‹ La défection de Marmont en 1814Chapitre 30 sur 35 · POSTÉRIEURS A LA PUBLICATION DE SES MÉMOIRES · texte numérisé non relu

POSTÉRIEURS A LA PUBLICATION DE SES MÉMOIRES

Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont duc de Rayusr. par M. Laurent (de l’Ardèche), 1 vol. in-8°, 1857. Paris, chez Henri Plon.

Cot ouvrage, écrit avec éloquence, est digne do l’auteur d’une des histoires les plus populaires de l’Empereur Napoléon. Quant à l’esprit dans lequel il est conçu, nous emprunterons pour le dire une formulo de la philosophie allemande. — Il y a dans Napoléon Ier, une thèse , une antithèse et une synthèse. — La thèse, c’est la Révolution par laquelle Napoléon a son droit d’étre, qu’il représente, qu'il a établie et organisée; l 'antithèse, c’est l’ancien régime, dont Napoléon a remis on vigueur tout ce qui pouvait en être conservé. Mais ces deux entités , la Révolution et l’ancien régime, Napoléon ne les a pas juxtaposées d'une façon contradictoire : il les a conciliées entre elles et les a réunies dans un ordre de choses vivant d’une seule et mémo vie ; et c’est là ce que l’on peut nommer la synthèse , l’œuvre éminente et spéciale du génie de Napoléon. — Or, cette formule ne donne pas seulement la raison de ce qu’il y a de complexe dans l’histoire impériale : elle explique encore les considérations fort diverses dont celte histoire est l’objet. Les révolutionnaires se reconnaissent et ne se reconnaissent pas en entier dans l’œuvre napoléonienne ; les hommes de l’ancien régime y passent tour-à-tour de l’admiration au blâme; seulement, ce qui fait le blâme de ceux-ci fait l’approbation de ceux-là. En somme, pour comprendre réellement et dans sa plénitude l’œuvre napoléonienne, il

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n'y a qu’une sorte d’esprits, ceux qui sont initiés à tout le travail traditionnel de la Franco depuis les premiers temps de son histoire, ceux pour qui la Révolution de 89 est beaucoup moins une réaction qu’une conclusion. Et notons-le à ce propos, c’est là ce qui fait la grande importance des études historiques; pas une erreur dans l’histoire de France qui ne soit une perturbation imminente des conditions actuelles de notre existence politique ; Napoléon Ie' le sentait bien, lui qui, à l’apparition d’un nouveau livre d’histoire , s’inquiétait et laissait là ses affaires les plus graves et les plus urgentes, pour voir ce qui survenait dans cette notion de la tradition française de laquelle il tirait toute sa force de légitimité. — Nous nous sommes un peu éloigné de l’estimable ouvrage au sujet duquel nous venons de faire ces réflexions, mais pas autant qu’on pourrait le croire. M. Laurent (de l’Ardèche), partisan presque exclusif de ce que nous avons nommé la thèse napoléonienne , est un de ces esprits tout modernes qui se plaisent surtout à voir et à montrer dans l’histoire de l’Empire l’établissement et l’organisation dos principes do 89 ; et M. Laurent (de l’Ardèche) a eu beau jou avec un contradicteur comme Marmont, pour qui la Révolution de 89 et ses principes ont toujours été lettres closes.

Le maréchal Marmont, duc de Rarjuse, devant l'Histoire, examen critique et réfutation de ses Mémoires, d'après des documents historiques la plupart inédits, (sans nom d’auteur), 1 vol. in-8°. Paris, 1857, chez M. Dentu, 2e édition.

Conçu dans un tout autre esprit que le précédent, cet ouvrage représente assez bien, s’il nous est permis de continuer à nous servir de notre formule philosophique, Y antithèse napoléonienne, ou ce qu’on pourrait appeler

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d'une façon plus intelligible, le légitimisme rallié. Il nous serait même possible de trouver dans cet ouvrage plus d’un aperçu, plus d’une appréciation historique, où le légitimisme se montre dans l’intégrité de ses préventions contre l’histoire, de l’Empire. Mais l’auteur du moins est fort instruit des faits, il en connaît les sources originales, et il a un vif sentiment de l’bonneur; à tous ces titres, il juge avec beaucoup de compétence le duc de Raguse, et l’histoire devant laquelle il le fait comparaître, s’exprime fort dignement par sa voix. — On doit surtout rechercher dans cet ouvrage les documents relatifs au roi Joseph , la rectification de faits importants , la justification do quelques-uns des hommes calomniés par le duc de Raguse. .Nous empruntons à cette partie de l'ouvrage les pages suivantes, qui intéressent un des hommes les plus honorables de notre ancienne armée.

« Le général marquis de Grouchy avait à peine fait paraître au Moniteur universel la réfutation citée plus haut, que le fils du général du Taillis venait à son tour réclamer dans le mémo journal contre les perfide» et fausses assertions du duc de Raguse. Nous donnerons place d’autant plus volontiers à la lettre du comte du Taillis, qu’il nous sera très-facile de la faire suivre de pièces officielles , prouvant d’une façon irrécusable la vérité do ce qu’il avanco sur l’existence do son père , existence calomniée avec tant de perfidie par le maréchal Marmont. »

« A Monsieur le Directeur du Moniteur.

Monsieur le Directeur,

« Dans son parti pris de rabaisser la gloire de tous ses compagnons d’armes. le maréchal Marmont n'a point épargné le gé

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néral du Taillis. Permettez-moi de recourir à mon tour à la voie du Moniteur pour repousser une odieuse calomnie. Si j’arrive tard, c'est que mon état de souffrance ne m’a pas permis de connaître plus tôt l'outrage fait à la mémoire de mon père. Les lignes suivantes, où le duc de Raguse a consigné à la fois l’injure et la basse jalousie qui l’a inspiré, ne me permettent pas de garder le silence.

