DE LA SALLE
Réné Robert Cavelier de la Salle, à son tour, voulut marcher sur les traces de Jolliet, dont il avait fait la connaissance à Catarakoui, Simple enfant du peuple, il fut récompensé par Louis XIV de son courage, et reçut du gtand monarque un diplôme de noblesse.
Il voulut achever, l’épée à la main, au profit de la France, l’acquisition des vastes contrées qu’arrose le Mississipi; cependant, il commença d’une manière plus pacifique.
Cet intrépide découvreur naquit, en 1643, à Rouen, en Normandie. Il était doué d’un caractère ardent, aventureux, mais fort cultivé.
Il entra au noviciat des Pères do la Compagnie de Jésus ; et, pendant dix années qu'il y demeura, il se montra studieux, intelligent, et y enseignait même, lorsqu'il quitta leur célèbre école, en 1667, pour se rendre en cette colonie, dans le but de tenter fortune. De la
Salle était dénué de ressources, mais avantageusement muni de recommandations, fort de sa belle réputation, et surtout plein de projets ambitieux.
Les changemonts qui étaient survenus dans l'administration, entre autres causes, avaient fait taire le bruit qui s'était fait autour des hardis voyageurs qui avaient découvert le Mississipi. Cavelier de la Salle résolut de compléter les vues de Talon, en descendant le grand fleuve jusqu’à la mer. L'histoire nous apprend qu’il était épris d’un désir ardent de la gloire, et qu’il voulait illustrer son nom par quelque découverte importante. Comme bien d’autres, à cette époque, il espérait trouver, par les grands lacs du Canada, un passage qui le conduirait à la Chine, en lui faisant éviter les longs détours de la route ordinaire. Pour subvenir aux frais de ses dispendieuses excursions, de la Salle prit la résolution de se livrer tout d'abord au commerce des fourrures, avec les enfants de la forêt. C’est dans ce dessein qu'il établit un comptoir au-dessus de Montréal, à l'endroit appelé dès lors La Chine, en dérision de ses projets.
Bientôt, pour s'assurer la protection de l’In-
tendant Talon, du comte de Frontenac et du marquis de Seignelay, il passa en France. Il employa toutes ses ressourcos à se ménager des appuis à la cour, qui lui ootroya faveurs et pouvoirs, Louis XIV lui avait conféré des lettres de noblesse, au mois de mai 1675. Cependant, le roi l’avait obligé de reconstruire en pierre l’aneien fort de Catarakoui. De la Salle accomplit noblement ces conditions.
L’infatigable voyageur dut repasser en France, en 1677. A son retour d'Europe, il amena en Canada le sieur de Tonty (1), originaire d’Italie, que le duc de Conti lui avait recommandé hautement. En effet, ce généreux enfant de Mars le soutint constamment dans toutes ses entreprises.
De la Salle partit, en 1678, de Catarakoui, à la tête d’une expédition considérable. Nous n'entreprendrons pas de le suivre dans ses diverses excursions, dont les RR. PP. Hennepin et Le Clerq, Joutel et autres, nous ont donné le récit.
Il fonda le poste de Niagara, sur la rive sud du lac Ontario, à l’embouchure de Ia rivière Niagara, à envion deux lieues en amont
(1) Il sigvait : Henri de Tonty.
des chûtes, et construisit le Griffon (1), le premier navire à voiles qui ait fendu les eaux du lac Erié. L’intrépide voyageur s’embarqua sur ce vaisseau, le 10 août 1679, avec les RR. PP. Hennepin, de la Ribourde, Anastase et Membré, pour l’extremité ouest du lac Michigan, appelé alors « Lac des Illinois. »
11 construisit le fort des Miamis, sur le lac Michigan, appelé aussi le Lac des Illinois ; et, s'étant allié avec les Illinois, il en éleva un troisième sur leur territoire. Son fort Niagara fut brûlé, en 1686, mais lo gouverneur de Denonville le fit reconstruire, l’année suivante,
L’entreprenant découvreur comptait sur le concours des Illinois, peuple nombreux, guerrier et puissant, pour lier le Canada avec les pays qu'arrose le Mississipi.
Le Rev. P. Le Clerq (Histoire de la Propa-.
gation de la Foi en Nouvelle-France) nous apprend que c’est à ses frais que de La Salle avait fondé une mission ou résidence pour les PP.
Récollets, au Fort Frontenac (Catarakout), qu’il leur avait élevé une chapelle et donné
(1) Le Griffon fut ainsi appelé pour faire honneur au comte de Frontenac, dont les armoiries portaient un griffon.
une large étendue de terres pour le soutien de . la mission.
