‹ La decouverte des sources du Mississippi et de la rivière sanglante. Description du cours entier du MississippiChapitre 7 sur 15 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

Continuation sur Us Moeurs^ Us Habitudes, les Ciré- 'monies. Us Superstitions, la Guerre, la Chasse, Sfc., des IJVDIEJVS.

Du Fort St. Anthony, lur le Haut Minioippi, ce 38 Juin 1833.

Cette lettre est la troisième, que je vous écris de ce même endroit; c’est un indice. Comtesse, que je trouve encore bien des difficultés, qui entravent tes progrès de mes promenades.

Le Major Tagliaferro m’avait fait espérer, que nous'aurions remonté ensemble le St. Peter, rivièie, qui n’a pas encore été explorée, dont les sources sont habitées par les Sioux les plus Sauvages, et les plus puissans, et qu’on ne connaît encore, que vaguement ; dont les contrées environnantes sont parsemées de Buffaloes, qui offrent des incidens les plussinguliers, et les plus intéressant d’une chasse extraordinaire. Je m’étais proposé de me diriger de là vers les sources du Mississippi. qui sont encore absolument inconnues : mais Mr. Tagliaferro, maintenant est d’une faible santé, et ne peut plus partir. Je crois que l’on cherche à m’endormir sur mes projets ; je ne m’endors pas si facilement : ma constance s’affermit de plus en plus; la lice est toujours ouverte, je ne suis pas encore désarçonné; etje vais leur livrer bien d’autres combats avant de me rendre. En attendant allons nous promener. Comtesse,

Î iarmi les tribus voisines pour connaître un peu es usages, les mœurs de ces Sauvages. Que rien ne nous décourage, 'et ne nous arrête.

Revenons à la danse, qui parmi les Sauvages est une formalité nécessaire ; car, c’est par là, qu’ils commencent,etqu’ils terminent toutesleurs affiiires publiques et privées, économiques et religieuses. Elle entre dans tout, comme les prêti^es

chez nous, comme lé gaz dans la rliimîe, et la saignée parmi les iSeclateurs de notre célèbre Tlioinasitii.

Pour éviter autant, que possible des répétitions inutiles, il est bon de dire une fuis, pour toutes, que leur musique instrumentale est toujours la même, et que le toti n’en change pas souveiiL Quai^t à la musique vocale, proprement dite, ils n’en ont pas; car, ou ils prêchent, ou ils crient, quand ils prétendent chanter.

Leurs instrumens consistent en tambours de Basques, eu upe espèce de castagnettes, et en de petits globes de peau, qui renferment des grains de semences. Chaque danseur tient un de ces globes dans la. main droite, et il l^gite, en dansant, pour marquer la cadence. 11^ les appèlent Cicikoïes. du son qu’ils produisent.

La danse des Braves t»e peut être exécutée, que par les guerriers. C’est celle, dont ils donnent le spectacle à l’.Agent, lorsqu’ils viennent lui faire une visite de corps.

Des fem nés et des vieux Sauvages se placent derrière eux. et fout chorus à la cantilène, doitt ces peuples Sauvages^accompagnent les instrumens, cbacun de sa bouche. 11 est impossible de vous rendre ces charivaris comiques, à moins d’être Sauvage, ou Juif.

Ils ouvrent le bal en marchant de front, dans un endroit spacieux, rangés et alignés, sur deux files, s’ils sont nombreux, et sur une, s’ils sont en petit nombre.

Uu enfant marche devant eux, ayant aussi s^ castagnettes, ou son Cicikoïes à la main. C’est i’enfant rêveur, dans lequel les bons et les mauvais esprits passent quelquefois la luiit, pour y déposer leurs bous, ou leurs mauvais présages. Le prophète, «u Augure, de la Tribu, les re- -CDoille tous les [matins, et les fait servir à toutes âns, comme les Anciens, et les Modernes ; et, d^ns oette danse, ce prophète, marchant derrière

les files, s’en sert poi^r dire aux braves, qui là' coiàposeiit, que les Manitoux, ou bous, ou umu.' vais, connaissent leur valeur, et qu'ils promettent de la couronner de gloire, pourvu qu’ils soient constant dans la haine, et dans le désir de vengeance contre leurs ennemis. Quelle idée se faire de leur religion, d’après tout cela..Cointesse!

A cette noble, et consolante promesse, tous les danseurs se formerjt en cercle serré, et ils font tous entendre une espèce de mugissement, d’une voix basse et rauque, tandisque l’enfant Demi-Dieu, les yeux baissés cpntre terre, prononce quelque chose, que personne ne comprend, et qui n’est pas même compris ni de lui. ni du prophète ; car cet enfant ne prête, que son organe, mais ce sont les Maniloux, qui parlent ; et vous savez, que les Oracles ne se font pas entendre à tout le monde, surtout en public. Aussitôt, que l’enfant lève la tête, et les yeux, toute cette troupe de possédés se met à sauter lourdement; de nouveaux mugissemens, mais plus forts, quoi- * qu’également sourds, marquent la cadetice. Ils s’agitent avec tant de contorsions, et sè donnent tant de mouvement, que bientôt on voit couler la sueur de leurs corps; et la force, dojit ils frappent la terre de leurs pieds, est telle, qtie la place est empreintede leurs pas,commesi elleeûtéléfoulée par un régiment de cavalerie, faisant le manège.

Par cette ardeur mystique, et sombre, ils se vouent à la Haine et à la Vengeance, prenant à . témoin les Manitoux, qu’ils croyent voir dans l’enfànt. ’

Leur musique parait un peu monotone, mais, néanmoins, malgré son uniformité, elle a quelque chose d’animé, et de touchant; jusqu'à emprunter,de sa propre extravagance, la vertu d’exciter vivement des. passions différentes. Et on »oit également, et dans leur musique, et dans leur' danse, l’image de l’Antiquité.

Les premiers Gtccs ayaient, comme eux, cette.

espèce de petit globe, et de castagnettes ; cetîe»-- ^ci laites précisément, comme les leurs, oo de coquilles, ou d’oBsemens d’animaux. jLa symphonie, la plus favorite deaGrecs, était formée, comme la leur, par runioii de la voix, et des instromens, et c’était précisément dans cette sorte de musique, qu’ils faisaient consister une partie dô culte, ou de la vénération, qu’ils rendaient à leurs Dieux.

Comme les Romains, ils marquent aussi la «»• dence avec des petites sonnettes, qu’ils attachent à leurs pieds, podarii, pedicviqrii, et- cône me les Romains, ils ont également leur Corypkeuif dans le Sauvage, qui frappe le tambour de bas-

3 ue ; leur manuduelor, dans celui, qui règle - la anse. Ce qui est tout à fait moderne et singulier, c’^t, que celui-ci porte on grand fouet à la main, comme s’il devait mener dea bêtes, ou les pauvres nègres des pays méridionaux des Etats-Unis.

Ces enfans de Terpsichore se distinguent aussi sous les emblèmes de Mars. Ils portent tous leur arc, leur carquois, et leurs fléchés, ainsi que la- tête ornée de plutiMs, l’apanage exclusif des preux guerriers. Ce sont les plumes d’un oiseau, que les Canadiens appèlent KilUou, et les Sauvais Wamend-Hi.

Cet oiseau est si rare, et si estimé par tous les Sauvages, en général, que celui, qui a le bonheur . d’en tuer un, reçoit les complknens dans les formes de tout le camp, et acquiert le privilège de porter une de ses plumes.

Chaque guerrier a le droit d’en porter un nombre égal à celui des ennemis, qu’il a taés, et il l’augmente d’une, toutes les fois, qu’il parvient à tuer un de ces oiseaux. A la vérité cette ph>me fie parait pas bien belle à voir, mais j’y ai attaché du prix, poirr la même raison, que les Péruviens ne commencèrent à hprécier l’or, qn* lorsqu’il en virent tes Européens si avides ; et

j^ai fait tous mes eSbrts, et non inutilement, pour en avoir. t f *

. Les Sauvaf^ea dansent à l’occasion du maria' ge, et les femmes dansent aussi alors, et avec une grâce, une agilité, dont. on ne se douterait point eu les voyant. <,

: ;Mais jrimais le genre masculin ne danse arec le genre I féminin, excepté dans les cérémonies religieuses. La fierté Sauvage condamne le beau séxe aux mépris et à ravilissemeut, autant que nous lui acconlons d'estime et d’hommages.

C’est, je crois, ce mépris pour le beau séxe, qui rend ces peuples encore plus sauvages.

Tout homme, qui est moralement insensible, ou indiflerent envers cet être, que le Ciel nous des> line pour partager avec lui, et nos conHolalions et nos peines, et nos soucis et nos douces afTeC* lions ; envers cet être, qui nous enfante dans la douleur, nous'nourit avec tendresse, et souvent avec de grands sacrifiqps ; qui nous reproduit à |.i postérité, et dont les grâces, l’amour, et l’amitié sont les délices de notre vie, un tel homme, ne peut-être, qu’un barbare, qu’une brute, et son âme doit être morte à tout sentiment de vertu.

