‹ La défection de Marmont en 1814Chapitre 27 sur 35 · A SAINTE- HÉLÈNE · texte numérisé non relu

A SAINTE- HÉLÈNE

« Lorsque Napoléon passa la Marne et manœuvra sur les derrières de l’armée ennemie, si la trahison n’avait ouvert les portes de Paris, les places de cette frontière (de Suisse) allaient jouer un grand rôle; l’armée de Schwartzenberg aurait été obligée de se jeter entre elles, ce qui eût donné lieu à de grands événements. »

(Note VIe de l’Empereur sur l'ouvrage du general Rogniat, intitulé Considérations sur l'art de ta guerre.)

L’auteur du livre apocryphe, le Manuscrit venu de Sainte-Hélène , faisant parler l’Empereur, lui avait prêté cos mots : y

« l’ai accusé le général .Marmont de m’avoir trahi ; je lui rends justice aujourd’hui : aucun soldat n’a trahi la foi qu’il devait à son pays. »

A côté de ce passage , l’Empereur a écrit de sa main :

« Plût à Dieu qu’une pareille assertion fût vraie ! Le maréchal Marmont n’a point trahi en défendant Paris. L’armée, la garde nationale parisienne, cette jeunesse si brillante des écoles, se sont couvertes do gloire sur les hauteurs de Montmartre; mais l'histoire dira que, sans la défection du 6e corps, après l’entrée des alliés à Paris, ils eussent été forcés d’évaceer cette grande

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capitale; car ils n’eussent jamais livré bataille sur la rive gauche de la Seine, en ayant derrière eux Paris, qu’ils n’occupaient que depuis trois jours; ils n’eussent pas violé ainsi toutes les règles, tous les principes du grand art de la guerre. Les malheurs de cette époque sont dus aux défections des chefs du 6' corps et de l’armée do Lyon, et aux intrigues qui se tramaient dans le Sénat. »

(Note XI sur le Manuscrit t enu de Sainte-Hélène.'

Dans des Mémoires sur les Cent-Jours, il avait été dit : « Napoléon en 1814 ne pouvait faire ni la paix ni la guerre. »

A côté de ce passage l’Empereur a écrit de sa main :

«... Comment dire que Napoléon ne pouvait faire ni la guerre ni la paix? Avec 50,000 hommes, Napoléon en combattait 500,000 qui ne seraient point entrés à Paris, ou qui du moins en eussent été chassés, vingt-quatre heures après y être entrés, sans les secours de la trahison. Il fit donc la guerre jusqu’au moment où le nouveau Judas livra son maitre. Il a pu toujours faire la paix jusqu’au moment où la trahison a ôté à la France Paris et une partie de l’armée... »

L’auteur des mêmes Mémoires avait parlé de la désaffection de certaines classes pour la cause impériale. Napoléon a relevé ainsi cette assertion :

« La France tout entière, hors quelques milliers d’intrigants, resta attachée d’esprit, d’opinions et de cœur à Napoléon, au principe de la souveraineté nationale et à l’honneur français ; elle se soumit à la nécessité que lui imposaient les anciens ennemis et les nouveaux Judas... »

D’après un autre passage des Mémoires sur les Cent- Jours, l’Empereur avait dit:

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« Marmont est un misérable... Cette trahison n'est pas la seule. Il a intrigué avec Talleyrand pour ôter la régence à l’impératrice et la couronne à mon (ils. Il a trompé et joué Caulaincourt, Macdonald et les autres maréchaux. »

L’Empereur a écrit à côté de ces paroles :

« Cela ne peut avoir été dit, puisque cela est faux. »

(Notes «le l'Empereur sur l’ouvrage de Fleury «1< Ch&boulon, intitulé : Mémoires pour servir à l’histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815. — Paris, 1817.)

« Marmont était neveu, disait l’Empereur, d’un de mes camarades à Brienne et au régiment de La Fère, qui me le recommanda en partant pour l’émigration. Cette circonstance m’avait mis dans le cas de lui servir d’onclo et de père, ce que j’avais réellement accompli ; j’y pris un véritable intérêt, et j’avais de bonne heure fait sa fortune. Son père était chevalier de Saint- Louis, propriétaire de forges en Bourgogne, et jouissait d’une fortune considérable. » ,

« L’Empereur disait avoir eu le cœur navré de sa défection, et remarquait que par ce qu'il connaissait de lui, il devait être parfois bien malheureux. « Jamais, observait-il r défection n’avait été plus avouée ni plus funeste; elle se trouve consignée dans le Moniteur, et de sa propre main ; elle a été la cause immédiate de nos malheurs , le tombeau de notre puissance . le nuage de notre gloire, etc.

.... « Et pourtant , disait-il avec un espèce de ressouvenir d’affection , je le répète parce que je le pense , ses sentiments valaient mieux que sa conduite. »

« Et lui-mème ne semble-t-il pas penser ainsi’? les papiers nous disent qu’en sollicitant vainement pour Lavalette, il répond avec effusion aux difficultés du monarque, en lui disant : « Mais,

Sire, moi, je vous ai donné plus que ma vie » D’autres nous ont livrés aut’si, ajoutait Napoléon , et d’une manière bien autrement, vilaine; mais leur acte, du moins , n’ost pas consacré par des pièces officielles. »

« Ici, je dois dire (c’est M. de Las Cases qui parle), ici je dois dire que depuis que j’apprends à connaître l’Empereur, je ne lui ai jamais vu encore un seul moment de colère ou d’animosité contre aucun de ceux qui se sont le plus mal conduits à son égard (I). Il ne s’emporte pas contre ceux qui se sont rendus si coupables : il les avait en partie devinés ; ils avaient cédé à à leur nature, etc. ; il les peignait froidement, sans fiel, attribuait une partie de leur conduite aux circonstances, qu’il confessait avoir été bien difficiles, rejetant le reste sur les faiblesses humaines. Ainsi, la vanité avait perdu Marmont; la postérité flétrira justement sa vie, disait-il; (tourtant son cœur vaudra mieux que sa mémoire. »

(Extraits du Mémorial de Sainte-Hélène.)

Napoléon, faisant dans ses Mémoires le récit de la première campagne d’Italie, vient à s’occuper de Marmont, ot il en parle ainsi : il ne trace point son portrait comme il fait pour ses autres compagnons d’armes devenus depuis célèbres; il se contente d’exposer en ces mots ce que fut l'homme qu’il ne voudrait pas condamner et et qu’il no pout pas absoudre : « Marmont, dit-il, était un des aides-de-camp du général en chef : il l’avait trouvé sous-lieutenant d’artillerie à Toulon ot so l’était attaché. 11 a été depuis duc de Raguse et maréchal de France. »

fl) •< Sachez, avait dit un jour Napoléon dans une autre occasion, sachez qu'un homme véritablement homme ne hait point .. -

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