MISSION DE M. PEYRE
Dans toutes les histoires des événements de 1814, il est fait mention de la mission dont M. Peyre s’est trouvé chargé au commencement de la bataille de Paris. Mais tous les historiens ne se sont pas bien expliqué cette mission, qui a même été calomniée par quelques-uns d’entre eux. Nous avons pensé qu’on lirait avec intérêt une relation authentique de cet important épisode de la journée du 30 mars, et nous donnons ci-après deux documents où cette relation est exposée. Quelques enthousiastes auraient voulu que M. Peyre , à son retour du quartier-général des alliés, prît sur lui do dissimuler ce qu’il avait vu, et de ne point dire que Paris était attaqué par la grande armée tout entière , et non pas seulement, comme on le croyait, par une division de cette armée. Nous ne savons pas ce que les chefs do corps chargés de défendre Paris, auraient gagné à êtro trompés sur la réalité des forces auxquelles ils avaient à résister. Un parlementaire est tenu avant tout de ne
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rien déguiser de ce qu’il a vu; quant à la discrétion à laquelle il est aussi obligé, elle ne consiste pas à garder pour soi tout ou partie de la vérité, mais bien à no la confier tout entière qu’aux personnes investies du commandement supérieur. Or, M. Peyre a su accomplir ce doublo devoir; il a su tout observer, même l'anxiété significative de l’empereur Alexandre à la nouvelle que Paris était résolu à se défendre ; et ce qu’il a vu , il ne l’a dit tout d’abord qu’au roi Joseph. Nous ne parlons pas du courage dont M. Peyre a fait preuve. Qu’on lise la relation qu’il a écrite sous l’impression même des événements , on n’y trouvera pas une apologio personnelle , mais bien le récit naïvement véridique d’un homme qui ne pense même pas avoir besoin d’une justification , et qui est seulement occupé à rendre compte des faits et à s’abstenir de son propre éloge. Quelques mots pourront étonner aujourd’hui ; mais on ne doit pas oublier que ces mois ont été écrits dans un moment d’oppression où la présence des étrangers ne permettait aucune liberté au langage d’un patriotisme plus explicite. Au reste, M. Peyre, à ce que nous croyons savoir, a reçu, pour sa conduite en celle circonstance, un témoignage do haute approbation de la part do l’Empereur lui-même. Cet honorable citoyen n’a pas seulement laissé son nom dans notre histoire nationale, il l’a inscrit encore, d’une manière distinguée, dans celle des beaux-arts (1).
État-major général de Paris et de la première division militaire.
Je certifie que M. Peyre, capitaine ingénieur des sapeurs-
(I) Scs travaux d'architecture ont été appréciés par un juge très-compétent : voir Notice sur A. -F. Peyre , architecte. Paris, chez F. Didot. 1823. in-4°. pur M. Quatremère de Quincy.
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pompiers de ta ville de Paris, ayant offert ses services auprès de l’état-major de la place, a été chargé par moi, de la surveillance d'une partie des postes do la ville do Paris, qu’il a exercée pendant six semaines avec beaucoup de zèle et d’exactitude.
Je certifie de plus, que le 29 mars, veille de l’attaque de la capitale, il a été chargé par moi de s’informer des motifs qui avaient engagé l’officier commandant l’avant-garde sur la route de Pantin, à refuser l’admission du parlementaire envoyé par les armées alliées à dix heures du soir, et de savoir si ce parlementaire était encore à portée des avant-postes, afin que je pusse le recevoir.
Que n’ayant pu avoir aucun renseignement par l’officier d'avantgarde qui venait d’ètre relevé, il s’est rendu jusqu’aux avantpostes ennemis d’où il a été conduit au quartier-général des hautes puissances coalisées et renvoyé le lendemain, jour de la bataille, à midi, annonçant avoir été chargé par Sa Majesté l’empereur de Russie et par S. A. le prince de Schwartzenberg, général en chef, d’apporter au quartier-général français, les premières paroles de conciliation.
Cet officier a annoncé à S. M. le roi Joseph que M. le général Barclay de Tolly était nommé parlementaire et qu’il attendrait à Pantin la réponse du quartier-général français. Par suite de ce rapport, M. Peyre a été chargé par Sa Majesté, d’accompagner le général aide-de-eamp du roi, envoyé auprès du maréchal duc de Raguse, pour lui donner connaissance de ce qui s’ôtait passé au quartier-général des alliés.
Dans celte mission et dans les circonstances qui l’ont suivie, cet officier a montré autant de courage que do dévouement à sa patrie.
Fait à Paris, le 31 mars 1814, à deux heures du matin.
Ic général de division, commandant la première division militaire et la ville de Paris.
Comte HULLIN.
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Précis de la tnission dont je fus chargé /Kir le gouverneur de Paris, dans les journées des 2î> et 30 Mars 4814.
Les événements qui ont précédé et suivi le siège de Paris ont eu des résultats tellement extraordinaires et importants pour ma patrie, qu’ayant contribué par la position imprévue dans laquelle je me suis trouvé, dans la nuit du 29 au 30 mars 4814, à sauver la ville de Paris des suites inévitables d’une ville prise de force, je crois devoir retracer les faits dont j’ai été témoin.
Avant d’entrer dans ces détails, il est peut-être nécessaire de faire connaître sommairement les circonstances qui ont contribué à me faire appeler à cette époque à un service militaire relatif à la défense de la capitale.
Le service d’aido-de-camp de la garde nationale, depuis 89 jusqu’en 94 , celui que j’avais fait comme lieutenant-adjoint à l’état-major do l’armée des Grisons, celui de chef de bataillon de la garde nationale, avant ma nomination de capitaine-ingénieur des sapeurs-pompiers, corps organisé alors militairement , les connaissances que j’avais du service intérieur et de tous les environs de la capitale, engagèrent le gouverneur de Paris à m’appoler à son étal -major pour surveiller l’organisation du service des postes intérieurs et extérieurs de la ville de Paris.
C’est en venant de visiter et de prendre les notes de tous les approvisionnements en munitions de guerre et des préparatifs de défense de ces mêmes postes, que je rencontrai le général comte Hullin, commandant la place do Paris. Cetto rencontre eut lieu à neuf heures du soir, à la barrière do Pantin.