Lorsqu’ils fument le calumet d’amitié avec un étranger, qui les visite, avec un ambassadeur JSauvage, ou civilisé, qui soit le médiateur d’u> ne. paix, ou de quelqu’autre traité, ils font précéder cet acte d'une danse, et d’une cérémonie, au moyen desquelles, ils cofisacrent, si je puis m’exprimer pinsi, ce calumet, avant de le présenter -au héros de la fête. En dansant autour d’un.feu sacré, ils le purifient en l’agitant, chacun tour à tour, sqr les flammes, et dans l’air; il passe ensuite eutre les main» dg cbeC qui en fait la pré^ tentation dans les formes. C’est la danse qui m’a paru avoir le plus de dignité, et d’expressioo. Celle de guerre est terrible. , < , i

.. Avant de partir pour combattre l’ennemi, tous les guerriers se forment en eercle portant tous

leurs armes. Le Chef les harajigùe, leu^ rap*pèle les explQÎts de leurs Ancêtres, les leurs, et, modestement, les siens propres. Il les dispose, par une éloquence toute sauvage, au courage, à la fureur, au carnage. Pour faire sur eux une plus forte impression, il se place au milieu du cercle, brandit sa massue, ou son tomahawk, d’tm air fier, et menaçant, et en frappe, avec rage, une figure humaine dessinée, à leur manière, sur la terre, ou une tète d’animal, l’une ou l’autre répresentant la figure, ou la tête de l’ennemi. Tous les guerriers, dansant, autour, la danse des Cannibales, en font autant ; et bientôt la figure, ou la tête a disparu sous les coups mortels, qui hirisôttt portés. Ils prennent ensuite toutes les attitudes féroces, et cruelles, avec lesquelles ils doivent fondre sur l’ennemi. Ils manient tantôt leur fusil, ceux qui en ont, tantôt leur arc, tantôt leur couteau. comme si l’ennemi était là ; mais souvent, 'dans leurs convulsions effténées. au lieu de celuici, -ils trouvent leur voisin, et le sang coule parmi eux, avant qu’il ne coule chez l’ennemi. ^

Un arc, qu’ils appèlent l’arc de la Medtcine, oti des Maniloux. 'et qui reste toujours suspendu déns la Grande Loge de Meduine, ferme la cérlnabnie, en passant entre les mains de tous les acteurs de la pièce. J’en possède un très beau.- Au retour de la guerre ils dansent encore, et ce nouvel appareil est vraiment aflTreux, pour le spectateur, qui n’est pas sauvage.

Ils dansent autour des piques, de* perches, éO bout desquelles sont suspendus des têtes, des breilles, des langties. des cœurs, des péricrânes, àtCaCliés' t^core l" leurs cheveux, d’hommes, de fitfiime!f,^ét d*enféns ^ et ces malheureux, qu’ils ont épérgnés.'on pour en faire des esclaves, ou poûrîeS immoler à lews Dieux Pénates, conime les peuples de l’An iquité la plus reculée, sonl condamnésàêtreles témoink de celte scène d’hor^ reur, qui leur rappèie le massacre, le carnage, qui

leur représente les restes ensanglantés de leur pères et de leurs mères, de leurs frères et de leurs sœurs, de leurs femmes et de leurs maris.

Enfin ils dansent aussi à l’occasion de sacrifices publiques, et priv'és; lorsqu’ils donnent. des festins; et qu’ils administrent la medidneAU lit du malade.

Les sacrifices publiques ont lieu essentiellement quand les Sauvages se réunissent en grande assemblée, pour se décider ou pour la paix, ou pour la guerre. Voilà encore de l’Ancien.

Ils commencent toujours la cérémonie en fumant au tuyau sacré, et avant de fixer leur décision, ils invi quent’leurs Jl/oniVoiMT, en leur offrant en sacrifice quelque mauvaise peau, ou quelque mauvais chiffon. Il parait, que, dans leurs sacrifices. les Sauvages ont adopté la maxime de Licurgue, qui offrait toujours des victimes de peu de valeur, afin que les Spartiates eussent torfjours dequoi honorer les Dieux. Certes, les Sauvages n’eurichissent ni l’autel, ni ses ministres. Les Dieux des Sauvages sembletit regarder la pureté de cœur, plutôt que le nombre, et la qualité des offrandes.

Les Dieux de l’Antiquité^ avec toutes leurs prétentions, seraient très mal avec les Sauvages, car ils n’ont des taureaux, ni blancs; ni noirs, pour Jupiter; ni des génisses, pi des vaches, pour Madame son épouse ; ni des truies pleines, ni vides, pour Madame sa mère; ni des agneaux, des cerfs, des pigeons, des béliers, des cochons, .des boucs, des cornes dorées, &c., pour cette troupe de mauvais sujets de ses fils légitimes, et illégitimes; ni veaux d’or, ni veaux de plomb.

Dans ces sacrifices chaque Sauvagefait son application à sa manière,'car les uns les offrent aux bons Maniloux, les autres aux mauvais. Les uns à telle, les autres à telle autre Divinité, et quelqu’un, je crois, ne sait pas même à quelle ; et ici il y a de l’ancien, et du moderne.

iis l'ont aussi des sacrifices dams- le printempsi et en auloinne, (nais, certainement/ ce nVsL pas, comme quelqu'un a écrit, ni à Céres, ni à eus, car les Sauvages ne cultivent aucunement la •' terre, et encore moins la vigne, et ces noms sont du Grec pour eux ; mais pour se purifier au printems, comme vuus l’avez déjà vp, et, en automne,

* pour obtenir de leurs Maniioux respectils une bonne chasse pendant l’bj'ver.

La scène de l'action des sacrifices publics est toujours sur le bord, d’une rivière. Ce , n’est point pour donner spectacle aux JVcaades, mais parcequ’ils craignent toujours les surprises de l’ennemi. 11 est aussi le vrai motif, je pense, pour lequel ils cam|>eut égaleinent sur les bords des rivières, et dans des endroits découverts ; afin d’avoir le tems de fuir, ou de s’embarquer, lors* qu’ils l’aperçoivent venir de loin, s'ils ne se trou> ▼ent pas en force pour pouvoir lui résister. Ce qui m’a confirmé d’avantage dans celte opinion, quoique désavouée par, les Sauvages, qui, comme tous les hommes, cachent toujours leurs faiblesses, c’est que partout, où une langue de terre se trouve entre une rivière et un marais, elle. est toujours chosie pour leurs campemens.

.Le théâtre du sacrifice privé est la tente de celui, qui le consacre. J’ai vu un de ces sacrifices, et j’en ai demandé le motif ; on m’a répondu, que c’était une inspiration, mais qu’on ne pouvait . pas la dévoiler. 11 faut donc. Comtesse, que ■ vous vous contentiez aussi de cette réponse,

La tente est débarassée de toutes les guenilles^ qui l’encombrent, dont la puanteur repousserait le nez dél'icel, de la Divinitâ On emporte jusr qu’aux ceedrea prophanea, et un nouveau feu bé^« nit, la purifie, en brulantje peu d’herbes, de cines, ou de tabac, qu’on lui voue. Le péristile, atrium, et le pavé de JU tente sont parsemés de feuilles, et de fleurs, comme le Temple de Vesta» et DOS Eglises. La danse ferme la cérémoiûe.

Ditjiîi/ed « V

Toutes les fêtes sacrées des Indiens se font dans les mois, qui ne sont pas bjver, pendant lequel, il ne pensent, qu'à chasser, à faire bonne chère des bêtes, qu’ils tuent, et à payer de leurs

E eaus les traiteurs, qui les suivent, comme des arpies, dans les bois, et les forets, et qui mènent une vie. que la'seule soif de l’or peut rendre supportable.

J’ai été à on de leurs diners. Comme il était mystique, chacuti était obligé de manger, ou de faire manger sa portion; en laisser un seul morceau sur l’écorce, sut laquelle on ta sert, ce serait une grar>de insulte à la Divinité, à laquelle le repas est consacré. Un des Sauvages, convives, après avoir dévoré en un clin d’œil tout ce qu’il avait sur son plat, avala presque toute ma portion. la plus grande partie de celles de deux autres IVlessieurs, et si l’interprète n’eût pas eu l’apétit qu’il avait, et qu’il eût voulu lui donner, comme nous, du tabac, ou de la poudre, il aurait pu lui faire manger aussi la sienne.

Il est difficile d’imaginer. Comtesse, ce que ces corps Sauvages sont capables de manger dàns on seul jour ; quelque fois iis ne se couchent pas, qu’ils n’aient dévoré tout ce qu’ils ont. Le Sauvage, pour être plus libre, et plus indépendant, ne veut pas même avoir l’embarras de penser au lendemain. Ils savent, et manger comme des , loups, et jeûner comme deschameanx, peut-être ruminent-ils aussi comme ces derniers.

La fête 6nît avec la danse, et les femmes firent aussi la leur ; mais la sœur, et la fille du Chef, qui ne sont pas les plus laides, n’y étaient pas, et n’avaient pas paru de toute la journée. Elles étaient impures. L’explication en^ftit, qu’elles voyaient la Lune renouveller son cours. PendaiU ce période, filles et femmes demeurent entièrement séparées de la société, même du moindre contact des tentes, et des ustensiles. C’est plus que de Fantique, c’est du vieux- testament.

Üne femme malade demanda, qu'on lui admiuistrât la médecine, et Mr. le Docteur y consentit. C’est une danse differente de celle, que vous avez vue au village de Rocky River. \

On réunît aussitôt un nombre d'initiés à ce mystère; on se forma en cercle autour de la malade ; on jetta des herbes, des écorces d’arbres, des racines sur elle, toujours en dansant, et chaque danseur lui souâiit sur les parties ’ du corps, qu’on croyait malades, avec un tuyau de pipe, qui, dans toutes les circonstances, et danstoutes^ les cérémonies, est toujours, un objet sa- . cré, même un Muniloux. On la secouait; le docteur lui soudait dans la bouche, pour en chasser l’esprit, qui la possédait; mais celui-ci fut plus fort, que le sien, et la pauvre* femme mourut au milieu de ce tintamarre infernal. Ce fut son mauvais esprit, qui s'en mêla. Si lé malade guérit, on crie au miracle.

Quoique les Sauvages prétendent faire croire, que cette danse n’a pour but, que de purger le corps du mal qui l’affecte, néanmoins j’ai cru" voir, dans l’ensemble de cette cérémonie, le pro~ ficiscere de notre rituel, et Vextremum spirilum ore excipere des Romains.

Jusqu’à présent. Comtesse, vous avez vu beaucoup d’Omc7a« parmi ces médecins sauvages; cependant ils ne manquent pas de connaissances en médecine, et de bons remèdes ; et, certes, ils tuent moins de malades, que les nôtres, quand la superstition et la jonglerie n’entrent pas dans leurs cures.

Ils n’employent dans leurs médicamens, que ce‘ qui a été purement employé par les plus grands médecins de l’Antiquité, Chiron, et Esculape, c’est à dire des simples. L’expérience fut la* seule boussole de ces deux grands Flambeaux de la Médicinc; et elle l’est aussi des Sauvages. Quand Hippocrate y joignit des raisonnemens, elle commenta à perdre de ses bienfaits ; l’ImT

posture prit la place de la simplicité de la Na« ture, et de la Sagesse; et des doctrines, des théories contradictoires jettèrent l’Evidence dans les ténèbres de ces systèmes sectaires et homi* cides, qui ravagent maintenant toute la Terre civilisée.

