DÉDIÉ À MES AMIS, LES DOCTEURS CALMETTE ET VITAL BRAZIL
E. IMBEAUX
En ce temps là, BOUDDHA, Dieu du Temps infini, Incarné sous le nom de CHAKTA-MIUNT, Pérégrinait dans l'Inde.— En une plaine aride
Où nul arbre n'offrait, pendant l'été torride, L'ombrage vt la fraicheur d'un feutllage opulent,
Il s'était endormi sur le sable brälant.
Dans quel rêve éternel ce dormeur impassible
Est-il plongé? — Pourtant son oeil reste sensible
Au rayon de midi tombant sur lui d'aplomb
Et chgnote parfois sous le soleil de plomb...
Aors vient à passer en ce lieu solitatre
Un serpent, un naja, qui, rampant sur la terre,
En replis sinueux contourne un grand corps mou, Sans jamais relever sa têle, n1 Son cou, Car la Nature au sol à rivé cette espèce...
Or, cet humble animal, en sa cervelle épaisse,
Eut pitié de cet homme au soleil étendu:
Voici, pour l'abriter, que s'étant détordu,
Il se dresse soudain par un effort robuste,
Et que comme un tronc d'arbre il tient debout son buste Pour en projeter l'ombre au front du Dieu dormeur: Puis, se gonflant le cou d'une double tumeur,
Îl élargit cette ombre à tel point qu'elle fasse
Un écran juste égal à la divine face;
Cette attitude, enfin, le serpent la garda
Jusqu'au soleil couchant. À cette heure, BOUDDHA S’éveillant, vit encore la bête charitable
Debout et qui tenait sa gorge dilatable
se +
Pour l’ombrager, et dit: ‘’Naja, cette action
Mérite récompense. En la création,
Si tunes de tout point content de {on partage, Demande-moi sans peur un nouvel avantage
Pour Les tiens et pour toi: je vous l’accorderai
En souvenir du jour où tu m'as rencontré .— Seigneur, dit le serpent, nous rampons dans les jongles ; Mais l'aigle et le milan, nous serrant en leurs ongles, Bien souvent de leur bec viennent crever n0S yeux. Mettez donc sur nos corps un signe mervetlleux
Qui puisse épouvanter ces grands oiseaux de proie!” Non seulement cela, serpent, je te l’octroie,
Fit BOUDDHA; mais j'ordonne à mes prêtres hindous Que pour ta race entière 1ls soient pieux et doux.
Vous honorant partout comme Amis de leur Maître”.
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Et comme le soleil, tout près de disparaître,
Envoie au Dieu BOUDDHA son dernier rayon d'or, Lui le prend et l'applique en un brillant décor
Sur le cou du naja, — si bien que les écailles,
Du reptile qui rampe au milieu des broussailles, Aveuglant de leurs feux et milan et vautour, Miroitent désormais comme l'astre du jour.