Je trouvai ce général extrêmement mécontent do ce que, [tour la seconde fois, le général qui commandait ce poste, venait de refuser de recevoir un officier parlementaire envoyé par l’armée des alliés. 11 me chargea do me rendre de suite aux avant-postes, et de m’informer auprès de l’officier qui commandait l’avantgarde, si lo parlementaire était encore à portée des avant-postes, et si je parvenais jusqu’à ce parlementaire, de le prier d'attendre que j’en eusse donné connaissance au gouverneur, afin qu'il
put se rendre sur la ligne pour prendre connaissance de l’objet de sa mission
Je partis alors avec mon gendarme d’ordonnance , la précipitation que j’étais obligé de mettre dans l’exécution de cet ordre ne m’ayant pas permis de me faire précéder d’un trompette.
L'officier d’avant-poste français ne pouvant me rendre aucune réponse, parce qu’il venait de relever ce poste, je poussai plus avant et je tombai dans une embuscade composéo de cosaques ; l’officier qui les commandait, prétendait que, n’étant point en règle, parce que je n’étais pas précédé d’un trompette, et n’ayant aucun ordre par écrit, j’étais son prisonnier.
Ce ne fut qu’avec beaucoup de peine que je pus obtenir de cet officier de faire venir une personne avec laquelle je pusse m’expliquer, parce qu’il parlait difficilement français.
Je me trouvai dans un embarras d’autant plus grand, que deux cavaliers qui m’avaient suivi depuis Paris, sans ma participation , s’enfuirent à toute bride , ce qui faisait croire à l’officier qui m’interrogeait que j’étais venu plutôt en reconnaissance que comme parlementaire. Il me conduisit néanmoins sous escorte auprès du général commandant l’avant-garde, qui me dit que le parlementaire était retourné au quartier-général. Je lui dis que ma mission étant remplie, je le priais de me faire reconduire aux avant-postes; mais il s’y refusa, et me fit conduire, toujours comme prisonnier, au quartier-général de sa division , qui était alors à Noisy. Je fis au général la même demande pour être reconduit aux avant-postes : il s’y refusa aussi en me déclarant cependant que j’étais libre ; mais le général russe Auvray me pria d’attendre le point du jour pour me faire conduire au grand quartier-général à Bondy.
Au premier rayon du soleil, je partis pour Bondy accompagné de l’un des principaux officiers de son état-major, et pendant la traversée, je fus à même d’évaluer la force de l’armée que jusqu’à ce moment je ne croyais composée, ainsi qu’on l’avait annoncé, que de 25 à 30,000 hommes.
L’on peut juger de mon étonnement, lorsque, arrivé au quartier-général, le major m’annonça qu’il allait faire part de mon
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arrivée à l’empereur de Russie et prendre ses ordres. Il était alors sept à huit heures du matin, et j’entendais de loin la canonnade qui était commencée. L’empereur Alexandre me fit dire qu’il désirait s’entretenir avec moi avant mon départ, et qu’il me priait d’accompagner le major chez le prince de Schwartzenberg , commandant-général. J’attendis fort longtemps chez le prince qui vint enfin me prendre pour me rendre avec lui chez l’empereur, chez lequel S. M. le roi de Prusse entra presqu’en même temps que moi.
Un instant après, le prince revint me dire que le conseil allait s’assembler, et qu’aussilôt après j’aurais audience de l’empereur.
Effectivement , S. M. qui était alors seule dans la galerie du château de Bondy, me fit appeler et me dit : « Monsieur, j'ai su votre arrivée ; j’étais décidé, d’après le refus qu’on a fait hier de recevoir les parlementaires de l’armée alliée, à attendre qu’on me fit des propositions de la part de la ville; ce n’est point à la nation française que nous faisons la guerre On dit que l’Im-
pératrice est partie hier de Paris ; est-ce vrai? — Oui , sire.
Sa Majesté fit alors quelques tours dans son cabinet en portant la main sur son front et revint vers moi : « Monsieur, continuat-il, croyez-vous que Paris se défende. — Oui, Sire. — J’ensuis fâché : vous avez pu juger de la force de notre armée, (de n'est point une division comme on vous l’avait dit , mais l’armée de l’Europe entière qui est devant Paris. Vous devez penser que toute résistance serait vaine ; ce serait répandre le sang inutilement Combien est forte l’armée sous Paris?
— Sire , vous me permettrez de ne point répondre à cette question. — C’est juste. Mais, Monsieur, puisque l’on veut se défendre, dites bien à celui qui ,vous a envoyé, que les hautes puissances viennent de nommer M. le comte Barclay de Tollv parlementaire ; qu’il attendra à portée des avant-postes celui que
l’on voudra envoyer Voilà des proclamations que
vous remettrez à la ville de Paris. — Sire , je ne puis me charger d’une telle mission. Si Votre Majesté veut les cacheter, je
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m’en chargerai ; mais je ne puis les remettre qu’au général qui m’a envoyé ou au commandant en chef. »
L’Empereur me prit la main en me disant : « C’est bien. »
Il fit cacheter le paquet et me le remit. Il ajouta alors: « Puisqu’on veut se défendre, dites bien qu’on sera toujours à même de traiter, même quand on se battrait dans les faubourgs, mais que si l’on nous oblige de forcer l’enceinte de la ville et que nous soyons obligés d’entrer de vive force, nous ne serons plus maîtres d’arrêter les troupes et d’empêcher le pillage. Partez, Monsieur, le salut de votre ville est entre vos mains. »
Je partis alors. Il était près de JO heures du matin Je fus accompagné d’un officier-général et de deux trompettes.
Nous ne tardâmes point à nous trouver à la sortie du village de Pantin du côté de Paris, au moment où la fusillade était la plus vive et où tout le canon des buttes de Chaumont, de la côte de Romainville, une batterie à l'avant-garde sur la route, deux autres d’artillerie légère sur la droito du canal, battaient sur ce point pour empêcher l’ennemi de débusquer. Ce général fit cesser le feu de ses tirailleurs , mais il n’y eut aucun moyen de faire cesser le nôtre. Sentant cependant toute l’importance de ma mission , je me décidai à recevoir le feu ; mon manteau fut percé de balles dont aucune heureusement n'atteignit ni moi ni mon gendarme d’ordonnance qui ne m’avait point abandonné.
