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SCÈNE PREMIÈRE

LA DUCHESSE, assise, GÉRONVAL, près d'elle.

GÉRONVAL.

Oui, madame la duchesse, je ne vois dans Bordeaux que des gens enchantés du bonheur qui vous arrive. Tout le monde me charge de vous complimenter sur le retour de monsieur votre fils.

Je leur suis obligée et à vous aussi, mon cher monsieur Géronval.

GÉRONVAL.

Et c'est ce jeune d'Esterville qui vous l'a ramené... ce jeune officier de marine que je voyais souvent ici..

LA DDCHESSE, 0 part.

Trop souvent peut-être... pour ma fille !

GÉRONVAL.

Avec le secours de Mardoche votre ancien intendant; ce bon Mardoche, je me le rappelle encore., et nous autres financiers... moi, par exemple, qui ai de tout avec de l'argent... il faudra que j'aie aussi un ancien et fidèle serviteur... si ce n'est pas trop cher...

Je vous cède celui-là pour rien... ça n'est trop...

GÉRONVAL.

Mardoche... à qui vous devez le retour de votre fils!

Dites plutôt sa perte... oui, mon cher Géronval, à vous, mon futur gendre, je peux confier toutes mes craintes pour l'honneur d'une maison S dont vous allez bientôt faire partie.

GÉRONVAL.

Parlez, duchesse, parlez ?

Le duc de Montauron, mon mari, dont la noblesse remonte aux croisades, s'était ruiné dans le système de Law.

GÉRONVAL.

Et moi, simple commis aux aides... je m'y étais enrichi, ce qui me permettait d'aspirer aux plus illustres alliances... aussi...

Air : Corneille nous fait ses adieux.

Je vous demandai hardiment Votre fille, l'aimable Hortense?

la duchesse, d'un air de dédain.

Il fallait la mettre au couvent Ou la livrer à la finance !

longtemps mon amour maternel Entre les deux tint la balance...

Porte au fond. Deux portes et deux croisées latérales.

GÉRONVAL.

Et mon argent m'a sur le ciel Fait obtenir la préférence !

Mais parce que j'ai bien voulu ne pas y regarder de trop près pour ma fille, il n'en sera pas de même pour mon fils, pour l'unique héritier des ducs de Montauron... d'autant plus que son amour...

GERONVAL.

Il est donc amoureux?

Eh! sans doute... de cette petite fille que vous savez...

GÉRONVAL.

Cette déesse sauvage !

Élevée dans cette pagode où ils ne connaissent ni rang, ni dignité... où ils ne savent même pas ce que c'est qu'un duc!., un Montauron !.. cette enfant, fille d'un intendant, s'est permis d'inspirer à mon fils une passion dont vous ne pouvez vous faire idée...

GÉRONVAL.

Et elle?

Elle se laisse adorer comme une personne de naissance... qui en aurait l'habitude et qui n'aurait fait que ça toute sa vie.

GÉRONVAL.

Où est cette jeune fille ?

Ici dans mon hôtel... depuis quelques jours, depuis son arrivée. J'étais bien obligée de donner asile à elle et à ce Mardoche, qui me ramenait mon fils. Je les ai comblés d'égards et de bons procédés. J'ai fait manger le père avec mes gens... je comptais placer la fille auprès de moi... en qualité de femme de chambre, et pendant que Charles se livre à ses études, à ses devoirs de gentilhomme, j'aurais peut-être fermé les yeux... sur... un caprice!., mais une passion qui va jusqu'à l'idolâtrie !.. Charles va devenir majeur... il pour rait... une mésalliance!., vous comprenez?..

GÉRONVAL.

Très bien !

Plutôt mourir!., aussi j'ai compté sur vous pour obtenir... ce qu'aujourd'hui on ne refuse jamais quand il s'agit de sauver l'honneur d'une grande famille... mais silence!., voici ma fille!

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