‹ La déesseChapitre 46 sur 52 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

NADJA, assise à gauche, CHARLES , entrant par

le fond.

Charles, gaiement.

Voilà les romans que j'aime! imprévus, rapides

et sans exposition !

nadja , à part, le regardant timidement. C'est lui!., mon Dieu! quel changement ! Charles, s' avançant et apercevant Nadja , qui, assise sur le fauteuil, lui tourne le dos. Elle tient ma lettre , qu'elle relit. (Haut.) Je vois, Mademoiselle, que vous n'êtes point ingrate.,, et c'est beau. (S' approchant toujours.) Et puisque vous me le permettez... (La regardant et restant stupéfait.) 0 ciel ! nadja, se levant gravement et d'un ton froid. Qu'avez-vous donc , Monsieur ?

Charles, troublé.

Ce que j'ai \..(A part.) Parbleu ! c'est à confondre! et quoique cela ne se ressemble pas de manières et de tournure... (Haut.) Ne vous offensez pas, Mademoiselle, de ma surprise... je veux dire., de mon admiration?.. Mais êtes-vous bien sûre... d'être Azoline?..

nadja, feignant l'étonnement.

Comment, Monsieur ?..

Charles, cherchant à se reprendre.

Non!., je veux dire... Est-ce bien vous qui avez débuté il y a trois ans à Vienne, et cette année à Paris?

nadja, froidement.

Oui, Monsieur !

CHARLES

Vous, dont l'archiduc fut le premier adorateur...

nadja, à part.

Ah! mon Dieu!., mais c'est très désagréable, un nom comme celui-là!., Charles, vivement et voyant qu'elle hésite. Ah !. . ce n'est pas vous !

nadja, vivement.

Si, Monsieur!

CHARLES

Vous, pour qui Géronval.,.

NADJA, effrayée.

Encore! ( Vivement. ) oui, Monsieur... ( Avec impatience) oui, oui, oui, oui !

chahles, de même.

Ehbien! Mademoiselle, c'est prodigieux... incompréhensible !... et à moins que vous n'ayez une parente... une sœur...

nadja , vivement.

Une sœur!... oui, vraiment!... perdue à deux OU trois ans... embarquée, naufragée!

CHARLES

Ah! c'est donc cela !

NADJA.

Que du reste, je n'ai jamais connue!

Charles, avec chaleur.

Mais je l'ai vue, moi !

nadja, de même.

Et vous l'aimiez !..

charles, avec amour.

Si je l'aimais!.. (Se reprenant.) Moi ! jamais ! C'était à peine un caprice !..

nadja, à part.

Ah ! l'indigne !

charles, se retournant vers Nadja d'un air

galant.

C'eût été différent, si elle avait eu , ma toute belle, ton élégance et ta grâce !

nadja , sèchement.

D'abord, Monsieur, je vous prie de ne pas me tutoyer !

charles, riant. Ah ! très bien ! très bien !.. A cause du prince italien !.. qui a, dit-on, supplanté Géronval ! Estce que, réellement, vous seriez déjà princesse ? Et quand il serait vrai !..

Air: Restez, restes, troupejolie.

Votre Altesse, tout me l'assure, Doit posséder un cœur clément ; Et pardonnez, si sa ligure M'avait fait oublier son rang!

Déjà, d'ailleurs, sans vous connaître, Vous le savez, je vous aimais!..

(Lui prenant la main.) Le feu qui de loin nous pénètre, Brûle bien plus encor... de près !

nadja, retirant sa. main avec colère.

Comment croire, Monsieur, à une pareille passion ?

CHARLES, avec ironie.

Une passion!.. (Biant.) .!e n'ai pas parlé de cela ! J'en suis revenu, grâce au ciel ! nadja, à part.

Ah ! mon père (lisait vrai !

CHAtlLES.

Ce qui n'empêche pas, belle Azoline, qu'en ne

soit sensible ! Sensibilité raisonnable, qui n'a rien d'exagéré dans son expression et surtout dans sa durée !

nadja, retirant sa main qu'il veut prendre.

Laissez-moi, Monsieur, laissez-moi !

Charles, riant.

Non, vraiment! Vous m'avez accepté pour votre chevalier, vous m'avez dit: Venez! Et comme César, je suis venu, j'ai vu...

Laissez-moi, vous dis-je ?

CHARLES

Hein ? quoi ! de la rigueur et des grands airs ! Air -de la Fricassée.

Mademoiselle, on le saura, Oui, vous seule Êtes aussi bégueule!

Mademoiselle, on le saura.

Oui, vous faites du tort à l'Opéra !

Quoi ! dans un pareil moment Vous faites du sentiment!

Une duchesse, vraiment

Eut du roman Déjà brusqué le dénouement !

Mademoiselle, ou le saura.

Oui, vous seule Êtes aussi bégueule!

Mademoiselle , on le saura ; Oui, vous faites du tort a l'Opéra !

nadja, à part.

Est-il possible! Eli quoi! c'est lui?

Ali ! plus d'espoir, tout est Uni !

Air : Quand une belle (des Maris garçons).

(Haut.) Ah ! c'en est trop ! pareil discours me blesse ! A d'autres cœurs que votre amour s'adresse '

Votre tendresse (bis.) N'obtiendra rien avec de tels aveux !

Cessez ! cessez ! oui , je le veux !

CHARLES

Quoi ! des façons et des airs de Lucrèce !

Ah ! c'en est trop!... Oui, c'est trop de sagesse,

Cœur de tigresse (bis.)

Il en est temps, répondez il mes vœux?

Finissons-en! c'est ennuyeux!

nadja, le repoussant avec indignation.

Sortez, Monsieur. Sortez, je vous l'ordonne !

Charles, riant.

C'est parler en Roxane !

nadja, tombant sur le canapé à droite.

0 mes illusions ! ô mes rêves perdus !

(Elle écrit virement à la table qui est près d'elle.)

charles, derrière elle, au milieu du théâtre.

Je m'éloigne, Mademoiselle, je m'éloigne!

(I part.) C'est dommage! Ne fût-ce que pour la

ressemblance !.. [Regardant le panneau à gauche,

I et voyant paraître Géronval qui le referme nnjs-

i térieusement.) Une porte qui s'ousre avec mys-

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