puis le parcourir tout' entier, je tacherai de remplir ce vide bistoHaquei autant que mon attention, èt mes connaissances m’en offriront les moyens. > Mais si le Missouri perd la prééminence sorte Mississippi, personne ne ptoiirra lui refuser, qu’il
3 l’ait sur toutes les rivières tributaires, qqi istent dans-le Monde entier. .vmjv
>vL’QUnois, rivière aussi très considérable, af^ flneà21 mtttea plus haut, du côté de l’Est. C'eèt à enviroil 200 mill«s< nu-t)essus de son embouchure, que Mr. La Salle avait bâti le. fort CV^M- Ooeur. Ce nom ne parait pas non plus avoir fait fortune, chez les Américains, car ils ont abao- ^ èiiuié, et même démoli ce fort.- L’Illinois a pris
son nom dès peuples Sauvages, qui habitaient ses bords, Nation qui, comme celle des Missoiiris, n’existe plus. Le bord oriental du Mississippi, vis-à-vis du portage de Sioux, entre l'Illinois et Missouri, est hérissé de rochers escarpés, taillé» par la Nature en piliers perpendiculaires, représentant avec l’illusion la plus frappante, les substruetions des palais de Pompée, et de Domilien, dans la Villa Barberini. sur le Lac d'Albano, qui ont jusqu’ici résisté à la faulx du Teins. J’ai cru pour un instant m'y trouver. '
Cette promenade. Comtesse, est presqo^aussi longue, que celle de l’Ohio, beaucoup plus fertile en incidens, et dans des pajs, qui ne sont que légèrement connus, même en Amérique, ce qui pourrait nous arrêter souvent ; mais je ne tous occuperai, que de ce qui est plus essentiel,
S lus singulier, des points les plus intéressants,' es dÜtances les plus nécessaires à connaître, pour que nia lettre he devienne pas un volume, et votre patience on supplice. *
Clarksville et Louisiane sont deux petits villages, oui viennent de naître. Ce dernier est à 112 milles de St. Louis. «b ,14-
Du sommet d’une jolie colline, qui le surmonte, les regards du voyageur ne voyent plus,
3 ue les deserts immenses et profonds, qui seulsÿ orénavant, lui serviront d’asile ; car, à l’exception de ce que les forts établis sur le Mississippi, et un petit village, qu’on appèle la Prairie du Chien, peuvent lui odrir, c’est là le dernier pas de la civilisation vers ces régions septentrionales. ■
I La matinée du 8, nous commençâmes à voir un de ces grands traitsde la Nature, qui distinguent plusieurs contrées du N. O. de l’Amérique septentrionale, et principalement le haut Mississippi; c’était la Prairie aux Liards, à 180 milles de St. Louis. 1 • ’
Les £tats-Unia, et- le Canada, avec toutes les )
Po*'- byGoogU
régions immenses, qui eu dépendent, présentent une forêt non interrompue, et, peut-être, la plus vaste du monde, entrecoupée seulement par des clairières, où sont, pour ainsi dire, encadrés des villages, des bourgs, et des villes, des champs, des étangs, des lacs, et traversée, en tout sens, par des rivières. De vingt parties il en existent peut être encore dix-huit dans un état sauvage, et les forêts du Mississippi en sont aussi une continuation. Et bien. Comtesse, au milieu de ces massifs d'arbres, qui dérobent la terre aux yeux du spectateur, et dont la Nature seule dirige la naissance, la vie, et la mort, on rencontre des vastes et riantes prairies, dénuées de toute apparence, non seulement d’arbres, mais même d’arbustes, et de broussailles ; et. ce qui est plus étonnant, on y trouve, parfois, parsemés çà et là, des bosquets, et des bouquets, disposés avec un tel ordre, et une telle symétrie, qu’il serait impossible de croire, que la main de l’Art ne les ait pas placés à dessein, si le silence mortel de leur solitude ne venait nous assurer du contraire. On voit même, que l’herbe n’est jamais tombée, que sous la faulx duTems. C’est un phénomène. Comtesse, qui embarasse mon imagination, autant, qu’il étonne mes régards.
Le 9, pendant, que le steam-boat faisait du bois, je m’enfonçai dans une forêt, qui bordait un de ces beaux spectacles de la Nature. Les formes variées, le mouvement, et la teinte, que ce contraste répandait sur le paysage, tout en m’arrêtant* à chaque pas, me traînaient insensiblement au loin,et une troupe de dindons sauvages,
3 ui échappaient à mes poursuites, m’égarèrent e manière, à ne plus trouver l’endroit, où le steam-boat s’était arrêté. La boussole m’y reconduisit, mais le steam-boat^ lassé de m’attendre, s’était déjà remis en marche. Une courbe, faite par le Mississippi, dérobait tous les signaux, que je pouvais faire, et mes coups de fusil retentis-
saient indtilement dans les forêts, et sous la route du Firmament. J’eus recours à la seule res- Bourse, qui me restait, à mes jambes; mais Atalante même aurait couru en vain, à travers ces broussailles, ces ruines d’arbres préadamites,qui, dispersées çà et là, comme les ruines des anciens monumensde l’Egypte, de la Grèce, et de Rome, entravent les pas du passant, et tous mes efforts auraient été inutiles, si la Providence, qui veille pour tous, n’eût pas fait écbouer le steam-boat sur un banc de sable. On aurait dit, que le moment de mon apparition était fixé, comme celui de sa délivrance; car je n’avais pas encore rentré ma langue essouflBée, qu’il était déjà à flot. Je voulais faire valoir cet incident comme un miracle en faveur d’un Catholique sur tant d’Hérétiques, qui étaient à bord, mais, en m’opposant,
Î u’un trait semblable ne se lit, que dans le Vieux 'estament, ils me prirent pour un Juif.
Vous en voulez un peu au Capitaine du steamboat, Comtesse, mais je dois, en quelque sorte, le justifier. Je l’avais déjà fait attendre bien des fois; d’ailleurs il croyait, que le Fort Edward était tout près de là, et que je voulais parcourir en chassant cette distance, qui est presque toujours entrecoupée par des prairies. Au reste, c’est une bonne leçon pour ceux, qui, comme moi, se permettent de se faire attendre, lorsq^n’ils voyagent dans une voiture publique. La Providence vint aussi me dédommager de quelque mauvaise humeur, où une telle insoucience, qui du premier abord parait un peu sauvage, aurait pu me mettre. Elle me ménagea une farce, qui me fit bien rire. Le Grand Aigle, dépité de ce que le pilote avait méprisé son avis sur le choix du chenal, se jetta d’un saut dans la rivière; gagna à la nage le bord occidental ; de là il parla à ses enfans, et, dédaignant de continuer dans le steam-boat, il rentra chez lui, c’est à dire, dans la forêt. Ce fût le premiergrand trait, qui commença à m’instruire
du caractère de ces peuples. Le jour suivant nous le trouvâmes au sein de sa tribu, au Fort Edward, où il était arrivé avant nous. Cette tribu était campée là provisoirement, s'occupant à échanger ses pelleteries avec les traiteurs de la Compagnie S. O.
A peine fûmes nous en vue du campement, que les enfans du Grand Aigle, s’élançant dans la rivière, gagnèrent leur tanière, avec autant de
f >récipitation, qu’une bête féroce, s’échappant de a ménagerie, gagnerait la profondeur des forêts. Le irand Aigle, revenant prendre son arc, son carquois, et son fusil, quoiqu’il fût couroucé contre les gens du bord, me tendit la main, en signe d’amitié, pour me faire comprendre, que Je n’étais point englobé dans l’indignation, qu’il entretenait contre tout le reste. Je saisis ce mpmentde sa bienveillance, pour lui demander une chevelure, qui pendait au manche desonTomawhak. C’était le péricrâne d’un chef des Scioux, qu’il avait tué de sa prqpre main, l’année auparavant. Les sensations des Sauvages, étant irrésistibles, et l’âme du Grand Aigle, émue alors par les sentimens de l’amitié, comme elle l’avait été la veille par ceux du dépit, il ne put se refuser à ma demande. Cette chevelure est pour les Sauvages un trophée, et un étendard d’honneur, comme la queue de cheval l’est pour les Turcs, les Tartares, et les Chinois.
Le Fort Edward est bâti sur un promontoire, sur le bord oriental du Mississippi ; sa situation est très riante, et commande de loin cette rivière, et les terres environnantes, ainsi que l’embouchure de la Rivière Le Moine, qui descend de l’Ouest, et est navigable l’espace de 300 milles dans les terres. Cette rivière est habitée par les Yahoas, peuples Sauvages, qui ont été presque tous détruits par le Sioux.
Le Fort Edward est à 212 milles de St. Louis, et c’est là. que sont les limites des deux Etats de l’Illinois, et du Missouri.
Avant de passer outre, il est nécessaire de se faire préc< der de quelque coniiaisance sur les divisions géographique, et administrative, sous lesquelles sont placées les contrées, que tious allons parcourir. Sans ces notions préliminaires, «ous marcherions souvent à tâtons.
Ce Gouvernement, après avoir opéré la réunion à son empire de toute la Louisiane, partagea en territoires tous les pays, qui ne furent point érigés en Etats. Toute cette étendue de terres, qui se trouvent au-dessus du Fort Edward, à l’Est du Mississippi, jusqu’à ses sources, appartiennent au territoire de Michigan, qui embrasse aussi toutes ces régions, qui cotoyent les bords occidentaux des lacs Erié, St. Clair, Huron, et Supérieur; tout le pays. qui. au-dessus dudit fort, à l’Ouest du Mississippi, jusqu’à ses sources, et même au-de-là, était autrefois ‘du ressort du territoire du Missouri, avant qu’on y érigeât un Etat, maintenant on ne le distingue, que sous le nom de Terres Sauvages; car dans toute leur étendue, on ne trouve d’autres traces de civilisation, que quelques buttes de traiteurs, qui sont presque tous issus de Sauvages.
L’Ârkansaw, et la Floride forment aussi deux autres territoires. Chaque territoire relève entièrement du Gouvernement Général des Etats- Unis, à Washington, c’est-à-dire, il est sous sa tutelle immédiate ; c’est lui, qui lui donne un Gouverneur, des Juges, des Receveurs de contributions, comme à un pays, qui est encore tout à fait dans l’enfance de sa civilisation. Un Territoire n’a que le droit de se donner un représentant, au Congrès National.
Comme tous ces territoires sont encore habités, en grande partie, par des peuples Sauvages, le Gouvernement a eu la sagesse d’organiser dans chacun d’eux une Intendance, et des Sous- Intendances, pour veiller aux besoins de ces peu-
pies ; pour empêcher les abus de ceux, qui sont autorisés à faire le commerce avec eux, et s’opposer à ce que l’étranger ii’usurpe ce droit.
Cette mesure était d’autant plus nécessaire, que la Compagnie Anglaise du N. O., avait déjà étendu ses établissemetis bien avant dans les possessions des Etats-Unis ; ce qui mettait à même les JÎmis de. la liberté des peuples et de l'humanité, les agents du CabinetdeSt. James, de remuer les passions des Sauvages, et d’en diriger l’impulsion, contre leurs très chers frères, les citoyens des Etats Unis.
Les Gouverneurs des différens Territoires sont les Intendans nés des Sauvages, qui habitent dans le ressort de leur jurisdiction, et le Général Clark est l’Intendant de toutes les régions Sauvages, qui s’étendent sur le Missouri et sur le Mississippi, au-dessus de St. Louis.
Après ce bref aperçu de tout ce (ju’il y a de plus essentiel, nous pourrions continuer plus avantageusement notre promenade, mais il est bien de nous arrêter encore un instant, afin de donner aussi un coup d’œil sur ces Sauvages, les premiers, que l’on rencontre vers ces pays septentrionaux.
