AC PETIT JARDINET
l’an 1814
ICI LE 30 MARS (JOUR A JAMAIS PROSPÈRE) POUR LE BONHEUR I)E NOTRE NATION LA PLUS SAGE CAPITULATION AUX FRANÇAIS RENDIT UN PÈRE TIIOURONT Md DE VINS TRAITEUR
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Extraits du Journal d’un prisonnier de guerre anglais, témoin oculaire des évènements arrivés à Paris pendant les premiers mois de 1811. (Revue Britannique, tontes IV et V.)
Paris, du 29 mars au 3 avril 1814. — Les paysans aux barrières. — Départ de la Régence. — Bataille de Paris. — Capitulation. — Les cocardes blanches dans les rues. — Dispositions des alliés pour la Régence. — Les journaux sous la main de l’agent Morin.
(29 Mars)
« ... A la fin du jour, les paysans des villages situés entre Meaux et Paris, entrèrent dans cette dernière ville avec leurs enfants, leurs meubles de toute espèce, leurs grains, leurs chiens, leurs bestiaux. Les boulevards étaient couverts de chars, de charrettes qui étaient entourés de femmes à pied et auxquels étaient attachés des bestiaux. La détresse de ces |>auvres gens était d'autant plus grande, qu’ils avaient été obligés de payer les octrois aux portes de la capitale, et que pour acquitter ces droits, ils s’étaient, en général, trouvés dans la nécessité de vendre aux barrières une partie de ce qu’ils avaient, afin d’assurer la conservation du reste. La guerre commença alors à se faire voir aux parisiens, sous un aspect bien différent de celui sous lequel ils la considéraient jadis. Le bruit se répandit que les cosaques, nom par lequel on continuait à désigner toutes les troupes alliées, avaient mis le feu à Meaux, et qu’ils s’avançaient rapidement sur Paris; mais ce bruit ne fit pas sortir les parisiens de l’espèce d’engourdissement dans lequel ils paraissaient plongés. Les habitants des campagnes se plaignaient vivement de la tiédeur de leur patriotisme. »
« Je fus le matin au musée du Louvre, où je trouvai à peu près le même nombre d'artistes que de coutume; les uns étaient tranquillement occupés à copier des tableaux, tandis que les
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autres regardaient, des croisées, dans la cour des Tuileries, les préparatifs du départ de l’impératrice Marie-Louise.
« Napoléon avait ordonné que si les alliés approchaient de Paris, l'impératrice régente, le roi de Rome, le conseil de régence et les ministres se rendissent sur les bords de la Loire. Ce matin, le désordre qui avait régné toute la nuit aux Tuileries, fut exposé aux regards du public. A travers les croisées ouvertes, on voyait la lumière des bougies qui expiraient dans les flambeaux. Les femmes de la cour et les domestiques couraient d’une chambre à l’autre, quelques-uns en pleurant et tous dans le plus grand trouble. A six heures et demie, quinze fourgons escortés par la cavalerie quittèrent le château. Des sentinelles placées dans la cour empêchaient les curieux de s’approcher des bâtiments. A huit heures, les voitures de voyage vinrent se ranger devant l’entrée du château qui est près du pavillon de Flore. Un peu avant neuf heures, un officier donna ordre de reconduire les voitures aux écuries. Cambacérès arriva, un quart d’heure après, et un domestique courut presque immédiatement aux écuries, pour faire revenir les voitures. Dès qu’elles furent arrivées, on acheva les préparatifs de voyage, et à dix heures et demie, l’Impératrice, vêtue d’une espèce d’amazone d’une couleur brune, monta avec son fils dans une voiture qu’entourait un détachement de la garde impériale. Cette voiture et celles qui la suivaient défilèrent au milieu de nombreux spectateurs, qui tous gardèrent le plus profond silence. Elles suivirent le quai, le long du mur du jardin. D’autres voitures où se trouvaient les domestiques, et la voiture du Sacre couverte de toiles, passèrent ensuite. Cette scène se prolongea jusqu’au lendemain à sept heures du matin. Même après la capitulation, des voitures chargéesde bagages continuèrent à partir des Tuileries »
