NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
AVEC DES ANALYSES ET DES EXTRAITS DE QUELQUES LIVRES RELATIFS AUX ÉVÉNEMENTS TRAITÉS DANS CET OUVRAGE
ET NOTAMMENT DES DIVERS ÉCRITS DU DUC DE RAGUSE DE SES ACCUSATEURS ET DE SES APOLOGISTES.
En Allemagne, pays de sérieuse et sincère érudition, un écrivain n’est pas admis à traiter un sujet s’il ne fournit pas la preuve qu’il a consulté tous les ouvrages publiés par ses devanciers sur le même sujet. Un livre n’a point droit d’être s’il n’ajoute point quelque chose à la somme des notions déjà établies. Or, la première condition à remplir pour apporter quelque chose de nouveau, c’est de connaître ce qui a été fait, l’ensemble des ouvrages déjà composés et se référant à la même matière. Connaître ces ouvrages, ce n’est pas assez : il faut encore avoir apprécié le degré de confiance qu'ils méritent, les résultats dûment acquis, les lacunes et les imperfections. En France, les écrivains se dispensent ordinairement, en donnant un livre au public, de s'assurer si leur livre peut réellement offrir quelque utilité et s’il ne repose pas déjà
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sur les rayons poudreux de quelques bibliothèques. Pour nous qui approuvons fort l’usage des savants d’Allemagne, nous nous étions d’abord proposé do consacrer une partie de notre œuvre à une liste bibliographique de tous les écrits généraux et particuliers publiés sur l’époque dans laquelle se placent les événements qui font l’objet de notre récit. Mais, après avoir réuni les éléments de ce travail, nous a'vons été nous-mêmes effrayé du résultat auquel nous étions parvenu. Ce sont surtout des pamphlets, sous les formes les plus diverses, qui abondaient dans cette nomenclature. Il nous a paru inutile, fastidieux et même dangereux de conserver la mention de tant de livres qui sont trop justement tombés dans l’oubli.
Une raison nous a surtout déterminé à sacrifier cette partie de notre travail. Qu’on veuille bien le remarquer, nous n'avons. pas emprunté à des livres les principaux arguments de notre démonstration historique; les livres ont pu nous fournir, çà et là, quelques traits de détail, plus ou moins caractéristiques , ils ont pu nous confirmer ou nous guider dans nos inductions (1); mais en général.
(I) Dans cotte catégorie des ouvrages qui nous ont été utiles, nous devrions surtout mentionner : le premier volume de Y Histoire des deux Restaurations, par M. Achille do Vaulabolle, où, si Ton en excepte une appréciation de l’Empire faite au point de vue exclusif d’une école politique, tout est le travail heureux et fécond du patriotisme, du lion sens, de la droiture et du talent consciencieux ; le quatrième volume de V Histoire de Napoléon, par M. Êlias Kegnault , où l’on remarque le môme point de vue exclusif, et dans un cadre plus restreint, une érudition choisie et non moins sûre, un sens politique très-élevé et très-ferme, le grand art du récit. Parmi les Mémoires, nous avons accorde une entière contiance à ceux de M. le duc de Rovigo, que nous savons être, quoiqu'on en ait dit , une œuvre authentique, et où l’on' retrouve l’homme tel qu’il a été, son esprit passionné, sa vive entente des affaires, sa fidélité enthousiaste, son coup-d’œil hardi, violent et juste presque toujours. Les Mémoires de Bourricnne nous ont inspiré, et pour cause, moins de confiance ', toutefois, comme cet ouvrage a été fabrique sur des notes fournies par le personnage, nous avons cru pouvoir en emprunter, sinon les jugements et toutes les affirmations, du moins quelques témoignages de la compéteucede Bourrienne. Les Mémoires tirés des jtapiers d’un homme d'Ètat sont pai-eillement une composition de librairie; si nous en avons fait quelques
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nous avons pris à tAche, dans tous les points essentiels de notro démonstration, de ne jamais nous appuyer sur d'autres témoignages que ceux des documents authentiques. Dès lors, il était pour nous superflu d’énuinérer, de soumettre à une critique tous les travaux do nos devanciers ; à ces travaux, ensemble d’opinions plus ou moins fondées, diverses, superficielles, passionnées, nous avons préféré cet argument suprême de la vérité historique, l’étude ellemême des documents.
Ayant ainsi renoncé à donner une liste interminable de livres qui n’auraient prouvé que nos patientes recherches, nous nous sommes borné à réunir ici une notice bibliographique d’ouvrages qui se rapportent plus spécialement à notre sujet. Cette notice accompagnée d’extraits et d’analyses aura du moins l’avantage de faire connaître, sur le duc de Raguse et sur divers points de notre histoire, bien des particularités dont nous n’avons pas pu nous occuper. Nous recommandons surtout à l’attention du lecteur les extraits des divers écrits attribués au duc de Raguse.
Campagne de Paris en 1814, précédée d'un coup d'œil sur celle de 1813, ou précis historique et impartial des évènements, depuis l'invasion de la France jusques à l'abdication de Bonaparte, inclusivement , etc., par P. -F. -F. -J. Giraud. 6e édition, in-8°, Paris. 1814.
Cet opuscule, évidemment composé sur des renseignements fournis par la police étrangère, contient ce qui suit sur la défection du duc de Raguse :
citations, c’est que ces Mémoires ont eu pour rédacteur un homme, le comte dAllotiville, dont nous n’avons rien pu savoir qui nous permette de nous méfier beaucoup de sa véracité et de ses informations en ce qui concerne, sinon l'histoire de l’Empire, du moins celle des manœuvres, des opinions et dos impressions de ses ennemis.
