SCENE VIII
NADJA, seule, lisant vivement la lettre. « Mademoiselle , « En garnison depuis trois mois à Strasbourg, « je n'ai pu assister à vos débuts; les gazettes « seules et les lettres de mes amis m'ont appris « vos succès et votre beauté, et je vous adorais « déjà, avant de vous connaître!... » (S'interrompant avec indignation.) Par exemple ! (Continuant.) •> Arrivé hier soir à Paris, j'ai couru à « l'Opéra ! Par malheur, vous n'y dansiez pas ! » (S interrompant.) Je crois bien ! elle était déjà sur la route d'Italie ! (Continuant.) « Mais au « foyer, il n'était question que de votre dernier « pas dans le ballet des Égarements de l'Amour; « une vive discussion étant engagée sur vous et « sur une de vos rivales, la Duchamp, qu'on osait » vous comparer, dans mon indignation, j'ai pris
« si hautement votre défense, qu'un monsieur « s'en est formalisé. -Il s'est trouvé que c'était le « duc de Modène, un des adorateurs de la Du- « c/fa?np! Nous nous sommes battus à l'épée...» (Avec effroi.) 0 mon Dieu ! « Le duc est blessé et « l'on me poursuit!... Je ne demande rien, mais < vous conviendrez, belle Azoline, qu'il serait « trop cruel de mourir pour vous sans vous avoir « vue! j'attends votre réponse, sous vos fenêtres, « et si vous ouvrez la croisée du petit pavillon, « je croirai qu'il m'est permis de tout espérer ! • (Avec terreur et colère.) De tout espérer!., et moi. qui ai ouvert cette fenêtre !.. (Courant à la croisée.) Ah! fermons-la... (Voyant la porte du fond qui s'ouvre.) Il n'est plus temps!.. (Elle tombe sur un fauteuil à gauche.)