(30 Mars)
« ... Le maréchal Marmont me dit, le 30 mai 4844, que lorsqu’il était à Rheims, après la bataille de Craone, il reçut de l’Empereur Napoléon l’ordre de se réunir au maréchal Mortier, et de
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marcher sur Paris pour protéger cette ville. Arrivés à Fismes, le prince do Neuchâtel lui écrivit de changer de direction et de se porter sur Chàlons; mais lorsqu’ils furent à Vertus, ils apprirent que Chàlons était au pouvoir de l'ennemi, dont les positions et tous les mouvements annonçaient l’intention de se porter rapidement gur la capitale. »
« ... Le prince Schwartzenberg envoya un officier au général Compans, pour offrir des conditions favorables, si on consentait à l’évacuation de Paris ; mais le roi Joseph auquel le général Compans avait transmis la dépêche du général autrichien, ne voulut rien entendre. »
» ... Le colonel d’artillerie Paixhans commandait les batteries de Belleville et celles de la butte Saint-Chaumont. Les premières étaient servies par des conscrits et non pas, comme on le croyait, par les élèves de l’école polytechnique. Les alliés qui venaient de Pantin, se rassemblèrent derrière quelques maisons, et s’avancèrent ensuite au pas de charge. Lorsqu’ils furent arrivés devant les batteries françaises, on les fit jouer, et elles firent un si grand ravage parmi les Prussiens, qu’ils se retirèrent en désordre, derrière les maisons, où, après s’ètre réunis, ils s'avancèrent de nouveau. Mais la batterie de la hutte Saint-Chaumont, qui était la plus considérable et qui était servie par l’artillerie de marine, fit un feu si terrible, que les Prussiens reculèrent une seconde fois. Alors la cavalerie et l’infanterie françaises les chargèrent, et les ramenèrent jusqu’à Pantin, où ils restèrent quelque temps. Vers une heure, lo colonel Paixhans aperçut trois immenses colonnes : la première se développait entre Aubervilliers etClichy; la second^ arrivait lentement de Pantin, en suivant la grande route ; et la troisième faisait évidemment ses dispositions pour tourner les batteries. Cela n’inspirait aucune crainte au colonel Paixhans, qui était convaincu que le bois de Romainville était rempli de tirailleurs français. Mais, quelle ne fut pas sa surprise, quand, entendant tirer un coup par derrière, il se retourna, et qu'il vit les tirailleurs ennemis tellement rapprochés de lui. qu’il
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fut obligé d’abandonner ses pièces et de se retirer en grande hâte dans Paris. En arrivant, il ne fut pas moins étonné de trouver inactives, sur les boulevards, les troupes qui avaient été destinées à défendre le bois de Romainville. »
« ... Le maréchal Marmont envoya à ï heures un officier au général Compans, qui commandait le corps d’avant-garde entre La Villette et Pantin, pour lui donner ordre de faire partir surle-champ un parlementaire, afin de proposer une capitulation. Quatre parlementaires furent successivement envoyés; mais il n’y eut que M. de Quélen , aide-de-camp du général Compans , qui put arriver au quartier général des alliés. Ceux qui le reçurent commencèrent par le désarmer. Lorsque M. de Quélen proposa l’armistice, l’empereur de Russie répondit qu’il n’était pas dans son intention de faire aucun mal à la ville de Paris; que ce n’était pas à la nation française qu’il faisait la guerre, mais à l’empereur Napoléon. « Pas même à lui, reprit le roi de Prusse, mais à son ambition. » Les souverains envoyèrent deux officiers avec M. de Quélen, pour convenir des termes de la capitulation qui fut signée à cinq heures du soir à la Chapelle. »
« Le duc de Rovigo arriva à cheval, vers midi, à la barrière de l'Etoile, et engagea les gardes nationaux à la défendre, en leur disant que l’Empereur marchait au secours de Paris. Il ordonna que les arbres de chaque côté de la route fussent coupés, pour intercepter le passage. »