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« En cessant d’obéir à YEtnpereur, les guerriers qu’il a si » longtemps sacrifiés à sa seule grandeur, continuent de servir » leur ancien compagnon d’armes, et s'honorent par les soins » qu’ils prennent de ses intérêts. Le maréchal Marmont, en » traitant de la soumission du 6° corps au nouveau gouver- » nempnt, qui lui offre le caractère d’une autorité nationale, » stipule avec les Alliés, par une convention des 3 et 4 avril, » que si les événements ultérieurs de la guerre leur livrent la » personne de Napoléon, sa vie et sa liberté dans un lieu conn venable lui seront dès-lors garanties... » Pages 105 — 106.
Déclaration de l'Empereur de Rassie aux Souverains réunis au congrès de Vienne du Ier — 15 mai 1815, etc , par S. -F. Bruguière (du Gard), in-8°. Paris, mai 1815.
On voit dans ce curieux opuscule que l’empereur Alexandre représentait, même pour les partisans de la cause de Napoléon, le bon sens, la raison, la justice de l’Europe. C’est à lui qu’on prête toute une dissertation pleine de vues hardies et de sentiments élevés, sur les grandes questions politiques du temps. C’est par lui que l’on fait démontrer que le règne des Bourbons est devenu impossible en France, que l’Europe doit accepter la révolution française et la dynastie qui, seule, tout en satisfaisant cette révolution, la rend compatible avec la garantie du bon ordre dans les autres Etats. Tous les arguments que l’on a pu faire valoir contre le rétablissement des anciens rois de la France, se trouvent dans cette brochure oh, pour leur donner plus de poids et de prestige, on fait parler l’empereur Alexandre lui-même.
Une année de la vie de l’Empereur Napoléon, etc., par A.-D.-B. AI***, lieutenant de grenadiers, 1 vol. in-8°. Paris, 1815.
Cet ouvrage consacré à l’histoire du séjour de l’île
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d'Elbe, contient dans ses premières pages quelques faits N relatifs aux événements dont nous nous sommes occupé. L’auteur rapporte ce qui suit au sujet de la révolte du 6e corps à Versailles.
« Les habitants de Versailles n'ont point encore oublié avec quelle véhémence ce corps d'armée, trahi par son chef, exprima son indignation. Sans la prudence et le sang-froid de M. le chevalier Jouvencel, maire, la ville devenait le théâtre d'un combat entre dix mille Français, et à peu près trente mille Russes et Prussiens logés chez l'habitant, ou campés autour de la pièce des Suisses. (P. 6.)
Citons encore cette opinion d'un soldat du temps sur la dé fense de Paris :
« Les alliés avaient fait leur entrée solennelle dans Paris : quinze heures plus tard, ils s’éloignaient vaincus ou n’y entraient plus que domptés et captifs. Ils étaient coupés de leurs parcs de réserve, de leurs magasins; l’Empereur manœuvrait sur leurs derrières ; et tout Paris attestera, j’entends tous les vrais Français, que l’on refusait des armes à de vieux soldats devenus d’honnêtes artisans et qui brûlaient de se défendre , aux habitants des faubourgs, au peuple enfin, dont le patriotisme n’eût pas été comprimé par la crainte de voir brûler ses habitations, et à qui l’on faisait payer jusqu’aux piques qui devaient lui être fournies, tandis que plus de cent mille fusils neufs furent livrés ensuite aux troupes ennemies. Le parc d'artillerie demeura presque entier au Champ-de-Mars ; les pièces que servit la jeunesse guerrière de l’École Polytechnique, restèrent sans munitions; des obus furent envoyés pour des boulets, des boulets pour des obus ; on trouva du son, du charbon pilé dans des cartouches et des gargousses ; enfin des pelotons d’infanterie, qui gênaient par un feu trop bien nourri quelques corps russes qui se préparaient, à tourner la butte Chaumont, reçurent ordre d’occuper des positions où ils ne pouvaient plus nuire à l’ennemi. Nombre d’officiers russes, une fois tranquilles dans Paris,
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avouèrent naïvement qu’il ne leur restait pas pour seize heures de munitions. Le comte Langeron, qui conserve encore Pâme d’un Français en servant la Russie, répondit à un de ces jeunes gens, que l’on vit depuis décorés de l’uniforme vert et de l’épaulette, et qui le félicitait, comme général russe, du peu d’efforts qu'avait exigés la soumission rapide de la capitale : « On voit bien que vous n’avez pas fait la campagne, Monsieur, moi qui l’ai faite et me vois à Paris, je suis encore étonné d’y être. » (P. 8—9.)
L’Empereur Alexandre à Bar-sur-Aube, en 1814, par P. Bérault, in-8°. Paris, 1816.
Relation sous forme de lettre de diverses paroles, fort remarquables, attribuées à l’Empereur Alexandre, et qui font connaître, dans leur expression la plus élevée, les intentions avouées de la coalition européenne contre la France. Alexandre dit notamment au sujet de la « Révolution si affreuse sous tant de rapports : »
« Elle a tout changé chez vous. Eh bien ! pourtant, ce qui est fait, est fait. Il est des maux de telle nature, que le pire serait de vouloir les réparer à la lettre. Votre ancien trône peut se relever encore; votre ancien état ne le peut plus. Pour vous avoir, il faudrait bien vous prendre tels que vous êtes aujourd’hui, et tout oublier, pour vous conserver. » (P. 12.)
On ne pouvait pas plus finement indiquer l’impossibilité de soumettre aux représentants de l’ancien ordre des choses le régime du nouvel état de la France.