Il est des herbes, des racines, dont les médecins sauvages font usage, qui sont vraiment reconnues très salutaires, et d’un effet prodigieux. Au reste, chaque chef de famille, chaque vieille femme, et presque chaque Sauvage a sa collection d’herbes, de racines médicinales, et c’est ce qu’ils appèlent sac de médecine, qu’ils regardent aussi comme le sanctuaire d’une quantité de Divinités. Les Juifs, les Grecs, et les Romains avaient leurs Amulètes; les Arabes, et les Turcs ,en ont encore; et les Negres ont également quelque chose de semblable, qu’ils appèlent Gris-Gris. Nous avons nos sacs de reliques, et celles-ci sont beaucoup plus nombreuses, que les racines des Sauvages. A Cologne j’ai vu, dans un seul sac, Ste. Ursule avec ses onze mille Vierges, les trois Rois Mages, et une autre quantité de corps canonisés, qu'on vénère dans cette ville, appelée justement la sainte.

Les Sauvages gardent soigneusement ce sac dans leur tentes, et, quand ils sont en marche» et à la guerre, ils en sont inséparables. Quelqu’un croit y voir même son palladium.

, Ils ont des remèdes pour toute sorte de maladie, même pour les maladies siphilitiques ; car ils ont aussi leurs Laïs, et leurs Phrynés, et, ce qui est plus, leurs Antinoüs, et leurs Adriens.

Ils connaissent la haute, et la basse chirurgie; cette dernière est aussi exercée par les femmes.

Ils seignent, ou pour mieux dire, il déchirent la peau du malade avec leur couteau, ou avec un os, bien éguisé, et quelque fois même avec une pierre à fusil. Ils appliquent à l’incision le gros bout d’une corne, et, suçant le sang par l’autrç

bout. Un le dég’or^#‘nt, juwqu’à ce qu’ils en ayent retiré la dose prescrite ; les plaies, les blessures &c.. sont toutes guéries par rapplication des simples, en nature, ou en les lavant avec leur décoction.

Ils méprisent nos médecins ; cependant ils regardent avec beaucoup de distinction celui du fort, qui en a guéri plusieurs, même, 'apiès qu’ils avaient inutilement épuisé tous leurs sacs de médecine. Et vraiment il doit avoir du mérite, car il n’est nullement présomptueux. On m’a dit que l’année passée, après avoir opéré une guérison'ditficile, le chefde la Tribu, jiù il se trouvait, le pria, sérieusement, de leur laisser de sa race, et que le moyen, qu’on lui offrait, ne méritait pas un refus. J’aurais regardé celà comme une fable, si je n’eusse pas été informé, de manière à, n’en pouvoirdouier. que le premier Nègre, que les Sauvages virent dan- ces contrées, reçut la même invitation. Ils croyaient voir en lui un mauvais Esprit, ou un Diable ; et s’imaginaient, que s’ils pouvaient réussir à en avoir une famille clieg eux, les autres démons fraterniseraient aussi ; ou du moins ils n'oseraient plus les molester.

Vous vous rappelez. Comtesse, que je vous ai déjà dit, que les Sauvages ménagent plus les Diables, que les Saints.

Après un tel amas de superstitions, et d’extravagances; après ce mélange de croyance, et de divinités, que pourrai-je vous dire. Comtesse, de leur religion ; comment en former un système, et surtout si l’on écrit du fond de son cabinet. A travers leurs cérémonies bizarres, leurs doctrines • absurdes, et souvent contradictoires ; à travers la multiplicité, et la différence de leurs esprits, à peine peut-on conjecturer, que les Sauvages reconnaissent un Etre Suprême. Le Kiteehi-ManilOH des Cypotoais, et le Tango- Wakoon des J^nrdowkifs. ou des Sioux, le Grand Euprit, semble être le Soleil, mais on ignore s’ils y reconnussent

i’emhlè.'ne d’un Dieu, ou le Dieu lui-même.

Me voilà enfin rendu. Comtesse, où votre curiosité m’attendait depuis longtems, et où je redoutais d’arriver, car il s’agit d'une question, qui est bieu ditficile à résoudre, quoique plusieurs écrivains l’aient trouvée très facile. Les faiseurs de livres ont l'art de tout faire valoir, tandis qu’un simple observateur, comme moi. n’a pas ce talent là. Les Voyageurs approfondissent, et ont un nom. qui leur prête l'infaillibilité, tandis que moi. promeneur superficiel, je suis seul à me protéger contre mon insutfisance. Cependant je ne veux pas vous laisser noyer dans une lacune. Âu reste.au pisaller.je n’auraisqii’àme reprocher d’avoir augmenté le nombre des conjectures. Je vous dirai, donc, ce que je pense sur l'origine des peuples Aborigènes de ce vaste Continent.

Les dilférentes opinions d’.Auteurs les ont faits venir de toutes les parties du monde. Il n’y a plus de terre vierge, où placer leur origine, si ce n’est Botany Bay ; conséquemment, j’ai vu moimême, qu'il fallait se ranger du côté de quelqu'un de ces Devins.

J’ai été tenté d’abord de me ranger du côté de ceux, qui les font venir des Juifs ; car, tout calcul fait, cette Nation, quelques mauvais traitemens, qu’elle ait reçus du monde entier, ne laisse pas de se glorifier avec raison d’avoir donné ' naissance à toutes les natiçns, ainsi qu’à presque toutes les religions du monde ; de cette manière je ne pouvais douter, que je i.e me misse sous les auspices d’un argument solide : mais cette conjecture est trop générale, et, peut-être, évasive. Il faut spécifier davantage; et je m’étais abandonné à ceux qui tirent l’origine de ces Sauvages de l’Asie.

Et vraiment beaucoup de circonstances coïncident à autoriser cette opinion.

Leur ressemblance en bien des choses avec les peuples de l’Asie ; leur Divinité première, le

Soleil, commune en général, aux Guèbres, aux Thibétieno, aux Indoux, aux Japonais, aux Chinois, aux Androgynes, &c. ; la facilité de passer des contrées de l'Asie, dans celles-ci, par le petit détroit de Bhéring, tandisque des océans les éloignent, à des distances immenses, des deux autres parties de la Terre ; toutes ces circonstances, je le répète, parlent beaucoup en feveurde l’origine Asiatique ; et une nouvelle découv< rte, du plus grand intérêt, en serait presqu’une preuve convaincante.

Les squelettes de Mammouths, qu’on a trouvés enfouis dans l'Etat de Kentucky, dans celui du Missouri, et en d'autres parties de l’Amérique. ont été reconnus entièrement semblables à d’autres, qu’on a trouvés en Sibérie, et dans l’Asie orientale.

La plume et l’opinion d'un grand nombre de Savans étaient en lice, avant que le Muséum de St. Petersbourg eût appris à l’Europe méridionale. qu’on en avait trouvés aussi en Asie. Ils croyaient, que les Mammouths, découverts en Amérique, ne pouvaient être, que des Eléphans émigrés de l’Afrique, et Mr. Cuvier, qui semblait être ferme dans cette opinion, est convenu luimême, que maintenant on doit reconnaître, qu’il y a des Eléphans Africains, et des Eléphans Asiatiques, et que ceux, qui ont été trouvés en Amérique, sont de la même espèce, que ces derniers.

Vous voyez, Coratessé, que cette circonstance en apportant au Règne Animal une découverte intéressante, a jeté un grand jour à travers les ténèbres, qui cachaient l’origine de ces peuples Aborigènes. Je l’ai saisie avec empressement, pour mieux combiner avec la conjecture, qu’ils viennent de l'Asie. J’étais même au moment de m’accorder avec les Généalt^istes sur le choix de celui des fils de Noé. qu’il leur plairait de fixer pour premier Aïeul de ces peuples ; je tou-

chnis. en quelque sorte à l’éridence, quand un nouvel incideiii vint me jeter dans de nouvelles incertitudes..

Des Chefs, auprès desquels je m’étudiais à connaître de quel œuf étaient sortis leurs ancêtres, prétendent être, si non préadamites, comme certains peuples civilisés, du moins Antidüuviens.

Ils m’ont répété avec un air d’assurance, que ** lorsqu’un grand Déluge désola des mondes, le

leur fut épargné, et que, pendant qu’une Mau- “ vaise Race périssait, ils voj'aient renaître tous “ les jours le soleil du sein des eaux, qui la “ submergeaient.”

Et d’ailleurs. Comtesse, la présomption, à mon avis, est en leur faveur, si l’on réfléchit, que puisque Dieu n’a donné à Noé que trois fils, pour repeupler l’Asie, l’Afrique.et l’Europe, c’est on indice, que vraiment l’Amérique n’a point été comprise dans les délibérations de sa colère ; autrement il lui en aurait donné quatre.

Tirez-vous d’embarras lemieuxque vous pourrez, Comtesse. Quant à moi, je ne pouvais mieux faire, que de vous dire tout ce que j’en sais, et ce que j’en pense; et, en vérité, après avoir tant dit, il est très mortifiant de finir par ne rien savoir. Rentrons dans leurs camps, et dans leurs loges.

Le Gouvernement des Sauvages n’est réglé, que par des habitudes, qui sont assez souvent éphémères.

‘ Chaque corps d’indiens constitue une Tribu. "Chaque Tribu, comme vous avez déjà vu, a son Chef civil, qui est héréditaire, tant que la Tribu juge, q^u’il est digne de l’être ; elle a aussi un Chef militaire, qui ne doit son élévation, qu’à son mérite.

Chaque père de famille est le Chef de sa loge. Si celle-ci contient deux, ou trois familles, elle présidée par ordre d’ancienneté, mais les Chefs de logea souvent ne comptent pour rien, et

tout le monde fait ce qu'il vent. Les fiU, en néral, n'ont aucun respect poi>r leurs père», et les pères aucun amour pour leurs fils. Le» grimaces et les scènes de douleur, que vous verrez^ représenter aux Sauvages, pour leurs trépassésf sont plutôt dictées par la convenance, que pat. les sentimens du cœur. On trouve souvent, parmi, < eux, quelque Chef, dont les talens, ou le crédit, lui donnent beaucoup d'influence sur plusieurs autres Tribus, même sur toute la Nation.