« Il n’y avait à Montmartre que huit pièces d’artillerie (six canons et deux obusiers), quoiqu’il y en eût plus de cent au Champ-dc-Mars, dont on ne faisait aucun usage. »
« Un colonel attaché à l’état-major du prince Schwartzenberg me dit qu’ils avaient perdu six mille hommes. Les Français perdirent environ trois mille hommes. »
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« A quatre heures, le duc de Rovigo partit pour Blois. Un do mes amis le rencontra, rue des Saints-Pères, dans une calèche avec sa femme. Derrière se trouvaient une autre calèche, e.t une escorte d’environ vingt gendarmes d'élite. Tout ce cortège s'avancait au grand galop. Le comte Alexandre de Girardin entra à Paris, à trois heures de l’après midi, annonçant que l'Empereur allait arriver, et engageant le peuple à se lever en masse. »
« Le maréchal Marmont me dit que les alliés avaient perdu dix mille hommes et les Français quatre mille. »
« J’appris plus tard par le général Mufflin, que le 32 mars, un ouvrier français avait été enlevé par les cosaques, entre Vitry-le- Français et Sézanne. Il était porteur d’une lettre autographe de Napoléon pour Marie-Louise. Il lui mandait qu’il voulait se rapprocher de ses forteresses, et qu’il marchait sur Sainl-Dizier. Ce dernier mot, qui était d’une si grande importance, était si mal écrit, qu’on fut plusieurs heures avant de parvenir à le déchiffrer. Cette lettre fut transmise le même jour, à Blucher qui se trouvait à Fismes. Ce dernier après en avoir pris connaissance l’envoya à Marie-Louise, en lui écrivant en allemand que, comme elle était la fille d’un respectable souverain qui était l’allié de son maître, il avait cru devoir lui envoyer cette lettre. »
(31 Mars — 3 Avril)
«... De là, nous allâmes à la place Louis XV ; il était dix heures un quart. Nous vîmes sur cette place quelques gardes nationaux et environ une centaine de personnes, dont dix ou douze avaient îles cocardes blanches. MM. du Dresnay, de Guerry et de Vauvineux étaient du nombre. Nous demandâmes à un pauvre vieillard qui, au lieu de cocarde, avait seulement un petit morceau de linge blanc à son chapeau, ce que cela signifiait. Il nous répondit que Louis XVIII venait d’ètre proclamé, mais qu’il ne savait pas par qui. Quelques-uns de ceux qui avaient pris la cocarde, semblaient dire en regardant la foule : « Nous avons fait
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cela ; y a-t-i! quelqu'un qui le trouve mauvais ou qui soit disposé à suivre notre exemple? » Cependant une légère dispute qui s’éleva près de moi, en détermina plusieurs à remettre leurs cocardes dans leurs poches. »
« Nous quittâmes la place Louis XV, et lorsque nous eûmes atteint l’extrémité de la rue Royale, près des boulevards, nous vîmes M. Finguerlin, le banquier, avec quatre autres personnes; ils avaient des cocardes blanches. »
« Dans ce moment, je vis paraître un groupe, assez nombreux, â pied. M. Edouard (duc) Fitz-James, en uniforme de garde national , M. Thibaut de Montmorency, M. Gilet et M. de Morfontaine, marchaient en tête avec des cocardes blanches â leur chapeau , et en criant : « Vive le roi ! vive Louis XVIII ! vivent » les Bourbons ! »
Plusieurs personnes présentes ne paraissaient pas comprendre ce que cela voulait dire ; d’autres regardaient avec indifférence ; quelques-uns semblaient craindre les ressentiments de Napoléon ; la plupart témoignaient de la pitié. — Il était en effet difficile de ne pas en éprouver pour les auteurs de celte périlleuse entreprise, en voyant le peu d’appui qu’ils trouvaient dans la multitude au milieu de laquelle ils s’avançaient. La froideur générale avait elle-même gagné une partie des principaux acteurs qui ne paraissaient soutenir qu’avec peine le rôle qu’ils s’étaient imposé.