» A la bataille de Castiglione et aux combats précédents, de nombreux drapeaux avaient été enlevés à l’ennemi; il fut question de nommer un officier pour les porter à Paris, et j’eus à cette occasion un grand chagrin. Le général Bonaparte fit choix du premier aide-de-camp du général Berthier, nommé du Taillis, officier extrêmement médiocre et passant pour peu brave. En le désignant, le général Bonaparte avait eu le désir de faire quelque chose d'agréable à son chef d’état-major, dont il était content. Je ne fis pas ce calcul, et je fus outré. (Mémoires du duc de Raguse. Tome 4er, page 213.)

» Pour confirmer cette épithète de peu brave dont le maréchal Marmont gratifie l’aide-de-camp du Taillis, il raconte un peu plus loin un prétendu duel entre mon père et Comoyras, représentant de la République française près des Grisons, dans lequel il fait jouer aux deux adversaires un rôle ridicule.

» Tout est faux dans ce passage des Mémoires du duc de Raguse. J’en ai pour garant l’attestation formelle des militaires survivants qui ont connu mon père. Ce duel et tous ses accessoires sont une pure invention dont Marmont avait besoin pour satisfaire sa vengeance.

» En effet, une pareille calomnie ne se comprendrait pas si le duc de Raguse n’avait pas eu soin de raconter lui-môme la cause de sa haine. Du Taillis lui est préféré pour une mission glorieuse; il ne l’a jamais oublié, et comme il n’a point osé se venger de son vivant, il attendra pour le faire sans danger que la tombe se soit fermée sur lui comme sur ses victimes. Heureusement les Mémoires de Marmont ne sont pas l’histoire, et les faits de cette grande époque parlent plus haut que tous les artifices de la calomnie.

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» A qui fera-t-on croire qu’un militaire, honoré de toute la confiance de Napoléon et de son illustre chef d’étatrmajor, ait jamais eu la réputation de manquer de bravoure? Si, parmi les qualités qui ont honoré la longue carrière du général du Taillis et lui ont mérité les sympathies de ses glorieux compagnons d’armes, il en est une à l'abri de toute attaque, c’est incontestablement cette bravoure à toute épreuve qu’il poussait même souvent jusqu’à la témérité. Sa vie est un tissu d'actes de courage ; il suffit d’en citer quelques-uns.

» Après avoir pris part aux batailles de Valmv, de Jemmapes et à plusieurs combats mémorables où il fut blessé, du Taillis fit, comme premieraide-de-camp du général Berthier, toutes les campagnes d’Italie. Lorsde la révolte de Pavie, ce fut à sa fei meté et à sa présence d’esprit que la petite troupe française dut de n’ètre pas égorgée. Le courage qu’il montra à la bataille de Casliglione lui valut l’honneur d’être envoyé à Paris par le général Bonaparte pour porter les drapeaux pris sur l’ennemi et de recevoir du Directoire des pistolets d’honneur.

» De retour à l’armée, il eut son cheval tué sous lui à Rivoli, un autre à Arcole. Après le passage du Tagliamento, il porta l’ordre au général Joubert d’attaquer Balzano et Brixen, combattit aux côtés de ce brave général et repartit immédiatement pour rendre compte de ces deux glorieuses affaires au général en chef. Un corps de Tyroliens voulant lui fermer le passage, du Taillis monte le cheval du postillon qui le conduisait, et, avec six hommes de bonne volonté, il traverse l’ennemi et arrive au quartier-général, lui troisième, avec son cheval et ses habits criblés de balles. Ce trait d’héroïsme lui valut un sabre d’honneur.

» Il était déjà colonel à Marengo, où il eut un cheval tué sous lui. Après avoir fait partie du camp de Boulogne comme chef de l'état-major du maréchal Ney, qui, certes, se connaissait en bravoure, il fut présent à toutes les batailles de la Grande Armée et se distingua entre autres à celles d’Elchingen, d’Ulm, d’Iéna, etc. C’est lui qui reçut la capitulation do Magdebourg, où

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25.000 Prussiens avec 800 pièces de canon se rendirent à un faible corps d'armée qui n'avait que deux pièces de siège.

» Le général du Taillis eut encore un cheval tué à la bataille d’Eylau et le bras droit emporté au combat de Gunstadt en désignant l’emplacement d’une batterie. A peine guéri de sa blessure, il retourna à l’armée avec le grade de général de division. L’Empereur le nomma successivement comte, commandant de la Légion d’honneur, puis gouverneur à Munich, Erfurth, Varsovie, Torgau. Le siège de cette dernière ville fut long et opiniâtre; la défense du gouverneur héroïque. Il eut à lutter contre la famine et la peste, qui enlevèrent près de 20,000 hommes sur

22.000 dont se composait la garnison, et contre un corps assiégeant de 60,000 hommes.

» Le général prussien qui le commandait ayant appris que le général du Taillis avait fait miner le fort qui protégeait la ville, lui écrivit qu’il le rendait responsable, sur sa télé, de la conservation du fort. Le général du Taillis lui répondit que le fort devait sauter le lendemain à six heures du matin, mais qu’aprés une pareille menace, il sauterait à minuit; et le soir même le brave général Duriou, sur l’ordre du général du Taillis, faisait sauter le fort.

» L’approbation de l’Empereur récompensa le général du Taillis de son intrépidité. Dans une réception aux Tuileries, Napoléon lui dit : a Général, j’ai été content de votre défense de Torgau. » Une autre fois, Napoléon l'interpellant au milieu d’un cercle d'illustrations de l’Empire : «Etes-vous marié, général? — Non, Sire, répondit du Taillis. — Eh bien, il faut vous marier et nous faire des braves ! » L’amiral Thévenard, témoin de ce compliment, dit au général du Taillis : « Ces paroles de l’Empereur, vous devez les mettre dans votre généalogie. • — « Et en lettres d’or 1 » ajouta l’amiral de Bougainville.

