‹ La decouverte des sources du Mississippi et de la rivière sanglante. Description du cours entier du MississippiChapitre 6 sur 15 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Sur les PJYS IJVDIEJYS, et sur les {NDIENSi dans Us contrées environnantes le Fort St. Anthony^ "

Du Fort St. Anthony sur W Mwtinippî) ce 19 Juin 183S.

Qv’il eat doux, de voir les sentimens de l’amitté Iraveraer le» espaces imnieuses. qui noua séparent de nos pénates, pour venir nous cous». 1er des sacrifices et des peines de l’absence ! Je viens de recevoir votre chère lettre du 12 Novembre 1U22. Les nouvelles, que vous me donnez de vous, des Vôtres, des Miens, et de nos amis, ont &it que je reviens sans cesse à sa lec-^ tare. •

Voua vous informez de la situation de moiii âme ! La nouveauié des objets, qui m’euvironnenL le silence même, et l'immensiié des déserts, la charment, et l’endorment par fois ; mais, à so» reveil, elle revoie au centre de sa tristesse, et des souvenirs funestes reviennent triompher de moi. .

Vous me demandez, si j’ai oublié ma plume ; et mes Argus disent, que je l’ai toujours à la main. Quand vous aurez lu tout ce que je vous écris, depuis le peu de tems que je suis en Amérique, vous me prierez peut-être de me taire. Cependant, puisque je vous ai conduite dans les pays Sauvages, il ne faut pas que je vous en fasse sortir, sans vous les faire, en quelque manière, connaître. Reprenons (fu 5r<am-êoo/, quia fixé une époque mémorable dans ces contrées Indiennes, comme dans l’histoire de la navigation.

J’ignore quelles impressions ont pu faire les navires Phéniciens sur les peuples de la Grèce, lorsqu’ils parurent pour la première fois sur leurs

côtes ; l’Argos en Colchide ; les Liburniens en Italie; et les Trirèmes des Romains, aux yeux des Hibériens, des Gaulois, et des Bretons, mais elles ne surpassent sûrement pas celles, dont parurent frappés les Sauvages, lorsqu'ils virent arriver notre steam-b lal. i

Le voyant marcher sans rames, et sans voiles, et contre le courant puissant de ceGrand Fleuve, les uns le croyaient un monstre, qui vomissait du feu. les autres la maison des Mnnitoux ; et tous, agités de sentimens dilTérens. ils l'approchaient, ou avec respect, ou avec crainte.

Tous ceux.qu'ils y voyaient embarqués,étaient à leurs yeux quelque chose de p.us qu'humains. Mr. l'Agent Tagliatérro. demeura lui-même étonné de se voir traité avec un respect extraordinaire. Ces Sauvages croyaient le' voir en compagnie avec des esprits ; peu importe, qu'ils nous prissent pour des Dieux, ou d,es Diables ; les Sauvages accordent leur vénération, également aux uns et aux autres: ils prient même beaucoup plus les mauvais esprits, que les boi», car ils disent, que ces derniers étant essentiellement bons,ilB ne peuvent faire que du bien,tandis

3 ue les premiers étant essentiellement méchans, faut beaucoup les ménager, pour qu'ils ne fassent pas de mal. Si cette doctrine n'est pas bonne, elle est du moins fondée sur une logique trè-> subtile, surtout pour des peuples Sauvages.

Cette promenade. Comtesse, commence et finit tout antour de ce fort. Je n'ai pas encore pa aller bien loin. Mais je n'ai pas à regretter d'avoir perdu mon tems, ni d'avoir été privé d'incidens intéressans.*

Ce Fort est au 45ème. ’dégré de latitude. La Rivière St. Peter se jette dans le Mississippi, près du promontoire, sur lequel il est bâti ; l'une et l'autre en forment une péninsule. La première en baigne la partie S. S.-O., la seconde la partie JN.-£. Le Fort les domine admirablement

toutes les deux, et sa situation est vraiment charmanie. Le Sud et l'Est lui otiient des passages d'une variété riante, et le Nord et l'Ouest, des prairies immenses, dont la monotonie est souvent diversifiée par de petits lacs, et des bosquets. C'est le dernier établissement militaire des Etats-Unis, au N.-Ode leur^mpire.

Quoique ces tronlières ne pussent être aisément envahies par une puissance étrangère, néanmoins, étant un point central pour un grand nombre de tribus Sauvages, la position en est très importante, principalement pour empêcher, que les Anglais n'inlluent de nouveau sur leur commerce, et sur leur esprit. C’est pour cette raison, je crois, que sa garnison est forte de six compagnies, et commandée par un Colonel, qui est aussi le Chef Militaire des forts Edward, Armstrong et Crawford, lesquels, dans l’oÔcasion, peuvent porter du secours, et en recevoir.

Tous ces Forts feraient ailleurs la fortune des Entrepreneurs, et contribueraient, avec tout le reste, à la ruine des finances de l'Etat. Ici ils ne font, que fournir un peu au gousset du soldat, qui, au moment de son congé, s'en retourne beaucoup moins pauvre, que quand il est arrivé ; et le gouvernement, en en confiant la construction aux commandans respectifs, se passe de cette foule d'ingénieurs, qui souvent bâtissent, et rebâtissent, pour mieux s’entendre avec les Entrepreneurs. L’activité, et la vigilance de ce Colonel, Mr. Snelling, se reposent à peine la nuit; et du matin au soir on voit les murailles de ce fort s’élever, comme par la Lyre d'Amphion.

Il n’y a autour du fort, que deux ou trois huttes sur les bords de la rivière, où logent, au milieu des grenouilles, des agens subalternes de la compagnie S.-O. Il n’y a donc d'autres moyens de se loger, que dans le fort ; et me voilà à la règle de ces Cénobites, au son do tambour. J'aurais mieux aimé y trouver la cloche du Faraclet d’Héloïse, ou celles de Rancé, et de Comminge.

L^8 twreB lout eratonr tlu fort eomt coHit*é<« •par les soldAls, que le Colonel liée aussi par ce nioyeti utile de l’oisiveté, si datigereuse à tout le ttoiide,mais priiicipaleineirt à cette classe d’Iioiotnes. Elles rendent jusqu’à 40 pour un en tirotnent, et plus du triple en maïs. Chaque cier, chaque compagnie, chaqoe employé, a son jardin, et chacun d’eut pourrait avoir une ferme, •s’il avait des bras pour la cultiver, f- CtmqWe fort bâti dans les pays Sauvages, a 9 tailles cacrés d’étetrdue. Ces lots ont été vendus, ou cédé8„par les Imliens, aun Etats-Unis. Quoi*

3 ne ce contrat manque, peut-être, des deux contrions impératives, voulues pat- la loi de emendo du Code Justinien, c’est à dire, pretium eequum, et oonseasus, (sine pnbus non,) néanmoins, on doit dire à l’honneur de ce Gouvertiement. que, par cet act^ d’acquisition, il a voidn faire voir le respect, qu’on doit à la propriété, même lorsqu’elle appartievA à des barbares, qui la négligent entièrenent. D’ailleurs la haute Souveraineté lai en appartient directement, d’après les traités, de J 783, avec l’Angleterre, et de 1803, avec la ÿ'rance. Les premiers conquéraris seuls pour» liaient être accusés d’usurpation ; mais comme ceux-ci ont été justifiés par des Bulles, il en ré» suite, que tout le monde a raison, et que, tout aa plus, les seuls Sauvages auraient tort, parce<qu’ils sont les plus feibles. >-