« Le nombre des cocardes blanches s’augmentait lentement : plusieurs avaient été faites avec des pièces arrachées à des mouchoirs de poche , et même avec des morceaux de papier ; car comme les boutiques étaient fermées, on ne pouvait pas se procurer de rubans. »
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« Aussitôt que les souverains parurent , on commença à crier : Vivent les alliés ! vivent nos libérateurs 1 à bas le iyran ! virent
les Bourbons !
. . . . L’empereur Alexandre ne paraissait pas remarquer les cris de Vivent les Bourbons! qui se faisaient entendre de temps en temps »
u M. de Gontaul me donna un morceau de ruban blanc, que je pris , moins comme partisan de la maison de Bourbon , que comme signe de ma haine pour le despotisme de Napoléon.
« Chaque groupe (dans la rue Castiglione) avait des adresses en faveur du roi, qu’ils lisaient alternativement, après quelques minutes d’intervalle. A la fin de chaque lecture , ils criaient : Vive le roi! Virent les Bourbons! Mais ces cris n’étaient que faiblement répétés par la foule. »
« Un de ces messieurs qui remarqua mon ruban blanc, se détacha des groupes pour venir à moi , et me dit : « Je suppose . monsieur, que vous savez qu’il doit y avoir ce soir, rue du Faubourg Saint-Honoré, n° 45, une réunion de toutes les personnes décidées à soutenir la bonne cause : nous espérons que vous ne manquerez pas d’y venir. »
« Un grand nombre d’officiers alliés circulaient à cheval dans les rues; les uns pour satisfaire leur curiosité et les autres en cherchant leurs logements. L’un d’eux en voyant mon ruban blanc , s’inclina et dit : « Ah ! la belle décoration 1 » Tous avaient un morceau de linge autour du bras gauche. Ce signe de ralliement avait fait prendre le change , pendant tout le cours de la journée, sur les intentions des souverains. J’entendis M. de Talmont demander à l’un de ses compagnons , s’il était bien certain que cette écharpe blanche annonçât l’intention d’appuyer la maison de Bourbon , témoignant en même temps quelques doutes à cet égard. »
« J'entrai au café de la Rotonde, celui de tous où il y avait le plus de monde. J’y trouvai le capitaine Backer et sa femme,
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l’un et l’autre américains, qui prenaient du punch avec deux officiers russes; ils m’engagèrent à me joindre à eux. L’un était un officier supérieur de cosaques ; il était couvert de décorations. L’autre était un général, nommé Macdonald, d’origine irlandaise, et actuellement au service de la Russie. Il parlait très-bien français et ne savait pas un mot d’anglais. Il m’engagea à ôter mon ruban blanc , en me disant que les intentions de l’empereur Alexandre, à l’égard de la maison de Bourbon, n’étaient pas encore connues, et que d’ailleurs il était fort douteux que les alliés pussent se maintenir dans Paris.