Journal d'un Français , depuis le 9 mars jusqu'au 13 avril 1814, par le comte J. -R. de. Gain-Montagnac, in-8°. Paris, 1817.
Cet ouvrage d’un agent royalisto est le compte-rendu des menées mises en œuvre pour provoquer des manifes-
talions en faveur des Bourbons. On y trouve un sentiment honnête, et des détails comme ceux-ci :
a Nous arrivâmes (44 mars) au village d’Athis, brûlé depuis le 11... L’ordonnance prussienne nous précédait. A la vue de sa lance, une famille du village qui était demeurée près des ruines de sa chaumière, courut se blottir derrière un pan de mur. Je ne saurais rendre l’impression que nous causa ce spectacle. Nous, Français, amis de notre pays, qui aurions volontiers fait tous les sacrifices pour la paix et pour le bonheur de la France, nous étions un objet de terreur pour une famille française; elle fuyait à notre aspect ! Je sautai à bas du cabriolet, et je courus en criant : N'ayez pas peur, mes bons amis, nous sommes Français ! Quand ils eurent entendu ces voix françaises, timides encore cependant à la vue du lancier prussien, ils s’approchèrent, promenant tour à tour leurs regards sur nous et sur lui, et semblant dire : Mais comment êtes-vous ensemble"? Et ce qu’ils pensaient, nous nous l’étions dit plus d’une fois!... » (P. 47 — 48.)
Journal des opérations du 6e corps, pendant la campagne de
France en 1814, par le colonel Fabvier, in-8°. Paris, 1819.
Récit succinct et apologétique des opérations du 6e corps en 1814. L’auteur se montre très-favorable au duc de Raguse qu’il défend en toute occasion, et celui-ci n’a pas manqué d’insérer dans scs Mémoires des passages entiers de cet opuscule de son aide-de-camp, parfois sans le citer et comme s'il ne faisait que reprendre des phrases qui lui appartenaient. Au reste, le Journal du colonel Fabvier no va pas au delà de la bataille de Paris et de la conclusion de l’armistice ; il n’arrive môme pas à la capitulation. On y trouve des détails fort curieux et touchants sur les jeunes conscrits de la campagne de France.
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« Si, parmi tant de braves gens, j’osais faire une mention particulière, ce serait pour les plus jeunes; levés et incorporés à la hâte, leur innocence, leur simplicité amusaient les vieux soldats ; leur habillement consistait en une redingotte grise et un bonnet de forme féminine. On les appelait les Marie-Louise (Ils avaient été levés par la régente). Ces enfants manquaient de forces et d’instruction; mais chez eux l'honneur remplaçait tout, et leur courage était indomptable; au cri, toujours répété mille fois : en avant les Marie-Louise ! on voyait leurs figures se couvrir de la plus noble rougeur; leurs genoux, affaiblis par la faim et la fatigue, se roidissaient pour voler à l’ennemi... »
M. de Raguse, dans ses Mémoires, a rendu justice, en des termes magnifiques, à l’héroïque courage des Marie- Lmiise.
Recueil Je pièces officielles pour détromper les Français, etc., par Frédéric Schœll , 9 vol. in-8°, Paris, 1815-1817.
Nous extrayons de cet ouvrage, composé par l’inimitié la plus insigne , les pièces suivantes propres à faire connaître le langage et les prétentions des Alliés en 1814.
Proclamation adressée aux Français par le prince de Schwartzenberg le 21 décembre 1813.
Français ,
La victoire a conduit les armées alliées sur votre frontière. Elles vont la franchir.
Nous ne faisons pas la guerre à la France; mais nous repoussons loin de nous le joug que votre gouvernement voulait imposer à nos pays, qui ont les mêmes droits à l’indépendance et au bonheur que le vôtre.
Magistrats, propriétaires, cultivateurs, restez dans vos foyers. Le maintien de l’ordre public, le respect pour les propriétés par
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ticulières, la discipline la plus sévère marqueront le passage et le séjour des armées alliées. Elles ne sont animées de nul esprit de vengeance; elles ne veulent point rendre à la France les maux sans nombre dont la France, depuis vingt ans, a accablé ses voisins et les contrées les plus éloignées.
D’autres principes et d’autres vues que celles qui ont conduit vos armées chez nous président aux conseils des monarques alliés. Leur gloire sera celle d’avoir amené la (in la plus prompte des malheurs de l'Europe. La seule conquête qu’ils ambitionnent est celle de la paix; mais d’une paix qui assure à leurs pays, à la France, à l’Europe, un véritable état de repos. Nous espérions la trouver avant de toucher au sol français. Nous allons l’y chercher.
Au quartier-général de Lœrrach, le il décembre 48(3.
Le maréchal prince de Schwartzexbehg,
Commandant en chef la grande armée alliée.
Ordre du jour de l'Empereur Alexandre a toutes les troupes Russes, le 6 janvier 484 4.
Soldats,
Votre courage et votre bravoure nous ont conduits des rires de l’Oka aux bords du Rhin. Ils nous conduiront encore plus loin. Nous allons passer lo Rhin pour entrer dans un pays contre lequel nous faisons une guerre opiniâtre et sanglante. Nous avons déjà sauvé et illustré notre patrie et rendu à l’Europe sa liberté et son indépendance. Il ne nous reste plus qu’à couronner tes faits éclatants par une paix, objet de tous les vœux. Puissent le repos et le contentement revenir sur la terre ! Puisse chaque État, protégé par les lois et par son gouvernement, voir renaître le bonheur! Puissent dans tous les pays, la religion, les arts et les sciences, le commerce, fleurir de nouveau pour le bien général des peuples! Tels sont nos vœux.