» Voilà cependant l’homme que le duc de Raguse a l’impudence de présenter comme manquant de bravoure!

» Au reste, il n’est aucune des illustrations de l’Empire que Marmonl n’ait tenté de llétrir, et, malgré ma juste indignation,

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je ne puis m’étonner de voir mon père en si glorieuse compagnie.

» Agréez, monsieur le Directeur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.

» Comte nu Taillis. »

Pari», le 10 avril 1857.

« La cause de l’injuste appréciation du duc de Raguse sur la vie de soldat du général comte du Taillis, est tellement transparente, que nous croyons inutile d’en parler. Jalousie et orgueil, le général Marmont a tout sacrifié dans son ouvrage posthume à ces deux passions, mauvaises conseillères pour qui veut écrire l'histoire avec impartialité.

» Le prétendu duel raconté par le maréchal n’a jamais eu lieu. Il est permis do croire que le duc de Raguse a fait confusion en attribuant à l'ancien aide de camp du prince de Neufchâtel, un fait qui a pu se passer réellement mais beaucoup plus tard qu’à l’époque assignée, et auquel le général du Taillis a été complètement étranger ; c’est là une histoire fort amusante sans doute, mais qu'il n’eût pas fallu attribuer à un officier général qui n’y a môme jamais été mêlé.

» Quant aux épithètes d’officier extrêmement médiocre et passant pour peu brave, dont le duc de Raguse gratifie avec un si grand laisser-aller le général du Taillis , la réponse est dans les documents officiels suivants. Après des recherches censciencieuses, voici les pièces que nous avons trouvées, pièces dont nous avons les originaux sous les yeux.

» Né à Nangis , le 12 novembre 1760, M. du Taillis commence dès 1779 son apprentissage militaire dans les volontaires du corps de Nassau, où il est admis comme cadet. Nommé capitaine adjudant-major au 3e bataillon de

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la 6e division de la garde nationale parisienne, le 1 er septembre 1789, il est incorporé le 3 août 1791 dans le 14e bataillon d’infanterie légère. Il fait les campagnes de 1792 et 1793 à l’armée du Nord , et reçoit une blessure, étant à l’avant-garde de Dumouriez. Envoyé comme aide de camp du général Berthier en ventôse de l’an III, il fait en cette qualité les campagnes d’Italie, et il est nommé chef de bataillon le 27 germinal de la même année, puis chef de brigade le 23 brumaire an VI. Il est désigné après la bataille de Castiglione pour porter les drapeaux pris h l’ennemi, et quoiqu’on dise Marmont, le général Bonaparte ne chargeait pas habituellement des officiers peu brares de pareilles missions. Le 17 nivôse an X, il est promu adjudant commandant. Il fait la campagne de Marengo et a un cheval tué sous lui à cette grande bataille. Le 12 fructidor an XII, il est envoyé comme chef d’étatmajor des troypes réunies au camp de Compiègne sous le commandement de Ney.

» Voici la lettre de service qu’il reçoit à celte occasion du ministre de la guerre :

« Le général Bonaparte, premier Consul de la République Française, ayant à nommer un général de brigade pour remplir les fonctions de chef d’état-major des troupes réunies au camp de Compiègne, et prenant une entière confiance dans la valeur, l’expérience et la fidélité dont a donné des preuves le général de brigade du Taillis, l’a nommé, par décision du 1 0 fructidor, chef d’état-major des troupes rassemblées au camp de Compiègne et commandées par le général en chel Ney. »

» Le 1 0 vendémiaire de la même année, le ministre de la guerre fait, su,r le général du Taillis, le rapport suivant aux Consuls :

» L’adjudant commandant du Taillis a rempli pendant plus de huit années auprès de moi les fonctions d'aide-de-camp avec distinction. Avant de faire les campagnes d’Italie, il a fait celles de

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1792 et 1793 où il 3vait reçu des blessures. Fait prisonnier avec Songis par les insurgés de Pavie, menacé souvent du massacre, il eut longtemps la mort devant les yeux. Son salut et celui des autres prisonniers fut en partie le fruit de sa fermeté et de sa présence d’esprit. Après le passage du Tagliamento et la prise de Gradisca, le général en chef l’envoya dans le Tyrol, porter au général Joubert l’ordre d'attaquer Balzano et Brixen, en lui recommandant de venir, sans délai, rendre compte du résultat de ces attaques qu’il importait de connaître pour les opérations ultérieures. Arrivé près de Joubert, il fut présent aux attaques et repartit sur-le-champ pour annoncer leur succès. Un corps du Tyrol attaquant nos derrières lui fermait le passage et venait de repousser cinquante Français, commandés par un officier qui avait eu trois hommes tués et plusieurs blessés. Instruit de ces faits par l'officier lui-mème, du Taillis n’hésite pas un instant. Il prend le cheval du postillon qui le conduit, réunit à lui quatre militaires et les deux dragons d’escorte. Avec ces six hommes, il entreprend de forcer le passage, en perd quatre et arrive lui troisième à Balzano, son cheval et ses vêtements criblés de balles. Depuis cette époque il a fait avec moi la campagne de

l’an VIII et a eu un cheval tué sous lui à Marengo, etc. Je

demande pour cet officier un sabre d'honneur. »

» Ce sabre lui fut donné ainsi qu’une paire de pistolets qui, dans une autre occasion, fut envoyée par le ministre avec la lettre suivante au général du Taillis :

« J’ai décidé le 13 de ce mois, citoyen, qu’il vous serait ac cordé une paire de pistolets de la manufacture d'armes de Versailles, en récompense de vos services. Je me félicite de pouvoir vous décerner cette marque de satisfaction pour la bravoure que vous avez manifestée en diverses circonstances, et dont vous avez donné des preuves multipliées sous mes yeux. »

»On voit que Berthier el Bonaparte, assez bons juges en

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malière de bravoure, étaient loin de considérer le général du Taillis comme un officier peu brave.