« M. de Laborde raconta, en ma présence, qu'à l’arrivée de la députation, (1) M. de Nessclrode qu’il avait connu antérieurement , l’avait pris à part dans l’embrasure d’une croisée , et lui avait demandé quel était l’état de l’opinion publique àParis,etce qu’il fallait faire ou plutôt ce que les Français voulaient qu’on fît. M. de Laborde répliqua qu’avant de lui répondre, il désirait que M. de Nessclrode lui déclarât, en son honneur, quel était le nombre d’hommes que les alliés avaient en France. M. de Nesselrode assura qu’il y avait 150,000 hommes devant Paris, et que l’empereur d’Autriche avait 50,000 hommes avec lui. M. de laborde dit alors que les hommes distingués par leurs lumières étaient fort attachés aux intérêts de la Révolution , et qu’en général ils penchaient pour la régence ; que les salons de l’ancienne noblesse désiraient les Bourbons, sans condition, et que le reste de la nation les recevrait sans déplaisir, avec un gouvernement limité; mais que s’il désirait des renseignements plus étendus, personne n’était plus à même de lui en fournir que M. de Talleyrand, tant à cause de son expérience personnelle, qu’à cause des hommes d’État qui se réunissaient habituellement chez lui. »
(I) Députation des autorités de Paris, garde nationale, maires et préfets de la Seine et de Police, auprès des souverains alliés, dans la nuit du 30 mars, au moment de la capitulation. Les souverains alliés étaient alors à Bondy.
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« On tint, en présence de l’empereur de Russie, un conseil auquel assistèrent le roi de Prusse , le prince de Schwartzenberg , MM. de Nesselrode, Pozzo di Borgo, le prince de Lichtenstein, M. de Talleyrand, le baron Louis et M. de Pradt. Ces deux derniers ne se trouvaient pas à l’ouverture du conseil et ils no furent introduits qu’à la fin. La restauration de la maison de Bourbon fut demandée par les français. L’empereur répondit que quelque conforme que cela serait à son sentiment particulier, il devait avouer cependant que rien ne l’autorisait à croire que ce fût le vœu de la nation, et que quelques jours auparavant, de malheureux conscrits qui venaient d'ètre enlevés à la charrue, s’étaient encore fait hacher à Fère-Champenoise , pour la cause de Napoléon , tandis qu’un cri de vive le roi ! aurait pu les sauver Un parvint toutefois , par de nouvelles observations, à le décider à déclarer qu’il ne traiterait ni avec Napoléon , ni avec aucun des membres de sa famille.
« Les alliés, avant d’arriver à Paris, étaient si loin d’avoir arrêté d’une manière définitive la restauration de la maison de Bourbon, que le commandant autrichien lit arracher la proclamation d’Hartwell, qui avait, été affichée sur les murs de Dijon. »
O Le vicomte Sosthènes de Larochefoueauld , accompagné de M. Talon, et suivi de deux domestiques, avait distribué des cocardes blanches dans les rues qu’il avait traversées, pour aller rejoindre la cavalcade des partisans de la maison de Bourbon qui parcourait les boulevarts. Quand les souverains se furent arrêtés au côté nord des Champs-Elysées, pour passer leurs troupes en revue, il se dirigea vers eux et leur demanda la restauration des Bourbons. En môme temps, un certain nombre de personnes de l’ancien régime, qui entouraient les souverains , firent la môme demande. L’enthousiasme pour les alliés était tel que la belle comtesse de Périgord était à cheval montée derrière un cosaque Mais quoique les souverains, et surtout l’empereur de Russie accueillissent tout le monde d’une manière fort gra-
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cieuse, ils ne faisaient aucune réponse à ces demandes; et M. Sosthènes crut que leur sentiment particulier n’était point favorable à la Restauration. Il s’adressa alors aux généraux qui entouraient l’empereur, et leur demanda ce qu’il fallait faire pour changer ces dispositions. L’un d’eux répondit que l’intention de S. M. Impéiiale n’était point d’imposer un gouvernement au peuple français, mais d’attendre qu’il exprimât son vœu. »
« En me promenant dans les rues de Paris, je vis plusieurs personnes qui portaient des cocardes blanches insultées par le peuple ; quelques gardes nationaux arrachaient même ces cocardes. »
« L'empereur de Russie ayant témoigné l’intention de recevoir les officiers supérieurs de la garde nationale à l’état-major de la place Vendôme, ils se réunirent pour délibérer si, dans cette occasion, ils prendraient la cocarde blanche, et si on la ferait prendre aux gardes nationaux qui étaient de service près de lui. La majorité était en faveur de cette mesure ; mais le chef de la légion du faubourg SaintrAntoine et celui du faubourg Saint- Marceau (1) observèrent qu’il y aurait do grands inconvénients à ce qu’elle fût prise trop tôt. On décida en conséquence que l’on conserverait la oocarde tricolore jusqu’à nouvel ordre... Ils furent parfaitement bien accueillis ; l’empereur ne fit aucune observation sur leur cocarde, ni sur l’état de l’opinion. »
« Je revins à quatre heures de l'après-midi. Du boulevard du Temple au boulevard des Italiens, je ne rencontrai pas vingt personnes qui eussent des cocardes blanches. A la vérité il y en avait plusieurs au café Torloni, mais c’était un des points de réunion du parti.