Les Saukis, il y a un demi siècle, formaient une Nation des plus nombreuses, et des plus puissantes. Le plus vaillant, le plus formidable Sauvage, qu’on ait jamais connu, était leur chef principal, le Fameux Ponthiak, qui. après les Montézuma, et les Incas, est l’Aborigène le plus digne d’être célébré par l’Histoire, qui cependant l’a entièrement laissé dans l’oubli. Ennemi mortel des Anglais, qui firent en vain tous leurs efforts pour l’amener dans leurs intérêts, il molesta sans cesse la conquête, qu’ils avaient faite de ces contrées, sur les Français, dont il était l’ami dévoué,et qu’il ne pût jamais oublier.
Avec des ruses, un courage, une valeur, et une férocité plus que sauvages, il massacra, à
pluBÎeures reprises, leurs garnisons dans plusieurs forts, et inéinorabiemeiit dansceus de Détroit, sur le Lac St Clair, et de Micbilimakinak, sur le Lac Huron. Au moment où il méditait contre eux d'autres hostilités, avec une haitie indomptable, il fut assassiné par un Ottawais, émissaire sou* doyé des Anglais.
Sa fin tragique fut le signal d'une guerre atroce entre sa Nation, qui voulait le venger, et les Ottawnis, les Winebegos, les Potomawais, qui se coalisèrent contre eux, en faveur des Anglais ; et les Saukis furent en grande partie détruits. Maintenant ils ne comptent gnères plus de 4800 âmes.
J’ai visité leur camp. Les tentes, ou les huttes, qui sont leurs seules maisons, et toujours volantes, sont couvertes de nattes, ou de peaux. Les Canadiens, qu’il faut regarder comme les nomenclateurs classiques de ces contrées, les appellent loges. Elles sont elliptiques. Dans chacune d'elles se niche ordinairement une famille, et, quelquefois, deux, parens, ou non ; ils s'y couchent en rond sur des peaux, des nattes, ou sur de l'herbe sèche. Le feu se fait au milieu, comme les anciens, qui précisément appelaient Imagines Fumosœ, les tableaux, et les statues, qui étaient dans la chambre à feu, pareeque la fumée les noircissait entièrement; et la fumée des Sauvages, passe parce soupirail, ou ouverture ronde, Foramina vel oculi. par où entrait la lumière, qui éclairait les temples et les maisons des Romains, du milieu de la voûte.
Une marmite de cuivre, ou de ferblanc, soutenue seulement par une fourche en bois plantée dans la terre, des morceaux de bois, creusés en cuillères, une écorse d'arbre, formée en navette, en écuelle, ou en plat, des cornes de Buffaloes, ou d'autres animaux, coupées en gobelets, sont toute leur batterie de cuisine, leùr vaisselle, et leur buflet. Une perche leur sert de tournebroche, les doigts de fourchette, l’élément, qui
les porte, de table, une peau, ou le beau (apis de la Nature, de nappe.
Ils sont tous assis, sans distinction, autour de ce que la Providence, et leurs fusils, leur fournissent à matiger. On n’j distingue, ni Rois, ni Ministres, ni Courtisans.
L’égalité de cette République parfaite, est pour les bêtes, comme pour les hommes. Les chiens, quoique illégitimes, et issus de loups, sont assis à la même table, que les Sauvages, sur le même Divan, ils mangent les mêmes mets, et couchent sur le même lit. J’v ai vu des oursons, et des loutres, qui faisaient également partie de la communauté.
Le visage des Saukis, quoique se ressentant dans ses traits de leur état sauvage, n’a rien néanmoins de désagréable ; et la forme de leur corps est assez belle. Ils sont d’une taille, et d’une structure, moyennes, qui n’indiquent ni la force, ni la faiblesse. La tête est plutôt petite, que grosse : cette partie, que les anatomistes appèlent voûte orbitaire, n’a, en général, de cheveux, que sur la glande pinéale, une petite touffe, comme celle des Turcs. Le front parait, conséquemment, élevé. Leursyeux sont petits, et leurs sourcils peu fournis; la cornée, ou le blanc, tire un peu sur le jaune, la prunelle sur le rouge ; ils sont le chainon entre ceux de l’orangoutang, et les nôtres. Ils ont les oreilles telles, qu’elles doivent être, bien grandes, pour pouvoir porter tous les ornemens, et les bijoux, dont ils les parent. Deux queues de renard pendaient à celles du Grand Aigle : j’ai vu à d’autres des' clochettes, des têtes d’oiseau, des douzaines de boucles, qui perçaient, de haut en bas, toute la partie cartilagineuse, qu’on appelé ailes. Leur nez est gros, et épaté, comme on nous peint celui des peuples de l’Asie orientale ; leurs narines sont percées, et garnies, comme les oreilles. Les os maxillaires, et surtout ceux, qu’on distingue sous le
nom de pometles, sont très-saillants. La mâchoire inférieure pousse en dehors de deux côtés. Leur bouche est plutôt gratide, que petite ; leurs dents très-serrées, et d’un très-bel émail ; leurs lèvres sont un peu renversés. Ils ont un cou régulier. Leur tronc est, en général, plus deplo^'é en bas, qu’en haut, à cause de leur gros ventre, et de leur poitrine étroite. Leurs pieds, et leurs mains sont proportionnés, leurs bras, minces, en générai ; et la raison en est, que l’oisivité, où ils demeurent presque toujours, arrête leur développement; car les Sauvages, hommes, n’habituent à la fatigue, que leurs jambes, et effectivement elles sont la partie de leur corps la plus robuste. Leur teint est cuivré, et c’est pourquoi ils s’appèlent eux-même le Peuple Rouge, pour se distinguer des Blancs et des Noirs. Excepté cette touffe de cheveux, que nous leur avons remar-
Î uée sur la tête, leur corps n’a aucun autre poil.
i6s livres, pour jeter du merveilleux par tout, en font un phénomène singulier; mais le fait est, que par une superstition, commune à tous les Sauvages,ils se lesarrachent eux mêmes.dès leur jeunesse.etpar le procédé, qu’ils emploient, ainsi que par la constance, qu’ils y mettent, leur poil ne devient ensuite, qu’un duvet, ou un poil follet.
Vous savez que nos voituriers, et nos cochers, ont souvent la manie de croire, que la crinière de leur chevaux est hantée par des Diables, et qu’ils y font le nid ; qu’ils employent même les conjurations pour les chasser : eh bien les Sauvages, craignant la même chose, et n’ayant ni Saints, ni Æperges, pour conjurer leurs Diables, en évitent les effets, en coupant la cause jusqu’à la racine. Les Grecs et les Romains, avaient les mêmes préjugés, et des Rois Egyptiens avaient bien soin de les répandre parmi leurs peuples.
Vous serez étonnée. Comtesse, comme ces Indiens se rencontrent souvent avec les Anciens,
eiftvee les Modernes, quoiqu’ils habitent des contrées, qui étaient entièrement iiicotinees aux premiers, et qui 80i»t encore coueertes d’un brouillard épais pour les seconds. Il faisait encore bien froid, néanmoins les hommes n’étaient vêtus, que d’une' couverture de laine, ou d’une peau, qui leur sert le jour et la nuit. Ils la manient autour de leur corps, avec une adresse extraordinaire, comme le PaUinm. les Romains. Leurs chaussures, qu’ils appèlent Mokasim, faites en peau, ou de chevreuil, ou de budîiloe. ou d’élan, &c., sont précisément, ce qu'étaient les Péronés, les Cotkumi, les Mulet, les Calcei, des Grecs, et des Roaaatiis, Mais en été, ils vont, en ^néral, nus-pieds. hyver, ils portent une espèce de guêtres de peau, ou'de drap, qui leur surmonteeit les genoux, comme celles des Cimbres, du tems de Mari us ; ils, les appèlent ,^^/or. Une ceinture leur couvre la région lombaire. Tout le reste du corps est entièrement nu, la tête même, soit qu’il pleuve, ou qu’il grêle, soit qu’il gèle, ou que la canicule brûle la. terre. .
Leurs armes odènsives, sont l’arc, les flèches, la pique, la lance, comme chez les Anciens ; la hache, la massue, le poignard, comme les combattapa^u mojen âge; le casse-tête, le Tnmahawk,comme les Tartarêade Thamerlan; le fusil, comme les peuples modem^o > ; -iV '
Ils n’ont que le bouclier pour arme défensive; il est précisément comme celui des premiers Rdr mains, de cuir, rond, comme le dÿpeus, ou ovale, comme leur Sculum ; mais le rapprochement le plus singulier, c’est qu’ils'le peignent également comme ces peuples de l’antiquité, et, comme eux, jr fixent l’origine de leurs armoiries, ou bla-, son; car ils ont déjà commencé à peindre sut leurs tentes, et ailleurs, comme nous sur les porr tes, ou les murailles de nos manoirs, les mêmes hiéroglyphes glorieux, qui jadis, n’étaient priots, que sur les boucliers. J’en possède un, Cototesse,
qui est de plus tout orné de plumes, et qui porte la tête du Manitou du héros, qui me l’a cédé, une tête de canard sauvage, au mojen de 'laquelle il espérait, peut être, pétrifier ses ennemis, comme Persée avec la tête de Méduse.
L’Ephod, du mot aphael en Hébreu, qui si^i> fie habiller, élait une espèce de tunique raconreie avec des manches larges. Il fut d’abord uniquement à l’usage du Grand Prêtre Juif, qui ne pouvait faire aucune fonction sacerdotale, sans être revêtu de cet ornement; il fut ensuite comme
Î tresque prophané par David, qui osa s’en habiter ; toute la F amillede Gédéon, s’en servitaprès, avec irrévérence; etildevintà ladiode,pourtouteB les femmes de qualités, quand cette nation se livra à l’idolâtrie. Il passa de l’Asie en Grèce, de là à Rome, et finalement dans ces pays Sauvages; car l’espèce de Tunique racourcie, à manches larges, qui couvre jusqu’à la ceinture les Sauvagesses Saukis, est précisément comme l’Ephod. Des plaques de métal blanc, attachées sur la partie, qui couvre la poitrine, semblent imiter les Fibulœ des Anciens, et représenter en même tems, par leur rondeur, l’emblème du Soleil, que les Péruviennes portaient aussi sur la poitrine.
Une jupe, serrée au corps, leur pend jusqu’au bas du genou, et une espèce de guêtres leur couvrent les jambes, comme les femmes des anciens Scytes ; leurs chaussures, ne diffèrent de celles des hommes, que par l’élégance, mais en- été, elles sont toujoure nus-pieds, et nues-jambes. Leurs formes sont assez attrayantes, tant qu’elles sont jeunes, mais ces ffeurs se fanent bien vite ; le soir succède au matin, sans qu’il y ait eu de midi; car ces pauvres femmes sont les porte-fais, les bêtes de somme des hommes. qui, disent-ils, se rendraient vils, abjects, méprisables, comme les Blancs,et perdraient de leur dignité, s’ils s’abaissaient à s’occuper d’autre chose, que de la chasse, et de la guerre. Il n’y a point d’es-
claves, qui le soyent plus, que les femmes dçs Sauvages. Elles sont regardées jivec un tel inépris, que la plus grande oflTense, qu’on puisse faire à un Sauvage, c’est de lui dire, vaju es une Squwaw, (une femme.)