» Continuons l'examen de cette belle et longue existence militaire.

» Le général du Taillis fait la campagne de 4805 en qualité de chef d’état-major du 6* corps (maréchal Ney). Il est désigné à Ulm pour recevoir les armes déposées par l’armée autrichienne faite prisonnière.

» A la suite'de cette campagne, le maréchal Ney, également assez bon juge en pareille matière, écrit au majorgénéral la lettre ci- dessous :

« Klagenfurlli, le 28 décembre 4805 : Monsieur le maréchal, je dois témoigner à Votre Excellence combien j’ai à me louer de la manière de servir du général du Taillis, qui n’a cessé pendant toute la campagne de se conduire avec la plus grande distinction. Ses services comme chef d’état-major n’ont été ni moins satisfaisants pour moi, ni moins honorables pour lui. Je vous prie, Monsieur le maréchal, et je vous demande comme un acte de justice, de supplier S. M. d’accorder au général du Taillis le grade de général de division. C’est une récompense due à son courage, à ses talents et à son zèle. » .

» Promu général de division le 29 juin 1809, du Taillis fut employé à l’armée d’Allemagne en 4 809, 4 84 0 et 4811. Il eut le bras droit emporté par un boulet à Gunstadt en 1807, et ne voulut pas cependant cesser le service actif.

» En 1 81 2, il eut pour mission de restor comme gouverneur à Varsovie. Il rendit dans cette position de grands services à l’armée dans sa marche sur Moscou ot dans sa fatale retraite. GrAco à sa fermeté, à sou énergie, il procura des vivres et des ressources de toute nature. On l’accusa de dureté ; il prouva qu’il avait agi au contraire

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comme il devait le faire, fut regretté à son départ et sortit victorieusement de cette éprouve. »

» L’Empereur avait une telle confiance dans la bravoure de du Taillis, qualité que lui dénie le duc de Raguse, qu’en 1813, il le chargea du commandement de la place importante et do la défense de Torgau. Tout le monde connaît l'admirable résistance que fit cette ville. Voici une lettre qui lèverait tous les doutes, s’il pouvait en exister encore sur les qualités militaires et l’énergie du général accusé par Marmont.

» Le 26 janvier 1814, Berthier écrit de Vitrv à l’Empereur :

• Sire, l’aide-de-camp de V. M., le colonel Bernard, vient de me remettre les dépêches qu’il apporte de Torgau, contenant le journal du siège et la capitulation de cette place. J’ai l’honneur de mettre sa lettre sous les yeux de V. M. Elle annonce que, dans la défense de cette place, le dévouement, l’opiniâtreté et la , fermeté morale ont été portés à leur comble. 14,000 hommes, depuis le 20 octobre jusqu’au 31 décembre, et 19,138 hommes en tout, depuis le 1" septembre 1813 jusqu'au 10 janvier, époque de la capitulation, sont morts. Malgré l’extrême faiblesse de la garnison, elle a défendu la place jusqu’au moment où elle a eu consommé en totalité ses subsistances et ses chevaux. La garnison est sortie avec les honneurs de la guerre. »

» Nous ne citerons qu’une phrase do la lettre du colonel Bernard , la voici :

« Je désire du plus profond de mon âme que S. .V. soit servie partout comme elle vient de l’élre à Torgau. Le dévouement, l’opiniâtreté, la fermeté morale ont été portés à leur comble. »

» Or, on sait que dans une ville assiégée par l’ennemi,

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le caractère, les talents et la bravoure du chef sont d’une influence capitale pour la défense.

» Le général du Taillis avait été créé commandant (1) de la Légiou d’Honneur à la création de l'ordre. 11 fut fait comte sous l’Empire, pair de France sous le Gouvernement de Juillet. Lorsqu’il mourut, il comptait cinquante années de service, vingt campagnes, des blessures graves; il avait eu quatre chevaux tués sous lui et avait assisté à onze grandes batailles. Le maréchal Berthier l’aimait et l’estimait à tel point, qu’il écrivit à trois reprises différentes, en 1814, sous la Restauration, au ministre de la guerre. Voici deux de ces lettres :

• Paris, 8 août 1814

n Mon cher comte, je réclame votre intérêt particulier en faveur du général comte du Taillis. Vous connaissez comme moi ses services, et surtout ceux qu’il a rendus dans la campagne dernière, comme gouverneur de Torgau.

» Paris. I" septembre I8U.

« Mon cher comte, je vous recommande avec instance la demande du général du Taillis. Cet ancien camarade à nous, a bien servi ; il a eu un bras emporté ; il s'est couvert de gloire par sa belle conduite au siège de Torgau, etc. »

» Après la production de titres pareils , nous croyons superflu de revenir encore une fois sur les allégations mensongères du duc de Raguse. La belle défense de Torgau suffirait seule pour illustrer un soldat.

» Marmont semble oublier que, sans être un grand capitaine comme Turenne, Frédéric ou Napoléon, sans être même un bon chef de corps d’armée, on peut encore

(4) l.'apueilatinn de commandeur remplaça plus tard celle de commandant.

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être un militaire brave, zélé et chef intelligent, comme le général du Taillis et tant d’autres, dont la France s’honore et qu'il cherche en vain à dénigrer. >»

LE PRINCE EUGÈNE. Réfutation des Mémoires du duc de liaguse, en ce qui concerne le Prince Eugène, par le comte Tascher de la Pagerie, ancien aide-de-camp du prince. — Moniteur du 5 mars 1 857. Réimprimé à part, in-8°, même année, typographie Panckoucke.