Le Colonel a rendu la vue de ces prairiee, et de Ces forêts, beaucoup plus agréable, par le bétail, qu’il y a répandu. C’est un épisode, sans lequel la vue de la campagne finit par devenir insipide, et vide de douces émotions. Il y a mis des boeufs, des vaches et des chevaux. Il n’y a pas de moutons, pqut-être, parceque les hyverS, qui y sont très rigoureux, les détruiraient. 't > Dans toutes ces immenses régions, que noué avons traversées, depuis les environs de St.'Louisv jusqu’ici,' on ne trouve pàs‘ün seitl de ces êtres,

i f]itiz cd qo^k’

qui anîment par les charmes qu’ils répandent, le grand tableau <lc la Nature. Il n'v a pas un seul de tous ces Indiens, qui ait une vache, un bœuf, «n mouton, et peu ont des chevaux : c’est pourquoi ils brûlent tous les ans leurs herbes; et peu leur importe, que les flammes détruisent aussi le reste; il n’y ont rren à perdre, et, dans le cas, que le feu s’approche de leur camp, leurs maisons sont bientôt transportées ailleurs, ou sur leurs têtes, comme font les escargots, ou dans leur» canots, comme desoiseaux aquatiques transportent leurs nids, lorsqu’ils sont menacés d’inondations.

Le Fort est environné d’une qiiiiiKnine de lacs, et tous abondans en poissons délicieux. Celui qui porte le nom de Calhoun, sécrétaire actuel de la guerre, est le plus agréable, et sa profondeur comque, ses bords, et ses alentours lapiMeux indiquent, qu’il [leut avoir été le cratère d’un volcan. Il est à l’O. du fort. Deux autres, qui l’avoisinent, et qui communiquent ensemble, versent, au moyen d’un canal long de 4 milles, leurs eaux cristallines dans un précipice, qui en forme uné cascade vraiment pittoresque; où j’ai cru voir, au naturel, une des Cascatellev de Tivoli. On ne rencontre rien de beau, et de grand, qui ne rappèle ces celestes régions, qui m’ont vu naître; cette Hélène, que tout le monde convoite pour la dépouiller, et dont les charmes, toujours 'renaissans, renouvellent, sans cesse, ses malheurs. Oh! Fosti tu men bella^oaU mm pià farte ! Ces deux lacs, ainsi que les autres, à l’E. et au S., sont distit>gués par des noms de dames, qui ont habité, ou habitent ce fort.

Quel nouveau spectacle s’offre à mes yeux.

Comtesse ! n’étant ni peintre ni poète, commeut pourrai-je le rendre ! J’en tracerai le canevas de mon mieux, et votre imagination fértile fera le reste.

“Aseis sur le soniniet d’un promontoire élevé,

je vois, à la distance d’environ un demi mitle, deux grandes niasses d'eau se réunir aux pieds d’une île, qu’elles embrassent, et dont les arbres majestueux répandent sur elles des nuances, où l’Ombre, et la Lumière jouent tour-à tour, d’une manière toute magique. De là, elles coulent sur une pente rapide, qui continue l'espacé de deux cent pas, et, se brisant contre des rochers, qui, épars ça et là, gênent leur passage, elles jaillissent, et se heurtent de mille manièresdifférentes.

Elles entrent ensuite dans un bassin transversal, en forme de berceau, et, poussées par la force de la gravitation, elles remontent, et reticontrent le bord d’un précipice, qui semble les arrêter un instant, pour augmenter la violence, avec laquelle elles s’élancent dans une profondeur de 20 pieds. Des rochers, sur lesquels ces grands volumes de fluide vont se briser, les blanchissent, en les repoussant, et en éparpillent des jets tayonans. S’engouffrant ensuite dans des cavités, que cette grand chute a creusées, ils en ressortent en bouillonant à grands flots, et vont se briser encore contre une grande masse de tuf, qui forme une petite île au milieu de leur lit, sur laquelle deux érables touffus étendent leurs rameaux, en forme de bouquet. - -

La scène est sur le Mississippi, et c’est luimême, qui en est le grand acteur. C’est là l’endroit, qu’on appèle the Falls St. .^nthortÿ, les chûtes de St. Antoine, à fl milles audessus du Fort; nom, qui doit, je pense, lui avoir été donné par le père Hanepin peut-être pour célébrer le jour de la découverte. * ‘ .'t •(, .-.mti

.. Un moulin et des petites chaumières, que le Colonel y a fait bâtir, pour l’usage de la garnison, et ces alentours, revêtus de scènes romantiques, achèvent le grand tableau.

.iiÿUevenons aux Sauvages, Comtesse, et commençons par connaître le nombre de leurs bandes, la distribution de leurs Tribus, les endroits, où ils

Dighized by Googic

ttrrent le plus ordinairement, leur population, et leur force de guerre.

Les Sioux se subdivisent en six bandes; les Madewakan-Tuan, on Gens du Lac d'Esprit. Les fVakapetohnn, ou Gens de la Feuille. Les Wapeeotfûe, ou Gens de la Feuille Tirée. Les Sissisthoanâ, ou les Sussistons. Les Yancthoanà, ou les Yaiiktons. Les Titowanà. ou les Titons.

La première est partagée en sept tribus :

Sur le Mississippi,

La Tribu fl In Prairie aux ÆUs, ou Memymé, présidée par Wabis-cihuowa, ou La Feuille, dont nous avons déjà parlé, est forte d’environ quatre

cens âmes

Celle an Ganse, ou Grennignieyax, présidée par le Chef Tatangamani, ou VAîle

^ouge 200

Celle au Jifarats, ou Ciakantanga, par Celanwacoamani, ou Petit Corbeau . . . 500

Sur le St. Peter,

Celle de la Grande Avenue, ou Wakanska-atha, par le Wamenitanka, ou Chien JVoir 400 Celle au Fieux Village, ou Othoetonni, par Tœokoquipesceni, ou Panisriowa . . 400

Celle a la Prairie des français, ou Thétoatpà. par Seta^a;^, ou le Six .... 500

Celle à la Battue aux Fiènres, on Wuiaka- «tài, par le Ki-han, ou Quilliou Rouge . . 150

La seconde Bande forme une seule Tribu, elle est toujours errante, mais le plus souvent elle s’arrête vers les Petits Rapides du St. Peter ; son Chef est le Wopoktan, le Petit Cerf, elle est forte de . . 1000

La troisième n’a aussi qu’une Tribu, * toujours également errante, mais on la voit souvent sur la Rivière du Canon ; le Kariwassician, ou Corbeau Français, est son

Chef, et elle est forte de 1500

La quatrième est divisée en deux Tribus, sous deux Chefs, VJkant-hoô, ou VEs-

prit Bleu, Pt le Tatankanathi. ou le Brnif- Levé. Elles errent vers la Rivière de la Terre BUue,oaMakatoho$é, et sont fortesde 3000.

La cinquième est composée de 8 Tri> bus, qui toutes sont errantes, vers les sources du St. Peter, vers la Rivière Rougey sur les terres, qui séparent ces deux Rivières du Missouri, &.c. Le Wana thà, ou • le Fonceur, est le Chef de la première, qui

est forte de 1800

Mais il est pour ainsi dire, le Grand Roi des Yanctons; et, |;mr sa valeur-et ses exploits, il a une très grande influence militaire sur tous les Sioux, comme Wabiaeihuowa, par sa finesse et sa politique.