Il est souvent de ces victimes du despotisme, inné, de l’homme, qui regardent le sort de leur sexe avec une telle horreur, qu’elles tranchent les jours de leurs filles, dès la naissance, pour leur épargner, par la mort, une vie si malheureuse. Les femmes ont beaucoup de cheveux, et les nouent en ce qu’on appelé catogans, comme les chartiers, et les poissards du midi de la France. Elles vont aussi la tête découverte, et, pour le même usage, portent comme les hommes, une couverture, ou une pièce de gros drap hieu, ou rouge, de mode récente.
Les hommes et les femmes se barbouillent la figure de rouge, de jaune, de blanc, de bleu ; quand ils sont en deuil, ils se peignent, pendant un an, tout le visage, et même le corps, en noir; la seconde année seulement par moitié; et^ finissent enfin par se bigarrer en des formes différentes. Ils portent tous également, hommes, et femmes, des ornemens au cou, et aux bras. Les unes, ou de margantines, comme nous les appelons, c’est à dire de petites graines de verre calciné, ou des bijoux de composition, que les traiteurs leur vendent, en échange. Les autres des 08, des dents, des griffés de bêtes sauvages. Voilà bien du très antique et de l’ancien, du moyen âge, du moderne, et du très moderne.
Enoc assure, que, avant le déluge, l’Ange Azaliel apprit aux filles l’art de se farder ; Isaïe en parle à l’égard de celles de Sion ; les femmes Grecques et Romaines l’empruntèrent des Asiatiques, et Juvenal peint de blanc, et de rouge les prêtres efféminés d’Athènes. St. Ambroise crie hautement contre la vanité de cette toilette ; le fameux moine Hildebrand, Grégoire VII, re-
proche ce vice, avec bien d’autres, aux feoiiDes de sou tems, ^ur mieux exalter les vertus de Mathilde, qui lui eu tut bien reconnaissante. Avant le Czar Pierre le Grand, les Moscovites - SC bariolaient le visage de toutes sortes de couleurs ; encore aujourd’hui, une grande quantité de peuple de l’Asie se le barbouillent de même, et nos dames, et même nos damoiseaux, se mouchent rarement, sans laisser sur leurs mouchoirs quelques feuilles des roses de leur teint. Ce qu’il ^ a de singulier, c’est que l’antimoine est l’ingredient du tard le plus ancien, et il l’est encore du vermillon, que les Sauvages regardent comme le fard de grande parade.
Que les Sauvagesses portent des colliers, corames les Grecs, et les Romains, il n’y a rien d’extraordinaire, car on en porte partout, mais ce qui est étonnant c’est, que précisément elles les otTrent aux mânes de leurs parens, comme les femmes de ces peuples anciens, et c’est ce que j’ai vu moi-même. Quant aux hommes, en portant des colliers, &c. ils rappèlent les Egyptiens; mais, ce qu’il y a de plus frappant, c’est que leurs bracelets sont précisément comme les armilUt des Romains, et, comme eux, ils les portent à la partie supérieure du bras.
Je vis déloger une de ces Tribus pour changer de domicile, ou de bois. Dans une demie heure, tout fut prêt à partir.
Les lustret, la ganlerobe, le butlèt, la vaisselle, la batterie de cuisine, occupèrent le centre du canot; la maison, c’est à dire les nattes, et les peaux pour la tente, les couvrirent ; les enfans; les chiens, les ours, &c. furent placés contre ; les hommes, de deux côtés; et les femmes remplirent, aux deux extrémités, les fonctions de pilote, et de matelots : cependant les hommes rament aussi, quelquefois.
Leur batiment est un tronc d’arbre creusé, et les rames rappèleot celles de nos premiers pères,
corame les rames, que les Artistes placent entre les mains des figures peintes.ou sculplées. qui représentent des llivières. La manière aisée, dont ils manient ces Liburniques, est surprenante ; et on est étonné, comment, si étroites, si roulantes, et si chargées, elles ne renversent, que très rarement.
Le 1 l,au soir, nous partîmes du Fort E<lward, où les officiers nous comblèrent de politesses; mais nous fûmes bientôt de retour, car le steamb Mi, trop chargé, ne put franchir un passage très difficile, et très dangereux, à un endroit, qu’on appèle le milieu des rapides du Moine, à neuf milles au-dessus du Fort. Le Ciel nous délivra d’un écliouement sur un roc, qui aurait pu briser le steam-boal, et ne l’endommagea, que très légèrement.
Le 12, pendant qu’on apprêtait le steam-boal, je fis une petite partie de chasse. Je tuai un serpent monstrueux, presque tout noir, tacheté de jaune.
Les Sauvages i’appèlent Piacoiba, (animal terrible.) Us le craignent plus que le serpent à sonnettes, quoique sa morsure ne soit pas si dangereuse, pareequ’il se glisse en silence, et itisidieusement dans les ronces et dans l’herbe, et attaque à l’improviste, tandisqiie l’autre s’annonce de loin par le son de cette espèce de nacres, dont la Providence a garni sa queue, le l’homme ait le tems de fuir son ap-
i conservé la peau, pareeque, autant que je puis m’en souvenir, je n’en ai jamais vu de semblables, dans les Muséums, que j*ai visitée dans ce monde, et dans le nôtre.
Les Sauvages à la vue de ma prise, me fêtaient comme -un .^a/itVou bienfaisant. Leur nudité. et leur vie errante, leur fait craindre grandelaenl les WMiaenduska, (les reptiles:) néanmoins, aucun d’eux n’ose les tuer, car, les croyant des
pour qi proche.
J’en i
esprits nialfaisans, ils craignent que, les ayant tués, ils n’attirent toutes sortes de malheurs sur leurs familles, et sur leurs camps.
Le jour après nous parvînmes, quoique avec difficulté, à franchir ces rapides, qui continuent l’espace de presque de 21 milles, au haut desquelles nous vîmes un autre campement de Saukis, sur le bord oriental.
A 9 milles plus haut, on voit sur le bord occidental les ruines du vieux Fort Madison.
Le Président de ce nom y avait fait établir un entrepôt d’articles de première nécessité pour les Sauvages, pour les échanger pour leurs peaux. Le but du Gouvernement était de fixer, par son exemple, les prix justes parmi les traiteurs, plutôt que de faire une spéculation ; car, dans les Etats-Unis, tout le monde est marchand, excepté le Gouvernement ; mais craignant, peut-être, d’entraver le commerce des particuliers, il a retiré ses factoreries, et ses agens, et laissé le champ libre à la Compagnie S. O., qui, réunie à une autre, qui la menaçait de concurrence, et d’opposition, exerce son empire, et le monopole dans
rincipaux centres d'opérations à St. Louis, et à lichilimakinac, sur le Lac Huron.
A peu de distance de ce fort, on trouve, du même coté, la Rivière de la Bête Puante, et plus loin, celle des Yahowas, du nom de peuples sauvages, qui l’habitaient. Elle est à 97 milles du Fort Edward, à .300 de St. Louis.
La campagne commençait à reverdir : les prairies, les bosquets, les forêts, à se ranimer au retour du printems. Jamais je n’avais vu renaître la Nature plus belle, et plus majesteuse, que dans ce vaste séjour du Silence, et de la Solitude. Jamais, le chant des oiseaux ne m’avait annoncé aussi expressivement le renouvellement de leurs innocentes amours. Tous les objets, qui m’en-
DTi
TÎronnaient, étaient aussi nouveaux pour mon àme, que pour mes yeux. Tout respirait cette mélancolie, qui, tantôt douce, tantôt amère, exerce une si forte influence sur les Etres sensibles. Combien de fois ai-je senti le besoin d’être seul, et combien de fois ne l’ai-je pas désiré !....
Des îles boisées, placées avec soin par la Nature, en variaient continuellement le tableau; le cours de la rivière, redevenu égal et uni, réfléchissait, comme un miroir, les rayons éblouissans du soleil. Des coteaux rians faisaient un charmant contraste avec ces prairies immenses, qui semblent des Océans, et dont d’assemblages isolés d’arbres touffus rompent la monotonie. C’est au milieu de ces scènes ravissantes, que, de la rivière Yabowa, nous arrivâmes à un endroit, qui offre de loin la perspective la plus nuancée, de ce qu’on appèle Rocky Island, l’ile des Rochers, à 372 milles de St. Louis, et 160 du Fort Edward. Le Fort Armstrong y est construit sur un plateau, à environ 50 pieds d’élévation au dessus du niveau de la rivière, et présente au spectateur, qui la remonte, des épisodes magiques. Il a reçu son nom de Mr. Armstrong, secrétaire de la guerre, lorsqu’il fut construit.
L’embouchure de Rocky River, qui aflSue à l’Est, avait ses bords parés par un campement des Foxes, ou Renards, sauvages, qui ont les mêmes traits, les mêmes habitudes, les mêmes armes, les mêmes costumes, et le même langage, que les Saukis,et sont leurs alliés,en paix, comme ea guerre. De l’autre coté du Mississippi, sur le bord occidental, une colline ombragée d’arbres,et<l’arbustes, embrasse, en demicercle, une
Î daine fertile, qui est soigneusement cultivée, par a garnison, en champs et en jardins potagers.
Le canon du Fort salua de 4 coups notre arrivée, et les Indiens noos firent la même politesse avec leurs fusils.' L’écho, qui les répétait mille
ibifl, contrastait admirablement avec le silence de ces déserts.
Nous y arrivâmes vers le midi du 13. je profit tai de raptès-dîner pour aller voir, à 3 milles, à l'Est, le campement le plus considéra Me des Saukie, et qui est le seul, qu'ils habitent le plus constamment, pendant les mois de Pété.
Ce fut dans cet espèce de village, que je vis pour la première fois, l’adresse, avec laquelle les Sauvages- manient leur arc.
, Des eninns, de 9 à 10 ans, emportaient de leurs âêcliea, souvent au second coup, une petite pièce de 6 sous, que je leur fixais pour bot. à la dis* tance de 23 pas ^ et je fus obligé de le porter à 33, car, sans cela, ils m’auraient bientôt dégarni la petite bourse, que j’avais remplie à cette fin. Ces chefs nous oflTrirent un petit rafraichisse* ment ; il consistait en viande d’ours séchée à la fcroée, que je trouvai plus délicieuse, que nos jambons, et des racines, qui ressemblent à celles de chicorée, mais qui sont moins amères, et très savoureuses ; ils les appèlent Pokinotà.
Ils avaient fait leur toilette, et leurs visages présentaient des spectacles de toutes les cou* leurs, 11 y en avait, qui. rappelaient, de bien des manières, les mystères des anciens Prêtresi Egyp* tiens, par des hiéroglyphes,' qu’ils avaient peints sur leur corps : ceux (pu nous donnèrent la danse, qu’on appèle de Medicioe, ou Wakoa^Waià, en étaient couverts.
Commo les Indiens de ces contrées n’ont ja* mais connu, que des Français, des Âi.iglais, des Espagnols, et des Américains, et br>riient leur monde mrx seules régions, que ces peuples habitent, cet Saukis demeurèrent fort étonnés, en apprenant, que je n’appartenais à aucune de ces quatre Nations. Je leur fis croire, o^ue j’étais du Monde de la Lune^ et alors leur étonnement se ehangea presqu’en vénération, car ils adorent cet astre, comme une Divinité bienfaisante, qui éclaire
leurs chasses, leurs pêches, et leurs voyages de nuit. Il parait, que tout ce qui est utile, rôt un objet de culte dans tous les pays du Monde.
Cette danse de Meilicin€ est un mélange de politique trompeuse de quelque fourbe, et de folie superstitieuse de quelque crédule imbécille.
On y voit quelqu*’image des mystères d’Eleusis, et de tant d’autres, qui font aussi fermenter l’esprit des Modernes.
Un parallélogramme, formé par une petite bar- • ricade garnie de peaux, renferme les initiés aux mystères : les profanes peuvent demeurer spectateurs, mais en dehors.