LE PRINCE EUGÈNE EN <814. Réponse au Maréchal Marmont, publiée par M. Planat de la Paye, ancien officier d’ordonnance de l’Empereur. In-8°, Paris, 1857, à la Librairie Nouvelle. — Une deuxième édition du même ouvrage porte le titre qui précède un peu modifié : Le Prince Eugène en 1814 ; documents authentiques en réponse au maréchal Marmont, etc., et contient outre les 33 lettres de la première édition, 32 lettres nouvelles, en tout 65 documents inédits. En préparation à l’imprimerie de Thunot. Paris, rue Racine.

De toutes les calomnies posthumes du duc de Raguse , celle qui a le plus vivement ému l’opinion publique , c’est l’imputation dirigée contre la mémoire du prince Eugène. Mais cette mémoire du moins n’a pas manqué de défenseurs. Et si l’on considère seulement les deux ouvrages qui ont été produits à cette occasion, de plus, les débats si éloquents qui ont retenti devant la justice, ainsi que le jugement qui a été prononcé, on doit se réjouir d’une agression qui nous a valu tant de précieux enseignements et tant d’avertissements salutaires sur les droits et les devoirs de l’histoire on général , et en particulier sur quelques-uns des événements de 1814.

M. Planat de la Faye a composé son ouvrage de plusieurs lettres inédites , accompagnées , avec beaucoup de

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réserve, de quelques notes explicatives. L’auteur a pris à tâche de n’invoquer que le témoignage de documents irrécusables ; il n’a point discuté ; il a laissé parler l’histoire elle-même : on ne saurait faire à la calomnie uno réponse plus péremptoire et plus définitive.

La publication de M. Planat de la Faye doit avoir une seconde édition qui contiendra un plus grand nombre de documents. L’auteur ne peut rien ajouter à ce qu’il a déjà si bien démontré. Mais c’est avec une pieuse reconnaissance que l’on accueillera celte surabondance do témoignages; toute l’histoire de 181 4 s’éclaire par un côté à cette évocation de la correspondance , restée jusqu’ici inconnue , du prince Eugène , de la princesse Auguste , du roi de Bavière, de Napoléon , etc.

M. Planat de la Faye est cet officier d’ordonnance dont l’Empereur, à Sainte-Hélène , a consacré le nom par des paroles bien flatteuses et louchantes.

M. le comte Tascher de la Pagerie a suivi une autre méthode de démonstration. Les documents s'adressent surtout aux historiens. Il faut au public des résumés tout faits. Les calomnies du duc de Raguse contre le prince Eugène se fondaient sur deux sortes de falsifications : des antidates et des suppositions de documents. Or, ces diverses falsifications ne résistent pas à la discussion animée , vigoureuse que M. Tascher de la Pagerie a su mêler à un récit des faits présenté par lui d’une manière vive et frappante de vérité. On doit recommander cet écrit à quiconque veut avoir une notion nette et précise de la position et de l’attitude du vice-roi d’Italie pendant la campagne de France.

Mais l’on ne saurait approfondir ce sujet historique , si l’on ne consultait pas, après les deux ouvrages que nous venons d’indiquer, les graves et éloquents débats auxquels

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â donné lieu devant la justice la plainte portée par les augustes héritiers du prince Eugèno contre l'éditeur des Mémoires dti maréchal Marmont duc de Raguse. Ces débats ont occupé plusieurs audiences de la 1re Chambre du Tribunal de1re Instance de la Seine, sous la présidence de M. Benoit-Champy : le 17 juin 1857, exposition par M. Dufaure, avocat des héritiers plaignants , de la demande on rectification ; le 24 juin , réponse à la demande précédente , par M. Marie, avocat de l’éditeur, M. Perrotin; le 1®r juillet, réplique de MM. Dufaure et Marie ; le 17 juillet, conclusions du ministère public, par l’avocat impérial, M. Descoutures; le 24 juillet, prononcé du jugement en faveur des héritiers plaignants. On trouvo le compte-rendu de cette mémorable affaire dans les Journaux judiciaires , la Gazette des Tribunaux et Le Droit , des 48, 25 juin , 2, 18 et 25 juillet 1857.

QUELQUES OBSERVATIONS SUR LES MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE, par M. le comte Napoléon de Lauriston, publiées dans le Moniteur, et imprimées à part, avec cette épigraphe

Ab uno

l)i sce omnes

In-8°. Paris, 1857, chez M. Dentu.

L’auteur de ces Observations venge noblemont la mémoire du général de Lauriston d’une des calomnies du maréchal duc de Raguse. Comme eelui-ci n’a point pu préciser l’objet de son accusation et qu’il s’est borné à émettre, sans preuves , un jugement défavorable , l’auteur s’est trouvé , pour répondre à la calomnie , dans cet embarras dont a parlé Pascal, un jour qu’il fut accusé par un do ses adversaires d’ètre une porte d’enfer. Comment prouver, en effet, qu’on n’est pas une porte et une porte

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d’enfer ? Mais l'auteur s’est tiré de la difficulté en opposant au jugement de Marmont les témoignages de confiance et d’estime que le général de Lauriston a reçus , dans des occasions très-importantes , de l’Empereur luimôme. L’histoire n’hésitera pas beaucoup, nous osons le prédire, entre le jugement de Napoléon et celui dcM. do Raguse. — Ce qui fait l’originalité de cet écrit, c’est qu’il a été composé par un homme du monde ; on y trouve les habitudes de pensée et de langage qui sont propres aux salons , des allusions à peine indiquées , des traits retenus aussitôt que lancés, tout le feu de la malice qui pétille sous une décente réserve. Evidemment, M. le comte de Lauriston n’a pas dit tout ce qu’il savait dos relations du général son père avec le maréchal Marmont et des causes de l’inimitié et de la jalousie de ce dernier personnage. Mais nous, qui no comprenons pas à demi mot, nous souhaiterions encore quelques explications . Il faut avouer que les gens du monde ont un grand charme ; avec eux , on n’est jamais tenté de dire : c’est assez ; on aime ce * qu’ils donnent; on désire encore plus ce qu’tlâ ne donnent pas.