La seconde a pour Chef le Tuimo-haconté, ou Petit Tueur de Castors, forte aussi de ............. . 1800

La troisième, le Ciaka-h^i, ou le Dar-

deur, de 1500

La quatrième, le Petessé-hm, ou la Vache

Blanche, de 1000

La cinquième, le Thaoaa-hapé, oa VOri-

gnal qui se sauve, de 800

La septiètq<?. le Wa%aaka-hanà, ou la

Jambe Cassée, de * . . . . 1000

La huitième, le ^oAo-Aroon, ou riifommo , „

de Medicine, de 1000

La sixième, ou la Bande des Tytons, erre, en deux Tribus, vers le Missouri, deux Tribus très puissantes, dont une est présidée par le Cianihe-pelà, ou Cœur de Feu, l’autre par Ciaka-hapapi. ou le Batteur de Tambour, et on calcule qu’elles • sont fortes d’euvirou 28000

Toutes ces notions ont été tirées de sources, où mes Argus eutL-mêmes i»’«et jamais puisée

Ëlif*» sont les plus pures, j’ose même dire let seules HMlheiitiques. [

Les Âssiniboins, peuples Sauvages, qui errent dans ces vastes prairies, qui s'étendent des sources septentrionales du Missouri, Jusque vers la Baie d'Hudson, et qu'oti appèle, en général, les Getts de la Plaine, pourraient aussi être considérés comme des Sioux, car d’après les renseignemens, que je me suis procurés par la même voie, et qui jettent aussi un grand jour sur l’origine des uns. et des autres, il parait certain, qu’autrefois c'était une seule Nation avec les Sioux.

Une gratide Nation sauvage, qui désertait le Mexique, vint s'établir au de ça des montagnes Cypawaises ; celles, qui séparent les sources du Missouri des sources de la Colombia, et le Nouveau Mexique des frontières occidentales des Etats-Unis. Ces Sauvages s’appèiaiefit Dacotas.

On trouve des Hélènes partout. Les Dacotas eurent aussi la leur, et elle causa des maux aussi funestes, que celle de la Grèce.

Ozolapaxdà. femme de Wihanoà-appà. fut enlevée par Ohatam-pà : celui-ci tua son mari, et deux de ses frères, qui avaient été la redemander. La discorde, et les réactions se mirent entre ces deux familles, les plus puissantes de la Nation. Les parens, les amis, les partisans des deux côtés, prirent fait et cause ; des vengeances amenèrent d’autres vengeances, et toute la nation fût entraînée dans une guerre civile, et cruelle» qui finit par la diviser en deux factions, sous le nom de Âchiniboinà, celle qui s’était rangée du côté de la famille de l’offenseur, et de Siowaé^ celle qui tenait le parti de l’offensé : comme les Biaachi et les JVsn, les Uberli et les Buondelnumti. Sic. ^

Quand ces peuples eurent besoin de s’étendre, ils se formèrent en deux nations, les Sioux. et les Atsiniboins ; mais leur séparation, et leur éloignement ne suffirent point à éteindre leurs guerres.

Eelles dopèrent encore longtems ; et ce n’est qne, depuis peu, qu'ils sont en pnix. Cet événemet, d’après leurs calcok, date à peu près de 200 »ns ; et l'idefrtité de leur langue, de leurs moeurs, et de leurs habitudes, ajoutent à leurs traditions relatives.

Les jfssinibmns se tiennent toujours en grandes bandes. Quad Hs chassent les buffâloes, qui sont presque leur seul moyen d’existence, ils se rencontrent en grand nombre, et forment, quelquefois, un campement de mille tentes. On suppose qu’ils sont forts d’environ 25 mille âmes.

La force militaire des Sauvages, en général, etft en raison âa cinquième de leur population, et t’est ce qui constitue ce corps, qu’ils appèletit Hommes de Guerre ; mais dans l’occasion, ils le sont tous, hommes, femmes et enfans.

Les Sioax sont tous confédérés ensemble ; ma» leurs tribus sont indépendantes les unes des antres. Chaque tribu fait la guerre comme elle l’entend. Chacutte délibère de son côté sur ses affaires. Eîlles se réunissent toutes en conseil général, lors seulement, qu’il s’agit dé statrier sor quelque chose, qui intéresse toute la Nation. Dans ce cas, chaque triba envoie an député, qoi la représenté, datis le bo», ou la forêt, dè ils ont convenu de s’assembler. Si la résolution du Conseil est de qnelqu’importæce. et mérîte d’être enrégislrée, et transmise è la Postérité, un arbre leur sert de régistre. et d'archive à la fois; c’est â -dire. Ils gravent des hiéroglyphes relatife at aujet de leurs délibérations, sur son tronc, aveé an couteau, ou avec une hache, et chaque député y met le tdbeUiomi, ou le blason de sa tribu.

fl parait, que dans l’Amérique Septentrionale, on peut encore distinguer quatre langues prinerpales.oo mères: rAlgonquineau Nora.'lat^erokees au Sud, l’Iroquoise S l’Est, et la Nordowelcies ou Narfcotam», à fOoest. Les Siour paa:‘lent cette deruière, ce ^ui serait une noU-

velle preuve, qu’ils viennent du Mexique ; d’aur tant plus, que cette langue est tout à fait differentes des autres.

Ou prétend aussi, que leur religion est differente de celle des Sankit, des Cÿpowais, lS^Ct Pour trouver des différences, il faudrait connaître quelle est celle des uns et des autres. C’est, crois, ce qui est vraiment problématique, et presqu'impossible, àmoins,que les religions ne soient des rêves. Sans vous traîner dans des dissertations, qui vous feraient bailler, vous verrçÿ vous-même, par ce qui nous tombera naturellement sous les yeux, quel jugement vous pourrez vous former de leur profession de foi ; quant i moi, d'après le peu que J’ai déjà vu, je serais porté à croire, qu’ils ont des traditions sans Divinités, des cérémonies sans cultes, des superstitions sans religion ; mais si les hommages, qu’ils rendent au Soleil, et à la Lune, peuvent mériter le nom de culte, c’est le seul qui existe chez Iqÿ Sauvages.

Si on devait juger des religions, par quelquç signe extérieur, on pourrait supposer, que lef Sauvages sont Catholiques, ou du moins Chrétiens ; car presque tous, les femmes principaler ment, portent des croix; j’en ai contées jusqu’^ 37 sur une seule ; il lui en pendait même aux narines. La chose vous parsâtra extraordinaire., ' Comtesse, mais l’explication, ce me æmhle, ep est très facile. .

Les premiers missionnaires, que les Français envoyèrent du Canada, pour convertir et civiliser ces créatures, ont probablement cherché, à capr ter leurs esprits, au moyen de présens, et naturellement des croix ont été les premiers. Les Sauvages, quoique abandonnés de nouveau è leur instincC et à leur ignorance, se sont plû* peut-être, à un signe, qui leur rappelait d auciennes espérances, ou la piété des Jiobesjyoires^ (c’est ainsi qu’iU appèient les Missionuaires Ça-

tholiques,) et ils en firent leurs ornemens favoris. Les Traiteurs, qui ne cherchent qu'à les attirer par l'appât des objets, qui leur plaisent, afin d’avoir leurs peaux à meilleur marché, auront contiuuéà leur apporter des croix, et la Vanité a succédé à la Religion, comme en bien d’autres endroits.

' Il y a des voyageurs, qui affirment, que les Sauvages croyent à l’immortalité de l’âme. Vous en jugerez aussi par vous même dans la suite. Je ne vous dirai ici, que ce que j'ai pu entendre moi-même, dans ce moment suprême, où l’homme parle, peut-être la seule fois de sa vie, le langage de sa conscience.