Ayant envie de tout connaître, je voulus essayer quel aurait été le résultat d’une introduction clandestine, et je m’y glissai. J’en fus chassé, quoique fils, ou sujet de la Lune.
Une espèce de Président, la têtè ornée de plumes, et de deux cornes de bulfaloe, dont les pointes penchaient en dedans, comme celles de la mitre d’Aaron, et de Melchisedech. entouré d’une troupe de musiciens, est placé à l’Orient de l’enceinte. A l’Occident, deux guerriers, armés d’arc et de flèches, surveillent la porte. Un maître de cérémonie, avec un casse-tête à la main, sè tient debout dans le centre, et reçoit les ordres du , Président. Les élus, et les élues, (il y avait aussi des femmes,) sont assis au Nord et au Sud, prenant, je crois, chacun le rang dû à leur ancien- •neté. ou à leur grade respectif. Un Orateur, ( U en faut un partout,) placé à quelque distance Sur la gauche du Président, élevait à chaque instant ses sourcils, comme animé d’inspiration céleste, et témoignait, par tous les mouvemens de son corps agité, l’impatience ardente, où il était, de parler, et de s’entendre dire bravo. Il n’y a point de secrétaire, car les Sauvages n’ont point dé langue écrite. C’est un grand- défaut; partout ailleurs, une séance, sans procès verbal, serait absolument sans authenticité, et nulle. ;
J’ignore ce que le Président disait, en ouvrant ia séance, car personne n’y entendait goutte, pas même, je pense, ses Néophites ; niais il est certain, que l’Orateur, qui prit presqu’ausiitôt la parole, doit avoir très bien parlé, car il égalait, en emphase éloquente, les deux grands Orateurs d’Athènes, et de Rome. 11 est étonnant de voir tant de feu et de vigueur dans les harangues des Sauvages, lorsqu’on sait combien ils sont naturellement taciturnes, et apathiques dans le commerce de la vie. Quelquefois ils sont si vivement inspirés par leurs génies, qu’ils tremblent de tout leur corps, comme les Shaking-Quakers.
Je n’ai pu savoir, ni deviner l’oracle de son discours, mais je crois, que chez ces peuples superstitieux, comme chez .tant d’autres, le fanatisme tient lieu de raison, l’aveuglement de croyance. J
Ensuite, à un signe du Président, les musicieps jouèrent de leurs cornes, et de leurs tambours ; ceux-ci, frappés avec une baguette doublée de peau, rendent un son très touchant ; mais les JVentVe, et les Ululatut, auxquels ils donnaient la mesure, écorchaient lesoreilles,et épouvantaient
A œtte belle musique, le Président, les Surveillâns, l’Orateur, les Elus, et les Elues, for- Boem une chaîne en rond, et le Maître de cérémonies, en dirige, du milieu, les formalités. Chacun d’eux porte dans sa main droite une peau de loutre, ou de castor, ou de quelqu’autre animal semblable, faite en forme de sac, ouvert aux deux extrémités, et au moment, où le Président lève le sien en l’air, la Crrande Cérémonie commence.
Le Président disant des contorsions épouvantables, et, balbutiant, avec ferveur, des prières éjaculatoires, souffle le premier dans son ÿac, dont le bout opposé est tourné vers son voisin, à droite. Celui-ci, à ce trait, tombe soudain par terre, pea importe dans quel sens, car il est
censé mort. Il ne reprend la vie, qae petit à pe* lit, au fgr et à mesure, que son exorciste, le même, qui l’a terrassé, prononce des formules expiatoires, qui opèrent sur lui, comme une espèce de Galvanisme; alors le revenant, ou revenu, demeure entièrement purgé abomnîmaculâ. Quoiqu’il ait toujours le même corps, ce sac, et la cérémonie, lui ont donné une nouvelle âme :
doctrine tout à fait contraire à celle de la Métempsycose. qui fait passer une vieille âme dans un corps nouveau, et opposée même à la croyance de plusieurs Nations Sauvages, qui en mourant, semblent partager la profession de foi des Pythagoriciens.
S’il m’est permis de bazarder mon opinion sur toute cette comédie, je pense, que cette danse de Medicine n’est qu’une medicine spirituelle préparatoire dans cette vie passagère, pour pouvoir mieux aspirera une vie céleste, et éternelle.
Après le Président, et son voisin, les autres personnages de la chaîne mystique, deviennent successivement actifs et passifs, jusqu’à ce que le Président lui-même tombe, meure, et renaisse à son tour, et ferme la marche de la danse, en déclarant, que la séance est levée.
J’attendais, que mes philarmoniques, et mon maître de cérémonies, jouassent aussi le même rôle, mais, ou ils ont quelque autre remède pour se purger, ou ils se purgent par communication, comme les corps attirés par la force de l’électricité.
Que n’ai-je été peintre. Comtesse ! Mais peutêtre alors je n’aurais pu observer, que superficiellement. On a beau dire, mais Pangloss est un grand homme ; si l’on considère bien, tout est vraiment pour le mieux. 11 n’y a qu’une seule exception vous la connaissez. Comtesse.
Au milieu des scènes si risibles, j’ai beaucoup souffert, de ne pouvoir rire. L’Interprête, qui voyait mon penchant, et mes souffrances, me di-
iit, qv^wne telle faute anrait pu me mériter oa Jiutada Fé. • Un d’eux èn avait tant tait,«Elianftsee convulsions d’énergumène, qu’il s’était déchiré tout le visage ; peut-être pour servir de procès . verbal de la séance, (faute de secrétaire,) jusqu’à ce qu’un autre le renouvelle. . j; <
On m’a dit, que pour être admis à cette conlrérie, il faut avoir des qualités' requises,' et que celle de rêveur heureux est la plus méri^ toire. Nos jo.ueurs de loteries, et nos faiseurs de politique pourraient j aspirer avec succès.
OniB’a aussi dit. que 'les rescipiendaires font des offrandes considéraMes, et que quelquefois ils sont même forcés de se dépouiller de tout*céqu’ils possèdent en faveur <dé l^dre. Il est des systèmes religieux, qni sé rencontrent partout^ et dans tous les tems : il parait, que pour sauver l’âme, il faut payer dans les tems moderoes^ comme dons lee anoiens) dans le nouveau, comme dansie vieux sMude;- panai les Sauvages, comme obes les peuples civilisés. Entin, on a voulu me faire croire, et je l’ai cru, que dans de camp, comme dans tant d’autres, quand ils sont permatiens pendant une poHion de l’année, il est desloges, où <les âlles sont chargées de veiller à la conservation du fou, qui y brûle au milieu; comme les .Vestales de Rome, -celles du Peru, 1er gae«' diens do Prytanée d’Athèrieé. ët les Guêbree. -ft parait qu’ils le consacrent au Soleil, ou qu'ils lé regardent comme l’emblème de cet astre vivb^ fiant. , --VS-
Un sac aussi miraculeux, que le sac de Medi~ cine, méritait ^on attention, et je fis tout moti‘ possible pour en obtenir on. Mais la grande vénération, <|ue je témoignais pour les prodiges^' qu’il opérait, n’aurait abouti ‘à rien, si je'n‘*e«asé pas fait un présent de boti Wliiskey. et à celui' qui me le céda, et au -Grand Prêtre, afin qu’il y consentit. Ce fut la première fois, que je m’a- • perçus combien les liqueurs fortes sont un app&t
paiftsant, et,<' comme vops vèrrez, bien funeste pour ces peuples Sauvages.
Noos partîmes le lendemain de Rockj-Island, où ces Messieurs de la garnison se sont montrés aussi polis, que ceux du Fort Edward.
Les Rapides, que Fon rencontre au-dessus de cette île, qui a trois milles de long, du Nord au Sud, sont plus forts et plus longs, que ceux du Moine ; et si la Providence ne fût pas venu à notre secours, en faisant augmenter pendant deux jours les eaux de la rivière, le steam-boat serait peut-être encore cloué sur le roc, sur lequel nous avions échoué.
Pendant qüe le capitaine accordait quelque repo^'è'Féqtiipage, qui était exténué de fatigue, je m’eiilbnçai, Comme à l’ordinaire, dans les forêts.' Ghi avait déjà commencé à croire, que j’allais devenir Sauvage ; et le capitaine avait fait tout son possible pour que cela ee vérifiât. Mais cette foie-ci, je pris mieux mes précautions.
Lo'sort me fit’ rencontrer presqu’aussitût un serpent à sonnettes. Il me fuit d’abord ; il s’arrêta ensifite, et était à me regarder an moment,* où je le tirai à la tête ; j’en possède la peau. Il a presque 5 'pieds de long, et 12 sonnettes; q^qce ta tête soit écrasée, il laisse encore voir Idt^elèmo orgarfiqoe de sa bouche. Il inflige la miorsute' MsOmMè, ’Ovee une dent, dont il se sert; comme un l^t fiiit de ses griffes, fl la trempé* dans' le poison, en la passant, au ihoment qu’il mord, à travers la vessie, qui le contient.
• ‘A six milles aii-dessos des Rapides nous trouvâmeSHne autre tribu dé Renards, campée sur le bord occkfeiital. Ils voyaient dans le rfeombont. ce que je voyais en eux. la lanterne ma-
f ique. rffuS haut, après avoir passé les rivières iB ’Pomftie, et la Gardé, qui’affluent à l’Ouest, un endroit,' qu'mi appèle les Têtes de Mort, fût un jour un champ de batarlle.où les Renards défirent les Kikassfas,*et plantèrent leurs têtes.
comme des trophées de leur victoire et de leur valeur.
Nous nous arrêtâmes à l’entrée de la rivière de la Fièvre, nom qui s’accorde avec les effets ' du mauvais air, qui y règne. ,,Elle descend d»
‘ l’Est, et est navigable l’espace d’environ 100 milles.
A septmilles de son embouchure, les Sauvages autrefois ramassaient du plomb, qu’ils rencontraient partout sur la surface de la terre, et se ■ bornaient à en faire des balles pour leur besoin; le Gouvernement, qui ne perd jamais de vue ses intérêts, lorsqu’une bonne occasion se présente, acheta, ou obligea les Renards à lui vendre ces terres, l’étendue de 15 milles carrés, affn de tirer partie de ces riches mines ; et en accorda l’exploitation à des entrepreneurs, qui lai payent le dixième du plomb, qu’ils en tirent net. 11 y a établi un Agent, pour veiller à ses droits.
Une famille tout entière a déserté ses pénates, dans l’intérieur du Kentucky, et y est venue s’établir de plusde 13 ou 14 cents milles; elle était sur le steam-boaÉ, armes et baga^s, chats et chiens, poulies et dindons ; et les en&ns avaient aussi les leurs. Il est étonnant de voir, avec quelle facilité, avec quelle indifférence, les Américains entreprennent des émigrations lointaines, et difficiles. Leur esprit de spéculation les conduirait jusqu’aux Enfers, si une autre Sybille leur en ouvrait le passage, surtout si c’était avec un rameau d’or.
Un chemin de traverse me conduisit à ces mines en très peu de tems. Les rochers sont de plomb, et le minerai rend de 75, à 80 pour cent.
Le site est une Thébaïde.
Je félicitai cette bonne famille sur la prospérité, qu’elle semblait se promettre, et je souhaitai à Mad. R beaucoup plus de bonheur dans
les missions bibliques, qu’elle se proposait de faire parmi ces Sauvages, qu’elle n’en avait eir
aur le steom-boat: Un jeune homme s’était solennellement moqué d’elle, et de la conversion, qu’elle voulait auparavant essayer sur son cœur. C’est une de ces bonnes femmes, qui se donnent . à Dieu, quand elles ont perdu tout espoir de plaire aux hommes ; et dont la ferveur devient mystique, comme celle de tous les Méthodistes, en général.