Comme chaque Nation, chaque Bande, chaque Tribu a un nom, qui lui est propre, elle a au 4 une marque particulière, qui la distingue, comme une Aigle, une Panthère, un Ours, un Buflàloe, &c., et ils s’en servent dans leurs hiéroglyphes, lors des conseils généraux, ou particuliera. ,

Les Conseils généraux sont formés par tous les Chefs civils, et militaires, par les Orateurs, les Prophètes, les Docteurs, les Jongleurs, &c., detoutes les Tribus de la Nation ; le$ Conseil- particuliers, ou de Tribu, sont également composés de tous ces Messieurr., qui appartiennent à Iq^ Tribu, et de plus, d’un membre de chaque famillé,;rH Mais nous en revenons toujours au meiqe point ; toute cette hiérarchie, et ces conseils, souvent n’aboutissent à rien. Le Sauvage iiq connait aucune sobordination, ni civile, ni miliUji taire ; chacun vit comme il veut, et où il veut ; il va et ne vapas à la guerre ; il y reste, ou il s’en retourne, quand cela lui fait plaiMr. Il est si fier de sa liberté, que la moindre apparence de commandement, ou de dépendance, le choquç, et l’irrite.

Commie ils n’ont d’autre propriété, que |ei| . quatre chiffons, qui constituent leur loge, que*, les pièges et les armes, avec le-^^uell ej iils font.|q ^ guerre aux bêtes et aux hommes ; eomme jisne se disputent jamais une terre, dont ils ne gavept

a ue faire ; ils n’ont aucunement besoin 4e .loie istributives, et ils n’eu ont pa^

Comme la vengeance e?t leur Code, et leur Juge, il se passent également de lois répressives; et il? n’en ont pa«.

Chaque Sauvage est le bourreau de son offenseur, ou ainsi que de l’offenseur de sa famille, ils se passent donc aussi de bourreau. L’offenseur, qui périt sous les coups de la vengeance, n’est jamais vengé, a- treiiient, de vengeance en vengeance. de discorde en discorde, toute la Nation se détruirait par elle-même, dans peu de jours.

L’offenseur homicide' est quelquefois arreté en flagrant délit, et livré à la famille de l’homicidé : quelquefois il se présente de lui-même, et reçoit les coups mortels do vengeur, avec le même sang froid, que celui-ci les porte.

Quelquefois il -se dérobe à sa fureur dans des régions lointaines ; mais il est difficile^ qu’il ne tombe tôt ou tard sous le fer de ses persécuteurs. Ils sont capables de parcourir tout le monde Sauvage pour l’atteindre ; ils vont le chercher jusque chez leurs ennemis; et ceux-ci les respectent souvent, et leur accordent une trêve, pour une si juste cause. Il arrive même quelquefois, qu’ils leur offrent Hiospitalité, et permettent, qu'iU immolent la victime, même sous leurs propres yeux, et dans leur propre tente. ’ ' - i . r t

Il est rare que roflehscur se défende contre l’offensé, quand même il aurait fui pour éviter se» coups, quand même il serait en état de les repousser.

La manière d’assouvir leur vengeance n’est réglée, que par le dégré de la douleur de la perte, ou par celui de leur férocité.

Dans l’exercice de leur vengeance, souvent ils surpassent en cruauté les Néron, les Caligula, les Maximin. Parfois les enfans eux-mêmes s’en mêlent. Ils percent la victime avec des morceaux de bois pointus et déchirans, lui arrachent la peau, le mordent, ^c. Les femmes, ( je le dis

à regret,) se montrent quelquefois les plus bar' bares, les plus itibumaines. Mois personne n6 croit Tétre ; chacun pense remplir le devoir le plus sacré.

Le martyr expire, souvent, sans avoir jeté un seul soupir; quelquefois il irrite et excite luimême la fureur ses bourreaux. Quel contraste étonnant dans le caractère du Sauvage, qui ne laisse pas d'être parfois très lâche ! Et ici même vous voyez dans l'âme des bourreaux et du patient le courage et la lâcheté représentés, tour à tour, sur la même scène.

Si l'homicide n'a sacrifié la vie de l'homicidé, ^ue pour sauver la sienne, il arrive, que les parties s’arrangent au moyen d’un traité de famille, qui est toujours scellé par des présens, de la part du premier; mais son existence est toujours en danger.

Ce que nous venons de voir dans ces dernières pages, est, à peu près, tout ce qui constitue ce qu’on appèle Gouvernement des Sauvages, et U est commun, en général, à toutes ces Nations.

Nous avons vu le Sauvage mourant ; maintenant il est mort, et nous allons le suivre jusqu’au tombeau.

Le cadavre, habillé, ou pour mieux m’expliquer, mis, comme il était ordinairement pendant sa vie, est placé, sur son séant, au milieu de la tente, sur une natte, ou sur une peau ; avec toutes ses armes à son côté. Son visage est tourné vers l’Orient, et en grande toilette.

Tous ses parens sont assis autour de lui ; ils gardent un certain tems un silence profond, et se tiennent dans une attitude, qui exprime à la fois la gravité et la douleur. '

Ensuite chacun d’eux lui adresse la parole ; les uns d’une manière pathétique, mais sans faiblesse,les autres avec emphase, mais avec calme, et tous lui vantent ses vertus, eu lui donnant leurs éloges, et leurs regrets. ‘ . * ♦

Je vous tracerai, en esquisse, ce qui m’a paru plus intéressant de tout ce que l'iuterprête m’a rendu de leurs discours.

“ Où es tu, mon cher mari. Tu es ici, mais tu “ ne me parles pas. Tu es tout entier avec les ** Ëlsprits, et tu ne peux plus t’occuper«de ta

femme mais.......ta femme ne cessera jamais

“ de s’occuper de toi Regardes moi encore un

^ instant !...Mais tes jeux sont occupés à regar* der des choses beaucoup plus jolies que ta

femme Peut-être tu ne pourras pas même te

“ souvenir de moi Mais ta témme se souvien-

dra toujours de toi Le Soleil, la Lune, les

^ Etoiles, me verront toujours pleurer pour toi... “ Et je ne tarderai pas de venir te rejoitidre.” La' Catalini ne chai»terait pas avec plus d’expression ['Ombra onoraia - aspeltami, que cette Sauvagesse n’en mit à déclamer ces derniers mots.

( L’Interprête me disait, qu’elle parlait vraiment comme elle sentait; mais j’en doute encore, parceque le langage poétique est toujours plus flatteur, que siticére, et je sais, qu’eUe était très maltraitée par son mari. t > . rt

Un autre disait: “Tu es .encore parmi nous,

“ mon frère Ta personne a encore son aspect

“ ofdinaire....S4Mnblabte au nôtre...JSan8 la moin- “ dre eltérattoH~.Jl ne te manque que l’action.... “ Mais où est cet estomac, qui s’enflait, il y a “ quelques heures, de la fumée, qu’il envoyait “ au Grand Esprit ! Pourquoi sont-elles silen- “ rieuses ces lèvres, qui naguères nous parlaient ** un langage si énergique, et si expressif? Pourquoi sout-ils sans mouvement ces bras si vail- “ lansi qui décochaient les flèches les plus lon- “ gués; qui étaient la terreur de nos ennemis ? “ Tu es retourné où tu étais avant de venir dans “ ces . paya, mais ta gloire demeurera toujours “. avec nous.” i . -i. ii ti

Un troisième ajoutait : 1* Hélas! hélas ! hélas ! “ Ces formes, qui -étaient regardées avec tant

** d’admiration et de merveille, sont redevennea “ maintenant aueai inanimée», qu'elles l’étaient

il y a trois cents hyvers Mais tu ne seras pas

entièrement perdu pour nous. Nous irons te rejoindre dans la Grande Région des Esprits; ^ nous ferons encore la chasse ensemble, noua marcherons encore contre l’ennemi. En attendant, pleins de respect pour tes vertus, et ta valeur, nous venons te rendre un tribut de ^ bienveillance. Ton corps ne sera point abandonné dans un champ en proie aux bêtes, et ** nous prendrons soin, qu’il soit réuni, comme “ toi, à tes prédécesseurs.” A son début j’avais pris cet Orateur pour un Français, mais il a fini comme un Grec, et un Romain.

Ce qu’il J a de plus curieux dans ces troi» discours, c’e-it qu’on j trouve trois differentes professions de. foi.

Je demandai à l'Interprète ce que voulaient dire ces trois cents hÿvers ; il me répondit, qu’il ne pourrait me l’expliquer, et que le Sauvage luimême en savait peut-être moins, que nous, qui n’en savions rien du tout.

Tous le- amis, qui surviennent, passent à coté de lui, et chacun lui fait son compliment.

, Après ces oraisons funèbres, on enveloppe le cadavre dans sa peau, ou dans sa couverture, et on le renferme dans des écorces d’arbres, qui servent de cercueil : et cotnme, en général, les Sauvages, en fait de cérémonies publiques, ou de famille, font toujours ce que font 4es autres, quelque soit leur crojance, il est d’usage chez tous les Sauvages, en général, de renfermer aussi dans le cercueil toutes les armes du décédé, soit qu’ils croient ou qu’ils ne croient pas. qu’il aille faire la guerre et la chasse dans une autre terre.

La matinée suivante, au lever du soleil, on le place hors de la tente, et on le perche sur deux ecbalas; et alors la scène change. '

Tous les parens se mettent à crier, comme dex

posaedési jiiaqu^ ce qu'ils perdent la voix ; et alors il .•mugissent.

, lu jettent tout ce qu'ils possèdent, sans exception, à commencer par les ornemens, jusqu’à la marmite. On dirait, qu’il- ne veulent survivre au défunt, que pour pleurer; et les amis, tout en faisant semblant de pleurer aussi, les ramassent, et s’en emparent, pour faire honneur à sa mémoire.

< Ils préparent un repas de toutes leurs provisions S'ils n’ont rien, ce qui arrive souvent, lorsqu’ils ne sont pas à la chasse, un chien fait la fele ; ils le sacriâent aux mânes du parent, et les amis mangent ; toutes les boissons qu’ils possèdent, sont aussi mises hors de la lente, et les amis boivent. Voilà encore du Romain, du curieux, et du moderne. ’

Le coucher du Soleil arrive. C’est un autre moment d’étiquette, où ils doivent renouveller les mêmes cris, les mêmes rougissemeos, que le matin ; et les amis les laissent crier, et mugir, et vont se coucher.