Rentré à Paris , je me rendis de suite à l’état-major, place Vendôme. J’appris que le quartier-général était à Montmartre. Je m’y rendis de suite, et l’on me reçut avec d’autant plus d’étonnement que , d’après le rapport des cavaliers qui m’avaient abandonné , on me croyait tué ou prisonnier.
Introduit auprès du roi Joseph-Napoléon , lieutenant-général de l’Empereur, je lui remis le paquet cacheté tel que je l’avais reçu et lui rendis compte de la forcç de l’armée ennemie que j’avais traversée en entier. Je lui confirmai en outre qu’elle était commandée par les souverains en personne , ce dont il n’était pas assuré. Ce ne fut môme que lorsque la division de droite de l'armée ennemie eût tourné sous nos yeux Saint-Denis et qu’on vit leurs éclaireurs et leurs bataillons se développer dans la
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plaine , que Joseph-Napoléon fut obligé d’ajouter foi à l’évidence.
Peu d’instants après , il me demanda de lui faire, un rapport par écrit pour l'envoyer au duc de Raguse , ce que je refusai de crainte qu’il ne vînt à tomber entre les mains de l’ennemi. Il me dit alors d’accompagner un général qu’il envoyait à ce maréchal pour faire cesser les hostilités, et de lui indiquer l’endroit où j’avais laissé M. le comte Barclay de Tolly parlementaire. Cette mission étant remplie, et le roi ayant quitté à notre départ le grand quartier-général de Montmartre , je rentrai dans Paris où j’appris avec douleur, mais sans surprise , la suite des événements qui amenèrent la capitulation
Chargé dès le lendemain , par M. le préfet de la Seine , et en ma qualité d’architecte, de la troisième division du casernement des troupes russes , ce ne fut que quelques jours après que j’eus l’occasion de voir S. M. l’empereur de Russie qui me dit qu’elle m’avait désigné, ainsi que M. le préfet de la Seine , les médecins des hôpitaux et l’intendant militaire de la division , pour la décoration de Saint-Wladimir, que j’étais loin de solliciter.
Paris, ce 2 avril 1814.
J. PlïYRE.
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Extrait du journal du général l’elet. commandant les chasseurs à pied de la Garde en 1814.
Le 4 avril , à Fontainebleau , l’Empereur réunit l’armée et lui annonça son intention de venir attaquer les étrangers sous Paris. L’armée répondit à cette annonce comme on va le voir. Mais l’Empereur en rentrant dans son cabinet, y trouva quelques-uns de ses maréchaux dont les dispositions lui parurent telles qu’il crut devoir changer de résolution et signer son abdication conditionnelle avec réserve des droits de Napoléon II. Ce changement no fut pas tout d’abord connu au dehors ; mais il en transpira quelque chose ; une anxiété pénible se répandit et se mêla dès lors à l’enthousiasme. — Le document qu’on va lire peint admirablement les impressions de l'armée à ce moment de crise. — On remarquera dans cette relation des dates différentes de celles que nous avons cru devoir admettre dons notre récit , seulement
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pour nous conformer au témoignage unanime des historiens, car, nous n'avons pas besoin de le dire, l’exactitude du général Pelet mérite toute-confiance.
3 avril. — L’appel est ordonné et a lieu, à 5 heures du matin et 1 0 heures. — Je vais à l’appel de 5 heures, parce que j’avais cru voir dans la manière dont le général Friant l’avait ordonné, un rassemblement pour le départ. A f 0 heures et demie , on bat la carabinière et nous prenons les armes. Ordre de nous rendre dans la cour du château. Nous nous y formons en colonne serrée par bataillon de nouvelle formation (2 compagnies), la droite au perron, occupant la moitié de la cour à main droite. J’ai eu quelques difficultés pour mon premier bataillon, parce qu’on le faisait marcher sur 4 de hauteur, c’est-à-dire en colonne double, puisque nous manœuvrions sur deux rangs. On ne laisse entrer aucun cheval de suite. Ils restent à la porte et j’y renvoie mon cheval. Les grenadiers se forment en arrière de nous et de l’autre côté de la cour, en face le petit corps d’Henrion. — Le temps passe lentement. Il y a beaucoup d’agitation dans l’intérieur. Bientôt les courtisans apparaissent ; leurs mines sont allongées, surtout celle du duc de Vicence. J’ignorais tout ce qui se tramait et passait. Enfin, un peu après-midi, l’Empereur parut sur le perron, descendit et passa l’inspection du 1er régiment qui, à cause de sa faiblesse, était sur deux bataillons, les gendarmes en arrière. Sa Majesté ne tarda pas d’arriver à la gauche de mon 1er bataillon où je l’attendais l’épée à la main. Il me dit : « Fous voilà, général, c'est ici votre brigade. — Oui, » Sire. » Il avait l'air un peu agité, ou plutôt échauffé par le travail. Il s’arrêtait fréquemment; parlait aux soldats ou leur répondait; lisait toutes les demandes qu’ils lui présentaient; accordait des croix à la plupart de ceux qui réclamaient ; mais à la fin, voyant que le nombre était trop grand, les renvoyait au général Friant ou à moi. Il m’en adressa un surtout de mon ancien régiment, le 48e. Il les questionnait souvent sur leur âge, semblait interroger leurs forces et leur bonne volonté qui n'é-
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(aient guère douteuses. Il passa ensuite aux grenadiers, etc. Pendant tout ce temps, les rangs étaient fort serrés et les intervalles étroits. Il n’était suivi que du major général, de Drouot, de quelques aides de camp et d’un ou deux officiers d’ordonnance. Les autres généraux et la Cour formaient des groupes en avant du front ou sur le flanc. Là étaient le prince de la Moskowa, et entre autres, Moncey, Petit, Kellermann, etc. Quand la revue fut passée, l’Empereur se porta dans le milieu de la cour, entre notre division et le petit corps d’Henrion, faisant face au 2' régiment do cbasscurs et au milieu de son front. Là il fit appeler les officiers et sous-officiers du 2e régiment. Je m’étais avancé pour voir et entendre. J’aperçus bientôt que tous les officiers et sousofficiers de la division étaient demandés; je fis arriver promptement les miens, et nous formâmes le cercle autour de S. M. Il était assez monté en couleur, les yeux un peu gros, le chapeau tant soit peu de traveis, la tète un peu élevée et tournée vers l’épaule droite. Il nous parla d’un ton de voix élevé et animé et à peu près en ces termes : « Officiers , sous-officiers et soldats » de la vieille garde! L’ennemi nous a dérobé trois marches; il » est entré dans Paris. J’ai fait offert à l’Empereur Alexandre » une paix achetée par de grands sacrifices : la France avec ses » anciennes limites ; en renonçant à nos conquêtes ; en perdant » tout ce que nous avons gagné depuis la Révolution. Non seu- » lement il a refusé : il a fait plus encore, par les suggestions » perfides de ces émigrés auxquels j’ai accordé la vie, et que j’ai » comblés de bienfaits, il les autorise à porter la cocarde blanche, » et bientôt il voudra la substituer à notre cocarde nationale. » Dans peu de jours j’irai l’attaquer à Paris, je compte sur vous. » (silence)... Ai-je raison?»