« Comme quelques gardes nationaux et même des agents de police avaient arraché, la veille, des cocardes blanches, le général
(!) Les faubourgs populaires.
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Sacken fit insérer dans les journaux, et placarder sur les murs de Paris, l’avis suivant :
« Le gouverneur-général de Paris, baron Sacken, défend expressément que personne dans cette ville puisse être inquiété, offensé et molesté par qui que ce soit, pour fait d'opinion publique et pour les signes extérieurs qui pourraient être portés.
Paris, le lrr avril 181 1.
Baron Sackrn,
Gouverneur général île Paris.
u Morin, qui avait été autrefois employé dans l'administration de l’armée, et deux autres individus qui avaient également arboré la cocarde blanche, furent arrêtés dans la rue Montmartre. On les conduisit à la mairie du 3e arrondissement. Les gardes nationaux arrachèrent les cocardes de leurs chapeaux et les foulèrent aux pieds. Le marquis de la Grange alla immédiatement trouver le général Platow, officier du palais du roi de Prusse, qui était déjà arrivé à Paris, et qui les fit mettre en liberté. Le marquis de la Grange présenta Morin le même jour au général Sacken, qui venait d’être nommé gouverneur de Paris, et qui donna l’ordre suivant :
u Ordre de Son Excellence le général en chef, gouverneur mi- » litaire de la place de Paris, le baron Sacken :
» Tous les journaux qui s’impriment à Paris sont, dès ce mo- » ment-, mis sous la police de M. Morin, qui ne fera rien impri- » mer et qui ne laissera rien imprimer sans que lesdits journaux » et autres papiers publics ne me soient représentés et soumis à » mon approbation.
» Tous les agens et toutes les autorités obtempéreront aux » ordres de M. Morin pour cet objet de police et d’imprimerie.
» Sackrn. »
• Paris, U- SI mars ISM. »
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« Morin prescrivit aux journaux d’annoncer que la cocarde blanche avait été prise à Paris, et que les armées alliées avaient été accueillies aux cris mille fois répétés de : Vive le roi! vivent les Bourbons ! »
l^s soldats étrangers à Paris. — 1-eur aspect. — Premiers symptômes de réaction populaire.
Nous empruntons encore au Journal d’un prisonnier anglais, quelques extraits qui nous semblent intéressants pour notre histoire nationale :
U Les Champs-Élysés, depuis la place Louis XV jusqu’à l’Élysée- Bourbon, étaient couverts de militaires.