J e m’arrête enco re un instant à ces mines, pour vous apprendre, tel, que je l’ai appris, un des plus grands phénomènes de la Nature.
On y a tué un serpent à sonnette, qui avait 140 petits datis son ventre, et plusieurs de ceux-ci . en portaient d’autres. C’est le Major Anderson, l’agent des mines, homme incapable d’en imposer, qui me l’a assuré d’une manière positive, et comme témoin du fait. Des traiteurs m’ont ajouté, que ce cas n’est pas le premier.
Douze milles plus haut sur le bord occidental du Mississippi, on trouve d’autres mines de plomb, qu’on appèle les mines de Dubuques.
Un Canadien de ce nom était l’ami d!une tribu de Renards, qui ont dans ce lieu une espèce devillage. En 1788, ces Sauvages lui accordèrent, la faculté d’exploiter ces mines. 11 y fit des établissemens, qui fleurissaient, mais les Parques tranchèrent ses jours et sa fortune.
Il n’avait pas d’enfans ; les Sauvages n’aimaient que lui, et pour se debarasser, au plus tût, de ceux, qui les obsédaient pour lui succéder, ils brûlèrent ses fourneaux, ses magasins, et sa maison, et ils firent voir, par cette mesure énergique, et persuasive, qu’ils ne voulaient d’autres- Biancs, parmi eux Peuples Rouges, que ceux, qu’il leur plairait d’agréer.
Les parens, et les créanciers de Dubuques,
Ë rovoquèrent une délibération du Congrès des tats-Ùnis, afin, que la propriété de ces mines leur tut adjugée ; on dit, que leur réclamation était fondée sur un traité de cession, ou d’acquL
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ùtion, passé Piitre Dubuqueset les Indiens ; que ce traité avait été saiictioiiné par un acte du Baron de Caromlelet. alors Gouverneur, pour l'Espagne, de la Louisiane à l'Ouest du Mississippi, et que le Générai Harrisou l’avait confirmé, lors qu'il en prit possession pour les Etats-Unis, en 1Ü04 ; mais le Congrès jugea en faveur des Sauvages. Ce qui est aux Sauvages est, en quelque sorte, aux Etats-Unis, et il n'est pas ordinaire, qu'on juge contre ses propres intérêts. Augiiste s’abstint de statuer dans une cause, où il aurait été partie et juge ; et il perdit son procès. Un Cuuvernement aussi libérai, que celui des Etats- Unis, aurait dû l'imiter.
Les Sauvages gardent encore ces mines exclusivement pour eux, et avec beaucoup de jalousie; tellement, que j'ai dû avoir recours au Toulpuissant ordinaire, au Whisltey, pour obtenir de les voir.
Us coulent eux-mêmes le plomb dans des trous, qu'ils creusent dans le tuf, pour le réduire en saumons. Ils les échangent avec les traiteurs contre des articles de première nécessité ; mais ils les leur portent eux-mêmes de l'autre côté de la rivière, et leur défendent de la passer.
Malgré toutes ces précautions, je doute que ces Sauvages gardent encore longtems ces mines, car elles sont trop riches, et- les Américains trop spéculateurs.
Dubuques repose, en roi, dans une caisse de plomb, renfermée dans un mausolée; ces Indiens le lui ont érigé sur le sommet d'une petite colline, qui surmonte leur camp, et domine le fleuve.
Cet homme était devenu leur idole, parcequ'il avait, ou il leur avait fait croire, qu’il possédait un antidote contre la morsure des serpens à sonnettes. Il n'y a que des prestiges, qui puissent rendre les Gens Rouges ami des Blancs, car, et par instinct, et par des sentimens, transmis de père en fils, il les méprisent, et les détestent cordialement.
Un Monsieur, très respectable, qui était l’ami de Dnbuqiies. a voulu me persuader, que ce Jongleur prenait entre «es mains les serpens à sonnettes, et que, en leur parlant un langage infpératif. et à leur portée, il les apprivoisait, et les rendait doux comme des colombes. Je me bornai à lui observer, que je croyais tout celà, parcequ’il me disait l’avoir vu lui-même, mais que si je le voyaisde mes propres yeux, je ne le croyerais pas.
Ces peuples, quoique si fiera de leur indépendance, avec une telle dose de supersililion, qui est toujours la compagtie de l’asservissement, deviendraient les plus vils esclaves, si l’on parvenait à les civiliser à la mode des Jésuites. Et effectivement, ces reverends pères avaient réussi à en faire ce. qu’ils voulaient, des Sauvages de’ la Plata, jusqu'à les révolter contre la >qui les abrite maintenant sous ces mêmes trônes, sous lesquels elle les écrasa, et qui sera peut-être encore un jour la victime ou de leur imprudence, ou de leur ambition.
Toutes les fois, que ce corps mystique se présente à mes pensées, je ne pois m’empêcher de gémir sur l’aveuglement, ou la fausse politique, qui travaille pour le rétablir dans la Domination du Monde.
Pour juger de ce qu’il a été, il suffirait de rappeler ce que tous les Potentats de la Chrétieneté, et un Pape éclairé, ont déclaré contre lui d’un commun accord ; ce qu'en avait déjà dit Urbain VIll, en 1630, en supprimant l’ordre scandaleux des Jésuitesses: mais l’idée, que ces Loyolistes étaient les ennemis mortels de tous les autres corps religieux, rien que parcequ’ils étaient plus religieux qu’eux, et qu’ils opposaient des obstacles au despotisme universel, qu’ils organisaient égalemént contre les consciences, et contre les Empires, devrait seule convaincre l’homme le plus obstiné, et le plus fanatique.
Je ne suis, et ne puis être, l’ennetni personnel des Jésuites, car j'étais encore dans le sein delà Nature, lorsqu'ils lurent chassés de tout le Monde Catholique, mai» étant l'ami de la tranquillité publique, et de la Religion, je ne puis être le leur. Ces pères, tout en professant la pauvreté, la modestie, et la compagnie de Jésus, s'étaient emparé de toutes les cours, et, ajant influé sur tous les vices, qui y régnaient, peut-être pour mieux parvenir, en les rendant méprisables, à l'accomplissement de leurs vues ambitieuses, ils ont été une des Grandes Causes de toutes les Révolutions, qui ont affligé, et affligent encore la
{ >remière, et ils ont porté des fortes atteintes à a seconde, en répandant un zèle de métier,et des grands scandales, par le monopole, qu'ils cherchaient à combiner sous leur pouvoir, et du commerce, et de la foi.
La morale de Jésus Christ, a dit un St. Père, est pure et sévère, mais simple et populaire; il n'en fait pas une science profonde et exclusive ; il la réduit en maximes, la met à portée des plus jgnorans, la conflrme par ses exemples. Doux et affable. indulgent, miséricordieux, charitable.ami des pauvres et des faibles, il n'aflTecte ni une éloquence fastueuse, ni un rigorisme outré, ni des mœurs austères, ni un air réservé et mystérieux. II promet la paix et le bonheur à ceux, qui pratiqueront ses préceptes, mais il n’entreprend pas de les forcer : il veut que la foi soit raisonnaNe, mais libre; il n'a en vue, que la gloire de Dieu son père, la sanctification des hommes, le salut et le bonheur du Monde. Il est pauvre, modeste, et son règne n’est point de ce monde. Qu’ou examine jusqu’à quel point les Jésuites ont suivi de telles maximes.
Maintenant l’on dit, qu’ils sont nécessaires au motide corrompu. Ce n’est point par des opiniâtres, des intolérans. des ambitieux, que Jésus- Christ avait résolu de réformer l'CuiverS) etties
apôtres etix-mêmes ont montré le contraire. De tels hommes ne sont tails. que pour le plonger d’avantage dans le «lésordre, et dans le malheur, partout oi'rils peuvent influencer les Rois et les peuples: c’est pourquoi les Atiglais otil tant contribué à les faire rétablir, sur le Continent ; et pour mieux masquer leur politique ^ngui crtnite, ils tout semblant de les tolérer eux-mêmes dans leurs Etats; mais ou parce^u’ils aiment toujours d’avoir chez eux une pépinière de toute sorte d’éléme||9 de discorde, prêts à être lâchés contre les Continents, qui ne sont pas les leurs, ou parcequ’ils savent, que, chez eux, ils ne peuvent rien entreprendre.
Ma plume demeura interdite pendant environ 40 milles, et mon âme et mes yeux embarrassés sur le choix, à l’aspect de diflfèrens tableaux, qui me frappaient, à chaque pas. d’étonnement. Mais un endroit, qu'on pourrait appeler Longue Vue, la décida sans plus hésiter.
Douze petites montagnes isolées, se montrent en déhié sur le bord occidental, et saillent graduellement l’une après l’autre, comme des coulisses. Des petits vallons les entrecoupent, et chacun a son ruisseau, qui le partage, et qui réâéchil dans ses eaux limpides la beauté des arbres qui le bordent. Les traita de ces collines sont entremêlés de sombre, et de riant, et celles, qu’on voit au fond de la scène, se cachent magiquement dans le brouillard transparent de l’horizon. Sur le bord oriental, une prairie verdoyante conduit, en s’élevant petit à petit, à une perspective lointaine, formée par une petite chaîne de montagnes escarpées, qui la bornent. Des petites îles, parsemées de bosquets touffus, parmi lesquelles le steam-boat passait en serpentant. offraient des parterres ravissans. 11 est ditâcilede trouver ailleurs un tableau, où le doux, et le romantique dominent avec tant d’alterna* tive, et en même tems avec tant d’accord. On
croirait, qu’il a été tracé par l’art aidé de la Nature, ou par la Nature aidée de la main de l’art.
Un peu au dessus de la rivière Turkey. (ou Dindon,) qui descend de l’Ouest, et offre une longue navigation dans les terres entre la rivière St. Peter, et le Missouri, on trouve un vieux village, ou campement, que les Renards ont abandonné. C’est là, que finit la prétendue jurisdiction territoriale de ces Sauvages ; je dis prétendue, car tous les Sauvages chassent partout, où ils ne trouvent point d'obstacles, ce qui çst, quelquefois, la cause, ou le prétexte des guerres sanglantes, qui les détruisent sans cesse.
Le vrai nom de ces Sauvages est Onthagamis.
Celui de Renards est un sobriquet donné par les premiers F rançais, qui découvrirent cescontrées, peut-être, pour caractériser en eux les qualités de cet animal, et etTectivement ils ne sont pas sots. Leur nombre a beaucoup diminué. On n’en compte maintenant, qu'environ 1600, distribués en quatre tribus, comme les Saukis.
L’Owisconsing est une grande rivière, qui remonte à l'Est. A 300 milles de son embouchure,, elle communique, par le moyen d’un portage, avec la rivière taxes, et conséquemment avec la Green Batf dans le lac Michigan, où cette dernière se jette. Par cette communication, elle est le canal principal du commerce de pelleteries, de toutes ces contrées Sauvages, par la voie de Micbilimakinak et des lacs, avec le Canada, et New-York; et le village de la Prairie du Chien, qui est situé à 6 milles plus haut sur le même bord oriental, en est un entrepôt considérable.
Après avoir parcouru un espace d’environ 670 milles, toujours au milieu de déserts, cet endroit se présente comme par enchantement, et le contraste est d’autant plus frappant, en ce qu’il annonce une certaine civilisation ; la langue Française est la dominante, et on y est très bien reçu.
Digitizeci [ Go.pj;le
Il tire son nom d’une fnmille Indienne, que les premiers Français y trouvèrent, qui s’appelait Kisigad, ou chien, car presque tous les Sauvages se distinguent sous des noms de quelques bêtes, qui sont souvent leurs manitoux particuliers.