Tout-à-coup partit un tonnerre de cris : Vive l’Empereur! Vive l’Empereurl A Paris! A Paris! On s’était tu. parce qu’on croyait inutile de répondre.
« Nous irons leur prouver que la nation française sait être » maîtresse chez elle, que si nous l’avons été longtemps chez » les autres, nous le serons toujours chez nous, et qu’enfin nous » sommes capables de défendre notre cocarde, notre indépen-
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» dance et l’intégrité de notre territoire. Communiquez ces » sentiments à vos soldais. » De nouvelles acclamations, toujours plus fortes, répondirent dignement au discours du souverain.
Je parlai à mes officiers et les chargeai de faire former le cercle dans chaque compagnie. Pour moi, je me portai à la tête de la 1 te compagnie Tabardin, et je leur parlai avec une vigueur, une expression qui pénétra le soldat; je finis en leur faisant promettre d’aller s’ensevelir avec moi sous les murs de Paris, pour en chasser les barbares, etc. Peu après, nous défilâmes devant S. M. avec de nouvelles acclamations du soldat , chacun en tète de sa troupe. J’attends la fin de mon régiment en face de lui, après quoi nous marchâmes sur la route de Paris. Depuis, j’ai eu regret de n’avoir pas attendu pour voir les grenadiers qui ont défilé avec l’air : Allons, enfants de la Patrie. On joua pour nous : In victoire en chantant. Tout était électrisé, nous étions des victimes dévouées et des héros, il n’y avait rien dont il ne nous eilt rendus capables; notre enthousiasme se communiquait et faisait le même effet sur tous les spectateurs.
J’ai écrit à peu près de mémoire ce discours mémorable. C’est presque dans le moment que le vil sénat était assemblé pour prononcer la déchéance. — Je m’occupai de suite de mes dispositions dernières, je donnai de l’argent à mes gens, conditionnellement aux événements ; enfin je fis tout ce que devait faire celui qui était décidé à tout. — Nous traversâmes la forêt ; je courais au travers de ces immenses blocs de grès qui s’élèvent au-dessus du terrain comme des débris du chaos, et qui ont jusqu'à 1 8 et 20 pieds de largeur dans tous les sens et forment des abris, des labyrinthes. Cette forêt, du reste, est peu belle par la qualité des arbres et encore plus par celle du terrain. Nous arrivons jusqu’au delà de Ponlhierry. Je ne pouvais pas découvrir le cours de la Seine au milieu du bassin assez profond où elle coule. — Beau château de Sainl-Fargeau sur la rive droite, occupé par ces sauvages. — Nous bivaquons en avant de Tilly, la gauche à la grande route, la droite dans la direction de Sainl-Fargeau; les grenadiers sont de l’autre côté de la route. Le
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général Friant est au château des Bordes, moi dans une des meilleures maisons de Tilly.
On avait parlé, sans doute, de l'établissement du quartiergénéral dans Tilly : car un fourrier du palais est venu , qui a demandé ensuite des renseignements sur le Coudray. Un officier tlu prince de Ncufchâtel voulait faire son logement dans nta maison. Plus lard, on établit le quartier-général de S. M. à .Moul ignon. Ma maison est à côté des ruines du château de la Belle-Gabriel le, où l’on voit encore quelques fossés et terrassements.
4 Avril. — Nous sommes en position à Tilly, et sans ordres; il y a plu assez fort dans l’après-midi, et nous faisons loger les régiments, le 2« de chasseurs et les gendarmes à Saint-Fargeau où il y a déjà de la troupe, le Ier de chasseurs à Tilly, les grenadiers à Moulignon, et l'artillerie autour d’une maison qui est sur la grande route. J’ai maintenant 1411 hommes et 143 de la 9* compagnie qui font partie du régiment, en tout 1544 hommes. On a payé dix jours, et j’ai pour ma part 700 francs à compte. Je cours sur les bords de la Seine pour placer mes postes qui avaient été mal établis la veille. On voit sur la droite quelques cosaques. J’entends delà quelques coups de canon vers Melun, ce doit être la victoire de Kaizarofî sur notre cavalerie légère, pompeusement annoncée par les journeaux de Paris, et bien moins brillante en effet. Ce bruit m’inquiète à cause de la direction de F'onlaiucbleau. Dans la matinée, j’ai eu la visite de Bernel, aide-de-camp du général Curial. Us sont sur la rive droite de la petite rivière d’Essonne, vers Fontenai-le-Vicomte, Marmont occupant Corbeil : ils gardent les bords de cette rivière et ont assez |>eu de monde devant eux. L’ennemi leur a apporté les journaux du 2 avril, et enfin nous apprenons ce qui se passe à Paris : le gouvernement provisoire; dans le midi, à Bordeaux, etc. Ces nouvelles affligent, mais n'étonnent, ni n’épouvantent, quoi- que cette connivence de Paris change beaucoup la balance des forces, puisque l’ennemi peut traverser la ville en assurance, sans y laisser que très-peu de monde, et nous opposer la totalité de ses forces : alors je vois l’explication de cette terreur qu’on
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lisait hier sur toutes les figures de la Cour. Je racontai à Bernel tout ce qui s’était passé à Fontainebleau; il m’a dit de son côté tout ce qui leur était arrivé depuis Soissons, mais à quoi je faisais peu d’attention. — Hier 3, on disait que Caulaincourt était allé à Paris, et Flahaut à Melun (ce me semble); il revint et parla à l’Empereur pendant que nous étions à la revue. Quelles nouvelles on pouvait lui donner! — Il circule dans le camp des nouvelles de Paris ; des courriers ont annoncé les nouvelles : on dit que Nev, Caulaincourt et Macdonald sont allés à Paris, portant l’offre d’abdication en faveur du roi de Rome. — Un aide-de-camp de Marmont vient chez moi demander le quartierimpérial ; de là il va chez le général Friant, et apprenant que l'Empereur est encore à Fontainebleau, il dit : » Comment , ce » mâtin là devait être ici à 4 heures, et il n'est pas encore «r- » rivé. » Paroles qu'il eût l’air de tourner ensuite en plaisanterie. On peut penser dans quelles perplexités. nous étions tous!
