‹ La déesseChapitre 15 sur 52 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

NADJA, seule, puis SELINO.

NADJA.

Trincoli ne m'a jamais parlé de ce que je viens d'entendre... hier encore il m'assurait que le mariage était de dire : Au nom de Brama je vous unis... pas autre chose... et elle... Zilia... c'est singulier... ce fiancé qui l'a embrassée dans ce bois sacré... ce trouble qui lui était agréable... c'est tout nouveau pour moi !.. et si, comme elle le dit... c'est un bonheur... est-ce que les dieux, qui sont bien au-dessus des mortels, ne devraient pas le connaître... et moi aussi... moi qui peux tout... je voudrais éprouver ce qu'elle disait là... tout à l'heure... celte émotion... si douce... (Elle aperçoit Sélino qui entre et se dirige vers l'autel de la déesse.) Sélino!.. ah! lui qui chaque jour apporte des fleurs sur mon autel, qui chaque semaine reste en contemplation devant moi... lui qui, ce matin encore, attendait mon réveil... (Écoutant avec émotion.) Il prie!

sélino, tournant le dos à Nadja et posant une corbeille sur l'autel à gauche.

0 puissante déesse ! 0 Nadja ! toi qui lis dans les cœurs, toi qui sais combien je t'adore, daigne agréer ces fleurs que tu aimes tant.

NADJA.

Je les accepte !

sélino, poussant un cri et se retournant.

Ah! la déesse! elle m'a entendu... elle a daigné me parler... (Se jetant àgenoux.) Jamais une voix si douce n'a frappé mon oreille.

nadja, avec émotion.

Tu es le plus exact, le plus fervent de mes adorateurs, aussi demande-moi tout ce que tu voudras, je te l'accorderai.,, veux-tu être riche et puissant?

SÉLINO.

Je ne tiens nia la fortune... ni à la puissance!

A quoi tiens-tu ?..

SÉLINO.

A vous être agréable, ô déesse, et à remplir envers vous mes devoirs.

NADJA.

Je connais la dévotion.., et je l'approuve!

SÉLINO.

Eh bien '.quelque téméraire que soit ma demande... je voudrais...

NADJA.

Parle, Nadja te protège ! (Sélino qui s'est approché d'elle graduellement et toujours agenouillé, baise le bas de sa robe.)

nadja, portant la main à son cœur.

Ah!., ils ont raison!., je suis une puissante déesse ! car, ce que je voulais, ce que j'ai commandé tout à l'heure... je le connais... je l'éprouve... ce trouble... cette émotion... Zilia disait vrai... oui... c'est comme un malaise qui fait plaisir... (A Sélino.) Ne reste pas ainsi... lève-toi?., je te le permets... jeté l'ordonne!., parle!..

SÉLINO.

Je voudrais bien savoir... quand je suis, comme tout à l'heure à vos pieds... et quand je prie...

NADJA.

Eh bien!..

SÉLINO.

Pourquoi la prière qui devrait me calmer produit-elle sur moi un trouble que je ne peux définir!

nadja, à part.

Et lui aussi! (Haut.) Tu éprouves d'abord comme un éblouissement subit.

SÉLINO.

Oui!

NADJA.

Et puis, comme une chaleur... qui te parcourt!

SÉLINO.

Oui!

NADJA.

force... là! (Montrant son

Et se porte cœur.)

SÉLINO.

C'est vrai!-., ô puissante déesse... vous lisez au fond des âmes... vous savez tout... vous devinez tout!

NADJA.

N'est-ce pas ?

SÉLINO.

Eh bien ! d'où cela vient-il ?

D'où cela vient?... de la présence de la divinité? voilà!

SÉLINO.

C'est donc cela ! et quand elle se dérobe à nos regards... Je suis malheureux... je suis triste... je ne rêve qu'au moment de la revoir !

NADJA.

Ce sont de bons sentiments.

SÉLINO.

Eh bien... permettez-moi donc d'être admis à l'honneur de vous contempler deux fois par semaine, au lieu d'une !

NADJA.

Le sanctuaire sera ouvert pour toi tous les jours, si tu le désires!... 11 faut bien faire quelque 1 chose pour les fidèles.

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