Le mort demeure là, ordinairement, pendant trois ouquatre jours, jusqu’à ce qu’il ait reçu les complimens d’usage, et les adieux de tous ceux qui passent ; voilà les Egyptiens, les Grecs, et les Romains ; voilà les Chrétiens du tems de Tertulien ; voilà quelques Rois, les Papes, et les Cardinaux, encore d’aujourd’hui ; voilà les Arabes, et les Chinois. Mais quelquefois on est forcé de remplir cette politesse de loin; car, en Eté, le cadavre pue à empoisonner; et cela est tout à fait moderne.

Ce terme passé, 'les bons amis reparaissent, et accompagnent le cercueil aux Champs-EUsies.

Les Prêcha, et les JSTeniœ, hgurent dans ce convoi, comme chez les Romains ; et tout le monde se désole, ou feint de se désoler, comme en Angleterre, où comme je vous ai déjà écrit, de là, la .caricature de leur grimaces tragiques, finit par offrir un spectacle comique.

Les Sioüx, en'général. élément les ceréoentla aur quatre pieux plantés dans la terre, dela.hauteur d'une dixaiiie.de pieds; les autres Sauvageries enterrent, et forment sur eux des tertres, en petit, comme ceux, que nous avons vus en grand à St. Louis. Le visage du mort est toujours tourné ▼ers l’Orient. C’est un usage, qui a été. et est encore commun à bien des nations ; et les Chré* tiens l'observaient eux memes dans la primitive Eglise. .

Si le moK laisse un nom distingué, on plante à côté du cercueuil un gros morceau de bois peinturé en rouge, c’est le cippundea Romains, et on y affiche des hiéroglyphes, qui transmettent à la Postérité ses exploits, et sa gloire ; ce qui est de tous les temps.

Les pareils, de retour au camp, recommencent à crier à l’heure accoutumée. Ils se percent les jambes et les bras, les uns avec des épines, et ' des bois pointus, les autres avec des couteaux, et des âécles. Je crois, que plusieurs d’entr’eux se passeraient volontiers de cette formalité ; mais c’est la mode, et il faut le faire. Il en est, qui.se blessent avec beaucoup de précaution, on dirait pnéme, qu’ils ont étudié l’Anatomie, pour bien connaitre. jusqu’où l’épaisseur des tégumenspeut garantir leur chair; mais il y en a aussi, qui. ne sachant pas mesurer les coups, ou voulant æ montrer plus que les autres, se blessent tout de bon, et quelque fois en meurent

Ils continuent à crier pendant plus d’un mois, et périodiquement au lever et au coucher du Soleil ; ils célèbrent ce lugubre anniversaire pendant des années: les Jnferiœ, et les Parenlalia des Romains. J’étais à la chasse il j a pende jours ; j'entendais des hurlemens terribles dans une forêt voisine ; je croyais, que c’étaient des loups ; c’étaient des Sauvages, pleurant’ un 'pa-^ rent, qui était mort depuis trois ans.

Je vous ai déjà dit, ce me semble, que pen-

dflnt le p'and deuil, ils portent le visnge tout noir, et lu moitié 8Pulement, en demi-deuil.

Lorsque quelque Sauvage meurt, pendant la chanse d'hyver, on a soin de conserver son cadavre; à cet effet on le déséche, on l’enduit de feuillages, et d’herbes, qui sont leurs heaumes, on le renferme dans des écorces d’arbre, (c’est une momie d’Egypte.) et on le perche bien haut, afin qu'il puisse mieux prendre l’air. Quand ils vont au printems se fixer en camp d’été, ils remplissent toutes les cérémonies, que nous avons déjà vues ; et alors les amis se régalent beaucoup mieux ordinairement ; ils trouvent des viandes, et des peaux, et conséquemment beaucoup plus à ramasser, beaucoup plus à manger ; l'on crie, l’on hurle, comme si le mort venait d’expirer, car à la chasse l’on ne s’occupe, que de la chasse. Toutcelà achève de me convaincre, que, dans toutes ces grimaces, il y a plus de formalité et de mode, que d’amour et de religion, et que l’hypocrisie règne partout également.

• Vous avez déjà vu, que les Sauvages divisent l’année en douze Lunes, comme les premiers Grecs ; mais ils se soucient fort peu d’intercaler comme eux, de façon que, à proprement parler, ils n’ont que des mois, ou des Lunes, et point d’année. i -

L’année des Siotuc commence à l’éqinnox'e du printems, comme celle de Romulus; l’année des Cifpowais, au solstice d’été, comme chez les Grecs, quand ils instituèrent les Jeux Olympiques ; et ceux-ci se célébraient tous les quatre an» à la tnêroe époqme. t

Les mois, ou les Lunes des Sioux, ont des noms difierens de ceux des Cypowais ; il faut donc les indiquer séparément. Commençons par ceux des premiers, et à partir de la première Lune.

Martt ta lune du mal des yeux« Wistbaociasia*oni. ,

Avrils la lune du Gibier, ’ lVIograhoandî*oni.

Mai, la lune des Nids, ' ** ^ Mo^ahochandà*oni.

Juin, la lune des Frnises. Wojusticiascià>om.

JuîUetf la Itmo dea Cérisea, ChampaMià-oaî.

Aout| U lune He BuSialoes, TanUokakiocù<oni.

Septembre, U lune de la Folle aroine, Wasipi-ooi.

Octobre, la lune de ta fin de la Folle avoine, Sciwostap'*onî.

Novembre, la lune du Chevreuil, Takiouka^oni.

Décembre, la lune du Chevreuil, qui jette les comee, AheeriakioaUtâ*ooi. Janvier, la lune de Valeur, Oowikar •ont.

Février, talune des Chats sauvages, Owiciatà-oni.

Le$ mois des Cypawais sont les suivons :

Juin, la lune des Fraieet,

Juillet, la lune des Fruits bluée,

Aobtÿ la lune des Feuilles jaunes, Septembre, la lune des Feuillet tombantes, Octobre, la lune du Gibier qui passe, Novembre, la lune de la neige,

Décembre, la lune du Petit Esprit,

Janvier, la lune du Grand Esprit,

Février, la lune des Aigles qui arrivent, Mars, la lune de la neige durcie,

Avril, la lune des Raquettes aux pieds, 5fai, la lune des Fleurs,

Hodheïmin>Kiuîsis.

Mikio^quis s.

Waihebaqui-quisis.

Inaqu'**quUia.

Bima-banK>H)ui8it.

Kaskadinà-quists.

ManitoHiuis sons.

Kitei^Manito^quisis.

Wamebinni*quisis.

Onabanni-quis's.

Pokaodaquimt»quisis.

Wabigon-quisit.

. Les Sauvages ne font aucune division de la se*, maine. Ils ne comptent les jours, que par sommeils. Ils divisent le jour parmoitié et par quarts, en mesurant le tems, par le cours du Soleil, depuis son lever jusqu’à son coucher.

Quoique les Sauvages soient tout à fait igno^ rans en géographie, comme en toute autre science, ils savent bien dénoter, par des hiéroglj'pbes sur des écorces de leurs arbres papiriferi, tous les pays qu’ils connaissent. Il n’y manque, que les dégrés de latitude, et de longitude, pour que ces Cartes, soient plus exactes, que celles de nos Géographes rêveurs.

L’Etoile polaire est le seul guide astronomique, ou du moins le plus sûr, sous lequel ils voyagent la nuit Le cours du Soleil les conduit le joiir.^ Cependant quand même le Soleil, et l'étoile polaire seraient éclipsés, ils sauraient également distinguer et de jour, et de nuit, les quatre points

cardinaux, et confiéqiiemtnent le rumb, qu’ils too-

draient suivre ; meme au milieu des forêts les

plus épaisses, comme dans les prairies les plus

ouvertes. Voilà le secret. La pointe de l’herbe « '

penche toujours du coté du Sud, et est moins

verte du rôté du Nord; La cime des arbres

penche également du côté du Sud, et la mousse,

3 ui souvent croit sur leurs troncs, est toujours U côté du Nord. L’écorce est plus unie et souple du côté de l’Est, que du côté de l’Ouest.

Ils ne mesurent les distances, que par la quantité de jours, qu’ils employent dans leurs marches : et comme ils connaissent très bien les régions, qu’ils habitent, quoiqu’elles soient immenses. ils savent fixer sur leurs cartes le' tems exact, qu’ils pourraient employer, s’ils devaient aller attaquer un poste ennemi, ou faire des excursion.s nouvelles de chasse. '

Ils ont aussi des hiéroglyphes, pour exprimer tous les nombres, qu’ils peuvent compter, avec leur langue.

Ils ne connaissent ni les milliards, ni les millions, parcequ’ils n’ont ni nos désirs, ni nos besoins ; et un millier n’entre jamais dans leurs ' allaires : néanmoins, je suis d’avis, que puisqu’ils comptent un millier, ils pourraient en compter également dix, cent, &c.

Le mariage des Indiens est dépeint de mille manières, par mille Ecrivains. Je ne vous apprendrai que ce, que j’en ai vu, et ce que j’en ai entendu dire, sur les lieux.

’ Quand un Sauvage éprouve de l’inclination pour one'Sauvagesse, il tache d’obtenir son consentement pour s’unir avec elle; peu lui importe de sonder son cœur. Il demande ensuite le consentement de son père ; ce qui est d’autant plus nécessaire, que l’époux va habiter chez l’épouse ; la mère, comme chez les Grecs, n’est point consultée.