» Les Prussiens bivouaquaient sur le côté gauche de la route, avec toute la régularité des troupes disciplinées. Dans le quinconce du nord, était le camp des Cosaques. On n’y voyait ni l'ordre, ni le luxe militaire, ni même les armes des armées modernes. On n’y remarquait qu’un amas confus de barbares du Don, des déserts de la Tartarie et des bords de la mer Caspienne. En examinant ce tableau, il me sembla que le temps avait rétrogradé et que j’étais transporté dans un autre monde et dans un autre siècle. A l’entrée des huttes qui paraissaient plutôt avoir été construites pour mettre les produits de leur pillage à l’abri, que pour les loger, car aucune n’était assez élevée pour qu’ils pussent tenir debout, plusieurs raccommodaient leurs bizarres vêtements, leurs bottes, ou considéraient leur butin. D’autres vendaient des schalls, des montres, etc., que beaucoup de Français s’empressaient d’acheter, sans calculer que, de cette manière , ils encouragaient le pillage de leur propre pays. Quelques-uns faisaient leur cuisine, mais la plupart étaient assoupis au milieu des animaux qu’ils avaient tués, et dont le sol était couvert, ou sur la litière de leurs chevaux qui mangeaient l’écorce des arbres auxquels ils étaient attachés. Ces arbres étaient couverts d’armes de différentes espèces; de lances
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d'une longueur prodigieuse, de carquois, de flèches, de sabres, de pistolets, mêlés à des uniformes et à des effets de harnachement d’un travail grossier. Tout ce désordre avait cependant un caractère très pittoresque. Les Français se promenaient au milieu des Cosaques, sans que ceux-ci y missent aucun obstacle, et même sans qu’ils parussent y faire attention Un grand nombre de marchands leur vendaient des oranges, des pommes, des harengs, du pain, du vin, de l’eau-de-vie, de la petite bière. Cette dernière boisson n’était point de leur goût, et après en avoir bu, ils faisaient la plus étrange grimace et ne semblaient pas disposés à recommencer. Mais les Russes de toutes les classes témoignaient beaucoup de goût pour les oranges. A tout moment, il s'élevait des discussions sur la valeur relative des monnaies russes et des monnaies françaises. Ces discussions, par suite de la bonhomie et de l’indifférence des Cosaques, se terminaient toujours à l’avantage des marchands : les efforts que ceux-ci faisaient pour les duper, n’avaient d’autres résultats que d’exciter la bonne humeur des Cosaques et de les faire rire.
« Pendant toute notre promenade, nous ne vîmes dans les soldats alliés, aucune disposition à être insolents : ils avaient, au contraire, une sorte d'ostentation de douceur et de bonté.
« J'entrai en conversation avec un hussard noir, que je vis contempler avidement Paris depuis les hauteurs de Montmartre. Il avait fait plusieurs lieues à cheval pour voir cette ville maudite, dans laquelle il ne pouvait entrer. Il me dit que les Prussiens avaient fait cette campagne comme une croisade. Des hommes de toutes les classes et du plus haut rang, et même les plus savants professeurs des Universités, s’étaient volontairement enrôlés comme simples soldats, résolus à ne pas revenir sans avoir assuré l'indépendance de leur patrie, et vengé, sur la nation française, les injures qu’ils en avaient reçues.
L’auteur achève ainsi la description d’une représentation
au théâtre de l’Opéra , où les souverains alliés et une personne
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de la maison des Bourbons furent l'objet d’une grande ovation de la part du public; il ne faut pas oublier que c’est un ennemi qui parle :
« Parmi ceux qui vociféraient le plus fort, j’observai plusieurs
individus qui, pendant les vingt dernières années, avaient été
dans les antichambres de tous les ministres, cherchant à enivrer %
la grande nation, avec leurs tableaux, leurs poèmes, leurs compositions dramatiques, offrant à l’admiration de l’univers et de la postérité, l’Empereur déchu pour en obtenir des décorations, des tabatières, des boites enrichies de diamants; et, aujourd’hui, lui donnant lâchement le coup de pied de l’âne, pour conserver les faveurs qu’ils en avaient reçues et en acquérir de nouvelles.