Un père, disait, en mourant, à ses enfans, et à d’autres parens, qui l’entouraient : “ J’ai été “'brave, soyez le aussi ; j’ai tué tant d’ennemis, “ tuez-en aussi tant que vous pourrez; je me “ suis toujours vengé, ne pardonnez jamais aux “'meurtriers de vos parens!” Enfin il leur racontait tout ses exploits, ses batailles, ses blessures, &c., avec autant de détails, que sa situation le lui permettait; et. jusqu’au dernier moment, il ne les entretint, que de sa vie passée, sans proférer un mot sur l’avenir, qui l’attendait; et personne n’en parla.

Un autre ordonna, qu’on ensevelit avec lui son chien. Cet animal lui ayant été fidèle, pendant sa vie, il voulait qu’il lui tint compagnie également après sa mort. Vraiment cette disposition testamentaire semblerait annoncer, que ce Sauvage, croyait à l’immortalité de l’âme, et même

3 'n'il en accordait aussi à son chien ; mais il est ifficile de concilier tant de bizarreries ; et les faiseurs de systèmes se trouvent environnés de nouvelles ténèbres. Ce qui me parût bien plaisant à cette occasion. Comtesse, ce fut de voir que sa femme, tout en faisant les grimaces et poussant les hurlemens d’usage, semblait être bien aise, qu’il eût préféré la compagnie de son

chîpn, à la sienne ; car il arrive quelquefois, que ce» iiidieiiiies sont obligées de descendre au loin* beau avec leurs maris, ou par complaisance, ou par convenance, comme celles du Malabar.

J'ai assisté aux assemblées de ces Sauvages, devant l'Agent du Gouvernement, qui est appelé ^genl Sauvasse.

Ces assemblées s’appèlent Conseib. et toutes les tribus, ou une députation, présidées par leur chef respectif, viennent presque tous les ans, ordinairement dans cette saison, pour offrir, ou répéter leurs assurances de paix, et d'amitié avec les Etats-Unis. Ils.viennent également pour traiter de quelqu'affaire, particulière à chaque bande, ou à chaque tribu respective; et porter leurs plaintes, s'ils en ont, contre les traiteurs; ils reçoivent en même tems des annuités sur ce, qui peut leur être dû encore, pour cessions de terres; mai» ils s’y rendent principalement, pour exposer leurs besoins, leur misère, et recevoir des présens, que le Gouvernement, peut-être pour contrebalancer les largesses captieuses des Anglais, leur fait, périodiquement, depuis quelques années, en poudre, en plomb, en tabac, en arti- ^ des de nécessité et d’ornement. Peut-être n’y a-t-il que des vues politiques dans ces mesures, qui semblent libérales, et philantropiques; mais sans en chercher les causes, on doit en louer les effets, lorsqu’ils sont bons, et utiles à l’Humanité. Si les premiers conquérans de l’Amérique avaient employé ces mêmes moyens, leurs conquêtes auraient été peut-être aussi sûres, sans être si horribles. On objectera, peut-être, qu'il était de la politique du tems de détruire les Sauvages en bloc, tandis qu'aujourd’hui il ne faut que les laisser faire, pour les voir s’éteindre, ou se déchirer entr’eux ; mais on conviendra, que la Nature, et la Religion se révoltent lorsque pour étendre des conquêtes, il faut avoir recours à des boucheries humaines.

Lors4|n*n s'agit de quelque chose, qui piûsse intéresser des tribus, qui sont toutes du ressort d'un Agent, les chefs et les orateurs de chaque tribu se réunissent dans la Salle ordinaire du Conseil, pour délibérer devant loi, et avec son assistance. Mais, si l'affaire regarde des tribus, qui se trouvent sous la jurisdiction de difièrentes Agences, dans ce cas, la délibération est portée, de la même manière représentative, devant le Surintendant Général du Territoire. Alors les Ageiis respeclife interviennent aussi dans l'aS' semblée, si on le juge à propos, comme ceux, qui sont plus à portée d'en connoitre, d'avoir voix consultative, et qui servent à éclairer, et les parties. et le Suritilendant.

C’est tout ce que j'ai pu découvrir sur ces différentes jurisdictions, à travers le silence, dout on continue à m'eiivironr>er. >

On n'aime pas trop à voir chez soi, des faiseurt de notes; c'est pourquoi je trouve assez raisonable la reserve de ces Messieurs, et les entraves, qu’ils cherchent à m’opposer ; mais ils ont grand tort de croire, qu’on vienne de si loin, et daits de tels pays, rien que pour leur toucher la main, et pour leur demander : How doyou do ? Au reste, ils doivent avoir assez bonne opinion d'eux pour ne pas penser, que je puisse les éclipser; ce serait folie à un promeneur pauvre et solitaire, de prétendre rivaliser avec des Exrpédiiiotu JS/alionmUs, pourvues de sextans, de gra* phométrea, de savaiis, d’argent, d’hommes, cbevaui. flottilles, &c. Et s’ils sont aussi clair voyans,

Î u’ils paroissent en gétiéral jaloux et méfinns, ils evraient s’apercevoir, que mon caractère et mes principes ii’anuoncent pas beaucoup d’iiidisoré^tion. ^

La Salle du Conseil est, comme elle doit tUre, une grande chambre bâtie de troncs d’arbres.

On y voit flotter le drapeau des Etats-Unis, ait milieu de drapeaux Aiigiais et de médailles at-

t«rch4fl aux parois, que les Sauvages présentent i leur Père, l’Agent, comoie une preuve, qu’ils al>. jurent les intrigues, et toute alliance avec les Anglais. Des pipes, on calumete, et autres petits présens Indiens, <}ue chaque tribu loi offre, cotnme un gage de son amitié, pendus aussi aux parois, rendent cette salle tout 4 fait reuaarmable, et indique parfaitement sa destination. Une table salis écritoire, car il est malhonriêle d’écrire en présence de ceux qui ne eavetil pas écrire ; trois ou quatre sièges,- pour l’Agent, pour l’Interprète, et pour quelque spectateur, qui n’aime pas à s’asseoir par terre, comme les Sauvages, en font tout l’amenbleiBent.

Les Chefs, les Viellards véivérables, que la renommée de leurs exploits conserve encore dans l’estime des jeunes Sauvages, les Prophètes, les Orateurs, les Guerriers principaux, sont ceux qui entrent, ordinairement, dans la salle.

On n’y observe aucune des formalités d’usage, car les Sauvages n’ont pas même l’babitude de saluer^ tout au plus ils vous touchent la main, s’ils vous connaissent, et vous croyent de leur* amis, mais toujours sans dire mot, et souvent sans vous regai^er.

Les Maîtres de eérémoniea y «ont aussi inutiles, que les Chambellaus, car ils entrent et sortent, quand bon leur semble ; ils s’asseyent, on s’étendent où, et comme ils le trouvent commode. Hs n’ont pas non plus besoin, qu’un ambassadeur, eu «n ministre les présente, pour être considérés fbmnites Sauvages.

La séance s’ouvre par te discours du qu\l adresse, debout, à Mr. l’Agent. H commence erdimirement par le Grand Esprit, ou le Soleil, eu la Lune, dont son ecair 4gaù 4a pûreii, icc. icc. &Ci, et ffnit toujonrs par demander des présens ; et il -n’oublie jamais le Whukey. L’A-

S eot lui répond par l’organe de l’Intervrête. H ébute par agréer leurs sentimens; ensuite il

fait connaître leurs vrais intérêts, ei la politique* qn'il leur convient de suivre ; il leur dunue des conseils parternels, et finit par leur parler de. la puissance, de la valeur, . de la force de sa, Grande Nation. Ici l’on baisse la toile. •

Le second acte commence par la cérémonie de la pipe, ou calumet, de couleur bleu-de ciel, dans laquelle les Indiens vénèrent un Manitou, un bon Esprit de paix, mais ils le considèrent, beaucoup moins, que l'Esprit méchant de la.