Politique de l'Autriche pendant la guerre de 1811, d'après le dire du duc de Bassano, le 27 décembre 1828 (1).
(INÉDIT
Le duc de Bassano vient de me dire que l’Autriche avait été certainement entraînée ; que Metternich lui-même avait été mené au-delà de ses projets qui avaient été de diminuer la puissance de Napoléon, mais non de l’abattre. C’est malgré lui que Stadion , notre ennemi le plus acharné et devenu son ennemi personnel , était entré dans les négociations, sous l'influence de l’Angleterre ou de ce que j’ai toujours appelé le parti anti-français. De Saint- Dizier ou Doulevent, l’Empereur fit écrire par Caulaincourt à Metternich [tour lui dire qu’il acceptait toutes les conditions qui seraient proposées pour la paix. Peut-être écrivit-il lui-même a François. Galbois fut porteur de ces dépêches , et trouva celui-
(*) Extrait ilu Journal du général do division baron bolet.
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ci eu Bourgogne. L'Empereur d’Autriche fit dire ou dit lui-même à Gaibois que c’était une affaire finie ; que la paix était faite ; que chaque souverain avait pouvoir do traiter et de conclure ; qu’il en usait, lui, pour toute la coalition, etc.; qu’il allait annoncer ces nouvelles à Napoléon et qu’il allait lui expédier un officier porteur de ces dépêches et de l’acte en règle. Les officiers autrichiens embrassèrent Gaibois en réjouissance de cette heureuse nouvelle. Gaibois se hâta de \enir l’annoncer à l’Empereur. Mais les russes mirent obstacle à l’arrivée de l'officier autrichien et le promenèrent. Tout était fini lorsqu’il arriva.
Lorsque l’Empereur se fut décidé à abdiquer en faveur de son fils, le duc de Bassano expédia un courrier à Metternich (qui fut trouvé à Villeneuve-l’Archevèque, je crois) , pour lui annoncer cette nouvelle si importante pour l’Autriche. Le duc ajoutait : Metternich n’était plus le même homme, il était totalement tourné du côté des intérêts anglais et des bouleversements ; il mit de la lenteur dans ses démarches et laissa faire.
(Je n’ai pas encore lu l’ouvrage de Pons : il a peu de succès, dit-on. Ce qu’il raconte de Gaibois lui a été dit par cet officier.)
Bassano dit que Savary a été constamment dupe dos mystifications qu’on lui a faites et qu’on l’a joué , surtout pendant les derniers temps.
Autre conversation du duc de Bassano, du 18 juin 1822 (1).
(INÉDIT
(Renseignement sur Schwarlzenberg que l’Empereur Napoléon avait toujours traité avec égards, avec bonté, surtout, pendant la campagne de 1812, et qu’il avait fait nommer maréchal par l’Empereur François.)
Schwarlzenberg vint à Paris en 1813 au mois de mars, pour régler son contingent. Bassano voulut savoir à quoi s'en tenir
II) Extrait du Journal du général de division baron Pclet.
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sur son compte ; l’entreprit sur les relations et les intérêts des deux États, d'après l’alliance et la politique : il le poussa à bout; l'ayant connu et pratiqué pendant trois ans, il savait la manière de le prendre. Il échappa alors à Sehwartzenberg de dire : l'Empereur Napoléon a bien fait un divorce dans l'intérêt de la politique; pourquoi Marie-Louise ne pourrait- elle pas en faire autant? » Bassano fut soulevé et le manifesta en disant : C'est assez, monsieur le maréchal, j’ai appris ce que je voulais savoir.
Sehwartzenberg chercha à revenir sur cela ; « à dire qu'il ne fallait pas prendre à la lettre une conversation poussée au® homes du /xtssible, etc — Du probable, monsieur le maréchal, répondit l’autre. Ces mots doivent être vrais; ils montrent dès-lors toute la noirceur de celle infâme politique de l’Europe contre nous, et à quoi ils s’arrêtaient déjà. Nous en sommes revenus plusieurs fois à ce point : depuis les revers de la Russie, ils ont voulu détruire et non plus traiter.
I.’acte d’abdication du 4 avril se trouve dans tous les ouvrages d’histoire. Mais ce que l’on no connaît pas, c’ost le texte primitif, autographe de cet acte. Nous le donnons ci-après, conformément au document original qui fait partie de la collection d’autographes do M. le comte de l’Escalopier.
(INÉDIT
Fontainebleau, le 4 avril 181 4. au matin.
Les puissances alliées ayant proclamé que l’Empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement.de la paix en Europe, et l’Empereur ne pouvant essentiellement , sans trahir son serment, abandonner aucun des départements qui étaient réunis lorsqu'il est monté sur le trône, l’Empereur Napoléon déclare qu’il est prêta descendre du trône, à quitter la Eranco et même la vie pour le bien de la patrie, et conserver les droits du roi
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son lîls, de la régence de l’impératrice et les droits et constitutions de l'Empire français, auxquelles il ne devra être fait aucun changement jusqu'à la paix définitive, et pendant le lenqts que les armées étrangères seront sur notre territoire.
L’Empereur, avons-nous dit, n’avait peut-être pas renoncé à tout projet d’attaque, le 4 avril, après avoir envoyé à Paris les trois commissaires porteurs de sou abdication conditionnelle en faveur de Napoléon II. Voici ce qu’on trouve sur ce point historique dans l’ouvrage du général Koch; l’extrait qu’on va lire contient des paroles attribuées à l’Empereur, dont l’authenticité no saurait être garantie et que nous n’admettons, pour ce qui nous concerne, que comme une forme de l’opinion propre à l’historien.