Lettre de M. le général marquis de Grouchy.

Cette lettre a paru dans le Moniteur du 4 avril 1857. Nous la donnons ci-après à titre de renseignement :

• Paris, le S avril 1857.

» Monsieur le Directeur,

» Déjà de nombreuses réclamations contre les Mémoires du duc de Raguse ont trouvé place dans votre journal.

» Permettez-moi de vous demander le même accueil favorable pour mes protestations contre les assertions calomnieuses et mensongères contenues dans cet écrit posthume.

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«Recevez, monsieur ie directeur, l'expression de mes sentiments distingués.

» Général marquis t>K Grouchy, sénateur. »

« J'ai attendu pour répondre aux calomnies et assertions mensongères du duc de Raguse, que les derniers volumes de ses Mémoires posthumes eussent paru. Sa haine et sa jalousie débordent dans chaquo chapitre contre tous ses anciens compagnons d'armes ; pouvait-il en être autrement pour mon père?

» Déjà de nombreuses et énergiques réclamations, appuyées de pièces authentiques, ont fait justice de ces mémoires calomnieux ; je viens encore donner de nouvelles preuves de la mauvaise foi de leur auteur.

» Ainsi, dans le VI» volume, on lit textuellement :

# Le général Grouchy, dont la cavalerie était restée à Cliampaubert, vint de sa personne me demander à souper, ce qui était bien fait; j’avais sur ma table l’épée du prince Ourousoff; le général Grouchy me pria de lui en faire cadeau, pour remplacer son sabre qui le gênait par suite d’une ancienne blessure.... Mais quel fut mon étonnement quand je lus quelques jours après dans Le Moniteur un article ainsi conçu . »

« M. Carbonel, aide de camp du général Grouchy, est arrivé à * » Paris, et a remis, de la part de son général, à S. M. l’Impéra- » trice, l’épée du prince Ourousoff, qu’il a fait prisonnier à la » bataille de Vauchamps. »

» Si le commencement de cette anecdote est vrai, la fin est un mensonge.... La preuve en est donnée par Le Moniteur et le général Carbonel, cités par le duc de Raguse ; depuis la date de la bataille de Vauchamps, 14 février, jusqu’au 4or avril 4844, le journal ne contient point le fait inventé si insidieusement; il mentionne seulement la remise par le ministre de la guerre, à S. M. l’Impératrice, des drapeaux pris aux batailles de Montmirail et Vauchamps ( Moniteur du 27 février 1844.).

» Voici la déclaration du général Carbonel, qui n’était plus aide de camp de mon père depuis 4842 :

» Mon cher général, je n’ai pas encore lu les Mémoires du duc

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de Raguse; mais si mon nom est cité dans le VI« volume de cette publication, comme ayant été chargé par votre père de porter à l’Impératrice l'épée du général russe Ourousoff, fait prisonnier à Etoge, vous pouvez, mon cher général, démentir avec assurance une semblable assertion ; car, après avoir été assez heureux pour faire, à si bonne école, et sous le patronage d’un aussi remarquable chef, les campagnes de 1807, 1808, 1809 et )812, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Pologne et en Russie, j’ai été nommé en 1813 aide de camp de M. le général comte de Narbonne, mort à Torgau ; et, après son décès, j’ai été appelé, à la fin de cette campagne, à remplir les mêmes fonctions près du général comte de Flahaut.

» Recevez, etc.,

» Général Carbo.nel.

» Pau, le 20 mars t837. «

Dans le VII* volume, chapitre xxi, on lit encore :

« Grouchy avait reçu, quatre jours avant la catastrophe (du 20 mars), le cordon rouge, et avait renouvelé les assurances de sa fidélité ; mais à peine le duc d’Angoulème eût-il marché sur la Drôme....

» Ici encore un fait cité parle maréchal Marmont, qui est dénaturé sciemment par sa date, et toujours dans le but de déconsidérer, s’il est possible, tout ce qui n’était pas lui.

» En 1814, mon père était colonel général des chasseurs, lorsque Louis XVIII, contrairement à un article de la Charte constitutionnelle, qui assurait à l’armée la conservation des grades, honneurs et pensions, nomma à sa place le duc de Berry..., mon père crut devoir protester, et fut exilé dès le lendemain.

» En le rappelant de cet exil au mois de janvier 1 81 5, on lui donna le cordon rouge... Sa nomination est du 17 janvier, bien qu’elle ne soit insérée au Moniteur qu’à la date du 29. Toutefois, mon père, peu satisfait de cette espèce de compensation, retourna en Normandie, où il est resté jusqu’au 17 mars 1815.

» De retour à Paris, seulement la veille de l’arrivée de l’Empereur Napoléon, il fut appelé par lui au château des Tuileries

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dans la nuit du 20 au 21 mars, et ne partit pour le midi que le 1*r avril.

» Ces dates et ces faits rectifiés, la meilleure réponse aux insinuations du duc de Raguse est la lettre ci-jointe de l’empereur Napoléon à mon père :

« Mon cousin, je vous écris pour vous faire connaître ma satisfaction ; les services que vous avez rendus, l’attachement que vous avez montré pour moi et la patrie, joints aux belles manœuvres, aux talents et au courage que vous avez déployés dans tant de circonstances, et notamment à Friedland, à Wagram et dans les plaines de la Champagne, m’ont porté à vous nommer maréchal de France.