Ces préliminaires remplis, des amis des deux

cotés, tVrames pour la fiancée, hommes pour le prétendant, se rassemblent dans la leute d’un vieux parent de ce dernier, où une fête est préparé pour la circonstance. Ils dansent,’ ils chantent, ils mangent, et ils boivent, s’ils ont de q^uoi, etlea amis ne manquent pas de s’y trouver. Ensuite, la brigade se* retire. Il n’y reste, que trois ou quatre connaîssatices les plus intimes de l’Epoux, et de l’Epouse. Cependant celle ci vient frapper à la porte, et, s’annonçant par son nom, elle demande si son fiancé est là dedans : on ouvre, et ses amies, comme les Pronubœ des Romains, la reçoivent, et la présentent à l'Epoux, qui se tient debout au milieu de la tente, qui loi fait ses complimens d'usage, et s’assied avec elle sur une peau. Les Romains faisaient asseoir leurs fiancées sur la toison d’une brebis immoleé. pour l’avertir de l’obligation, où elle allait être de faire de l’êtoflTe pour habiller son mari, et ses enfans. Les Sauvages rappèlent peut-être également anx leurs, prr cette peau, des obligations relatives à leurs besoins.

Le vieux parent leur fait un discours de circonstance, apres lequel l’époux présente à son épouse une petite botte de foin, peut-être pour lui déclarer, qu’elle ne doit se mêler, que de porter, comme une bête de somme, le fardeau de toute la famille; comme les Romaitis présentaient aux leurs eolum omptam et fusnm eum staminé, pour leur rappeler que Caja, femme de Tarquin l’Ancien, ne s’occupait, que de filer.

Cette botte est composée d’herbes d’une odeur si délicate, et arrangée d’utie manière si ingénieuse, qu’elle éclipse, je crois, les talens des fleuristes, et des parfumeurs de Paris. J’en conserve une, comme un morceau précieux.

On danse, on mange, et on boit encore, et ensuite l’épouse retourne à la tente de wn père, accompagnée de ses pronubœ.

Comme les Sauvagesses n’ont pas le Fhm-

meum, dont les Romains couvraient la tête des jeunes 61ies le jour de leurs noces, elles se couvrent la leur avec la couverture, qu’elles portent. . 1 ; , • ■

L’époux se rend cHez elle le jour après, et au Heu dé demander la dot, qui, cliez les Natiôns civilisées,' est souvent la ruine dés familles, et met le beau Sexe au marché, il fait des préisens à son père, et la lui demande une seconde fois ; celui-ci la lui accorde à condition, qu’il 'restera avec lui, et chassera pour lui pendant un an, ou deux : tels sont les usages des Sioux, Chez les Cypowais, il ne lui est libre de s’en aller, que quand il a obtenu un enfant de leur mariage : voilà Jacob chez Laban.

On pourrait croire, que cette espèce de noviciat tende à éprouver le caractère de l’époux, et ses sentimens envers son épouse : mais, quant à moi, je suis d’avis, que ce n’est, qu’une spéculation de la part du beau-père, pour gagner sur les fatigues du gendre. Et effectivement un bon chasseur est convoité par toutes les familles, j.t Le jour après que leur union est sanctionnée par ce consentement paternel, ils offrent quelque sacrifice à leurs Manitoux respectifs, comme les Romains en consacraient à Jupiter, à Junori, à . Venus, à Diane, et à la Déesse de la Persuasion, qu’ils appelaient Sueufa. ’i ■ j-J

Telles sont les cérémonies, 'que les Sauvages observent, en général, quand ils veulent faire les. choses en règle : mais, le plus souvent, ils se marièntsansautre formalité,que celle, que les Grecs et les Romains remplissaient dans leurs mariages per usum ; c’est à dire, ils prennent' une femme pour l’usage, et pour en avoir des enfans, qui sont considérés légitimes, précisément comme ceux de. ce mariage de l’Antiquité; la pàtria.por testas, n’est pas meme consultée : tout au> plus.op; la'fajt taire,, au moyen de quelque présent.

: Et vraiment, la polygamie étant très ieiûusage:.

chez les SsuTn^s,:qtri preenent job^o’à cinq à six femmes, ils passeraient presque •toute l’aimée à re nplir des ibnnalilés, s'ils > voulaient éuivve scrupuleusement, à chaque mariage, toutes celles, que je vous ai indiquées, •- f><) j •

>- 'LWte de divorce ne souffre- pas plus de difficultés, que celui du< mariage. Quand les deux parties en sont oonvénoes, tout est parfait, sans avoir recours à des avocats, qui rotq^nt le patrimoine de Tune et de l'autre ; à des juges, qui, ^ ' consultant un milMon de commentaires , contradictoires, déffgurent encore plus le texte pardé nouveaux, et nnissent pardécider augrédes vents et des flots, de leurs préventions. Les enfans, s’ils sont petits, demeurent ordinairement avec la «aère; parceque, sans avoir étudié le' Code Justinien, et sans en venir à des recherches scandaleuses sur la paternité, les Sauvages conviennent, que la maternité est plus sûre ; s’ils sont grands, ils restent, ou vont où ils veulent Leur seule maison paternelle est la forêt, etilja place pour tous.

*' L’on voit des maris, qui, sans avoir lu St Augustin, Diderot, et Helvetius, aidés seulement des lumières naturelles, ae cèdent mutuellement leurs femmes ; et les femmes sont rarement la cause de leurs querelles, ou de leur vengeance.

Enfin, il est des Tribus, des tentes, où, comme chez les anciens Arabes, une seule femme suffit à toute une fiimille ; où elle devient un meuble de ménage,' comme chez lès anciens Bretons. >

Un taari, qui a beaucoup de femmes, en garde rarement plus de deux dans sa ‘ tente, les autres demetn-ent chez leurs parens, ou même dans la tente d’un tiers. ■ U ‘est rare, qu’elles se déiffiirent entr’ciies. . En igénéral, ifayant- point' d’amour, elles n’ont peint de jalousie, • et ordinaire-’ ment la plus ancienne-devient la mère-abbesse.

On a dit, etécrh, que lès iSitotMt- «ont jaloux de' leurs femmes. ' (^à>>s« ;{idatt;‘. maisy peut-être,

womme le Marquifl de Montespait, pour .rendre plus cher lews l'enacues, leur aiieuoe, et leur ver>

tu.---! I : ■>’. «i .. !!'. ■

■: D’aûtneehcopt. écrit t<xit |le conlirei|no« jctuque même lee;Sauii!ages efiVeiit leurs- reauBed,et-leurs âllea;.je fConv^s^-.-que peuhêtre il u’eet pus difficile de les obtenir, mais je ne sache pu quO'les Sauvages»- que nous arons^ d^ • vus, se prostituent de la. sorte, excepté quand ik désirent avoir do Ifi race dos jBonPi ou de. Mauvais Esprits. ; Ces peuples -si polie, etsi avancés datis la civilisation, sont* m’a-t-on dit, les ,qui habi-

tent le Haut-Missouri, jet; lea:«Sji^«, qui lerrent vers lesisources.de la Colombie. - h^in>m*rip:A ■ t>Jis vous ai- parlé. Comtesse, leur manière de

faire lapnix Hl-kiit, .que jeivqi^, apprenne aussi quelque chose sur celle dont ils font la guerré, quoique, comme vousavoBnvq, ils uk^ent pas voulu la faire en m’a présence. • m *

; Nous avons déjà vus les motik». qui la font nair ire, les conseils, qui en délibèrent, la pipe rougu, qu’ils fument, la danser qoi la précède, et les mtmes, dont Us fimt usage ; msdatenant voyonstles marcher. m . -, -, ,i -j-

. Les Sauvées ordinal rement à l’âge de l-ô-ans commencent à aller à la guerre. fntimeaieQt persuadés, que c’est le principal devoir de leur via, que mêfloe ils aç sont nés que -pour osêàtilsu’ook pas besoin, que (eui* ardeur, soit beaucoup gammée. iCependant leurs cbeft leur.disentsoavent, que lés os de leurs pareps^ de leiw frèr^ demeurent découverts, et-abandonnés sur la teiv ce ennemie; qu’il demandent veageanue, et qu’ils, kut les satislaire ÿqueles Esprits crient daiM les airs, en learreprocnani leur lacheté,’et qu’il faut les appamer. , Que lesCépicts, les Ar^es tutélaires de lepr-honneur le excitaiÂ, et les . jument, , Allons mes enfaos, ajoute le. Grand Guerrier, déchirons de, nos dents oeux, qui les .ont percésjde leur kr..>t> Que .vatre ne^de*

ideilrë pliln-lorij^éma dans l’inaction. > Laissez “ "agir l’impulifiot) dé' votre valeur.' Graissez “ vos cheveux, peignez votre 6gure, remplissez «irvos carquois.' ’Appé4<'Z l’Echo, pour répéter ivôseris de térréur. • Consolez le& esprits des morts; et ne vous ai*rêt|Ris pas, ^ujilé ne'soyent “ vengés.” * ' ' ' ' ' • • ' " ' '

!• Animés par ces expressions énergiques,' car les Sauvages sont beaucoup plus étoquéUs lord* qu’ils parient de guerre, que lorsqu’ils traitent dë paix, les 'jeunes Sauvages deviennent tgaêrHer» avant de l’être ; il leur tarde de se montrer; ils brûlent dMmpatience de tremper leurs arines, et leurs mains dans le sang ennemi. - La > danse de giierre ajoute à les réveiller à la Hireur, et leur enseigne comment il ' faut frapper ' sut* les vie* times.., *-• <•“ •

Le guerrier le pliis vaillant;' le'plus expérimenté de la nation est choisi pour général, quand toute la nation marche en masse; le plus vaillant de la'bande, ou de la- Tribu, lorsque la guerre ne se fait, que par une bande, ou par une Tribu. :: Il arrive même quelque fois, qu’une troupe de guerriers, ou de jeunes gens excités par quelque brave, ou par quelqu’inspiré, marche toute seule, sans l’autorité de leur tribu, et sans le consentement de leurs chefs. Il y a peu de jours, qu’un de ces prophètes, après avoir dit, que le Grand- Esprit lui avait ordonné dans un dOpge de 'marcher contre une bande de CypawèlUf qui rodaient dans ces contrées voisioes,jettapar terVe sa ceinture,' qi}é les Sauvages regardent comme un Manitou de guerre, et continua : Celui qui

“ prendra le premier cette ceinture sera mon lieutenant, et ceux, qui nous suivront, des “ élus.” Il partit avec une trentaine de sa Tribu, et on n’en a pas encore eu de nouvelles.

