‹ La Découverte du Mississipi [sic] [microforme]Chapitre 22 sur 31 · LÉ L · texte numérisé non relu

LÉ L

sujet ; que la gucrre qui estoit allumée entre divers peuples qui estoient sur nostre Route nous exposoit a un outre danger manifeste d’estre tuéz par les bandes de guerriers qui sont tousjours en campagne ; que la grande riviere est tres dangereuse, quand on n’en sçait pas les endroits difficiles, qu’elle cstoit pleine de monstres effroyables, qui devoroient les hommes et les canots tout ensemble ; qu'il y a mesme un démon qu’on entend de fort loing qui en ferme le passage et qui abysme ceux qui osent en approcher, enfin que les chaleurs sont si excessives en ces pays la qu'elles nous causeroient la mort infailliblement,

Je les remerciay de ces advis qu'il me donnoit, mais je leur dis que je ne pouvois pas les suivre, puisqu'il s’agissoit du salut des ames pour lesquelles je serais ravy de donner ma vie, que je me moquois de ce demon pretendu, que nous nous deffenderions bien de ces monstres marins, et qu’au reste nous nous tiendrions sur nos gardes pour éviter les autres dangers dont ils nous menaçoient. Après les avoir fait prier Dieu et leur avoir donné quelque instruction, je me sépa. d’eux, et nous

estant embarquez sur des canots nous arrivâmes peu de temps apres dans le fond de la 1! Baye des Puantz, ou nos Peres travaillent En à | | utilement a la conversion de ces peuples, en | ayant baptisé plus de deux mille depuis qu’ils | y sont.

ll Cette baye porte un nom qui n’a pas une si | mauvaise signification en la langue des sauvages, car ils appellent plustost la baye sallée que la baye des Puans, quoyque parmy eux ce soit presque le mesme, et c’est ausi le nom Î qu’il donnent a la mer; ce qui nous a fait L faire de tres exactes recherches pour décou- | vrir s’il n’y avait pas en ces quartiers quelques fontaines d’eau sallée, comme il y en a parmy les hiroquois ; mais nous n’en avons pas trouvé nous jugeons donc qu'on luy a donné ee nom a cause de quantité de vase et 4 de Boüe, qui s’y rencontre, d'ou s’eslevent ll continuellement de meschantes vapeurs qui y L causent les plus grands et 1: plus continuels Tonnerres, que j'aye iamais entendu.

La Baye a environ trente lieues de profondeur et huict de large en son commencement ; elle va tousjours se retrécissant jusques dans le fond, ou il est aisé de remarquer la marée

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qui a son flux et reflux reglé presque comme celuy de la Mer. Ce n’est pas icy le lieu d’examiner si ce sont des vrayes marées; si elles sont causées par les vents ou par quelqu’autre principe; s’il y a des vents qui sont les avantcoureurs de la Lune et attachez a sa suitte, lesquels par conséquent agitent le lac ei luy donnent comme son flux et son reflux toutes les fois que la Lune monte sur l’horison. Ce que je peux dire de certain est que quand l’eau est bien calme, on la voit aisément monter et descendre suivant le cours de la lune, quoyque je ne nie pas que ce mouvement ne puisse estre causé par les ventz qui sont bien éloignez et qui pesant sur le milieu du lac font que les bords croissent et décroissent de la façon qui paroit à nos yeux.

Nous quittâmes cette baye pour entrer dans la rivière qui s’y décharge ; elle est tres belle en son embouchure et coule doucement ; elle est pleine d’outardes, de canards, de cercelles et d’autres oyseaux qui y sont attirez par la folle avoine dont ils sont fort frians, mais quand on a un peu avancé dans ces rivière, on la trouve tres diflicile, tant a cause des courants que des roches aflilées qui coupent

les canots et les pieds de ceux qui sont obligés de les traisner, surtout quand les eaux sont basses. Nous franchimes pourtant heureusement ces rapides et en approchant de Maskoutens, la nation du feu, jeus la curiosité de boire des eaux minéralles de la rivière qui n’est pas loing de cette bourgade, je pris aussi le temps de reconnoistre un simple qu’un sauvage qui en scait le secret a enseigné au P. Alloués avec beaucoup de ceremonies. Sa racine sert contre la morsure des serpents, Dieu ayant voulu donner ce remede contre un venin qui est très fréquent en ces pays. Elle est fort chaude, et elle a un gout de poudre quand on l’eserase sous la dent ; il faut la mascher et la mettre sur la piquurre du serpent qui en a une si grande horreur qu'il s'enfuit même de celui qui en est frotté, eile produit plusieurs tiges, hautes d’un pied, dont la feuille est un peu longue et la fleur blanche et beaucoup sembiable a la giroflée. J'en mis dans mon canot pour l’examiner a loisir pendant que nous avancions tousjour vers Maskoutens, ou nous arrivâmes le 7 de juin,

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