Loin de nous le vœu de la continuation de la guerre et de la destruction ! Lorsque les ennemis envahirent notre empire, ils
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nous firent beaucoup de mai, mais ils en reçurent un châtiment terrible : le courroux céleste les a frappés. Nous ne voulons pas faire comme eux; l'inhumanité ne peut plaire à l’Ètre-Suprême. Nous oublions les actions barbares de nos ennemis. Nous leur tendons la main, non pour nous venger, mais en signe de réconciliation et d’amitié. La gloire des Russes consiste à vaincre leurs ennemis et à faire du bien aux vaincus et aux hommes pacifiques. Cette dernière pratique nous est enseignée par la religion sacrée à nos cœurs; elle nous prêche par la bouche de Dieu même : Aimez vos ennemis et faites du bien à vos adversaires.
Soldats, je suis persuadé qu’en vous conduisant avec douceur dans le pays ennemi, votre générosité vous assurera la victoire autant, que vos armes, et que par votre bravoure contre les hommes armés, de même que par votre affection chrétienne pour ceux qui sont sans défense, vous arriverez bientôt au terme de votre carrière pénible, et vous acquerrez la réputation d’un peuple courageux et vertueux. Par là vous hâterez l’accomplissement de nos vœux, qui sont d’obtenir la paix générale. Je suis persuadé que vos chefs prendront les mesures nécessaires et les plus strictes pour que personne d’entre vous ne fasse rien qui obscurcisse la bonne réputation que vous vous êtes déjà acquise.
Fribourg, le 6 janvier.
Alexandre.
Plus tard, on modifia un peu ce langage. Le 10 mars 1814, le prince de Schwartzenberg datait do Troyes une proclamation où il appelait révolte la résistance des Français aux armées ennemies : « Français, à la révolte ! »
Le feld-m&récbal Bliieher, abondant sens, commençait ainsi sa proclamation : « salut me force à tous adresser encore une On veut vous égarer, etc. »
on vous excite
dans le même Français, votre fois la parole.
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Réflexions politiques sur quelques écrits du jour et sur les intérêts
de tous les Français, par M. de Châteaubriand, in-18. Paris,
Cet opuscule, bien supérieur comme l'orme et comme pensée à la fameuse brochure du même écrivain sur Bonaparte et les Bourbons, et non indigne, comme cette brochure, do Châteaubriand , contient une exposition de l’état de la France à la lin de l’année 181 4 ; l’auteur répond aux objections des diverses partis ; il émet des idées libérales et montre en lui l’homme qui aura plus tard les faveurs de l’opinion. Châteaubriand avait déjà traité ce même sujet sous une autre forme dans un écrit intitulé : De l’Etat de la France au mois de mars et au mois d’octobre de cette année (1814). Nous n’aurions pas à nous occuper de ces Réflexions politiques , étrangères à notre sujet , si nous n’y trouvions pas quelques mots qui confirment avec beaucoup d’autorité ce que nous avons dit nous môme des dispositions de la France en avril 1814; l’aveu suivant d’un royaliste témoin des événements mérite d’ôtre rappelé;
« Au retour des Bourbons, dit-on encore, la joie fut universelle; il n’y eut qu’une opinion, qu’un sentiment, etc. Nous avons été aussi témoin des premiers moments de la Restauration, et nous avons observé précisément le contraire de ce que l’on avance ici. Sans doute il y eut du bonheur, de la joie à l’arrivée des Bourbons, mais il s’y mêlait beaucoup d’inquiétude... La vérité est que la confiance ne fut point entière au premier moment du retour du Roi. Beaucoup de gens étaient alarmés, les provinces même étaient agitées, incertaines, divisées ; l’armée ne savait si on lui compterait ses souffrances et ses victoires; on craignait les fers, on redoutait les vengeances. »
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Réponse du dut-, de Raguse à la proclamation datée du golfe Jouan, le Ier mars 1815, in-4", Gand, (1or avril 1815).
Publiée do nouveau sous le môme titre , daus le deuxième numéro du Moniteur (de Gand), le 18 avril 1815, et depuis reproduite, en tout ou en partie, dans plusieurs ouvrages.
Mémoire justificatif du duc de Raguse, une feuille in-8°.
Paris, 1815.
Ce Mémoire porte en second titre : Réponse du duc de Raguse à la proclamation datée du golfe Jouan , le Ier mars 1815. Ce Mémoire n’est en effet qu’une reproduction sous un double titre de la Réponse publiée à Gand par le duc de Raguse, en avril 1815, dans une brochure spéciale et dans le Moniteur de Gand; mais il n’est pas certain que cette édition française ait été imprimée à Paris, malgré la désignation d’un imprimeur et d’un libraire de cette villo. Nous avons pris des informations auprès de ce librairo qui vit encore, et il ne nous a pas paru qu’il ait gardé souvenir de cette publication.
Justification du duc de Raguse , Rechlfertigung des llerzogs von Ragusa, in-8°. Strasbourg (1815).
Traduction du Mémoire qui précède.
Réfutation du Mémoire justificatif du duc de Raguse, par M. M’"*, in-8° d'une feuille. Paris, 1815.
L’auteur de cet opuscule n’entre pas en discussion avec le duc de Raguse ; il se borne à reproduire son Mémoire
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justificatif et à le faire suivre : 4° des lettres échangées entre le duc de Raguse et le prince de Schwartzenborg, le 3 et le 4 avril 1814, lettres contenant la négociation du traité de défection ; 2° de la proclamation du duc de Raguse à son corps d’armée ou do l’annonce publiquement faite par celui-ci, le 3 avril 1814, des motifs qui l’avaient déterminé à quitter la cause do Napoléon. Les bibliographes trouvent que cette brochure ne justifie pas son titre; ils se trompent; on ne saurait offrir une réfutation plus péremptoire.