Les Américains devraient regarder ce village comme un des points des plus historiques de la dernière guerre contre les Anglais. C’est le seul endroit, où Ce Heuplc Généreux observé les conditions d’une capitulation pendant la dite guerre.
La garnison, que le Général Clark y avait placée, dans un mauvais fort en bois, nommé Cravvford. pour paralyser, autant que possible, l’influence, et les intrigues, que les émissaires Anglais exerçaient dans ces forêts, afln d’augmenter le nombre des Alliés de la Grande Bretagne, après avoir opposé une résistance héroïque, fut forcée de se rendre, mais à des conditions honorables. La principale était d’empêcher les massacres ordinaires des Sauvages, leur commilitones, sur des prisonniers satis défence, et confiés à la foi, et à la sainteté des traités.
Ce Colonel Anglais, qui commadait l’expédition. tint parole, quoique envoyé par ce fameux Général Procter, qui voyait, avec une froide indifférence, fumer à chaque instant du sang Américain, le tomahawk, et le couteau de ces Barbares.
Cikago, Pigeon-Roost, Frenchtown, les Forts Milden, et Meigs rappèlent des cruautés, dont les détails vous feraient frissonner d’horreur. Le cœur du Capitain Wells fut rôti et mangé; le corps tout entier d’un chirugien servit à un banquet de nombreux convives,,et on n’épargnait pas même ces enfans innocens, que la Nature cachait en vain aux yeux de ces cannibales dans le sein de leurs mères. Le 'spectacle horrible du massacre et du carnage, était tel, que Thecumseh. ce général du Roi George, ce frère du Grand Prophète, dont je vous ai parlé sur l’Ohio,
se sentit plus d’une fois forcé de s’écrier : arrêtez ! de la part du Grand Esprit. Les mânes de nos frères sont assez vengés.
Un Sauvage barbare, non seulement sût se montrer moins cruel, que Procter, mais à la bataille du Taraes. où le Général Uarrison triompha de cette armée sanguinaire, il sût aussi mourir «le la mort des héros; tandisque Procter fuyait en lâche, abandonnant et les Sauvages et ses soldats à la fureur de la vengeance, qui aurait dû tomber toute entière sur lui seul.
Son cheval, interprète de sa conscience, le sauva d’une fin ignominieuse, qui aurait dû servir d’exemple à tous ces montres, qui foulent aux pieds les droits des Gens, et de rHumanité.
La Prairie-du Chien, est le rendez vous d’une quantité de Sauvages, qui y arrivent en automne, pour demander des provisions d’hyver, et au printems. pour traiter avec leurs créanciers, et donner leurs peaux en payement. Ils sont plus exacts, que les Blancs ne le seraient, s'ils vivaient, comme eux. sous le seul régime de la loi nalufelle. sans autres moyens de raisonnement, que l'arc et les flèches, le couteau et le fusil.
J’y ai vu aussi des Winebegos, qui se distinguent de presque tous les autres Sauvages par leur visage plus sombre, et plus féroce ; qui passent pour les plus méchans ; et aussi étaient-ils plus inlimemetit liés avec Procter.
Leur chef Maï-Pock, pour mieux lui faire sa cour, se présentait toujours à lui avec un collier formé d’oreilles, de nez. et de péricrânes Américains. Je l’ai vu, et me suis refusé de lui toucher la main ; ce qui est un crimen ksœ, chez les Sauvages. C’est celui-là même, qui régalait ses amis de chair humaine.
On prétend, que ces peuples viennent des pays septentrionaux du Mexique; et vraiment ils parlent une langue particulière à eux. et sont les seuls amis des Sioux, qui semblent avoir aussi
émigré du Mexique ; ils vaguent, et chassent vers les sources de Rock>-River. sur rOwisconsing, sur la Fox River, sur la Greeii-Bay, et sur te lac Michigan. Ils sont divisés en sept tribus, qui éparpillent leurs campemens d’été sur lesdites rivières. Leur nombre est aussi d’environ 1600. Les premiers Français les ont appelés P«o«s, de la mauvaise odeur, qui s’exhale de leurs corps.
J'y ai également rencontré desMenometiis.que les Français distinguent sous le nom de Folle Avoine ; parceque, plus sages que tant d'autres, ils récoltent en été une quantité d’avpine Sauvage, qui croit abondamment sur le lac Stinkin, sur le Kakalin, sur la rivière La Cross, où ils chassent, et fixent souvent leurs lentes; cellesci sont à peu prés comme celles des Saukis, des Renards, et des Winebegos; ils ont presque les mêmes habitudes, les mêmes costumes, mais ils passent pour plus industrieux, et moins barbares; dans la dernière guerre ils refusèrent souvent de se ranger sous l'étendard Anglais. Leur nombre n’est que d'environ 1200 âmes.
Je ne puis, et je ne dois quitter la Prairie du Chien, sans rappeler les honnêtetés, qui m’ont été protliguées par Mr. Roulet, agent, et associé de la Compagnie S. O.
Les Américains, en général, regardent les Canadiens comme des ignorans. J’ignore, s’ils le sont, mais je sais, qu’ils sont très polis, et très obligeons, ou du moins je les ai toujours trouvés ^els, même parmi la basse classe.
Les Hérétiques croient d’en savoir toujours plus que les Catholiques. Je suis très mauvais controversiste, et conséquemment, en fait de dogme, je me bornerai à leur repondre, que
E ue toutes les sectes, qui ont abjuré le catbole, n’out plus trouvé entr’elles un centre de réunion, et qu’elles divaguent toujours d’erreur eu erreur, pour chercher ce véritable Credo, qu’elles ne trouvent jamais, il semble rail, qu’on pour-
fait dire, qu’elles en savent beaucoup moins, que nous. Mais en fait de doctrine, a^am en in.iin l’histoire des Sciences, et des Lettres, il serait facile de prouver, que les Catholiques étaient aussi instruits, avant qu’il j eut une église Hérétique, qu’ils le sont aujourd'hui, et que luême depuis, ils n’ont cessé de former un grand tout dans le monde littéraire.
Si des Ministres, infidèles aux lois du Divin Législateur, et des Princes, rébelles aux peuples et à 'Jieu, qui leur confient le sceptre et le trône pour gouverner in juslifia, et eguitate, viennent à cacher, ou à défigurer les maximes célestes de l’Evangile, afin que l'Ignorance pui.‘<se mieux servir à leurs vues politiques, c’est contre eux, qu’il faudrait élever la voix, mais on doit respecter le titre distinctif de l’Adorateur de la plus pure, de la plus auguste des Religions.
Le Mississippi, 9 milles au-dessus de la prairie, là, où les Sauvages vont adorer un rocher, qu’ils ont soin toutes les années de peinturer en rouge, et en jaune, ouvre des scènes tout à fait nouvelles.
Les collines s’abaissent, le nombre des îles augmente ; ses eaux se partagent en dilTèrentes <* branches, et son lit s'étend, en quelques endroits, jusqu’à près de trois milles de largeur ; ce qui est moitié plus qu’à St. Louis ; et. ce qui est bien remarquable, il n’en est pas moins profond, car, depuis la Prairie jusqu'au fort St. Anthony, nous n’avons échoué, qu’une seule fois, tandisque cela^ nous est arrivé quatre fois, depuis St. Louis jusqu’à la Prairie. C’est une nouvelle preuve, de ce que je vous ai dit, dans notre première promenade, sur les eaux de l’Ohio. De trois parties de fluide, qui forment l'océan, deux y filtrent certainement par des voies souterraines.
Nous arrivons à la nuit du 24, et vt si vedea. Je vous conduis à un spectacle, Comtesse, qui n’était aucunement dans les rêves de mon imagination.
La viguPUP des terres fertiles de ces contrées rend si l'orte la vt^» tatiou des herbes, el des broussailles, qui les couvrent, qu’elles finissent par embarrasser les Sauvages dans leur marche, et produire un bruit, qui. malgré toutes les précautions possibles, donne l’éveil aux bêtes, qu’ils guêtent. Les Sauvages, que peu de difficultés, arrêtent, détruisent, par le feu, une fois par an, tontes ces broussailles ; de manière, que tontes les vastes régions, qu'ils parcourent, deviennent, successivement, la proie des flammes.
C'était à la tombée de la nuit, et nous étions à l’embouchure de la Rivière Vahowa, seconde de ce nom. qui descend aussi de l’Ouest, comme la première, quand nous vîmes dans un lointain profond toutes les images réunies de l’Enfer, dans tout son éclat. Peu s’en fallut, que je ne m’écriasse aussi, qu^il est terrible ! mais il est beau.
Les arbres surannés de ces forêts immortelles avaient pris feu avec l'herbe, et les broussailles. Un vent violent du N. O. avait embrasé les plaines, et les vallons. Les sommets des collines, et des montagiies, où le vent dominait plus fortement, surmontés par les flammes, resseinblaient à d.s volcans, au moment de leurs éruptions effrayatites; et le feu. qui, dans les endroits herbeux, descendait en serpentant, offrait, précisément, l’aspect des laves ondoyantes du Vésuve, et de l’Etna. Cérès cherchait peut-être une nouvelle Proserpine; nous l’avions dans le steam-boat. et personne n’avait certainement l’intention de l’enlever.
Cet incendie nous accompagna, plus ou moins varié, pendant plus de 15 milles. L’incendie, qui fut une des causes de la chutte de l’Homme des siècles, aura été, peut-être, plus affreux, mais il ne peut avoir offert, qu’une faible esquisse des traits, à la fois sublimes, et épouvantables de celui-ci. Je croie, que le Démon lui-même en
était jatooT, et la Lune rougissait de luire kio* tilemeiit sur ces endroits.
Une bonne vieille, qui dans notre Bucentaure me rappelait l’ioiage de la pauvre Venise, cro> jait voir le moment du jugement dernier. Des grosses étincelles, qui pleuvaientsur nous, intimidaient les uns, faisaient rire les autres. Il est impossible, je pense, qu'il m'arrive encore de voir des contrastes, si étonnans, de lumière et de ténèbres, de pathétique et de riant, d’épouvantable et d'amusant, de merveilleux et de grotesque.
Mais, pour répéter avec Pangloss, iout e$t pour lemieux. Ces conflagrations détruisent une quantité de serpens, et d’autres reptiles, qui infesteraient, autrement, toute la Terre ; car, on m’a dit, qu'ils passent très-iacilement la mer, comme les poissons, sans boussole, et sans pilote. Pour juger de leur vertu prolifique, veuillez rappèler, Comtesse, le serpent du Major Anderson.
Comme, à la lueur d’une telle torche, nous avions pu marcher presque toute la nuit, et que le sleam-boal était fatigué, il échoua le matin sur un banc de sable, pour mieux se reposer. L’etidroit s’appèle l’embarras, d’une rivière de ce nom, qui afflue à l’O. C’est ici, qu’on peut répéter : ConoeniuHt rebus nomina scepe suis.
La nuit nous avions passé devant les embouchures des rivières de la Mauvaise Hache, de la Treille,ei du Racoon, qui descendent del’E.
Six milles audessus de la rivière aux Racines, â l’O., on trouve du même côté l’endroit, que les Sauvages a ppèlent Corfe Fvm/f. Il, fixe un événement assez remarquable, dans l’histoire de ces peuples.
La première fois, qu’on donna des fusils i des Sauvages, de grands jalousies se réveillèrent parmi ceux, qui n’en avaient pas encore; une
S etite bande, qui en avait, fut attaquée, à cet enroit, par une autre bande nombreuse, qui n’eo
avait pas, et ses fusils furent tous cassés. Il est à 1 18 mille» de la Prairie.