? [uerre, qui est représenté par une pipe rouge.

1 parait, que l’homme, de sa nature, est partout enclin au mal.

Ce calumet est présenté par un des plus braves guerriers, ou par un Chef de guerre, remplissant, dans ce cas, les fonctions d’aide-decamp du Chef, qui est à sa droite. L’Agent est le premier à fumer; le Colonel, ou le Commai^ dant de l’endroit, le second, s’il y est; l’Interprète, et les autres Blancs, viennent après; ensuite, la pipe passe à tous les Rouges, en com-, mençant par le Chef, jusqu'à ce qu’elle ait passé une revue générale de toutes les bouches.

- Après un autre entre-acte, pendant lequel^ l’Agent et l’interprête s'occupent à préparer dans v le magasin le dénouement de la pièce, ou ouvre le troisième, en faisant porter dans la salle les présens, que Mr. Le Père offre à ses enfaus, au nom du Grand Père.

Le Chef les reçoit, sans mot dire, ni faire un signe, qui témoigne, non seulement la gratitude, mais pas même la moindre satisfaction. 11 les consigne à ses Sauvages, qui s’en vont plus en silence, qu'ils ne sont venus, sans faire pas même, l’honneur de jeter un regard, ni sur Mr. Le Père, ni sur les étrangers, qui l’entourent. Ceux qui restent observent la même indifierence. Le Chef ensuite touche la main à l’Agent, comme pour lui faire grâce, et chacun prend son chemin.

L’Abbé Casti, ne trouverait ici ni le Lecca Zam-

/H», ni (l’nnfrPR étiquettes He cour à représenter.

Quand la Tribu rentre chez elle, dans le bois, le Chef fait la distribution des présens, et ceux,

3 ui ont tué dans l’année un plus grand nombre 'ennemis; ceux, qui ont été autrement vaillans et preux; ceux, qui se sont montrés plus infatigables. plus habiles à la chasse, tous ceux-ci sont distingués, dand la distribution. Le Chef est toujours le dernier, quelque soit son mérite, et s’il ne reste plus rien, ce qui arrive souvent, il s’en passe sans murmurer. Les Rois Sauvages ne s’occupent, que de leurs peuples, et eux, et leurs familles sont les plus pauvres. Si vous vo^'ez un Sauvage, simple dans son maintien, sobre dans sa manière de vivre, dépouillé de vains ornemens, et avec un costume, auquel la mode n’a pas encore ôté une certaine dignité Spartiate, dites, , que c’est un Roi, ou 61 s de Roi.

Wabtscihuowa, qui, sans être parricide, sans avoir les vices d’Agamemnon, est le Roi des Rois des Sio«x, demeurait fort étonné, et n’osait s’en rapporter à ses oreilles, lorsque je lui disais, que ce n’était pas tout à fait la mode, chez nos Chefs, , de tout donner à leurs sujets, et de ne rien garder pour eux ; que quelquefois même c’était tout le contraire. Comment, me dit-il un jour, vous êtes donc plus barbares, que ceux que vous appelez barbares, si vous n'êtes civilisés, que pour être, ou des esclaves stupides, ou des Chefs injustes ! Nous n'avons don - pas tort de vous croire moins que nous. J’eus tla mortiâcation d’être obligé de me taire, devant la Vérité, habillée en Sauvage.

Quoique chaque assemblée soit accompagnée presque toujours des mêmes formalités ; quoique les Sauvages sojent constamment taciturnes, et d’une contenance morne, et sombre, néanmoins on y trouve souvent des variétés, et des incidens très curieux, et fort intéressans. Leurs âgures, et leurs postures, sont ce que

rkoaii^iMÉion la plus pittoresqiie, et la plus poe> tique. i>e saurait jamaie atteindre.

J'ai ‘VU bien des Enfers et des Purgatoires, bien des Limbes et des Paradis, bien des Délu« ges et des Jugemens deniiers. J'ai vu au VatU can les Chambres, les Loges, les Salles de Ra» pliaël. et de ses Ekioliers ; la Collection de ses ceiil meilleures Têtes; ses Carions en Angleterre. J'ai vu les Fresques des Dominichino, de Guitfo Reiii, de Guercino, de Giotto, de Cimabaè, Sic. J’al vu la Conspiration de Catilina, de Salvator Rosa. ce qu'il j a de beau, et d’extravagant dans l’Ecole Flamande ; mais tout 'ce qu'ils peuvent offrir, ensemble, de sublime et d'horrible, d'ori* ginal et de grotesque, ne saurait égaler le mé« fange bizarre et extraordinaire,-que présentent à l'œil étonné^ les gestes, les postures, les physio» nomies de ces Sauvages. ' Ce grand tableau seul suffit à caractériser un Nouveau Monde. ' *

,, Les uns, enveloppés dans leur peaux, le vi> sage appuyé sur leurs mains, rappèlent la gra» vité des Archontes, et des Ephores de la Grèce; les Tribuns, et les Sénateurs de Rome. D’autres en parlant à leur Père, ou à leurs eiifans, dépld* yeut leur PaUium, si noblement, prennent des attitudes, si imposantes, et gesticulent avec 'tant d'empbase, qu’ils en imposeraient, si on ignorait, qu’ils sont des Sauvages.

. J’ai retrouvé, dans le Chef Wameniiottka, la fameuse statue d’Aristide, du Muséum de Naples, qui m’a si souvent arrêté des heures entières devant elle, pour la voir haranguer les 'Alhéniena oorroropiis. J'ai revu dans le Chef Cst€miwa€omani, celle de Caton, quand il prédisait aux Romains, que leurs vices, leur luxe, et leur avarice, pe tarderaient pas è les jeter dans l'esclavage. Parmi ceux, qui environnent FOrateur, les una l’écoutent avec des signes 4’approbatioh, d’autres gardent un silenee dédaigneux et éloquent, d’autres, enfin, ont l’air de s’occuper fort peu de

ses discours, et de se moquer et des 61s. qui par lent, et de Mr. le 7'’fre. qui écoute; les uii8,fuiDHiit leur pipe, et le coude droit appuyé parterre, avec une nonchalance alTectée. ont l'air de jeter du ridicule sur cette vaine formalité ; d'autres, demeurant neutres, comme des Députés du cen« tre, donnent tranquillement sur les soucis de la Nation, ne rêvant qu'au présent, et laissant à qui voudra le soin de pourvoir pour l'avenir. Les uns représentent dans leurs 6gures. des palettes chargées de couleurs, tandisque d'autres, en* tièrement barbouillés, ou de blanc, ou de noir, ressemblent ou à des charbonniers, ou à des meuniers. Les uns se peignent le corps de 6* gures d'Anges, avec des aîles; les autres sont couverts de Diables, avec des corttes, chacun suivant son goût, et sa dévotion. Les uns portent pour ornemens, des os, des dents, des grides de bêtes féroces, des coitTes de budaloes, des plumes d’oiseaux; d'autres des colliers de ,/l/arg«ert/t/t«r, des rubans, des bracelets, des bagues, des croix. Les uns entremêlent l'Exotique avec l’Indigène; d’autres conservent la nudité de la Nature ; et ceux-ci, s’ils ne sont pas les plus grotesques, sont les plus intéressans.

Comme il leur est défendu d’entrer dans le Fort, avec des armes à feo, oU ne les y voit, qu’» armés d'arcs, de massues, et de tomahawks ; ce qui achevé de reitdre cette scène tout à fait sau> vage, et unique.