,. Leur déclaration' de guerre est nno attaque. Autrefois la coutume était d’envoyer un Thomawaek, ou une flèche teinte du sang de quelque

Digiîizod bV GoogU

prisonnier, qn’ils immolaient, dans cette circonstance au Manitou de la Guerre; comme le Fecia- Lis des Romains en pareilleoccasion jettait sur les terres du peuple ennemi une javeline : mais comme ce héraut d’armes ne revenait jamais avec la réponse, maintenant ils se passent de toute formalité, et épargnent une victime.

Délivrés de tout embarras de butin, et de train militaire, les surprises leur sont très faciles, et les précautions, les ruses, et l’adresse avec lesquelles elles sont concertées et exécutées, sont d’un genre tout à fait extraordinaire.

Lort»que les Sauvages s’avancent sur le terrein ennemi, ils sont capables de marcher des journées entières, en se traînant sur leur ventre, et avec un tel silence, qu’à dix pas on n’entendrait pas le moindre bruit de cent hommes, qui marchent; ils n’allument ni feu, ni pipes, et mangent ce qu’ils peuvent avoir sur eux, ou des racines, qui tombent sous leurs mains ; les grenouilles mêmes cessent d’être des Manitoux, ou ne le sont, que pour calmer leur faim.

Lorsqu’ils découvrent l’ennemi ils serpentent comme des reptiles, entre les broussailles, dans l’herbe, les fossés, et lui sont dessus, quand il y pense le moins. S’ils s’a pperçoi vent, qu’ils sont découverts, et qu’ils ne puissent pas résister, ils se dispersent dans un moment ; il se cachent, en fuyant, et se réunissent à l’endroit, dont ils sont convenus, comme lieu de refuge, avant d’approcher l’ennemi. C’est une nouvelle raison pour affirmer, que les nations civilisées ne peuvent, que perdre, en faisant la guerre avec les Sauvages.

Les scènes d’horreur, qu’offre un camp ennemi attaqué par surprise par les Sauvages, sont audessus de toute description.

La haine, la fureur des assaillans, qui n’ont devant les yeux, et dans le cœur, qué lès mânes de leurs parens, qui deatondent vengeance ; la

lô»

rage, le dépesporr de iears adversaires, qui sar .veut le sort malheureux, qui les attei>d, toutes ces ditTérentes passions homicides décbaîneitt une férocité, et répandent un tel carnage, quf j’hésiterais moi-même à le croire, si je n’en eusse été en quelque sorte le témoin moi-même.

Les massacres s’étendent de loin, comme par communication électrique. La journée du 5 ' Juin, dont je vous ai parié dans ma précédente, un faux bruit s'était répandu, que le chef./^onwtâotm avait été tué par les Cypowais, aux cascades de St. Antony. Sa mère saisit une petite fille Cypoteaise, qui était sa prieouiiière, depuis qu’elle avait été épargnée dans le berceau ; qui était les délices de la famille et du camp, et d’uu coup de bâche elle la fendit en deux. Ponû, ciowa retourna, et remercia sa mère de.t^tç preuve d’amour maternel, et de sa liaine cuatre les CypoiooM. - j- »

Quoique ces Sauvages ne soyent pas anthrop{K phages, il est vrai, néanmoins, qu’ib mangent quelquefois leurs ennemis ; et presque toujpur$ ils s’abreuvent de leur sang, et s’en barbouillent tqut. le corps, pour faire trophée du massacre, qu’ils en ont fait. ' ,

Quand ils ont réussi dans une expédition, ils sVn retournent aussitôt à leur camp, portant,.>efi triomphe le^ dépouilles de l’eonemi, ttemme les Romains portaient leurs^po/ût Opima.. , . ' ...^

Pour, éviter les pqursuitea d’un ennemi,. qui pourrait specéder à celui qu’ib ont défait, ibient', plpyent.; tpute sorte, de stratagèmes,, plein», de sagacité, d'adresse, et de ruse ; et s’ib craignent d’en être atteintsdans leurs camp, et d’être beauçoup plus laible^ ils embarquent, dans. un clin d’œiI, leur, ville, leurs maisons, leurs fasnU,les, leurs chiens, et toutes leurs propriétés, et’vooA habiter. en sûreté des régions plus éloignées. ' QuaniJ ib croyent ne pas être , poursuivis, ib conservent .toujours, queues prisonniers, ftour

que leur mort serve de spectacle à leur camp, quand ils rentrent. Les prisonniers, qui savent bien le sort, qui les attend, chantent toujours, dans la marche, la chanson de mort: Nous al-

“ Ions mourir, &c., mais tu nous verras mourir “ sans trembler, &c.”

£n route ils sont si maltraités, qu'à les voir résister, on dirait, qu’ils sont d’airain. Ils sont garottés avec des cordes d’écorce d’arbres, qui leur déchirent les chairs, souvent jusqu’aux os. La nuit, on les étend dans un petit creux, et au moyen de branches fourchues, profondément enfoncées dans la terre, on y cloue, pour ainsi dire leur corps, leurs bras, leurs jambes, et même jusqu’à leur col. Ce doit être le suplice des suplices.

Quand la bande victorieuse s’approche du camp, elle annonce de loin, par le cri accoutumé, le résultat de l'expédition, le nombre d’hommes, qu’ils ont perdu, et le nombre de prisonniers, qu’ils amènent

Tous ceux, qui s’y trouvent^ hommes, tèmmes, et enfans, commencent à pousser des latnentations, et des hurlemens aflreux ; se rangent sur deux files, ayant tous des bâtons noueux à la main, et quand les prisonniers passent an milieu d’eux, ils les frappent cruellement : mais commé ils aiment à se inénager un plus long spectacle de toormens et de souSVances, ils mesurent assez leurs coups, pour ne pas les assommer entièrement. Ils se peignent le corps du sang des victimes, et le camp ofiVe l’image d’une boucherie.

L’on réunit une espèce de conseil, où l’on juge do sort des prisonniers ^ quelquefois on en épargne qaelqcms uns, et surtout les femmes et les enfans. Ceux qui sont condamnés, sont 'livrés & leurs bourreaux, c’est à dire à tout le camp. Le décret du conseil est conçu dans ces termes :

Qk$ cewt qui sont voués à h vengeance, soient eon-

duüs à la maison de la mort : que les autres ^eni envoyés à la maison de la grâce.”

Les victimes sont brûlées à petit feu ; leurs membres sont déchirés avec des morceaux de bois pointus, avec toutes sortes d'instrumenstranchans. Au milieu de ces supplices affreux, qui font frémir la Nature, les uns ferment les ^eux, conservant, jusqu'à la fin, un calme, et un cou* rage héroïque ; d'autres insultent à leurs bourreaux, et. jusqu’au dernier soupir, leur prodiguent le mépris, et lia menace. , •

Quelqu’un de ces prisonniers est immolé à l'honneur de leurs Maniloux de guerre, ou infernaux. Comme Achille en immolait à Patrocie, les Mexicains à leurs idoles. Le lieu du supplice est au milieu du camp.

Ensuite, le héraut d’armes annonce, que les prisonniers, qui ont été épargnés, vont être distribués à qui de droit, comme des esclaves. Le conseil les accorde à ceux, qui dans la lutte ont perdu quelque parent, et la distribution se fait en proportion de la perte.

Les enfans sont assez bien traités, tant qu’ils n’ont pas à servir d’offrande à la vengeance, comme la jeune fille de l'Euménide Panisctowa. Les femmes prisonnières sont heureuses, à proportion de l'intérêt, qu’elles parviennent à inspirer. Si on épargne quelqu’homme, c’est pour le donner à une femme, que l’expédition aurait rendue veuve. S’il est assez heuretix pour lui plaire, elle devient sa compagne, autrement elle le sacrifie de ses propres mains aux mânes de son mari.

Tous les cadavres de ces victimes demeurent en proie aux oiseaux et aux bêtes Sauvages, et souvent aux chiens des bourreaux; leurs os sont privés des honneurs delà tombe. Comme, chez' les Anciens. Priam pût à peine obtenir d’Achille' le corps d’Hector. •

Le même conseil, qui préside à ces horreurs,

décerne les honneurs militaires ; et la Corom Castrenm^ le VexUlum, les Phalerœ, et les jirmillœ, les Exuvice, des Romains, sont les distinctions, que les Sauvages accordent au mérite militaire,.

Le nombre, et la quantité d’ennemis tués, sont ce qui en 6se le dégré ; et la manière, dont chacun prouve et l'un et l’autre, est tout à fait ex*" traordinaire.

Chacun a ses flèches marquées, et ils reconnaissent, par ce moyen, à qui appartiennent là flèche meurtrière. Le bout de la flèche n’étant attaché au manche, que par un mastic, qui se fond à la chaleur intérieure du corps animal, et étant fait comme un ameçon, il reste toujours dans la

{ )laie, quoiqu’on en tire le manche, et on ne peut e trouver, qu’en ouvrant le corps, qui en a été percé; quelquefois ils le déchirent encore vivant.

Si l’ennemi a été tué de plusieurs coups de feu, ou avec des armes tranchantes, la gloire de l’exploit est adjugée à celui, qui en offre le scalp, c’est à dire, la chevelure et la peau, qui couvrent cette partie du péricrâne, qu'on appèle occiput, ou vertex, a vertendo, parceque nos cheveux, à cette place, tournent en rond.

Quand meme l’ennemi aurait été terrassé par tout autre, que par celui, qui en porte le 'scalp', l’honneur en est toujours à celui-ci, et la raison en est très claire. Les Sauvages disent, que l’ennemi, qui tombe, peut faire semblant d’être mort, pour sacrifier plus facilement, et sans crainte, celui, qui l’approche; et d’après ce

{ >rincipe, il est décidé parmi eux, que celui, qui ’a scalpé, en s’approchant le premier a encouru le plus de danger, et que, conséquemment, c’est à lui, qu’appartient l’honneur du triomphe.