D’iei, une chaîne de montagnes, dont le romantique rappèle la vallée du Rhin, depuis 6ingen jusqu’à poblentz. conduit à la Montagne qm trempe à Ceaù. Cet endroit, épuiserait toutes mes expressions, si je n’avais pas vu la Longue-Vue,
^ Parmi une quantité de petites îles charmantes^ que la rivière embrasse, s’eleve une montagne» d’une figure conique, également isolée. Des cèdres, des ciprès, qui font un contraste frappant avec des rochers, qui les etitrecoupent, vous conduisent à son sommet, qui offre à vos yeux de» vallons, des prairies, des lointains, où l’optique se perd. De là j’ai vu le soleil s’éteindre, et se rallumer, en dorant de ses feux ce beau tableau de la Nature. Ce spectacle est suivi par un autre d’une illusion d’un autre genre.
Sur le bord occidental, des montagnes, herrissées de rochers taillées, perpendiculairement, ea tours, clochers, chaumières, &c., répresentent des villes et des villages au naturel. On peut Je» appèlerles montagnes des villages.
Peu audessus une grande prairie, du même côté, change la scène, la Prairie aux ailes, où commencent les régions habitées par les Sioux. Le Grand Wabiseihouuja, qui est considéré l’Ulysse de toute la nation, y a son campement d’étè.
C’est ici, où commence aussi la jurisdiction de Mr. Tagliaferro. Les Sauvages, que nous avons déjà vus, sont sous l’inspection de deux autres agens du Gouvernement, établis à Rockÿ-hbindt et à la Prairie du Chien.
La Nation des Sioux est la plu» nombreuse, et la plus puissante de toutes les Nattons sauvage» de l’Acoérique septentrionale. Il semble, vraiment, même par leur langue, qu’ils soyent étrai> gers'àces contrées, et qu’ils lésaient envahies ea conquèrans, car ils soiit, envers ces Aborigènes, ce que furent les Grecs ea Asie, les Romak» en
Grèce, les Anglais aux Indes, et les Gotbs en Italie.
Pour connaître un peu ces régions, et les Indiens, qui les habitent, il faut voir, et examiner, par soi même; car quoiqu'on en ait écrit, souvent en devinant de loin, ou seulement pour faire des livres, il semble, que tout est encore environné ou d'incertitude, ou de ténèbres. Mais, comme la jalousie s’éforce déjà d'entraver mes recherches, mes diligences n’ont pû encore me faire pénétrer bien loin. Je me réserve, donc, à TOUS parler des Sioux, en général, et avec quelques détails, dans une autre lettre, si toutefois je parviens, avec le tems, et la constance, à fléchir, ou à déjouer mes Argus ; en attendant continuons notre promenade.
Le Grand tVabiseihuowa vint à bord du steamhoat. avec la suite de ses patres conscripti, et les grandes étiquettes d'usage furent remplies entre lui, et monsieur son Père. C’est ainsi, qu'on a appris aux Sauvages à appeler l’Agent du Gouvernement. Mr. Tagliaferro, donc, donna des
{ >oignées de mains, en quantité, et fuma avec eux e calumet, en signe d’amitié; et moi j’étais le singe de cette troupe de comédiens.
Wabiseihuowa, quoique enveloppé dans une misérable peau de buflaloe, n’en paraissait pas moins homme de qualité. A son aspect, à ses grands sourcils bien arqués, à son grand nez, qu’il mouchait avec fracas, quoique sans mouchoir; aux mouvement de sa main droite, qu'il promenait souvent sur son front, et sur son menton; à son maintien pensif ; à ses jeux Axés comme en extase, et à la manière imposante, dont il se tenait assis, quoique par terre, certes, on l’aurait pris pour un grand homme d'Etat, s’il avait eu un habit brodé, un grand portefeuille sous le bras, et des lunettes.
Les tentes des Sioux, sont tout à fait diffe-
rentes de celles, que nous avons déjà vues. Elles
■ont de forme conique, couvertes de peaux, ou de Biiffiloe, ou d'Origiial, ou d’Etan ; la fumée sort également par le sommet, et presque toutes sont peintes en hiéroglyphes. Le visage de ces Sauvages, sans quelques traits expressifs, qui dé.'nontrent leur état naturel, le peintre, et le sculpteur pourraient y reconnaître un modèle de la figure Romaine ; leur nez surtout est presque tout à fait Romain, tamlisque celui des femmes est tout à fait Grec. Tous les Sioux, des deux sexes, ont la tête bien ornée de cheveux, très noirs, comme leurs yeux, en général, mais gros et rudes, presque, comme des crins. Les femmes portent aussi le Catogan, comme celles des Saukis. Les hommes, ordinairement, les portent épars, ou en petites tresses, quand ils font leur toilette de parade. Ces tresses leur tombent, en général, sur les épaul<>s, sur le devant, de deux côtés, et sur le derrière, et sont entrelacées avec de petites boucles de composition, que les trtiiteurs leur donnent en échange de leurs peaux. Ten ai compté jusqu’à vingt dans une seule tresse.
Leur garderobe, leur vaisselle, leur buffet,
&c., ainsi que leurs canots, et leurs armes, sont à peu près comme ceux des Saukis. Leurs fi^mmes pourraient plaire plus que celles des Saukis, si elles n’étaient pas beaucoup plus sales.
Ce campement est à environ 154 milles de la Prairie du Chien. De là. jusqu’au Lac Pépin, on traverse, pendant une cinquantaine de milles, un pays toujours riant, et varié de collines et de plaines, de prairies et de forets ; et les deux rivières des Bvffaloes, et des Cypewais, sont les seules considérables, qui affluent dans le Mississippi, dans cet espace. Elles descendent de l’Est, et leur navigation se prolonge bien avant • dans les terres.
C’est près de l’embouchure de cette dernière, que commeuce le Lac Pépin, qui n’est qu’une
vallée profonde remplie par leMississippi. Mais, avant d’j entrer, Comtesse,- arrêtons nous un ii-s* tant, pour fixer notre attention, et reveiller notre tendresse sur un point, qui est d’autant plus intéressant, qu'il distingue une belle âme parmi les Sauvages.
Un rocher, qui se projette sur les eaux du Lac, à l’Est, là précisément, où il commerce, représente les mêmes traits physiques et historiques, que celui de Leucade.
Là la Muse de Mitjlène, plus savante, que belle, s’y précipita pour guérir d’un amour, que son Phaon méprisait : ici Oholonïlha, plus belle, qu’heureuse, trancha le cours d’une vie, qui lui était devenue insupportable, séparée de son,4ntkigi, qui l’aimait.
Si je n’écrivais pas des lettres, en me promenant, je m’occuperais volontiers d’écrire soi» histoire, et je pourrais aussi faire le Romancier; mais deux mots de faits valent quelquelbis mieux, que des volumes mendiés.
Une bande ennemie surprit la tribu d^Oholoai* tha, dont son père est encore le chef. Epargnée dans'Ie massacre, elle fut faite prisonnière.
Elevée dans la maison du chef vainqueur, depuis l’âge de 10 ans, jusqu’à celui de 18, âge des plus vives impressions, elle se sentit touchée de reconnaissance et d’amour pour son fils, qui lui avait lui-même sauvé la vie, et payait vivement de retour ses affections.
A l’occasion d’une de ces paix, que les Sauvages, et non Sauvages, font de bouche, et démentent du fond de leur cœur, elle fut rendue, et demandée, en même tems, comme épouse. Son père, Sioux barbare, et ennemi irréconciliable, la refusa opitiiâtrement au bon Cypewais, qui, de * bonne foi, tout en satisfaisant sa tendresse, voulait mieux consolider, par cette alliance, et la paix des deux familles, et celle des deux nations. & la pauvre Oboloaïtba se livra à son désespoiX)
et 6t le saut fatal, le jour même, où son ]>ère cruel, voulait la sacrifier à des nœuds, qu'elle détestait.
Dieu sait combien d’âmes bienfaites se cachent sous cette écorce sauvage .^....mais le contact des peuples civilisés, a déjà jeté de grandes racines vicieuses dans leur cœur.
Les Sauvages ont voué sa mémoire à l’infamie ; chez eux c’est un mérite de tuer, et un des plus grands crimes de se tuer.
Le Lac Pépin présente d’abord, en entrant, un Amphithéâtre éliptiqiie. Des petites collines, d’une hauteur égale, qui l’entourent, et qui rentrent en montant, en montrent les Cunet. Un bord élevé, qui le parcourt tout-autour, en est exactement le Podium. Dans les deux issues, par où la rivière entre, et resort, on voit les deux porto triumphnles, et précisément au N. et au S., comme celles des Amphithéâtres de l’Antiquité, Les eaux du Lac formaient l’Æunpus. Nous étions les combattans du spectacle naval de laNeuraacbie, car. ce, qu'on croit un préjugé des batelliers. se vérifia un fait constant, c’est à dire, que de jour on est battu par un vent dangereux, soufiant en tourbillions ; et nous fûmes obligés de déployer des manœuvres habiles, pour en sortir. Les Sauvages, qui nous regardaient, avec étonnement, du rivage, en étaient les spectateurs.
La Nature a été le premier maître en architecture, et un de ces bassins, qu’on appèle lacs, a fourni, sans doute, le premier modèled’un Amphithéâtre. ^Rome en eut deux bien beaux dans les lacs d’Aroano, et de Nemi; et je vois dans le grand Amphithéâtre de Vespasien, le Colossée, toute l’image de ce dernier.
Le Lac Pépin est l’empire, ou la pépinière, des serpens à sonnettes. C’est ici, que je m’arrêterai encore un instant, pour vous donner une nouvelle érudition, que l’on vient de me communiquer, concernant les phénomènes de son poison.
Son poison est impuissant sur le cochon. Ce> lui-ci les manve, prospère, et s'engraisse ; tandis qu'il est fatal à lui-inêine.
Lorsqu'on le lient contre terre, percé par la fourchette, qui l'arrête, s'il peut tourner sa tête, il se mord, il enfle, et meurt.
C'est un tonique salutaire au malade, qui a le courage de l'avaler, tandis qu’il est prouvé, que la dent, ou grifle, avec laquelle il perce, en mordant, la vessie, qui le contient, est encore également vénimeuse, si elle blesse bien des années après la mort du serpent; et les acides, et les alcalis sont souvent impuissans pour l'en purger, quoiqu'elle ait été exposée, pendant bien longtems, au soleil et au venh à la pluie et à la neige.
Quatre ou cinq milles au dessus de la 6n du Lac, à l'O-, nous avons trouvé une autre tribu de Sioux, dont le chef est Tantan^amani, fameux, comme un des plus vaillans guerriers de sa nation, qui fut un des plus féroces satellites de Proctor, et le père dénaturé de la malheureuse Ohola'itha.
; 11 vint à bord du sleam-boat, pour toucher la main au Major Tagliaferro. C'est un veillard d'un aspect hideux, courbé sous le poid des ans, et de ses atrocités; mais, néanmoins, les cicatrices, dont son corps nu est couvert, la dignité, avec laquelle il portait sur ses épaules sa peau de buflaloe, comme les Romains leur ckmis, son arc et son carquois, qui lui pendaient en écharpe, une massue, dont il remlait plus imposantes les gesticulations de sa main droite, et se§ Indiens, qui, avec un air de fierté et d'indépendance, faisaient cercle autour de lui, lui donnaient de l’éclat, et de la majesté, plus que n'en ont des Rois avec des scpêtres, et sous des trônes resplendissants d’un faste insultant, parés de dépouilles <le leurs sujets, et environnés de vils esclaves, qui les flatteut et les trompent; au milieu de Prêta-
riens mercenaires, qui. comme les Romains de Jagurtha et de Vilettius, se vendent à celui, qui les paye duvuniage-
li parla sans détour, quoique la dissimulation ne soit pas étrangère, non plus, aux Peuples Sauvages.