Repense au prétendu Mémoire justificatif du duc de Rayuse. — Paris.— Une demi-feuille in-8°, sans nom d’auteur et sans date. Mais il résulte du texte que cette brochure a suivi de près le Mémoire justificatif publié par le duc de Raguse en avril 1813.
L’auteur doute ou feint de douter que le duc de Raguse ait composé lui-môme son Mémoire justificatif. Il lui roproche sou injustice envers Napoléon, ses calomnies , son défaut de plan lors de la bataille de Paris, sa négligence à se servir des ressources immenses qu’offrait Paris, pour sa défense, en hommes et en matériel de guerre , sa connivence enfin avec les étrangers. Il cite un fragment de rapport russe montrant que les Alliés se sentaient eux-mêmes perdus si Paris résistait jusqu’à l’arrivée de Napoléon :
« L’ennemi, dit-il, a trouvé dans Paris deux cent quatre-vingt six pièces de canon, une grande quantité de poudre , de boulets et de cartouches confectionnées, des magasins de fusils et de piques ; cette immense cité pouvait armer, pour sa défense, plus de cent mille combattants ; mais les autorités vendues avaient paralysé leurs bras et enchaîné leur courage. (P. 4.)
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Pardon accordé au duc de Raguse ; questions que se permet de lui faire un officier de son corps d'armée, par Bollisle chef-d'escadron, in-8u. Paris, sans date indiquée, (4845, d’apres le texte.)
Autre réfutation du Mémoire justificatif du due de Kaguse, sous une forme ironique.
L’Echo des Buttes Saint-Chaumont, ou Itaguse en a menti. Nouvelle réplique, etc., in-8°. Paris, sans date indiquée , (4845, d’après le texte.)
Le titre de cette brochure en dit suffisamment le but et le ton.
Notice sur le duc de Haguse, par Revel.
Nous n’avons point pu nous procurer cet opuscule que nous avons trouvé cité, pages 4 et 6, n° 1er, d’un pamphlet intitulé L'Hermile de la bulle Saint-Chaumont (Paris 1 81 o). Mais à la littérature spéciale, propre à cet Hermite, qui erre, soldat déguisé, aux lieux oh avait succombé le dernier effort de la défense de Paris , il est trop facile de deviner à quel genre d’accusateurs, animés d’une hostilité implacable , appartient l’auteur do celte Notice sur le duc de Raguse.
Extrait de la Gazette de Berlin , du 5 avril 4845, une feuille. Paris, 1845.
Cet Extrait contient : 1° une lettre du duc de Raguse au prince de Schwartzcnberg, pour informer celui-ci de la réponse ci-après faite par le duc de Raguse à des propositions d’arrangement qui lui venaient, disait-il, de
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Napoléon Buonaparte , 2° cette réponse adressée à M. de Caulaincourt.
Si cotte dernière lettre était vraiment du duc de Haguse, il serait tout-à-fait oiseux do chercher à prouver qu’il a été coupable; Marmont avoue tout en des termes violents et cyniques , mêlés à des professions de foi royalistes ; il va jusqu’à s'accuser d’avoir laissé la liberté et la vio à l’Empereur Napoléon.
On a dit qu'il faut voir ici un factum de la police. Mais cola ne semble pas admissible, car le gouvernement impérial en 4815 ne pouvait avoir aucun intérêt à s’adresser à lui-même beaucoup d’injures , à montrer qu’il était l'objet d’une haine furieuse de la part d’un de ceux qui l’avaient servi jadis, à confesser qu’il avait fait à cet ennemi implacable, pour se le réconcilier, des avances, à laisser voir que cos avances avaient été dédaigneusement repoussées, à constater enfin qu’un homme à qui l’on prêtait beaucoup d'esprit, n’avait pas hésité à préférer, pour les chances de son ambition , à la fortune de l'Empire rétabli , l’avenir de la monarchie exilée des Bourbons.
Quelle main a pu écrire cette lettre offensante pour le pouvoir des CentJours, et telle, après tout, qu'elle faisait à Marmont , alors à Gand , une position de partisan enthousiaste dans les rangs du royalisme? Nous l’ignorons absolument.
Mais nous devons dire qu’on n’aurait peut-être pas douté que cette lettre ne fût de M. do Kaguse , si un journal du temps n’avait publié une protestation du colonel Fabvior, déclarant que le duc de Raguse n'atait pas pu écrire la première de ces lettres, encore moins la seconde .
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Quoiqu’il en soit nous reproduisons ici toutes ces pièces qui sont aujourd’hui très -difficiles à trouver.
.lu prince de Schtcartzenbery.
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence la réponse que j’ai cru devoir faire aux insinuations de Buonaparte. Elle verra entièrement le fond de mes pensées. J’ai l'orgueilde croire qu’elle ne me trouvera pas indigne du commandement qu’elle a eu la bonté de me proposer. Je n’aurai pas la fausse modestie de refuser de donner à mon roi l’éclatant témoignage de ma fidélité et de mon dévouement. Heureux, en versant mon sang pour sa cause, d'effacer le souvenir des services que j’ai trop longtemps rendus au plus ingrat et au plus perfide des hommes.
Je suis, etc.
M ARMONT, duc de RÀGUSE.
(Exil ait de la Gazette de Berlin , du & avril 1815.)
A M. de Caulaincourt.