Il n’y a pas un ennemi mort ou blessé, qui, tombant entre les mains des Sauvages, échappe à cette terrible opération dù scalp; et tous les Sauvages sont tellement sûrs du sort de cette

partie de la tête, qu’ils y conserrent constammeut une tresse, comme pour être toujours prêts à en faire l’offrande au couteau scalpeur de l’en* |

nemi. C’est une obserration, que j’ai faite alten- I tivement, et que j'ai vu se confirmer partout, où i

j’ai été, dans ces régions sauvages. i

Il me semble voir, Comtesse, que vous êtes aussi curieuse, que je l’ai été, de connaître, par quelle extravagance, la férocité de ces peuples s’arrête principalement sur cette région du cerveau ; mais je ne puis trop vous satisfaire, car mes recherches n’ont abouti, qu’à mieux me confirmer, dans ce que je vous ai déjà dit. savoir^ qu’ils font de cette chevelure le trophée le plus

f lorieux de leurs victoires, et de leurs exploits.

e ne puis vous offrir, de plus, qu’une seule conjecture, c’est à dire, qu’ils partagent, peut-être» l’opinion de ces grands philosophes, qui placent à cet endroit le siège de l’âme, le Sensorium ; et que, conséquemment, en lui ouvrant la porte par le chemin le plus court, ils pensent que leur ennemi meurt certainement, sans qu’il lui reste rien à espérer des miracles, pas. même du Galvanisme.

Vous avez vu les Sauvages faire la guerre en embuscade, et par surprise. Le plus intéressant est dè les voir se rencontrer avec l’ennemi en plein champ, dans ces immenses prairies, où, j

si elles n’étaient pas vertes, on croirait se trouver I

dans les deserts de l’Arabie. C’est là, qu’il faut déployer beaucoup plus de valeur, de ruse, et d’adresse.

Si les deux ennemis sont en nombre égal, ils se battent ouvertement. Si l’un des deux est <

beaucoup plus faible, et qu’il n’ait aucun moyen de fuir, ils creusent, dans un clin d’œil, avec leurs propres griffes, des trous dans la terre, et se battent li^ed ans. Pendant que les uns travaillent, les autres les entourent, et les défendent de leurs corps.

Quand les assaillans n’ont plus de munitioni, ils font usage de leurs arcs ; et c’est alors, que leur manière de combattre parait plus étonnante, et plus admirable.

Comme les Bêches décbochées horizontale* ment ne peuvent que difficilement atteindre leurs adversaires, dont on voit à peine la tête, ils les tirent, pour ainsi dire, comme les bombes, et la parabole, qu’ils décrivent, est souvent si juste, que, en tombant, elles vont percer l’ennemi. J’ai vu moi-même . de ces trous, et des Sauvages y faire des épreuves merveilleuses. Le Genie de la mort est industrieux partout, mais j’ignorais, qu’il pût parvenir à un tel point d’adresse meurtrière.

Ën6n, Comtesse, pour 6nir sur ce qui concerne les guerres des Sauvages, les prisonniers, qui

1 >arviennent de quelque manière à rentrer dans eur tribu, n’en sont plus considérés comme membres ; car les Indiens comptent comme morts ceux, qui sont pris par l’ennemi, et ne se rappèlent, que de ceux, qui ont eu mourir.

Jusqu’à présent vous avez vu les Sauvages souvent barbares, oisifs, intempèrans, et cruelsj maintenant je veux vous soulager un peu. Je vais vous les montrer dans leur belle nature, actifs. sobres, et industrieux. Je vais vous conduire à la chasse.

Elle est leur principale occupation, je dirai même la seule, car je ne saurais quel nom caractéristique donner à la guerre. C’est la chasse, qui exerce leur enfance, leur jeunesse, leur âge viril, et leur vieillesse. Elle est aussi honorable à leur état, que nécessaire à leur existence. Un bon chasseur, chez eux, est aussi distingué, qu'un vaillant guerrier, et toujours plus sage, et moins méchant.

A la chasse, chaque Sauvage, en général, est attentif à son devoir, rien qu’à son devoir. Il oublie la discorde, le jeu, qui est aussi un de ses

vicPB. jusqu’à sa férocité. Des traiteurs, qui les suivent toutes les années, m’ont assuré, que lé Sauvage d'hiver n’est plus le Sauvage d'été.

Pendant l’été il est presque toujours dans l’oisiveté, qui dégrade et abrutit l’homme le plus civilisé, le mieux éduqué ; il passe l’hiver dans le travail, qui apprivoise, et adoucit les caractères les plus rétifs, et les plus barbares. A la chasse les Sauvages sont infatigables, quoique dans un exercice continuel, et très fatigant; et la sagacité, avec laquelle ils poursuivent les bêtes sauvages, à travers les prairies et les forêts, dans les lacs et les rivières, montre la finesse de leur entendement.

La fatigue, que les femmes endurent à la chasse. est au-dessus de toute imagination. Elles transportent le camp, elles vont chercher les bêtes, que les hommes ont tuées, elles en préparent les peaux, en dessèchent, et en fument la chair ; tout le ménage est à leur charge, et souvent un enfant à la mamelle, ou dans le sein, ajoute an fardeau de sa vie laborieuse. Ces pauvres femmes, lors même, qu’elles sont enceintes, ne sont pas plus épargnées ; pour éviter la longueur, et les difficultés de l’accouchement, elles ' pressent le ventre sur une barre placée horizontalement, en laissant pencher la tête et les jambes contre terre, et retournent presqu’aussitôt à leurs pénibles occupations. Les bêtes, ou les animaux, qu’ils chassent, sont le Castor, le Rat- Musqué, la Loutre, la Martre, le Chat sauvage, la Bête puante, le Loup-Cervier, le Blairau, le Racoon, le Renard gris, jaune, et rouge, le Pecon, le Lièlvre gris, et blanc, quelques Hermines, le Gopher, l’Ecureuil de plusieurs espèces, le Chien de prairie, l’Ours noir, jaune, et blanc, le Loup de plusieurs espèces, qui tous comptent parmi ce qui constitue la pelleterie à fourrure. Celles, qui fournissent les peaux à tanner, sont le BufTaloes, le Chevreuil, le Daim, l'^ntelape, la Biche,

l’Elan, POrignal, le Momtain-Skeep^ on Bi*ebÎ8 de montagne, le Renne &c. Ils en mangent la chair, dont une portion fumée est conservée aussi pour l’été, si la chasse est abondante, et ils préparent les peaux en paquets, pour les donner en payement des articles de première nécessité, et de luxe, que les traiteurs leurs fournissent, ou. leur ont déjà fournis. Les Sauvages ne font aucun commerce pour du métal monnoyé, dont ils ne connaissent nullement la valeur.

• Avant de partir pour la chasse, ils dansent encore, ils se puriâent devant leur Manitoux, comme les anciens devant leurs Idoles, avant de se livrer à quelque grande entreprise ; comme les modernes devant les prêtres et l’autel, ordinairement, avant de se mettre en voyage, ou de s’exposer à un danger. Le Fard de rubrique, dans cette circonstance, est le noir.

Je voudrais pouvoir par la suite vous détailler quelques unes de leurs chasses les plus intéressautes. Ma constance est inébranlable, mais les apparences sont peu flatteuses. ' ' >

Je vous ai fait voir les Sauvages comme j’ai pii les voir moi-même. En résumant toutes leurs qualités physiques et morales, ils offrent un amas de contradictions, qui embarrassent, je crois, le jugement do plus grand observateur. ' • f " » p

Ils sont très chauds envers les morts, et très froids avec les yivann ; un père de famille, un un époux, arrive, après une très longue absence, et il entre dans sa tente, sans seulement lever les yeux sur ses parens ; et ses parens en agissent de même envers lui. D’un côté ils sont très avares, et demandent toujours, tandis que d’un autre ils sont très prodigues, et jettent, et donnent tout aux amis. ■ Ils semblent vénérer un million de Maniioux, et ils meurent, sans même en invoquer, ni en rappeler un seul. Les uns offrent des sacrifices à des Dieux, les autres à des Diables. Us se plaignent -de n’avoir jamais rien à man-

ger, et ils mangent dans une journée ce qui pour* rail leur suffire abondamment pour une semaine. Ils sont tantôt oi-ifs, et fainéans, tantôt actifs et infatigables, vicieux et sages, sobres et intempé* raiis. Ils ne disent jamais ce qu'ils sentent, et ils ne sentent jamais ce q u'iis d isent, comme bien d'au* très peuples, de tous les tems, et de tous les mondes. La vengeance semble être chez eux une passion irrésistible, et des présens quelquefois la modèrent. Ils vous touchent la main aujoujrd^huit comme des amis ; demain, ils vous guétent et vous tuent, comme des ennemis. Us ^mandent toujours à avoir, et jamais ils ne témoignent la moindre gratitude. Us vous promettent une chose, et vous ne l’obtenez jamais. Dans leurs mœurs, dans leurs habitudes, dans leurs cérémonies on rencontre de l'aticierndu moderne, de tous les tems, le monde entier; et iis ne ressemblent à aucune Nation du monde. D’après un tel contraste de sentimens et d’actions, de pencbans et de cuites, je laisse à ceux, 'qui savent tout réduire en système, à juger du caractère, et de la religion des Sauvages. Je désire, qu’ils soient plus heureux que celui, qui, voulant attraper la Lune dans une fontaine, s’y noya. '

Quant à moi, je ne puis, que vous repéter ce, que jevousai déjà manifesté, et sur leur religion, et sur leur caractère; j’ajouterai seulement, que le Sauvage, tant qu’il sera sauvage, sera toujours son maître, et son roi, et'portera partout avec lui son indépendance ; mais, qu’il pourrait devenir le plus vil esclave aussitôt, qu’il deviendrait, civitli^ : que son cœur est par sa nature le eiège de la dissimulation et de la méchanteté, de riiibumanité et de la cruauté; et que la civilisation trouvera de grands obstacles dans son àme, ou elle parviendra difficilement à le rendre bon, de bonne foi. ‘

Avant de laisser ces pays Indiens, Comtesse, je tacherai de connaître, et de continuer à vous

apprendre, de mon mieux, tout ce qui pourrait encore fixer votre attention, et votre jugement sur ces peuples. Mes efforts ne cessent un instant d’être aux prises avec les difficultés, qui semr blent s’opposer constamment à mes projets. Si le Ciel exauce mes vœux, j’aurais encore de bien longues distractions....Et mon cœur me repousse

sans cesse vers ma chère, et malheuse Italie !

Quel terrible contraste !.....Telle est la situation d’une âme agitée ; elle ne trouve de repos, que dans ce qui l’agite.

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