« Immédiatement après le départ des Commissaires , le bruit courut dans les camps que l’Empereur avait alidiqué, et l’on y ajouta d’autant moins de foi que les dispositions offensives et le serment exigé la veille semblaient le démentir. Cependant Napoléon convainquit les plus incrédules par lo langago qu'il tint à l’issue du dîner. »
« On veut me faire abdiquer en faveur du roi de Rome, dit-il; » je le fais puisqu’on le désire. Cependant ce n’est pas l’intérêt » de la France. Mon fils est un enfant; ma femme est excellente, » on n’en peut trouver de meilleure , mais elle n’entend rien aux » affaires. Vous auriez donc une Régence autrichienne durant » douze ou quinze ans, et vous verriez M. de Schvvartzenberg vice- » empereur des Français : cela no peut vous convenir. D’ailleurs, » il faut raisonner : si cela entrait dans les vues de l’Autriche , » croit-on que les autres puissances consentent jamais à ce que » mon (ils règne tant que je vivrai '! Non certainement , car elles » auraient trop peur que j’arrachasse le timon des affaires des
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» mains de ma femme. Aussi je n'attends rien de bon de la dé- » marche des maréchaux. »
(Exlrail de la |>ago $78-579 du tome II, 2" partie des Mémoires pour servir à l'Histoire de la Camjxtgne de 18 U, etc., par F. Koch, chef de bataillon d’étatmajor, 2 vol. in-8° en trois tomes. Paris, 1819.)
Lettre du capitaine Magnien sur ta défection du 6e corps.
Avril <815.
J'étais capitaine-adjoint à l’état-major du général Bordesoulle, commandant le premier corps de cavalerie sous les ordres du duc de Raguse ; je ne l’ai quitté qu’à Essonne, brsque l’armée du maréchal Marmont, sous le commandement provisoire du général Souham, fit son mouvement de défection sur Versailles, où il comptait recevoir des instructions de M. le maréchal, qui était depuis deux jours à Paris.
Le 3 ou le 4 avril, je ne peux pas trop préciser la date, de très -grand malin, l’armée se mit en marche sur la route de Paris, sans rencontrer d’obstàcle, (l’ennemi avait quitté les positions). L’ordre était donné à tous les chefs de corps de se tenir à la tète de leurs régiments et de maintenir le plus grand ordre dans la marche. Cela, pour empêcher les réunions d’officiers, lesquels ignoraient parfaitement le but de ce mouvement, et qui devaient commencer à s’en inquiéter. Quelques généraux seulement étaient dans cette abominable confidence, notamment, les généraux de division Souham et Bordesoulle. Ayant appris ce qui se passait, je projetai d’en prévenir les généraux Hubert et Latour-Foissac; et assurément si j’avais pu les joindre, nous n’aurions pas à déplorer bien des malheurs qui furent la conséquence de celte lâche trahison. Il faisait une nuit très-obscure ; un malencontreux voisin m’entendit donner l’ordre à mon domestiquo de retourner sur la route de Fontainebleau. Je m’aperçus bientôt qne j’étais surveillé; le général Bordesoulle, même, demandait à chaque instant après moi. Enfin, m’étant écarté une
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minute, j’entendis donner l’ordre de me chercher; alors je crus devoir gagner au large, et je ne mis pied à terre que dans la cour du Palais de fontainebleau. Aussitôt, je demandai à parler au major-général, et l’on me conduisit chez le général Belliard, auquel je rendis compte de ce qui venait de se passer. Le général me crut d'abord dans un état de démence, mais son illusion ne dura pas longtemps, et tout en me disant : Malheureux, quelle nouvelle apportez-vous ! il me prit par le bras, me fit traverser un corridor : Le coup de grâce est porté, ajouta-t-il, et ouvrant la porte, je me trouvai en face de l’Empereur, qui se promenait dans un grand salon les mains derrière le dos. Le général Belliard, vivement ému, lui dit : «Sire, les mauvaises nouvelles se succèdent. » L’Empereur, s’approchant de moi, me dit d’un calme incroyable : D'où venez-vous? Je lui donnai aussitôt tous les détails sur cette maheureuse affaire, détails qu’il mo fit répéter trois fois. Il me fit une quantité de questions, que je crois inutile de rendre ici. Je lui entendis dire entr’autres : « Quoi! Borde- » soulle, Souham. . Les misérables ! Ils se font f/lus de mal qu’à » moi. » — Il me dit une autre fois : « Mais n 'ayant pu joindre " » les généraux qui auraient pu s'opposer au mouvement, pourquoi « n'as-tu point brûlé la cervelle à Bordesoulle ; c’était le fait d’un » homme de cœur, mais allons , lu n’y as pas pensé. » Je me mettais en mesure de quitter l’appartement, pensant que l’Empereur n’avait plus rien à demander, lorsqu’il s’approcha de moi avec le général Belliard, qui venait do rentrer avec le général Flahaut. Il me demanda affectueusement si je désirais quelque chose de lui ; sur ma réponse que je sollicitais le bonheur d’être attaché à sa personne, il me répondit en souriant amèrement :
« Nous verrons; quoiqu'il arrive, je suis bien sûr que partout ou » tu seras, je pourrai compter sur toi ; » puis se retournant vers le général Belliard, il ajouta : « Général , voilà le seul officier d’un » corps d'armée qui né fut point abusé. Vous en aurez toujours soin ;
» c'est moi qui vous le recommande. .. »
MAGNIEN.
{Extrait des Mémoires du comte Belliard, etc., l. I", p. 182-tWi.l
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Le brave homme dont on vient de lire la lettre n’a pas été le seul qui se soit séparé du 6e corps pour porter à l’Empereur, à Fontainebleau, la nouvelle de la défection. Le colonel Combes, mort depuis héroïquement à la prise de Constantine et dont la reconnaissance nationale a consacré le souvenir, le colonel Combes était aussi à Essonne , ou il faisait partie du 6e corps en qualité de lieulenanladjudant-major. 11 avait entendu le général Souham déblatérer contre l’Empereur; il l’avait vu donner des ordres et prendre des dispositions dont ses propos insensés étaient le commentaire; il avait pressenti, deviné la défection. Aussitôt son parti fut pris ; il profita do la nuit pour s’éloigner et gagner à travers champs la route de Fontainebleau. Près de cette ville, il fut arrêté par les avantpostes de l’armée impériale. 11 se fit connaître, il demanda à parler à l’Empereur, il fut amené devant le général Friant qui chargea le colonel Loubers de le conduire à l’Empereur. Le colonnel Loubers a plus tard témoigné de ces faits.