Monsieur,
Buonaparte, après m’avoir abreuvé d’outrages, vous rend l'intermédiaire des propositions qu’il croit devoir me faire. Il pense me rappeler à lui par des promesses et des fiatteries. J’ai trop appris comment il savait allier le mépris et les faveurs pour être étonné de son dernier message. Puisque vous ôtes chargé, Monsieur, de lui transmettre ma réponse, je vais vous faire connaître avec franchise mes sentiments, afin que celui que vous appelez votre maitre, se dispense de faire auprès de moi de nouvelles instances. Vous savez, Monsieur, avec quel dévouement j'ai servi Buonaparte, tant que ses destinées ont été liées avec celles de la France. Depuis plusieurs années, je 11e me dissimulais ni l’injustice de ses entreprises, ni l’extravagance de ses projets, ni son ambition, ni ses crimes; mais il était le chef de l’État, et ses succès quelque coupables qu'ils me parussent, me semblaient préférables pour la patrie à des revers qui. en aug-
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mentant les excès de sa fureur, pouvaient précipiter la France sous le joug de l'Étranger. Buonaparte ne peut nier lui-même l’importance des services que j’ai rendus à l’armée. Il n’a jamais été dans mon caractère d’établir mes faits d’armes ; mais je puis dire que quelques journées de gloire recommandent peut-être mon nom à l'histoire. Une témérité, payée par les plus éclatants désastres, amena toutes les armées de l’Europe dans le coeur de la France. Je soutins avec honneur, quoique avec des forces inégales, le choc des armées qui me furent opposées. Buonaparte avait laissé Paris sans défense. Je courus couvrir la capitale. J’arrivai avec mon corps, au moment où une armée de cent vingt mille hommes se précipitait sur elle : c’était fait de la première cité du monde. La valeur de la garde nationale de Paris n’avait fait qu’irriter les vainqueurs, lorsque le prince de Schwartzenberg et M. de Nesselrode me déclarèrent que la ville pouvait être sauvée par une capitulation. Je traitai d’abord pour le salut d’un million d’hommes, et j’eus le bonheur d’entrer en négociation pour le salut de la France entière.
Un juste ressentiment animait les Souverains alliés; ils le sacrifièrent au désir d’acquérir une gloire plus sublime que celle des conquêtes ; ils m'apprirent que, le tyran du monde une fois renversé, leurs ressentiments s’éteindraient. J’osai alors porter un coup-d’œi! scrutateur jusque sur les secrètes pensées des Souverains; j’osai dire qu’il existait une famille entièrement regrettée en France, que recommandaient des siècles d’une gloire pure, dont le nom, lié à tous les souvenirs de bonheur et de prospérité, retentirait d’un bout de la France à l’autre, aussitôt qu’une bouche l’aurait prononcé. Je vis à la réponse que j’obtins, que j’avais capitulé, non avec nos ennemis, mais avec nos libérateurs. Je fis alors une faute immense, et c’est la seule que je me reproche en ce moment : j’eus la faiblesse d’exiger la conservation des jours de Buonaparte. J’en arrachai le serment à nos ennemis, et je fis céder ainsi l’intérêt de ma patrie au sentiment mal éteint d’une ancienne amitié. Voilà le seul tort que ma conscience me reproche. La France a reconnu dans Louis son roi, son père, son sauveur; c’est Louis qui a sauvé la France des
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suites ordinaires d’un envahissement. La conquête donnait aux puissances le droit de se partager un pays qui, depuis vingt ans, leur arrachait toutes leurs richesses, toute leur puissance. Le nom de Louis les a apaisées ; à ce nom sacré, elles ont déposé leurs armes. Ainsi Louis, absent, sans armes, sans soldats, revêtu de cette seule force que donnent la vertu et l’ascendant d’un pouvoir légitime, a reconquis sur l’Europe en armes, la paix la plus extraordinaire dont jamais l’histoire ait conservé la mémoire.
Je me suis voué sans réserve à la défense de mon véritable souverain ; je l’ai honoré dans sa prospérité : je lui serai fidèle dans son infortune ; et dussent ses revers être aussi durables que je les crois passagers, ma vie s’éteindra à ses côtés, heureux de voir couler, pour sa conservation, la dernière goutte de mon sang.
Voilà, Monsieur, mes sentiments et ma justification. Vous savez si le règne du roi a pu en affaiblir l’essor : ce règne, si merveilleux dans sa brièveté ; ce règne, le sujet de notre admiration, de notre amour, de nos larmes; ce règne, l’éternel objet de la méditation des princes, le désespoir du tyran, ira déposer dans la postérité en faveur de ceux qui contribuèrent au retour des Bourbons et contre les coupables partisans de l’usurpateur. Je vous le dirai, Monsieur, avec toute la franchise qui fait le foud de mon caractère, je n’ai cherché et je n’attends l'approbation ni de Buonaparte, ni de vous, ni des hommes qui vous ressemblent. J’ai été étonné, je l’avoue, d’entendre le compagnon d’enfance du duc d’Enghien me reprocher d’avoir abandonné Buonaparte pour un Bourbon. J’excuse ceux qui ont admiré ce héros sanguinaire, jusqu'au règne de Louis XVIII ; mais je crois prévenir le jugement de l’histoire en vouant au mépris et à l’exécration quiconque a quitté le Roi pour s’attacher à Buonaparte.