« Napoléon.

* Pans, le 5 avril 1815. •

VI' volume. — En lisant la relation faite par le duc de Raguse de la bataille de Vauchamps, on y trouvo la preuve de cet excessif amour-propre qui le portait en toute occasion à s’attribuer le plan, l’exécution et le succès des opérations militaires.

» Il oublie volontairement que l’Empereur était présent sur le champ de bataille ; qu’il a donné lui-même tous les ordres dans celte journée. Il passe sous silence que le duc de Dantzick et le prince de la Moskowa ont été constamment à la tête des troupes.

» il ne fait nullement mention de la présence de la garde impériale, et enfin insinue que le commandant en chef de la cavalerie était sous ses ordres, ce qui n’était pas vrai.

» Pour ces rectifications, voir le Bulletin de la Grande Armée inséré au Moniteur du 16 février 1814.

» Les bornes d’un article de journal ne me permettent pas de relever ici plusieurs autres assertions injurieuses du duc do Raguse, notamment de répondre à ses appréciations mensongères sur la campagne de 1815. Dans une prochaine publication, appuyée de documents officiels, il me sera facile de démontrer que toutes ses calomnies reposent sur des faits dénaturés, des dates

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fausses, des instructions et des ordres supposés, qui, s’ils ont été donnés, ne sont jamais parvenus...

» On éprouve un sentiment pénible et de répulsion en lisant les Mémoires du duc de Jtaguse. . . Quoi de plus triste que de voir un maréchal de France qui, dans le but d’une justification impossible, voudrait flétrir les réputations militaires les plus honorables et les mieux acquises, et faire douter des dévouements les plus absolus..., qui ose refuser tout talent militaire aux généraux ses contemporains, et va même jusqu’à nier leur courage !

» Général marquis de Grouchv.

• Pari», ce 31 mars (837. •

Lettre de M. le général comte de Flahaut.

Nous donnons ci-après cotte lettre qui a été publiée dans Le Moniteur du 9 avril 1857.

• Londres, ce 6 avril 1837.

» Monsieur le Directeur,

» Déjà plusieurs réclamations soulevées par les Mémoires du maréchal duc de Raguse, ont été publiées dans Le Moniteur, et j’espère que vous voudrez bien accorder la même faveur à celle que j’ai l’honneur de vous adresser.

» Recevez, Monsieur le Directeur, l’assurance de ma parfaite considération.

» Comte de Plahault. »

« Le maréchal Marmont dit à la page 121 du tome Vil, en rendant compte de la bataille de Waterloo :

» Pendant le cours de la journée, Napoléon s'était trouvé si éloigné du champ de bataille, qu’il n’avait pas pu modifier l’exécution de ses projets, et particulièrement faire soutenir à temps ce mouvement de cavalerie qui aurait pu produire un effet si utile et si décisif; prématuré et exécuté d’une manière isolée, il

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devint inutile; et cependant si, quand il commença, on eût fait donner la garde, on aurait remédié au mal.

» Au moment du désordre, la terreur s’empara de l’esprit do Napoléon; il se retira au galop à plusieurs lieues, et à chaque instant (il était nuit), il croyait voir, sur sa route ou sur son flanc, de la cavalerie ennemie, et il l'envoyait reconnaître. »

» Il est impossible de ne pas remarquer la haine qui perce dans tout ce récit, que le maréchal prétend tenir du général Bernard ; ce qui est impossible, car le général Bernard était un brave et honnête homme, et par conséquent incapable de lui avoir raconté un tel tissu de faussetés.

» L’Empereur s’est placé, pendant la bataille, sur un mamelon, au centre de la position d’où son regard embrassait l’ensemble des opérations et d’où il aperçut le mouvement de la cavalerie qu’avait ordonné le maréchal Ney, qui lui parut en effet prémamaturé et intempestif; aussi s’écria-t-il : « Voilà Ney qui, d’une affaire sûre fait une affaire incertaine; mais maintenant, puisque le mouvement est commencé , il n’y a plus autre chose à faire qu’à l’appuyer. » Et il m’ordonna de porter l’ordre à toute la cavalerie de soutenir et de suivre celle qui avait déjà passé le ravin qui la séparait de la position occupée par l'ennemi. Ce qui fut fait. Malheureusement le moment n’était pas encore arrivé pour qu’un tel mouvement put réussir, et l’Empereur l’avait bien senti; mais on ne pouvait pas arrêter et rappeler les corps déjà engagés; et il y a à la guerre des fautes qu’il n'y a moyen de réparer qu'en y persévérant.

» Je laisse au maréchal Marmont, sans le lui envier, l’honneur du parallèle (voyez page lîo) qu’il cherche à établir entre les chefs des deux armées et la part qu’il fait à chacun dans le résultat de la bataille ; il se comptait à faire le panégyrique du général anglais aux dépens de l’Empereur; mais au lieu de prendre tant de peine pour l’accuser de fautes auxquelles il attribue l’issue funeste de cette journée, il aurait pu sentir que l’arrivée inattendue sur notre flanc d’un corps de 30,000 Prussiens, dont l'artillerie traversait et labourait de scs boulets notre ligne d’opérations, a été la véritable cause de la perte de la ba-

taille et de ses suites désastreuses. Dans son rapport à son gouvernement, le duc de Wellington a la justice d’en convenir.

» Quant à la terreur que le maréchal prétend s’étre emparée de de l’esprit de l’Empereur au moment du désordre, je ne puis mieux faire pour réfuter cette assertion mensongère, que de raconter les faits tels qu’ils se sont passés sous mes yeux, et par conséquent personne n’est plus en état de le faire que moi.