“ Mon père,” dit-il à l’Agent, “je remercie le “ Grand Esprit, de ce qu’il m’a accordé une an- “ née de plus, pour te revoir encore une fois, car “ tu vois, que je suis bien vieux, et je m’attends à “ chaque instant d’aller habiter une autre Terre. “ Je te répété encore une fois, que j’ai été un fier “ ennemi de ta Nation, parcequ’on me donnait “ des mauvais conseils, et on me faisait croire, “ que vous veniez nous priver de nos chasses, “ et nous tuer nos femmes, et nos enfans. Mais “ depuis que nous t’avons promis notre amitié, “ notre cœur a toujours été blanc comme cette “ chose-ci, (indiquant la chemise de l’Agent.) “ Donne-nous quelque secours, [c’est i'amen “ de tous les discours des Sauvages,] car dans “ cette saison on ne trouve rien à chasser, et tu “ sais, que nous ne savons faire autre chose pour “ vivre : sois notre ami. fume avec nous, et, sous “ peu de jours, je viendrai te faire une visite au “ Fort.”
Ce Chef, quoique /septuagénaire, et presque invalide, est encore très-respecté par sa tribu, et presque craint. C’est le seul effet de la puissance, que le vrai mérite a sur l’âme même des Barbares, car les Sauvages négligent communément leurs veillards, jusqu’à les abandonner à la faitd, et seuls à leur sort malheureux, lorsqu’ils ne peuvent plus les suivre à la chasse, ou à la guerre. Les Winebegos poussent leur barbarie, jusqu’à les tuer. Mais peut-être pensent-ils, que c’est un œuvre méritoire de trancher une vie. que d’autres n’épargnent, que pour la laisser exposée aux pins cruelles souffrences, à une affreuse et longue agonie.
Pour obtenir son arc, et son carqacM, je le flattais que j’aurais immortalisé sou nom, eu les montrant à tout le monde dans ma patrie, (dans le monde de la Lune,) et partout, où je passerais, comme un trophée de ses exploits; mais le vo> yant peu touché de cette sorte de Paradis, je lui otTris en échange du tabac, et de la poudre; alors il fut généreux, et me le donna. Chez les Peuples Rouge, comme chez les Blancs, on ne donne jamais rien pour rien.
L’endroit, où cette tribu était campée s’appèle la Montagne du Gange. Elle oflre de son sommet, en plate-forme, un coup d’œil, qui rivalise avec ceux, dont j’ai presque fatigué votre admiration. Elle domii>e tout ce qu’on y découvre. Le Lac Pépin, la Rivière, des paysages endoyans des collines et des vallons; des forêts, des prairies, entremêlées des petits bassins, qui, parsemés ça et là,doublent les objets, en les réfléchissant dans leurs eaux cristallines, le Gange, qui, en serpentant, vient offrir le tribut de ses eaux au grand fleuve, aux pieds de cette charmante montagne ; tous ces tableaux ravissans, agitaient l’impatienooet l’ardeurde mes regards, qui ne purent se reposer, qu’en rentrant dans le steam-boat, où l’aspect d'une indifférence Asiatique agissait sur moi, comme des pavots, où, au milieu de tant de traits touchans de la Nature, on n’entendait d’autres paroles d'admiration, que Very fine weather! verypleasant day! &c. &c.
La Rivière Canon, qui desceitd du coté de l’O. puise ses sources dans des grandes prairies, qui les séparent du Missouri. Les Sauvages la remontent presque toute et)tière dans leurs canots.
Entre l’embouchure de cette rivière, et celle de la Ste. Croix, le Mississippi devient piua étroit et moins orné d’tles. Souvent il se trouve renfermé entre des rochers escarpés, qui revêtent ses deux bords d’un romantique sévère. Des abrasions, qui les parcourent horizontal»^
ment, sont des indices, que les eaux de cette rivière étaient également plus abondantes dans des tems éloignés ; et des traditions de quelque Sauvage aborigène concourrent à étayer cette conjecture, il en est qui pensent, que la rivière Otter Tail. appelée Rivière Rouge, qui maintenant verse ses aux du S. E. au N. dans la Baie d'Hudson, se déchargeait autrefois du N. O. au S. dans le Mississippi, en communiquant avec la ’ Rivière des Corbeaux, qui à scs sources près, et à TE. des siennes.
La Rivière de Ste. Croix coule du coté de l’El C’est une grande rivière, et d’une navigation lot)gue et facile. Ses sources sont habitées par desCypewais; mais les Sioux en réclament la suzeraineté, ce qui est aussi le motif, ou le prétexte de leurs guerres éternelles avec cette Nation. Je pense que cette rivière a reçu son nom du père Hanepin, qui la découvrit, peutêtre, le jour de Ste. Croix. Elle est à 45 milles du lac Pépin.
Vingt-deux milles plus haut,à un endroit, qu’on appèle le Marais, on trouve du même coté une autre tribu de Sioux, présidée par Chatetvaconamani, ou Petit Corbeau. CeChef était à la chasse, avec la plus grande partie de ses hommes guerriers, ou sur les traces de l’ennemi, car ces na tions Sauvages, lorsqu’elles n’ont pas des bêtes è tuer, se tuent entre elles. Peut-être aimeraienbelles mieux s’amuser ainsi contre les Blancs ; mais les Américains sont devenus trop puissans, et ont entrecoupé leurs tribus par des postes militaires. Les Sauvages manquent d’accord, et, si je ne me trompe pas, les Etats-Unis croyent, qu’il serait très dangereux, qu’il y en eût.
Une guerreavec les sauvages sera toujours passive. Les victoires, qu’on obtiendrait sur eux, n’aboutiraient, qu’à les faire rentrer dans leurs forêts, où ils sont invulnérables, tandisque les Américains verraient le fer et le feu détruire leurs
villes et leurs villages, leurs champs et leurs bétails, ensanglanter leurs lares et leurs autels.
Le 29. nous nous arrêtâmes pour faire du bois. On m'indiqua un Antre, qui était à peu de distance de là. environ 12 milles au-dessus du campement du Marais.
Un petit vallon sur le bord Est. y conduit. Des cèflres. des sapins, et des cyprès, semblent y avoir été placés exprès par la Nature, pour que l’areès annotiçât la vénérable majesté de ce lieu sacré.
' L’entrée est spacieuse, et percée dans un tuf, aussi blanc que la neige. Un ruisseau, dont les eaux sont aussi limpides que l’air, en découle du milieu. On marche commodément, pendant 5 ou fi toises, et là un pas étroit, mais qui n’est ditficile, que pour les êtres, que rien ne touche, conduit dans une vaste caverne élliptique, où les eaux du ruisseau se précipitant avec bruit d’une cascade. et réfléchissant les rayonsdes flambeaux, qui nous éclairaient, faisaient sur l’âme un effet inexprimable; on grimpe au haut d’un petit rocher pour atteindre le niveau du lit de cette Castalie, dont le murmure ravissant entraîne, et encourage à franchir les difficultés, qui s’opposent par fois à vos pas, et l'on arrive à ses sources, qui jaillissent à l’endroit, où l’.AnIre finit. On calcule, qu’il peut avoir environ un mille de profondeur. '
Les Anciens faisaient tons les ans leurs Lustraliones, pour purifier les villes, les champs, les troupeaux, les maisons, les armées, et les personnes. Les Péruviens en faisaient aussi presque pour le même but. L’Eglise Catholique a ses tiogationes, au moyen desquelles elle demande les mêmes grâces au Vrai Dieu, et ces Sauvages se rendent toutes les années à cet Antre, et y font également leurs lustrations: et, ce qui est plus étonnant, dans la même saison, c’est à dire au printems, et de la même manière, que les Catho-
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liqups. les Péruviens, et les Anciens, c’est à dire, pur l’ean et le feu. Ils trempent leurs liardes, leurs armes, leurs sacs de Medicine^ et leurs personnes, dans l’eau de ce ruisseau, ensuite ils passent avec leurs sacs de Medicine. leurs armes et leurs hardes à travers un grand feu, qui n’était pas encore éteint lors de ma visite. Cette cérémonie est toujours accompagné^ d'une danse autour du feu sacré, formée aussi en chaîne mystique. comme celle de AJedicine. Il parait que cette luxtration est leur purification corporelle.
Cet Antre sert aussi à d’autres cérémonies dans le cours de l’année.
Les Sauvages s’y rendent pour consulter ou le Grand jWanîmw, ou leurs ,4/awtVoiu: particuliers; et leurs Chefs, comme Numa Pompilius. y font aussi parler leur Nymphes Egéries, lorsqu’ils désirent persuader à leurs peuples ce, dont ils ne voudraient point être persuadés: et ils font tous leurs lustrations avant de coi;^ulter l’oracle, comme faisaient les Grecs avant d’entrer dans î’Antre de Trophonius.
Les Sioux appèlent cet Antre, ou ce nymphée, Whakoon-Thtiby^ ou la loge des JManitoux. Ses parois sont tout couverts d’hiéroglyphes. Ce sont peut-être leurs ex-voto.
Cet Antre a un très grand avantage sur ceux de l’antiquité. C’est qu’on n’y fait pas un commerce de la crédulité. II faut une religion partout et en tout, et celle, qui serait exempte de ce vice, serait peut-être la meilleure.
Le ,30 nous arrivâmes ici, où je n’ai pu m’empêcher d’être logé chez le Colonel, commandant du fort.
La manière, avec laquelle sa politesse s’est opposée à mon désir de me reticoi^rner sans gêne dans quelque petite chambre indépendante, m’a d’abord fait soupçontier, qu’il voulait faire mieux la police sur moi, et, je vous avoue ma petite méchanceté, j’en ai rit quelquefois, et fait rire ;
mais il semble, que ce ii'était, que peur m’hono* rer de quelque distinction ; et j’y suis vivement sensible. Si l’on entrave un peu ma curiosité, et mes recherches, certes, ce n’est que l’effet de cette petite jalousie, qui règne partout, et principalement dans les républit^ues ; à moins qu’on ne craigne, que je ne vienne ici pour conquérir ces régions Sautages.
En Amérique on ne rencontre jamais cette police hideuse, qui vous arrête, et vous moleste presque partout ailleurs : et si chaque Américain fait la sienne, ce n’est, tout au plus, que pour savoir si vous êtes riche, ( primo, ) si vous êtes grand ou petit, car il est faux, qu’ils soyent indifferens aux titres; quelles sont vos opinions politiques; quel but vous conduit en Amérique, et une quantité d’autres bagatelles, qui fixent plutôt l’idée d’un commérage, que celle d’un inquisition. En Amérique, on y vit aussi libre, aussi indépendant, que l’air qu’on y respire.
Au reste nous nous batterons, en renouvellant la comédie Ruse contre Ruse. L’Auteur (les Caractères J^Tationaux, a assimilé les Italiens aux Renards, si la comparaison est juste, jedevrais l’emporter sur les Américains.
Reposons nous. Comtesse, car cette promenade a été bien longue ; elle est presque de 925 milles. Je désire qu’au moins elle puisse vous être agréable.
Quand àmoi.j’auraisdûy trouver du plaisir et
du soulagement ; mais il y a une trop courte
distance entre les distractions, et la douleur
P. S . — Puisque ces Lettres vont être imprimées, je crois, que le Public verra avec plaisir le Tableau suivant, que fai ajouté à cette aemiere, et dont les détails ont, en quelque sorte, mis ma patience à Veprenve.