Quand les chefs prononcept un discours, ils ibnt souvent des pauses très marquées, et alors ceux, qui ont envie d’aprouver ce qu'il a dit, s'écrient, tous ensemble, Uhoa; ce qui signilie, tratfo. Ils Ibnt la même chose, lorsque l’Interprète leur rend à chaque paragraphe, le discours de l'Ager>t, si toute fois ils daignent lui faire l’honneur de l'écouter, et de l’agréer.

Chaque Sauvage peut parler à l’Agent, quand il lui plaisir, comme à leur père«comoMin;

mais comme la présomption, et le comméra^ sont des vices presqu’iocomius aux Peuples Rouges, il arrive rarement, que l'Agent ait à s'occuper de répondre à d'autres, qu'aux chefs civils, aux orateurs, aux chefs de guerre, et aux prophètes.

Chacun peut aussi lui porter des plaintes, et en public, et en particulier, contre les traiteurs, mais le Sauvage aime mieux se venger, que descendre à la bassesse de l’accusation. Les Sauvages ont d’autant plus de générosité en se taisant à l'égard de ces trafficans, en ce que ceux ci n’ont pas honte de les duper autant, qu’il leur est possible. C’est ce que contribue à rendre les Sauvages toujours plus ennemis des peuples civilisés. Les Rouges, qui sont plus en contact avec les Blancs, sont ordinairement les plus mécbans. Les Sauvagesses puisent chez les Blancs la plus grande corruption. Elles ont tous les vices de deux races, sans trouver une seule vertu à imiter parmi des hommes, qui ne sont là, que pour assouvir leur sensualité, et leur avarice. . La Compagnie N. O., c'est à dire, les Anglais, iaisait plus. Lorsque, dans l’enfance des Etats- Unis, elle avait réusssi à usurper tout le commerce de ces paj's Sauvages, elle s’étudiait toujours à alumer le flambeau de la Discorde entre ces ditfêrentes Nations, pour que le bruit de leurs guerres atroces, et la crainte de conséquences funestes éloignassent tout conçurent de commerce de pelleterie; et, de cette' manière, ils en avaient obtenu l'empire absolu, et le monopole. C’est bien là, en vérité, d’exceilens éléves du Cabinet de St. James.

Le Sort, Comtesse, est plus généreux, que les hommes. 11 m'offre des notions, autant que ceux-ci s'étudient à m'environner de ténèbres. Jamais ce Fort, depuis cinq ans, qu'il existe, n’a TU tftnt de Sauvages, que cette année. Ces jours passés il- m’a aussi ménagé le spectacle d’une

présentntion, dans les formes, d’une grande biiiide de Cypawais, composée d’un nombre de tribus, dont plusieurs n’avaient pas encore fait faouHnage aux Etats Unis.

Tout son camp était avec elle, car ils marchent toujours avec armes et bagage, chiens, femmes, et enfans. Leurs maisons sont partout, où ils se ‘ trouvent.

A leur arrivée leur flotille, tout à' fait extraor* dinaire, était d’un spectacle vraiment nouveau. Jàmais je n’ai vu le Mississippi si bien garni.

( Leurs canots sont d’une forme très-élegante:

. ils sont si legèrs, et si minces, qu’il est étonnant, qu’ils puissent porter cinq à six personnes, leurs chiens, leurs tentes, et tous les meubles de leur maisop. ïe les ai vus mettre sur le rivage, d’une seule main, avec autant de faeilité, que si c'eût été un panier. ’

Des verges de bois léger, qui n’ont pas l’épaisseur d’un demi doigt, en forment la charpente.

. On le double en dehors d’une écorce d’arbre, très mince. Elle est le vrai papyrus des Anciens: elle se détaché en feuilles aussi fines, que le papier: j’y écris dessus à merveille. C’est de l’écorse de Bouleau.

' Onn’y emploieni clouxnid’autresmétaux. L’écorce est cousue avec d’autre écorce, et les jointures son enduites,d’une espèce de goudron très tenace, et qui résiste même aux plus fortes ’ chaleurs du Soleil : ils le composent eux-mêmes d’une, résine, qu’ils tirent des arbres, et de quelques autres ingrédiens ; ils gardent avec jalousie le secret de cette composition.

O Cette écorce rappèle les planches très minces, dont! les premiers Grecs doublaient leurs navires,’ également très légers : et dans les ^Scriptions. que les poètes nous ont laissées, «les finitesdp Aanthe. et du Simoenta, nous retrouvons .admirablement la forme des proues et des poupes Cypowaises. J’en ai fait faire un modèle, en pe-

tlt,par eui-mêmes; et leur gondron fait ausai partie de ma petite collection de curiosités Iii» diermes. Il semblerait, qu'un souffle put renver* scr cette petite goudole, et qu’elle dût se briser au moindre choc; c’est cependant dans ces frêles canots, que ces Sauvages parcourent des distances de milliers de milles. Leurs tentes sont pour ainsi dire le portrait de leurs canots renverses. Ils plantent dans la terre des perches en arceaux, et les couvrent de la même écorce, qu’ils portent en rouleaux, comme les pnpyrta d’Herculanum. Et, par la même raison, leurs camps sont aussi intéressans, que leurs flottes.

Les Ctfpowaù forment aussi une des plus puissantes nations Sauvages, mais cependant beaucoup inférieure à celle des Siouxi Elle serait même plus faible, parcequ’elle.est plus dispersée, et moins confédérée. Ce sont les vrais aborigènes de ces contrées, et leur langue est l’AI-, gonquin pur. ^

Ils sont éparpillés dans des régions immenses, , depuis le lac Ontario, jusqu’au VVinnepic. vers la baie d’Hudson, environ 2000 milles de l’Est S.-E., au N -O., mais il est diflicile de calculer la circonférence du pays, où ils sont errans.

Une grande partie de Cÿpewaù habite dans les possessions Anglaises. Ceux, qui sont venus ici, relèvent des Araéi;icains,ver8 lesbautes terres du Mississippi. '

Quoiqu’ils ayent le neg un peu trop écrasé, et ! un peu trop large, les joues saillantes, les lèvres renversées, comme les autres Sauvages, et les ' yeux plus petits, que les Sioux, néanmoins leur visage est assez agréable. Leur buste, plus pro- r' portionné, parait plus robuste, que celui des Siopx, et tout leur corps est mieux bâti. Les cli- ' mats plus rigoureux, qu’ils habitent, et la vie plus ^ ' dure, qu’ils mènent, doivent beaucoup contri- . buer à cette différence.

Ils avaient tous la tête eouronuée de guirlsmdei F

defleufR, de feuilles, d’herbes, ou de poil de différeiis animaux. C 'étaient autant de MauUitix. fa* voris. car ils pratiquent les mêmes superstitions, que tous les Sauvages en général.

Les Saukis, les Renards, les Winebigos, les Memmenis. les Sioux, et les Cypowais, croyent, peutêtre tous, à un Grand Elsprit ; maisil n’y a pas un Sauvage, qui n’ait son JV/oniVou favori, de son choix, ou dans un animal, on dans un arbre, ou dans des herbes, ou dans des racines; et dans la même tribu, le Manitou d’un Sauvage n’est presque ja- ' mais celui d’un autre, ils parait que, ou ils diffèrent dans leurs goûts, ou ils n’aiment pas à invoquer les mêmes Dieux.