Je vous déclare, Monsieur, que les lâches ennemis de la patrie sont, à mes yeux, indignes de pardon et de pitié. Je pense que la nation doit, pour éviter un reproche éternel, les repousser pour toujours de son sein. Vous voyez, Monsieur, par la franche énonciation de mes principes, si Buonaparte peut encore songer
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à me séduire. Dites à l’assassin du duc d’Enghien et de Pichegru, dites au perturbateur de l’Europe, dites à celui qui plonge la France dans le sang et dans les larmes, dites au violateur du droit des gens et de tous les traités, dites au plus parjure, au plus perfide, au plus coupable des mortels, que le serment que j’ai prêté à mon Roi sera, dans peu de jours, scellé du sang des traîtres; qu’il n’y a plus rien de commun entre moi et le persécuteur de ma patrie ; que mon bras va bientôt conduire l’étendard du lys jusque dans la capitale ; que ma vie est désormais consacrée à rallier autour du drapeau blanc les sujets fidèles et les sujets égarés. Annoncez-lui, de la part de l’Europe entière, que le sang versé par les assassins va retomber sur leurs tètes, et que le jour de la vengeance approche.
Mut MONT
Paris, 14 mai 181.“».
Monsieur le rédacteur,
J’ai lu la lettre imprimée ayant pour titre : Extrait de Ut Gazette de Berlin du 5 avril; elle contient deux lettres, l’une au prince de Schwartzenberg, signée Marmont; la seconde, une réponse du maréchal duc de Raguse à M. de Caulaincourt.
Je déclare que le duc de Raguse n’a pu écrire la première de ces lettres, encore moins la seconde.
Les faits qu'elles contiennent sont faux.
Les sentiments qui y sont exprimés ne sont pas ceux du duc de Raguse, que rien ne pourra jamais engager à porter les armes contre son pays.
Le duc de Raguse a toujours eu la plus grande estime pour M. le duc de Vicencc. Calomnier l’homme absent, insulter au malheur, sont des choses trop reçues pour qu’on puisse s’en plaindre; mais calomnier un homme par sa propre bouche en lui prêtant des sentiments infâmes, c'est suivant moi, l’action la plus révoltante du monde.
Le colonel Baron Fabvikh,
Au rédacteur du Journal de l’Empire { Journal des Débats).
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Réponse à la lettre écrite par le duc de Raguse à M. de Cautaincottrt, pour justifier sa conduite envers Napoléon et la France , par ***. in-4°. Paris, (1815.)
En 4815 on ne doutait guère en France de l'authenticité de la Lettre du duc de Raguse à M. de Caulaincourt, que nous venons de reproduire. De là, cette Réponse où l’écrivain anonyme, en prenant à partie le duc de Raguse, croit s’adresser au vrai auteur de la Lettre en question.
De la Bataille et de la Capitulation de Paris, etc., par Pons (de l’Hérault), 1 vol. in-8°. Paris, 1828.
L’auteur qui a suivi Napoléon à l’île d’Elbe, a été présent aux événements qu’il rapporte ; il en a connu les acteurs et recueilli les relations orales ; consciencieux d’ailleurs et bien intentionné, il mériterait une entière confiance, s’il n’était pas malheureusement sujet à illusion. On ferait une page vraiment curieuse et remarquable si l’on tirait de ce volume quelques pensées qui s’y trouvent, hardies, élevées, originales. Mais on serait bien étonné si, à côté de ces marques d’une haute intelligence, on produisait d’autres citations. M. Pons (de l’Hérault) est un de ces hommes que la Révolution a faits et que l’Empire avait commencé à discipliner. Quand l’Empire est tombé, leur éducation n’était pas encore achevée, et ils se sont trouvés en présence des choses nouvelles, dans un état moral tout imparfait et troublé. En somme, cet ouvrage où l'on rencontre des vues excellentes mélées à des préventions et à des erreurs dont quelques-unes sont fort blâmables, ne saurait être considéré comme un guide sûr; mais il est utile à consulter pour ceux qui ont déjà une connaissance du sujet, notamment en ce qui con-
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cerne l’histoire glorieuse de la garde nationale dans les derniers événements de la campagne de France.
lettre du duc de Rag use aux Parisiens, in -8°. Paris, (1830.)
Nous n’avons pas pu nous procurer ce factum que nous avons trouvé cité. D’après les conjectures que nous avons pu faire, le duc do Raguso dans cette Lettre s'efforcerait de démontrer aux Parisiens leur ingratitude envers lui : il les a sauvés en 1814 ; il aurait voulu pouvoir les sauver encore en 1830, si d'impérieux devoirs ne l’avaient mis dans la nécessité de soutenir contre eux une lutte dont il a été le premier à souffrir. Nous ne saurions rien dire sur l’authenticité de cet opuscule.
Mémoire justificatif du maréchal Marmont, duc de Raguse, in-8°.
Amsterdam et Paris, 1830.
Avec cette épigraphe :
« Patrice totus et uhique. »
Devise des armes du duc de Raguse, par Louis XVIII.
Nous n'hésitons pas à attribuer ce Mémoire au duc de Raguse, bien que celui-ci, à notre connaissance, ne l’ait jamais ni avoué ni désavoué. Voici les raisons de notre sentiment.
On trouve, il est vrai, dans ce Mémoire des erreurs sur la date des distinctions obtenues par le duc de Raguse. Mais ces erreurs sont telles qu’elles semblent faites avec intention; le moindre faussaire aurait pu les évitei ; or le faussaire qui a fabriqué cet écrit, si faussaire il y a, se montre fort habile ; qui sait imiter le ton, le stylo, les habitudes d'esprit, peut à plus forte raison ne pas se tromper
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sur quelques dates. Ces inexactitudes ne semblent se placer ici que comme un témoignage d’ignorance non imputable au duc de Raguso : si celui-ci avait voulu se ménager la ressource d’un désaveu, il n’aurait pas mieux fait.
