‹ La Découverte du Mississipi [sic] [microforme]Chapitre 21 sur 31 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

Le Père visite en passant les peuples de la folle avoine. Ce que c'est que cette folle avoine. Il entre dans la baye des Puants, quelques particularitez de cette baye, il arrive a la nalion du feu. |

Avec toutes ces précautions nous faisons jotier joyeusement les avirons, sur une partie du Lac Huron, et celuy des Ilinois, et dans la baye des Puans.

La premiere nation que nous rencontrâmes, fut celle de la folle avoine. l’entray dans

me

leurriviere pour aller visiter ces peuples ausquels nous avons presché l'Evangile depuis plusieurs années, aussi se trouve-t-il parmy eux plusieurs bons Chrestiens.

La folle avoine dont ils portent le nom, parcequelle se trouve sur leurs terres est une sorte d'herbe qui croit naturellement dans les petites rivières dont le fond est de vase, et dans les lieux marescageux ; elle est bien semblable à la folle avoine qui croit parmy nos bleds, Les epics sont sur des tuyeaux noûés d’espace en espace, ils sortent de l’eau vers le mois de juin et vont tousjour montant jus.

qu'a cequils surnagent de deux pieds environ. Le grain n’est pas plus gros que celuy de nos avoines, mais il est une fois plus long, aussi la farine en est elle bien plus abondante.

Voicy comme les sauvages la cueillent et la preparent pour la manger. Dans le mois de septembre qui est le temps propre pour cette récolte, ils vont en canot au travers de ces champs de folle avoine, ils en secoüent les espics de part et d'autre dans le canot, a mesure qu'ils avancent; le grain tombe aisément sil est meur, et en peu de temps ils en font leur provision. Mais pour lo nettoyer de la

paiile et le dépouiller d’une pellicule dans laquelle il est enfermé, ils le mettent sécher à la fumée, sur un gril de bois soubs lequel ils entretiennent un petit feu, pendant quelques jours, et lorsque l’avoine est bien seche, ils la mettent dans une Peau en forme de pouche, laquelle ils enfoncent dans un trou fuit a ce dessein en terre, puis ils la pillont avec les pieds, tant et si fortement que le grain s’estant separé de la paille, ils le vannent trèsaisément, apres quoy ils le pillent pour Île reduire en farine ; ou mesme sans etre pillé ils le font cuire dans l’eau, qu'ils assaisonnent avec de la graisse ét de cette façon on trouve la folle avoine presque aussi delicate, qu'est le ris, quand on n'y met pas de meilleur assaisonnement.

Je racontay a ces peunles de la folle avoine, le dessein que j'avois d’aller découvrir ces nations esloignées pour les pouvoir instruire des mystères de nostre Sainte Religion : ils en furent extremement surpris, et firent tous leur possible pour m'en dissüader ; ils me representerent que je rencontrerois des Na.

tions qui ne pardonnent jamais aux estrangers ausquels ils cassent la teste sans aucun

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