«Cependant les officiers et les soldats français commençaient à revenir en assez grand nombre à Paris. Ils ne tardèrent pas à insulter les militaires étrangers, ce qui détermina le général Sacken à ordonner à tous les officiers de l’armée alliée qui n’étaient pas à Paris pour affaires de service, de retourner dans leurs corps respectifs. Le gouvernement français prit des mesures semblables, et la garde nationale reçut l’ordre d’arrêter tous ceux qui troubleraient la paix publique. Mais cela n’empècha pas les Français de continuer leurs agressions et d’arracher le feuillage que les soldats alliés portaient sur leur tête. De jour en jour les querelles devenaient plus fréquentes et les habitants finirent par y prendre part. Le 29 avril, il s’éleva une rixe violente dans le jardin du Palais-Royal : il y eut plusieurs individus blessés de part et d’autre. En conséquence, le dimanche 1,r mai, on établit, dans l’intérieur du jardin, un poste composé de trente soldats russes et de trente gardes nationaux. Comme la revue que Louis XVIII passa dans la cour des Tuileries, le 4 mai, attira encore un plus grand nombre de militaires français dans la Capitale, leurs attaques se multiplièrent toujours davantage, et ils essayèrent d’arracher jusqu’à la médaille de Moscou (I), que les Russes portaient sur leur poitrine. »
II) l.a médaille russe de la ram|>agne de Moscou était en argent et suspendue à un ruban bleu de ciel. D’un côté, elle représentait un triangle environné de rayons.
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« Le mécontentement et le dépit des bonapartistes se manifestaient par d’ignobles et grossières caricatures qui se vendaient sous le manteau. L’un représentait le vieux roi qui revenait en France, à cheval derrière un Cosaque, et galopant sur des cadavres ; dans l’éloignement on apercevait des villages en flammes. L’autre, encore plus inconvenante, représentait le château des Tuileries, avec deux aigles et un aiglon qui en sortaient par la croisée, et un troupeau d’oies grasses qui y entraient par la porte. »
« L'irritation des soldats français était toujours croissante. Le 8, le roi avait passé en revue, dans la cour des Tuileries, l’ancienne garde impériale. Le soir, les soldats français tombèrent sur des soldats alliés qui dansaient dans un cabaret, près d’une barrière de Paris, et en tuèrent plusieurs, ainsi que des grise'.tes qui dansaient avec eux. Le 19 mai, pour mettre fin à ces désordres, qui prenaient chaque jour un caractère plus grave, on publia un ordre du jour signé par les autorités alliées et françaises. »
« Peu de temps après le retour du Roi on joua Hamletau théâtre français. On accueillit avec les plus vifs applaudissements le vers suivant :
« L’Anglctci'i'C en forfaits trop souvent fut féconde. •
« Ce fut la première fois qu’il y eut une manifestation publique de l’inimitié des Français contre l’Angleterre.
« Les jeunes gens qui, pendant le règne de Napoléon, étaient les plus violents contre lui, ne tardèrent pas à oublier que les Bourbons les avaient délivrés du danger de la conscription. Ils haïssaient les Bourbons, à cause de leurs dispositions pacifiques, et les alliés, parce qu’ils avaient été vainqueurs, quoique ce fait fût toujours contesté, et que l’on soutint que les Français avaient été trahis et vendus. »
avec l'œil de la Providence au centre, et au-dessus le millésimé de 181*2. Au revers on lisait, en caractères russes, l’inscription suivanto : Ce n'est pas à nous, Seigneur, ce n est pas à nous que la gloire appartient ; mais à ton nom ! — A peu près la devise de l’ancien Baucéant du Temple.
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« .... Monsieur venait ensuite.... entouré d'un brillant état-major. L'enthousiasme public n’eût pas paru très-vif sans les gardes nationaux à cheval qui agitaient leurs sabres au-dessus de leurs tètes, et donnaient l’impulsion des cris de Vive le Roi ! Vivent les Bourbons! Je vis cependant un assez grand nombre de spectateurs qui paraissaient vivement éipus, et quelques-uns même répandaient des larmes. Mais cela n'était pas assez général pour nous rassurer entièrement sur les dispositions des Français; et M. L. ine dit qu’il ne croyait pas que les Bourbons pussent rester six mois en France, après le départ des alliés. »