‹ La défense contre l'ophidismeChapitre 36 sur 107 · CR · texte numérisé non relu

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de ce qu'il s’agit d’une espèce aussi importante, nous donnerons une indication succinte de ses principaux caractères. Tête courte couverte de petites écailles carénées distincte du cou, écailles saillantes, tronc vigoureux, atteignant chez beaucoup d'individus la grosseur du poing: sur un fond gris sombre verdâtre, on distingue sur le dos, de la région cervicale à la queue, des losanges limités par des lignes concentriques, variant du jaune clair au gris foncé presque noir; rostrale un peu plus haute que large, en contact avec la nasale antérieure: une paire d'internasales et une paire de préfrontales; rarement une ou deux petites écailles entre elles, trois ou quatre séries de petites écailles entre les yeux et les suslabiales; sus-labiales 12 écailles en 25 séries, les dorsales fortement carénées: ventrales 170; anale entière; sous-caudales 23. La lon. gueur est très variable, Les plus grands individus que nous avons reçus atteignent I m. 40 c.

La queue chez le mâle est beaucoup plus allongée et plus grosse que chez la femelle.

Chez les Lachesis le male est toujours plus mince et plus petit que la femelle. Il n'en est pas ainsi chez les crotales; carnon seulement les mäles peuvent atteindre de grandes dimensions, mais aussi ils paraissent plus robustes que les femelles. En outre, ils sont plus irritablés qu'elles.

Le serpent à sonnettes est un animal très doux, qui se déplace avec difficulté. Il met du temps pour se préparer à attaquer; mais quand il s’élance, rarement il manque le but.

Il préfère les terrains secs, les champs, les enclos, les broussailles, etc. aux bois touffus. Il est principalement très abondant dans les champs, où il cause de sérieux préjudices aux éleveurs

C’est l’espèce que nous recevons avec le plus d’abondance de l’intérieur de l'Etat. Sur un total de 4.744 serpents envoyés à l’Institut pendant l’année 1912, 1.737 étaient des serpents à sonnettes.

Le venin du serpent à sonnettes est le plus actif de tous ceux que nous avons étudiés. Il se distingue facilement des venins des Lachesis, par une action élective sur le système nerveux, et sa moindre action locale. Pour donner une idée de ce venin sur l’homme, nous ne pouvons rien faire de mieux que de transcrire l'observation magistrale enregistrée par le Dr. J. Sigaud, dans son excellent livre: — «Maladies du Brésil» — au sujet d’une folle

tentative d’un Jépreux pour se débarrasser de sa maladie en se ‘ faisant mordre par un serpent à sonnettes. Voici l'observation.

«Mariano José Machado, né à Rio Pardo, province de «Rio Grande do Sul», âgé de cinquante ans, était depuis six ans affecté de la lèpre tuberculeuse (lèpre léontine d’Alibert). Il résidait à l’hospice des lépreux, à Rio de Janeiro, depuis environ quatre ans. C’est le 3 septembre qu'il en est sorti, animé d’un courage héroïque, bien résolu à tenter l’épreuve de la morsure du serpent à sonnettes, malgré les prudents et sages conseils de divers médecins qui entrevoyaient que le malade, d’après son propre aveu, n'avait suivi que très irrégulièrement les diverses méthodes de traitement qui lui avaient été prescrites et qu'il était loin d’avoir épuisé la liste des remèdes vantés contre la lèpre, entre autres le madar (asclepias gigantesca), si vanté dans l'Inde contre l’éléphantiasis des Grecs.

Mariano Machado, dégoûté de la vie, ne pouvant plus supporter les angoisses d’une horrible infirmité, s’est rendu chez M. Santos, chirurgien, rue de Vallongo, n. 61, qui possédait un serpent à sonnettes. C'est là qu'en présence “’une assemblée nombreuse, dans laquelle se trouvaient MM. les docteurs Maïa, Costa, F. Martins, Tavares, Reis, etc., etc., le malade subit l’épreuve de la morsure en présentant sa main au reptile avec le plus grand sang-froid et en conservant toute sa présence d'esprit. Marianno José Machado était un adulte de taille ordinaire, d’une constitution athlétique. La lèpre léontine, arrivée à sa seconde période, avait rendu la surface du corps insensible au toucher; le tissu cutané, dense et rugueux, était couvert de tubercules peu élevés, sans altération, et la face était repoussante par la difformité des traits. Les extrémités des doigts avaient déjà perdu leurs formes, l’épiderme s’en détachait aisément; les ongles s’altéraient et les doigts étaient contractés. La maladie n'avait pas pourtant anéanti la force vitale, ni épuisé entièrement l'énergie d’une constitution robuste. Il existait sous les bras quelques pustules de nature dartreuse qui établissaient une sorte de complication avec la lèpre

léontine.