Combes fut promu au grade de capitaine dans la garde et désigné par l’Empereur à l’honneur de le suivre à l’île d’Elbe. Aux Cent-Jours, chef de bataillon dans la garde, il fut un des braves de cette immortelle phalange qui défendirent pied à pied le champ de bataille à Waterloo. Il s’expatria à la seconde Restauration et ne revint en France qu’après la Révolution de 1830. Le roi Louis-Philippe lui reconnut tous les grades qui lui avaient été conférés par l’Empereur et lui donna môme le commandement d’un régiment. On sait comment Combes a justifié cette appréciation de ses mérites, à Ancône, dans les rudes combats de nos premières années on Afrique, à la prise do Constanline.
Nous devons le renseignement qui précède à une bien-
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veillante communication d’un personnage, aujourd’hui membre du sénat, ayant concouru, comme député, au vote de la loi qui, en 1838, a conféré une pension nationale à la famille du colonel Combes. Au bas du document qui nous a été communiqué, une note, une pièce à l’appui pour un discours, dont nous n’avons pu donner qu’une analyse, on lit : « Ecrit sous la dictée du colonel Loubers, 5 mars 1838. »
Questions adressées par le général Gourgaud au général Fabeier et réponses de celui-ci sur quelques particularités relatives à la défection d‘ Essonne.
(INÉDIT
Le document que nous allons reproduire est la copie d’une lettre trouvée dans les papiers du général Gourgaud, et dont nous avons entre les mains le texte original.
Cette lettre est écrite sur un papier de format moyen, glacé, encadré dans un double filet d’or et portant en tête, à gauche, deux écusen relief, or et rouge, qui contiennent le chiffre E. G. et que surmonte une couronne de comte. La lettre est entièrement écrite de la main du général Gourgaud, sur un papier qui semble avoir été <i l’usage d’une femme.
Elle est divisée en deux colonnes : sur la première, on lit les questions adressées par le général Gourgaud à un interlocuteur qui n’est point nommé et qui ne peut être que le général Fabvier; dans la seconde, se trouvent les réponses faites par le général Fabvier.
Il est à remarquer que toutes les questions ne sont pas suivies de réponses, et que parmi les réponses faites, les unes ont été écrites d’abord au crayon, puis surchargées
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et écrites de nouveau à l’encre, parfois avec des additions ; les autres ont été tout d’abord écrites à l’encre, sans l’avoir été au crayon. Les caractères des unes et des autres indiquent la même main, celle du général Gourgaud.
Il est probable que toutes les réponses ont été faites verbalement, et qu’elles ont été écrites par le général Gourgaud, à la suite d’une conversation, et en quelque sorte sous la dictée du général Fabvicr.
Au reste, nous aurons soin d’accompagner d’explications les parties de cette lettre qui nous paraîtront demander un éclaircissement.
Mon bon ami,
Je le prie, si toutefois tes souvenirs te le permettent, de me répondre aux questions suivantes : Campagne de 1814.
Vers quelle heure, le 4 avril, les plénipotentiaires de l’Empereur arrivèrent-ils à Essonne?
Dinèrent-ils avec le duc de Raguse?
Ce diner n’eut-il pas lieu chez le prince Schwartzenberg, où les plénipotentiaires et le duc de Raguse se rendirent en attendant leurs passeports? Cette visite à Petit-Bourg est-elle positive?
Dans tous les cas à quelle heure les plénipotentiaires quittèrent-ils Essonne ?
A quel moment le duc de Raguse rédigea-t-il sa proclamation pour
(Au crayon). (A iet.cre).
A 4 h. Vers 4 h.
(Au crayon). (A l'encre).
Oui. Oui.
(A l'encre seulement).
Il paraît que les plénipo tentiaires ont vu Schwartzenberg.
(Au crayon). (A t'encre).
A5h. 4/2 Versüh.1/2.
0 heures.
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annoncer à ses troupes l'abdication (Point de réponse) (1). de l’Empereur et que le général Lucotte renvoya pendant que j'étais avec toi?
A quelle heure les trois plénipo- (A l'encre seulement). tenliaires et le duc de Ragusc ont- Ils ont dé arriver sur ils pu arriver, le 4 au soir, à l’hôtel les 11 heures du soir. Talleyrand pour traiter de la Régence avec Alexandre ?
N’y a-t-il eu qu’une conférence ou bien deux? L’une vers minuit et l'autre le 3 avril vers 1 0 ou 11 heures?
(A l’encre seulement).
Il paraît qu’il n’y a eu que cette conférence (2).
Marmont avait accompagné les trois’ plénipotentiaires et était allé chez Ney attendre.
(1) Lorsque le colonel Gourgaud, le t avril, vers la fin du jour, vint de Fontainebleau à Essonne pour y demander, de la pari de l’Empereur, le maréchal Marmont, alors à Petit-Bourg avec les commissaires, il trouva à Y état- major, entre autres officiers, le colonel Fabvicr, aide-de-camp du maréchal. Ce fut à ce moment que Ton reçut à l’état-major une lettre cachetée à l’adresse du maréchal , mais portant sur la suscription les signes d'une grande urgence. On crut devoir l’ouvrir, même en l’absence de celui à qui elle était adressée, et Pou y trouva des lignes écrites à la hâte par le général Lucotte, annonçant qu’il n’avait pas mis à f ordre du jour de sa troupe la nouvelle de l’abdication de l’Empereur, ainsi qu’on le lui commandait au nom du maréchal duc de Ragusc dans une pièce jointe qu’il s’empressait d’envoyer à son chef comme une pièce qui ne pouvait pas être émanée de lui, et qui était évidemment « une ruse de guerre, une manœuvre de l’ennemi. » Ce sont là les circonstances auxquelles le général Gourgaud fait ici allusion dans sa question. Au reste, il ne parait pas que le maréchal Marmont ait fait une proclamation pour annoncer à ses troupes l’abdication de l’Empereur. Il avait alors conclu son traité secret avec le prince de Schwarzenberg, et, daus la position oh il se trouvait, il ne pouvait rien dire qui ne fût ou un inutile et compromettant mensonge des regrets qu’il n'éprouvait pas, ou une imprudente et trèsdangereuse révélation de l’état de ses menées. Le maréchal duc de Haguse se tira d’embarras, en commandant à son chef d’état-major, le général Meinadier, de mettre à l'ordre de l’armée tout simplement la nouvelle de l’abdication de l'Empereur. Cet ordre fut donné de quatre à cinq heures de l’après-midi, dans la journée du 4 avril.