On trouve encore, il est vrai, dans co Mémoire des mots bien compromettants pour le duc de Raguso au point de vue des événements de 181 4 . Mais le Mémoire ne traite qu’incidemment des événements de 1814 ; il a uniquement pour objet de défendre le duc de Raguse au point de vue des événements de 1830. Or, sous ce rapport, rien ne manque, ce nous semble, à l'habileté de l’apologie. Quels sont d’ailleurs les mots compromettants ? Un aveu déjà fait par le duc de Raguse, en des termes équivalents, dans une lettre authentique écrite par lui au roi Louis XVIII et que nous avons rapportée dans la troisième partie de notre ouvrage ; un aveu qui lui est échappé, dans les mêmes termes, d’après les témoignages du temps, lorsqu’au début de la Restauration, au jour d'une de ses bonnes actions, il entreprit de sauver M. Lavalette. On lit dans le Mémorial, c’est Napoléon qui parle : « Les papiers » nous disent qu’en sollicitant vainement pour Lavalette, » il répond avec effusion aux difficultés du monarque, on » lui disant : Mais, sire, moi je vous ai donné plus que la » vie! » Pourquoi le duc do Raguse n’aurait-il pas répété ces mots dans une circonstance où il prenait à tâche de démontrer l’ingratitude de la Restauration à son égard ! Un homme très-passionné est toujours tout entier au besoin du moment, et placé dans une difficulté, il sacrifie tout au désir d’en sortir avec éclat.
Si les deux objections que l’on peut faire contre l’authenticité de ce Mémoire n’ont pas réellement, comme nous le croyons, beaucoup de valeur, les preuves en faveur de cette authenticité abondent, on peut le dire; elles
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se montrent dans la forme de cet écrit, où l’on retrouve le duc de Raguse tout entier, son ton amer, son intelligence élevée et troublée, son désespoir, sa colère nerveuse, sa connaissance spéciale et technique des vicissitudes militaires de Paris en 1830. On peut se demander pourquoi le duc de Raguse n’a pas avoué cet écrit qui n’aurait certes pas déparé ses Mémoires posthumes. Mais on doit se rappelor que, composé dans un moment de colère contre la Restauration, cet écrit ne convenait pas à la position de royaliste dans laquelle il s’est depuis décidé à passer le reste de ses jours.
Nous citerons de ce Mémoire justificatif, de 1830, les passages qui se réfèrent è notre sujet.
Amsterdam. 20 août 1830
« Pour la seconde fois dans une période de moins de seize années, je me vois, par l’injustice et l’acharnement des passions humaines, forcé de prendre la plume pour justifier ma conduite aux yeux de l’Europe.
Quelle cruelle destinée est donc la mienne! Pour moi seul, l’ordre des événements, Ie3 fruits de l’expérience, l’équité des jugements semblent intervertis. Chez moi l’amour de la patrie s’appelle trahison, le dévouement au prince vénalité; on me fait un crime capital même de la passive obéissance militaire.
La postérité sera-t-elle injuste à mon égard comme les contemporains? Je n’ose le croire; je ne le crains pas.
Toutes les voix s’élèvent cependant pour m’attaquer, pouime flétrir, et de ce concert unanime d'accusations résulte pour le vulgaire une prévention plus difficile peut-être à déraciner que la conviction même.
Certes, pour tout homme impartial, le simple exposé des faits serait, quant à moi, une justification complète; cet exposé, je vais le présenter, naturel, clair, vrai.
Je ne demanderai ici au lecteur ni intérêt, ni indulgence ; je
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ne veux de lui que de la bonne foi : qu’on me juge sans me tenir compte d’une carrière de quarante ans qui ne fut pas sans gloire ; mais qu’on me juge sur des faits et non sur des dires.
Dans les questions politiques surtout, les passions sont mauvaises conseillères. Que le lecteur songe bien qu’ici il s’agit de prononcer sur une question où l’honneur, le premier des biens, se trouve intimement engagé.
Depuis 1 84 S, je vivais en quelque sorte dans la retraite. Après avoir, vingt-cinq ans durant, servi mon pays de mon bras sur vingt champs de bataille, j’avais cru pouvoir lui être utile encore, en consacrant ma fortune entière à l’accroissement de son industrie. On a su quels malheurs de tous genres renversèrent les magnifiques établissements que j'avais créés à force de peines et de sacrifices : là encore, la fatalité qui s’acharne à moi dérouta toutes les prévisions, renversa tous les calculs. Je voulais accroître les richesses industrielles de la France; je sacrifiai tout dans ce but généreux ; ma ruine a été complète :
Des chagrins domestiques vinrent aussi fondre sur moi; la main du malheur semblait me poursuivre partout.
Une seule, mais bien noble consolation me restait; elle me «s donna la force de supporter tant de revers accumulés : c’était la confiance, l’estime, je dirais presque l’affection du monarque français, de l'auteur de la Charte.
Lorsque la France perdit ce prince, à qui elle dut à la fois la paix et la liberté, son frère qui montait sur le trône me continua la même faveur, dont me rendait digne mon dévouement sincère à cette dynastie qui a sauvé la France d’un démembrement.
On m’a représenté partout comme un ambitieux ; on m’a fait avide d’honneurs, de places, de richesses. Et cependant, quelle fut ma conduite depuis la Restauration? Quels avantages ai-je tirés d’une faveur puissante?
En 4850, je suis duc, maréchal et pair de France : mais dès 4804 j’étais maréchal (4). C’est Napoléon qui m’a fait duc de
<| Mai-mont n’a été nommé maréchal qu’en 1809.
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