Ûn jour, que j’étais à la pêche, un Sioux se facha de ce que je l’avais prié de me ramasser quelques grenouilles, pour amorcer le hameçon; la grenouille était son Alanitou, comme chez les Egyptiens de l’Antiquité: tandisque d’autres en faisaient rôtir, et en mangeaient, comme tous les

f ieuple,^ Modernes. Un Sauvage ne tire jamais 'animal, qui a l’honneur d’être son Manitou, quand même ce serait une bête féroce, qui viendrait le dévorer. Je possède une superbe peau d’un ours jaune, qui allait déi'orer son adorateur, au moment, qu’un Dissenter, ou Nonconformiste, survint, et le tua. Si quelquefois il lui arrive de tuer son Manitou par méprise, il le prie de lui pardonner, et il ajoute : Il vaut mieux que tu

“ aies été tué par moi. que par un autre, car on “ vendrait ta peau, tandisque moi je la conser- “ verai avec, dévotion ; ” et vraiment elle devient une des Divinités de son sac de Medecine. Il n’y a que le BufTaloe, qui n’est épargné de personne; car ils disent, que c’est le Grand Esprit, qui s’ofTre, sous cette forme, afin de pourvoir à tous leurs besoins : et vraiment tout est bon pour eux dans le BufTaloe, depuis les cornes, qui leur servent pour mille usages, jusqu’aux muscles, qui sont leur fil à coudre. Cette doctrine fait naître

Digitizod b'. Googit'

une foule de réflexions ; je vous laisse les /ai re.* Re v enons a u x Cypowais. *

Les assemblées des Cj^powais, dans la salléila > Conseil, ont été plus brujantes, que celles deà Stoux. parcequ’Us étaient divisés en deux partis, dont .un voulait conserver les Chefs déjà en placé, et l’autre en faire élire- de nouveaux. Je représenterais volontiers ce drame comique, ét vraiment intéressant, dans son genre, mais crift pourrait, peut-être, me prêter des aliuHions. aâli? quelles Je n’ai pas pensé. Je me bornerai doHSc à vous dire, que dans leurs débats, j'ai entendu des morceaux d’éloquence digne d’Athènes,, tît de Rome ; que Mr. Benjamin Constant n’a, 'pé^ être, jamais emploj'é des argumens pitts X^r^ÿ^ tibles contre Mr. De Villele; que Peskawt cendit du trône avec une dignité Spartiate^ ét Kendouswa, en y montant, lui toucha la iDatn'ôvéé une noblesse, digne d’une âme généreuse.

suis quelquefois étonbé de trouver dans ces

K les les grands traits de l’Histoire Anèie^i»#t^ loderne.

' Le Général Cas, Gouverneur du Territl Michigan, entreprit, il y a, je crois, trois anÉ,^ expédition à travers les lacs, et les contrées ^ vages, pour aller chercher les sources du Bf^ sissippi, que Mr. Pike avait laissées très imàil»' taines; et après les avoir Axées an üpper Rvt'&fi der Lake, passa par ce fort, en s’en retoumanfi^' conduisit avec lui des Chefs Cypowais', èt'|Hi^ rendre encore plus glorieuse et utile’bou"eihi$i' ditibn^il employa tous ses efforts, et il parvimli' leorlaiiré faire .la paix avec les Sioux. Mintfé fut, comme à l’ordinaire, aussi passagère, ffiinée du calumet,' qui la célébra.

. Monsieur Tagüaferro, ahimé dtF '

philantropie, qui lui* font hônneoK' et ment - amoureux de ses Sauvais, mand nombre de Cypawais, qdi se ici^es jours passés, voulût lalWuMiVûlimé^^ leiaent.

La grande Salle du Conseil était pleine. Les Sioux. présidés par les Chefs Culewacomatn, tVamenilouka, et Penisehionà. étaient assis sur la droite. Les C»pawais, avec leurs Chefs /Cendouswa. Moshomenè, et Pasheskononepè, sur la gauche.

Après des accusations, et des prétextes,de part et d’autre, sur leurs infractions des traités, apiès quelques reproches, et quelques conseils paternels de la part de l’Agent, Wamenitonka. assisté d’un Chef de guerre, ralluma le grand caluinef de paix, et d’amitié, éternelles. C’était aux Sioux à le présenter les premiers, car ils paraissaient avoir été les premiers à le propliauer par leur per6«lie. *

La figure de Wamenitonka. par son air important et grave, se prêtait beaucoup à la majesté de la cérémonie, et, en cette occasion, il prit même un certain maintien sacerdotal. Il consacra le calumet, en en tournant le tuyeau, d’abord horizontalement vers le Levant et le Couchant, ensuite perpendiculairement vers le Ciel et la Terre, pour appèler à lémoÿi de la sincérité du serment, le Grand Esprit, ou le Soleil, les bous, et les mauvais Esprits.

11 le fit passer, ensuite, par le Chef de ses guerriers, au Chef délégué par les Qypowais ; celui-ci le donna à Pasheskonanepé, le Chef le plus ancien : ce dernier après l’avoir passé à l’Agent du Gouvernement, fuma lui-même, et chacun successivement en fit de même, suivant l’étiquette des grades respectifs. Pour moi, je jouais le rôle de témoin ; et certainement je l’étais d’un par- . jure.

Les Cÿpowais répétèrent les mêmes formalités «nvers les Sioux ; et tous se donnèrent la main, comme gage de leur foi réciproque. La cérémooie termina par le Whiskey,, que leur bon Père leur fit distribuer.

Les calumets demeurent compte un gage de

la sainteté üu trâité entre les mains de deux Chefs Représentans, qui en cette occasion sont, je crois, les Gardes des sceaux de leur nation respective.

Quand les Sauvages font la paix, sans aucune médiation étrangère, le lieu de conférence est Ordinairement dans la forêt. Les plénipotentiaires des hautes parties contractantes s’y réunissent, et le traité fait, ils l’enrégistrent. en hiéroglyphes, dans leur archive ordinaire, c'est à dire, sur un tronc d’arbre ; ce qui revient à notre Face celebrata, Die, Sic., Ltoco, &c. &c. &c.

La Paix fut faite le 2 du courant. Le 4 la guerre fut au moment de recoijjmencer, et avec acharnement.

Esktbugekogé, ou Gueule Flatte, Chef, qui est

t tarmi les Cypowais, ce qu’est WabiscUiuowa chez es Sioux, n’arriva que le matin du 3.

Ignorant les intentions de l’Agent, il prit congé de sa famille, et du reste de sa tribu, en promettant, qu’il ne toucherait point la main à ces chiens Je Sioux.

Le premier mortel, qu’il rencontra, en arrivant près du fort, et avant qu’il pût être informé de tout ce qui s’y était passé, fût Faniscihowa. Celuici lui offre la main, qui était encore chaude de la paix de la veille, et il en reçoit un refus dédaigneux.

Ce Sioux. aussi méchant, que lâche, donna aussi-tôt l’alarme. Tous les Sioux. qui étaient encore aux environs du fort, se réunirent; ils envoyèrent des hérauts d’armes aux campemens voisins, et le lendemain ils se trouvèrent en grand nombre autour du camp des Cypowais, Ceux-ci»

avaient déjà caché leurs femmes et leurs enfans, derrière les ruines du vieux fort, qui avait servi d’asile à la garnison, pendant qu’on commençait à bâtir le nouveau; ils envoyèrent dire aux Siowa:, que, quoique très inférieurs en nombre, ils ne les craignaient pas, et qu’ils les attendaient à piedferme.