Cependant, les Troquois, excités par les colons des provinces de la Nouvelle-Angicterre, qui étaient bien alarmés et fort jaloux des découvertes, et de l’agrandissement des domaines des Français, attaquèrent les Illinois et abattirent leurs prétentions. Les épreuves ne furent pas épargnées à l’infortune de La Salle. |
Outre la perte qu’il éprouva lorsque le Grif- : fon fut englouti dans le lac, avec une cargaison de fourrures évaluée à soixante-douze mille francs, des vaisseaux qui lui apportaient de France des munitions et des approvisionnements considérables firent naufrage dans le golfe Saint-Laurent. De plus, ses créanciers, le croyant insolvable, firent vendre, pendant son absence, à vil prix, tout ce qu’il possédait en cette colonie.
D'un autre côté, de La Salle ne pouvait plus compter sur ses gens, qui se mutinèrent plusieurs fois; aussi, en 1680, fut-il forcé de revenir à Catarakouï. L'année suivante, il prépara, néanmoins, une nouvelle expédition ; et, passant par la rivière Illinois (appelée alors
rivière Seignelay), il. atteignit le Mississipi, le 2 février, le descendit jusqu’à son embouchure, où il parvint, le 9 avril 1682, et arbora en divers lieux la bannière de la France.
L’explorateur Normand constatait donc que le grand fleuve se jetait dans le golfe du Mexique. Il avait pris possession, au nôm du Roi de Frante, de l’immense bassin du Mississipi, auquel il paraît avoir donné le nom. sous lequel on le désigne, La Louisiane.
L’intrépide voyageur, après avoir rémonté la rivière des Illinois et traversé les grands lacs, revint à Québec, en 1683, ayant laissé la direction des affaires de l’intérieur à M. de Tonty. Il repassa en France sans délai, mit pied à terre à la Rochelle, le 28 décembre. Il avait peruu son protecteur, en Canada, Île comte de Frontenac; et son successeur, Lefebvre de la Barre, lui suscita bien dés contrariétes, en portant contre lui de graves accusations à la cour de France.
Quoiqu'il en soit, on avait appris avec plaisir les agrandissements du territoire du Grand Roi, parce que cette circonstance ouvrait au Canada, disait-on, une ère de prospérité, qui ne pouvait que s’accroître facilement; mais
toutes ces prétendues découvertes comportaient bien des merveilles imagihaires, puisqu’elles n’ajoutaient rien à ce que le Père Marquette et son confrère, le R. P. Allouez, avaient dit antérieurement de ces contrées fertiles et bien arrosées.
De La Salle était repassé en France, dans le but de revenir par mer au golfe du Mexique; mais, ayant fait fausse route, il prit terre au Texas, en 1685, à près de cent lieues de l’endroit où il voulait débarquer, et perdit une partie de sa flotte et de ses magasins de provi- BiOnS,
Dans cette expédition, le célèbre voyageur était accompagné de quelques prêtres de la compagnie de Saint-Sulpice, dont l’un était son frère, de deux ou trois prêtres de l’ordre des Récollets, et de cent hommes montés sur quatre navires, dont l’un lui avait été donné par le Roi.
L’'infortuné de La Salle fut tué par un des siens, le 19 mars, 1687, dans sa route, en gagnant le pays des Illinois à travers les terres, après avoir essuyé mille contrariéteés et des déboires de toutes espèces, de la part de ses compagnons ét de ses co-associés même, Il
s'était mis en route au commencement de janvier, mais il ne se croyait pas aussi éloigné du Mississipi. La longueur de la route avait dé: couragé son parti, qui se mutina. Heureusement, le KR. P. Chrestien Le Clerq, ou, selon d’autres, le Père Anastase, put l’assister dans ses derniers moments.
De La Salle était un homme plein de courage et d'énergie, qui ne comptait pour rien les difficultés ou les embarras ; malheureusement, à une grande fermeté d’âme il joignait une humeur difficile qu'il ne savait guères maîtriser ; et, plus d’une fois, son caractère impérieux et naturellement dur lui attira des désagréments fort sensibles. On lui reprochait aussi de trop donner aux vues ambitieuses qui l’occupaient; cependant, il est généralement reconnu que c’est à tort qu'on lui imputait l’idée de vouloir exploiter les mines du Mexique, plutôt que de s'occuper de faire des établissements sur le Mississipi.
Enfin, de La Salle fut considéré comme une victime de son ambition, et sa fin tragique montra qu'il n'avait guères l’amitié et la confiance des siens, non plus que les sympathies de ses concitoyens.
Les narrations des RR. PP. Zenobe Mem- bré, Hennepin, etc., que nous a conservé le ) récollet Chrestien Le Clerq, sont, comme le récit de Joutel, des journaux tenus par ordre de La Salle, de ses courses, de ses nombreuses
aventures et des incidents de ses navigations.
Erratum.—A page xxx, Notice sur Jolliet, après : ‘“ Jolliet.
laissé plusieurs enfants, mais il n’existe plus en cette colonie de ses descendants en ligne directe, ” ajoutez : qui portent son nom.