» Après avoir assisté à l’attaque de la cavalerie et à celle de la garde, et lorsque le mouvement de retraite se fut prononcé, je suis revenu chercher l’Empereur. Il était nuit; je l'ai retrouvé dans un carré et je ne l’ai plus quitté ; après y être resté quelque temps , et la bataille étant perdue sans ressource , il en est sorti pour se porter sur la route de Charleroi.

» Nous avons suivi cette direction, non pas au galop, comme on a l’infamie de le dire dans ces Mémoires, mais au pas, et aucune poursuite de l’ennemi n’a pu inspirer à l’Empereur les craintes que le maréchal, dans sa haine, voudrait lui attribuer. Loin d’avoir l’esprit troublé d’aucune crainte personnelle, et bien que la situation ne fût pas de nature à lui inspirer une grande quiétude, il était tellement accablé par la fatigue et le travail des jours précédents, qu’il n’a pu s’empêcher plusieurs fois de céder au sommeil qui s'emparait de lui, et il serait tombé de cheval si je ne l’avais pas soutenu.

» Nous sommes arrivés le lendemain matin à Charleroi où nous avons pris la poste pour nous rendre à Laon ; il s’y est arrêté pour écrire le bulletin dans lequel il rend compte de cette fatale journée et s’est ensuite mis en route pour Paris. Voilà la vérité ; qu’on la compare avec le récit haineux et mensonger du maréchal Marmont et qu’on juge.

» Mais quel sentiment d’indignation et de dégoût n’éprouve-t-on pas en voyant un homme, dont tous les efforts auraient dû tendre à se faire oublier ou au moins pardonner, venir ainsi attaquer celui qui avait été son bienfaiteur, et, après l’avoir trahi vivant, le calomnier après sa mort!

» Comte de Flahaclt. »

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Lettre de M. Ternanx-Compans.

La protestation suivante a paru dans le journal Le Siècle, du 11 février 1857. Nous la donnons ci-après à titre de renseignement.

■ Paris, le 9 février 1837.

» Monsieur le rédacteur en chef du Siècle,

» Dans le dernier volume de ce qu’il appelle ses .Mémoires, le duc de Raguse rejette sur le général Compans, mon beau-père, une partie de la responsabilité de sa propre conduite sous les mure de Paris en 1814; il ose môme attribuer la retraite d’Essonne à des motifs de crainte personnelle.

» Qui peut-on accuser de lâcheté, de l’homme que, dans un document officiel, l’Empereur Napoléon Ier a qualifié de général (le bataille de premier mérite, ou de celui qui prend ses mesures pour que les insultes qu’il prodigue à une foule d’hommes honorables, ne soient publiées que quand la mort l’aura soustrait, sinon à la honte, du moins au châtiment? Quel est celui des deux que, depuis quarante ans, la France entière a qualifié de traître?

» Je ne puis répondre à des calomnies posthumes que par le mépris. Mais s’il existait quelqu’un qui voulût accepter la solidarité des assertions mensongères du maréchal, je lui donne ici le démenti le plus formel.

» Veuillez agréer, Monsieur le rédacteur, etc.

» Ternaux-Compans,

>■ Ancien député de la ! Mire-Inférieure. »

Les Mémoires du duc de Raguse ont donné lieu à d’autres réclamations de la part des représentants de quelques familles de la Restauration. Comme ces réclamations n’intéressent pas l’histoire de l'Empire, elles seraient ici hors de propos , et nous mentionnerons seu-

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lement deux lettres de M. le prince de Polignac et de M. le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville.

La Notice bibliographique que nous nous sommes proposé de placer dans cette partie de notre ouvrage , serait incomplète, nous manquerions surtout à la justice, si nous omettions d’insérer ici ou moins une indication des articles publiés par les journaux sur les Mémoires du maréchal Marmont. La presse quotidienne est aujourd’hui le refuge d’un grand nombre d’esprits distingués, actifs, éminents , dont le monde subit l’influence sans trop en savoir les mérites. Les écrivains dont nous allons citer les noms , se sont d’ailleurs , pour la plupart , fait connaître par d’importantes compositions. C’est avec un sympathique respect que nous rappellerons les travaux suivants, conçus parfois pour d’autres conclusions que les nôtres , mais presque tous diversement remarquables par des qualités de pensée, de style, d’étude ou de passion.

Gazette cl’Augsbourg , neuf articles non signés : en 4856, n°* 328 et 348; en 4857, n°' 47, 32, 55, 74,75, 86, 87.

Journal des Débats, quatre articles de M. Cuvillier- Fleury, 23 décembre 1856, 4 janvier, 5 et 45 mars 4857.

L’Union , quatorze articles de M . Théodore Anne , 27 novembre, 19 décembre 1 856, 25 février, 3, 49, 20 mars, 2, 3, 10 avril, 43, 17, 24, 26, 28 mai 1857.

L'Assemblée Nationale, aujourd’hui Le Spectateur , cinq articles de M. Lerminier, 42 décembre 1856, 16 janvier, 25 février, 15 mars, 24 avril 4857.

Le Constitutionnel , deux articles de M. Paulin Limayrac , 29 décemhro 1856 et 15 février 1857.

Le Siècle , deux articles de M. Peyrat, 21 mai et 9 juin 1857.

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Le Pays, deux articles de M. de Forville, 10 décembre 1856 et 2! janvier 1857, et ceux de M. Albert Bizouard, 12 avril 1857, etc.

La Presse, un article de M. Nefïtzer, 17 mai 1857.

Nous regrettons de faire ici quelques omissions involontaires et de ne pouvoir notamment citer des travaux importants que nous nous souvenons d’avoir lus dans le journal Au Patrie, sous la signature de M. Pierre de Lacour, et dans plusieurs journaux des départements.

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