‹ La déesseChapitre 40 sur 52 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SIMOUN, seul.

Sa canne à pomme d'or'.... comme c'est financier!... comme c'est impertinent, et il faudrait s'exténuer pour servir ces animaux-là!... Moi qui suis paresseux avec délices !... c'est un reste de mon ancien élat !... et depuis que je suis dans ce maudit pays d'Europe... depuis dix-huit mois, il faut travailler pour vivre!... quel abus!... 0 Brama!... ô Nadja!... ô puissante Déesse, que j'ai méconnue! c'est vous qui me punissez... d'avoir écouté les impostures de Trincoli... d'avoir consenti à servir tous ces faux dieux... qu'on appelle en Europe des maîtres et des bourgeois... qui vous laissent à table , debout et derrière eux, et ne vous abandonnent après eux les restes du sacrifice, qu'à la condition de travailler soir et matin... tandis que là-bas... commander au lieu d'obéir... manger et boire à volonté... et de première main!... Ah! que ne suis-je encore à Eldorado !

Air : Del Senor baroco (du Vampire). C'était bien plus commode ; Je t'implore, ô Brama!

Ah ! rends-moi ma pagode , Ma déesse Nadja!

(Se retournant en regardant à droite.) Mais est-ce un vertigo ?

Oh!

Et qu'aperçois-je la?

Ah!

Quel miracle nouveau!

Oh!

C'est elle, c'est Nadja ,

(Tombant à genoux.) Ah!

NADJA, entrant par le fond, elle est habillée à la

française ; SIMOUN, à genoux.

nadja, entrant vivement.

Où suis-je?.. [n'est-ce point un rêve, et après

dix-huit mois de prison... quel pouvoir inconnu

m'a transportée dans ces jardins magnifiques !...

Ah ! nouvelle surprise. (Apercevant Simoun qui

lève la télé.) Simoun !..

SIMOUN

Oui, déesse!., oui, puissante Nadja !

NADJA. '

Moi !.. déesse !.. comme autrefois !

Comme toujours... malgré les changements et transformations... que vous jugez à propos de prendre, ainsi que Brama, votre père!

NADJA.

Toi, Simoun... mon ancien serviteur !..

SIMOUN

Un apostat... un renégat... qui vous avait abandonnée un instant et qui vous revient plus fidèle que jamais! j'avais voulu, comme un imbécile, raisonner et comprendre... j'y renonce. Tout ce que vous me direz... je le crois d'avance .. tout ce que vous m'ordonnerez, je le ferai...

NADJA.

Très bien! en ce cas réponds.Où sommes-nous?

SIMOUN

J'ai cru d'abord être dans un pays qu'ils appellent Versailles... Il parait que je me trompe... et qu'il n'existe pas...

NADJA.

Si vraiment! si j'en crois les leçons de géographie qu'on m'a données au couvent...

SIMOUN

Au couvent... vous y avez été ?

NADJA.

Pendant dix-huit mois... on m'y retenait sous prétexte de me donner de la religion !..

A une déesse?!..

NADJA.

Et hier matin... un vieux monsieur, d'une figure respectable, est venu dans une voiture de la cour... me délivrer... et me conduire ici, à Versailles.

SIMOUN

Nous sommes donc décidément à Versailles?

NADJA.

Eh oui, sans doute!

simoun, froidement.

Comme vous voudrez!., ça m'est égal.

NADJA.

Il est parti pour rendre compte, disait-il, de sa "mission, et m'a laissée dans un superbe salon doré... qui donnait sur un parc... je me suis élancée... ivre de bonheur et de liberté... j'ai couru... traversant les pelouses... les allées... et je suis arrivée jusqu'ici... voilà mon histoire :... et la tienne?..

SIMOUN

En quittant Eldorado, et la pagode... je suis monté sur un grand vaisseau... où commandait M. de Labourdonnaye, l'amiral, qui m'avait fait l'honneur de nie prendre avec lui pour battre ses habits... cirer ses bottes... et autres détails de la

vie intime auxquels je renonçai, parce que

cela me fatiguait... et je n'aime pas à me fatiguer. On me conseilla en débarquant de me mettre professeur de langue indienne... ma langue maternelle... .. ,

NADJA.

C'était une idée!..

SIMOUN

On m'aboucha avec un savant... un professeur du Collège de France, nous ne pûmes nous entendre...

NADJA.

Comment cela?

SIMOUN

Il soutint que je ne savais pas l'indien !.. Le fait est que je ne comprenais pas un mot du sien. Et toujours cherchant une condition où il n'y aurait rien à faire... je suis entré successivement chez une demi-douzaine de maîtres exigeants auxquels j'ai donné congé. Le dernier est M. Géronval, un financier.

NADJA.

Je le connais!., celui qui ressemble au singe vert!

SIMOUN

C'est vrai!., il y a quelque chose,., il m'avait amené avec lui... dans sa voiture... derrière... ici dans ce château.

NADJA.

Ce château!., quel est-il?..

Je ne le connais pas !

NADJA.

Et chez qui sommes-nous donc?..

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