L’Agent et le Colonel parniBsait d’abord ne vouloir se mêler aucunemeni à leurs brouilleries. Ils otit peut-être la faculté de leur ménager une pais, et nullement celle de les empêcher de se faire la guerre; mais ils réfléchi reiit, que les laisser faire, serait une insulte au pavillon des Etats-Unis, et une violation de leur territoire, déclaré neutre, sacré, et inviolable, pour tous les Sauvages, et surtout, lorsqu'ils viennent pour traiter avec leur Père. On les envoya sommer conformément à ces principes, et l'orage se dis* sipa.

Tout conspirait contre mes pauvres notes. Je m'étais déjà placé sur une hauteur, pour les enrichir d'une bataille Sauvage, et je ne pus noter, que ce lamentable article.

Dansl'après-diner Eskibutrekoge toucha la main dans toutes les formes voulues, et aux Chefs des Sioux, et à tous ceux, qui en voulaient. Qn fuma encore parfaitement en règle, on répéta, avec la meileure volonté du monde, les libations du JVhiskey, et chacun prit son chemin bras-dessus bras-dessous.

Le lendemain le bruit courut, que les Sioux avaient attaqué les Cypowais aux cascades de St. Anthony. Je montai sur le champ à cheval: mais il était dit, que je ne serais pas le témoin d'un si grand spectacle. Pendant que le sergent, qui commandait le poste, les exhortait à la paix, (seulement de crainte qu'ils ne commissent des dégâts sur ces établissemens,) l'exprès qu'il avait envoyé au fort, arrivait avec des forces, et l’affaire demeura là. Je fus tenté de les prier de se battre au moins pour badiner, puisqu’ils n’avait pas envie de le faire tout de bon. Je me sentis disposé de soupçonner, q^ue les Sauvages s’entendaient aussi avec les Messieurs du fort pour tromper mon attente. Mais tout est vraiment pour le mieux. De quelles scènes d’horreur j’aurais été spectateur ! Quel carnage affreux eût affligé l'humanité !

Cependant cette tragi-comédie me ménagea une de ces occasions, dont j’ai tant besoin, de rire ; et ce fut aux dépens des Traiteurs. Ces honnêtes gens tremblaient encore quatre jours après, en pensant aux dangers, qu’ils avaient couru, de perdre les avances, qu’ils avaient faites' aux Sauvages. Ils trouvaient une mauvaise foi ii>signe à vouloir s’égorgec, avant de tuer les ani» maux, dont les peaux devaient servir à les reûi> bourser. Et aussi le jour de l’alarme, désiraientils, je crois, avoir une âme susceptible de courage, pour accourir à les calmer.

On dirait que cette peste d’usuriers, de brocanteurs, qui infestent si cruellement nos contrées, et qui sont la ruine de nos fils de famille, soient venus se foutrer jusque dans les forêts, et les déserts de l’Amérique.

Vous serez sans doute étonnée. Comtesse, de l’inimitiq irréconciliable.quiexiste entre ces deux nations Sauvages, et curieuse d’en connaître les vrais motifs- Je vais vous dire ce que j’ai pu en savoir.

Les prétentions territoriales ne sont, que des prétextes; leurs pays, ou pour mieux dire leurs mondes, sont si vastes, qu’il y a de la place pour tous, et ils ne se rencotitrent guéres.que lorsqu'ils seguétent exprès pour se combattre. Ces guerres ne sont qu’un héritage, qu’ils ont reçu de leurs pères. « La dertiière chose, que les Cypowais recommandent, en mourant, à leurs eiifans. à leurs pareils, à leurs amis, à toute la Tribu, c’est d’être toujours les ennemis des Sioux; et ceux-ci prêchent également une croisade éternelle contre les Cypmoais. En remontant à la source de celte haine invétérée, j’ai réussi à jeter un plus grand jour sur l’émigration des 5touj:. dans ces contrées.

Eskibugekofré m’a assuré qu’il y avait plus de 3000 lunes . qu’eux, Cypawais. se trouvaient en guerre contre les Sioux; et le Grand Sioux W'abiscihouwa est de ce même sentiment. En comp-

tant, comme eux, une année par douze lunes, plug de 3Ü1>() lunes, en y ajonlanl les jours eoinplémentaires, se rapportent, à peu près, à l’époque, où les Espagnols ont conquis le Mexique. Ce fut donc alors, que lesSioux. ou Daeotas. fusant les cruautés des Espagnols, usurpèrent sur les C)'pawais les contrées, qu'ils habitent maintenant, et que les C^pawais, massacrés dans leurs foyers, et chassés de leurs terres, durent jurer une vengeance éternelle contre leurs agresseurs. Ce sentiment, transmis de père en fils, devint un sentiment national, se perpétua dans toutes les générations, et maintenant on le suit aveuglement, ou comme une inspiration, ou comme un devoir: et puisque la vengeance est la passion innée de tous les Sauvages, il s’en suit, que les Sioux. également animés contre les Cypawais, leur font une guerre d’instinct, sans se soucier d’en connaître ni la cause, ni les effets.

Une autre preuve convaincante, que ces pays, qui sont habités ntainlenant par les Sioux, les Assiniboins, et par d’autres Nations Sauvages, qui ont également deserté le Mexique, appartenaient aux Cypawais, c’est que ces montagnes, qui séparent le Nouveau Mexique de ces contrées. s’appelaient précisément les montagnes Cypawnises. en on les appelerail eucoreaujourd’hui du même nom. si ces bienheureuses Expéditions, qui défigureraient le monde entier, pour faire parler d'elles, ne les eussent pas rebaptisées sous le nom de Rochy-Monntains.

Avant de perdre de vue les Cypawais. il faut que'je vous parle aussi un peu de leurs femmes.

Elles sont beaucoup mieux, que celles des Sioux, et il en est, qu’on pourait presque appeler jolies. Leur complexion est he'le ; leurs chairs sont plus soutenues, et mieux coi>servées, et leur tf ifit moins rou^e. Les climats froids ont sur elles la même ioffuence. que sur les hommes ; leur bouche et leurs dents sont presque volup-

tueuses ; leur moral parait aussi plus simple et moins sauvage.

Leur costume est tout à fait différent, et singulier

Les Egyptiens, inventeurs de la sculpture, lorsqu'ils commencèrent dans leurs progrès, à ouvrir les jambes et les bras à leurs statues, qui n'étaient d’abord quedes Theuts. ou des Hermes, en un bloc de marbre, les ornèrent de deux bandes, qui des épaules leur pendaient sur le sein: successivement ils y en ajoutèrent une antre, qui embrassait horizontalement les deux Mputs des premières. C'est précisément ce qui soutient une espèce de cuirasse en drap, ou en peau, qui couvre le sein et le dos, seulement, des Cypowaû scs. Leurs bras, arrondis, et très bien faits, demeurent entièrement nus, et les hiéroglyphes, qui y sont peints, font pendant avec ceux du visage. Leurs souliers sont d'une forme plus antique, que ceux que nous avons déjà vus ; leurs chaussettes, et leurs jupes n'en difTerent pas de beaucoup, mais elles sont plus simples. Elles partent aussi beaucoup de croix, et toutes, en général, au narines.

Les Cypowaises sont encore plus acharnées, que les hommes, contre les Sioux. Et la raison en est simple ; c'est que leurs camps étant presque toujours pris par surprises, les pauvres femmes sont beaucoup plus exposées à la cruauté et au carnage. C'est aussi ce qui fait, qu'elles se battent comme des héroïnes. A l'affaire du 4, elles jurèrent toutes, tenant avec résolution le couteau à la main, de vendre bien cher leur vie, et celle de leur enfans, qu'elles couvraient de leur corps.

Je fus profondément touché de trouver aussi parmi les sauvages l’image du plus tendre amour maternel.

Dig'"- ' by Gooc^Ie

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