(2) La conférence vers minuit (de onze heures à une heure). U parait, d'après les mémoires du temps, qu’il y eut une seconde léception des commissaires, le
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Est-ce dans la première ou dans la deuxième conférence qu’Alexandre apprit le départ - du sixième corps? A quelle heure ce départ a-t-il eu lieu ? Est-ce à quatre heures du matin? Est-ce Schwarzcnberg qui l’annonça?
A quelle heure le rapport de Schwarzemberg a-t-il pu arriver à Alexandre ?
A quelle heure as-tu annoncé au duc de Raguse que son corps avait quitté Essonne ? Est-ce chez Nev ou à l'hôtel Talleyrand que tu as rejoint Raguse ?
Quels sont les principaux généraux qui avec Souham, Compans(2) Ricard (3) et Bordesoulle entraînèrent les troupes sur Versailles?
( A l’encre seulement ).
Lors de l’arrivée de Fabvier chez Nev pendant la nuit, il y trouva Marmont seul. Ils furent chez Alexandre. C’est alors qu’un officier russe ou autrichien vint annoncer la défection
(Point de réponse).
(Ait crayon). (A l'encre.) A4 h. du Vers 1 h. du matin. matin (I).
(Au crayon).
Digeon.
(A l’encre).
Digeon y était. Ricard était resté à Paris lors du passage du sixième corps le 31 mars.
matin 5 avril, vers dix heures -, niais cello-ci pour la forme seulement et pour la remise officielle do la réponse des souverains alliés En réalité, tout avait été dit dès la première conférence, à la Un de laquelle on avait appris la nouvelle de la défection du S* corps, nouvelle qui avait mis brusquement un terme aux négociations.
(!) On vient de voir dans les réponses précédentes que Fabvier avait rejoint Mnrmunt, non h l'hôtel Talleyrand, mais bien chez Ney, oh Marmont attendait le résultat des négneiations, et se trouvait seul.
(2) Sur la participation du généra] Compane à la défection d’Essonne, nous ne pouvons que nous référer à ce que nous avons dit dans le cours de notre récit. Nous devons toutefois constater ici que le général O.ourgaiid ne doute pas de rette participation.
|3) le nom du général Hùard est écrit, puis effacé dans l'original, à la suite de celui du général Compatis.
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Où eut lieu la révolte des trou- (Point de réponse). pes? Est-ce avant d’arriver à Versailles ou bien après ?
Reçois d’avance tous les remerciements de ton ami bien dévoué, Le lieutenant-général, Goitrgaud.
Paris, cc 3 avril 18*3.
Composition du 6e corps, du 30 mars au 5 avril 1814.
Il nous a paru intéressant de réunir quelques documents pour faire connaître la composition du 6e corps au moment de la défection. De ces documents, deux ont été déjà publiés dans des ouvrages auxquels nous les empruntons; ce sont ceux qui constatent l’état du 6e corps, au 30 mars 1814, lors do la bataille de Paris.
On trouvera, entre ces deux tableaux, des différences qui s’expliquent , en partie par ceci que l’un de ces tableaux représente l’état du 6e corps avant la bataille, avec les adjonctions momentanées qui lui furent faites, et que l’autre représente ce même état du 6e corps après la bataille, moins les blessés et les morts, et sans la plupart des adjonctions.
Ainsi, d’après l’état du général Koch, le 6e corps, avant la bataille, comptait 12,380 combattants. D’après l’état du général Fabvier, le 6e corps, après la bataille, n’en comptait plus que 5,222. Ce calcul est sans doute erroné.
Les deux autres documents que nous reproduisons sont inédits. Le premior représente l’état du 6e corps, au 5 avril 1814, l’ensemble des troupes comprises dans la défection, 12,109 hommes. Le second document n’est pas un état de situation, mais bien seulement la liste des
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officiers généraux el des officiers supérieurs momentanément investis d’un commandement en chef, qui ont adhéré aux actes émanés du gouvernement provisoire ; nous verrons plus bas le sens qu’il convient d'attacher à ces mots. Ce second document a été cité par nous, dans le but de réunir le plus de notions possibles sur les noms des généraux et chefs de troupes qui commandaient le 6° corps sous les ordres du duc de Raguse.
D’après l’état de situation de Versailles, 5 avril, les généraux et chefs de corps compris dans le mouvement de défection, étaient :
Le général Meinadier;
Les généraux Jouberl, Souham, Ledru des Essarts, Digeon ;
Le général Merlin, ayant sous ses ordres les généraux Guyon, Hubert , Latour-Foissac ;
Le général Bordesoulle , ayant sous ses ordres le général Thiéry et le colonel Dijon, commandant une brigade ;
Le colonel Péris, commandant le génie ;
Le colonel Laporte, commandant une division.
Nous citons pour mémoire le général Lucotte, qui n’avait point suivi le mouvement et qui ôtait resté à Essonne.
Mais on doit obsorver que tous les chefs du 6e corps ne se trouvent pas compris dans l’énumération qui précède; quelques-uns notamment étaient absents d’Essonne au moment de la défection, comme le général Pelleport, alors blessé et malade à Paris, comme le général Ricard, croyons-nous encore, alors aussi à Paris pour des affaires particulières. En outre, quelques noms ont pu être omis par le rédacteur de l’état de situation du 5 avril ; car il était assez naturel que le général Meinadier ne fût pas
tout entier en ce moment aux soins d’une énumération bien exacte et fidèle. C’est pour compléter, autant qu’il est en nous, cette liste des chefs du 6e corps que nous plaçons ci-après un acte d’adhésion , dans lequel on voit figurer les signatures d'un certain nombre de ces chefs, non compris dans l’état de situation du 5 avril.
Ordre de bataille de l’armée française devant Paris, le 30 mars 181 i, vers sept heures du matin.
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du village de Pré-Soint-Gervai»,
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Extrait du Journal des opérations du 6e Carps pendant ta campagne de France en 181 4, par le colonel Fabvier.