Marianno José Machado, avant de tenter l'épreuve, déclara

qu'il agissait par l'impulsion de sa seule volonté. Dans une déclaration signée par lui en présence des spectateurs réunis, il assuma toute responsabilité.

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C'est après avoir signé cette déclaration formelle que de la main droite, introduite à travers les barreaux de la cage, il saisit à deux reprises le serpent. Celui-ci fuit d'abord et lèche ensuite la main sans la mordre; mais se sentant serré avec force au milieu du corps, il mord la main du malade entre l'articulation du petit doigt et celle de l’annulaire avec le métacarpe. La morsure a lieu à 11 heures 50 minutes du matin, le 4 septembre. :

Le malade ne sent pas l'impression des dents, ni l’action immédiate du venin introduit dans la plaie; il reconnaît qu'il est mordu seulement par l'avis que lui donnent les observateurs qui l'entourent. La main est aussitôt retirée de la cage: elle est peu enflée. Du sang découle de la plaie; il n’y a point de douleur ; le malade conserve son sans-froid; la respiration et le pouls sont dans l’état normal. Cinq minutes après, il éprouve une légère sensation de froid dans la main; une faible douleur se développe à midi dans la paume de la main; elle augmente en quelques minutes, en 17 minutes elle s'étend au poing; en 20, la main se tuméfie considérablement; en 30, le pouls devient plus fort et plus plein: même tranquillité morale. Eu 55 minutes, même sensation d’enflure dans les côtés et à la partie postérieure du cou; le volume de la main augmente; extension de la douleur aux deux tiers de l’avant-bras. En 59 minutes, engourdissement de tout le corps. À 1 heure 20 minutes, tremblement par tout le corps, sen: sibilité au toucher. À 1 h. 36 m., trouble intellectuel, pouls plus fréquent, difficulté dans les mouvements des lèvres; tendance au sommeil, resserrement de la gorge; douleur de la main olus intense, s'étendant à tout le bras; l’enflure de la main augmente. A 1 h. 45 m., douleur de la langue et du gosier, s'étendant jusqu'à l'estomac; augmentation de la douleur et de la tuméfaction de la main mordue; sensation de froid aux pieds. À 2 h. 5 m., diffculté de parler; 20 minutes plus tard, difficulté d’avaler; quelque anxiété, sueur abondante sur la poitrine. À 2 h. 50 m., abattement, prostration des bras, écoulement de sang par le nez, inquiétude, pouls à 96. Sueur générale à 3 h. 4 m., gémissements involontaires; quelques minutes après, pouls à 100; grandes douleurs dans les bras, injection de la face, épistaxis continuel. À 3 h, 35 m., le malade avale sans difficulté de l’eau vineuse, change de chemise ; une couleur rougeatre se manifeste sur tout le corps; un

suintement de sang se déclare par une des pustules placées sous le bras. La couleur devient plus foncée, surtout dans le membre piqué; atroces douleurs dans les membres supérieurs qui ne laissent aucun repos, resserrement de la gorge, respiration dificile. A 4h. 30 m., pouls à 104, grande chaleur par tout le corps, salivation. A 6 h. 1/2, pouls à 104, torpeur, urine abondante, salive épaisse de couleur foncée, prostation musculaire, gémissements, effet des grandes douleurs, respiration tranquille, pouls plein, plus grande intumescence de la main mordue. À 7 heures, sonnolence, gémissements; le malade se réveille accusant une forte douleur à la poitrine et la gorge comme fermée; émission copieuse d'urine, déglutition plus difficile, salive abondante, continuation de l’épistaxis On lui administre une boisson composée d’eau, de sucre et d’eaude-vie, qu'il ne peut parvenir à avaler. À 8 heures la sueur cesse, inquiétude, émission copieuse d'urine, À 9 1/4, sommeil profond. À 10 heures, on lui administre une infusion de guaco, à la dose de trois cuillerées, avec une d’eau sucrée que le malade refuse de boire; il prend seulement l’infusion. L’écoulement du sang par le nez cesse; pouls 108, régulier. On note que les tubercules sont déprimés sur les deux bras et à la face, manifestant un aspect érysipélateux. À 10 h. 20 m., émission d'urine claire, quantité de deux onces; soulagement, sommeil pendant quelques instants, diminution des douleurs de la poitrine; mais celles-ci se déplacent, envahissant les jambes et les pieds, qui s'étaient jusqu'alors conservés froids, ainsi que la main mordue; pouls 108, régulier; soif; le malade boit, assis, de l’eau avec facilité A 11 heures, il prend quatre cuillerées d’une forte infusion de guaco. Trois quarts d'heure après, il urine un liquide coloré et continue à boire de l’eau sans peine; pouls à 119; bras et main piquée très enflammés, avec douleur excessive.

À minuit, sommeil, excitation, nouvelle émission d'urine. Demi-heure après, réveil avec anxiété, cris douloureux: le malade demande la confession, refuse tout remède; plus tard, nouvelle émission d'urine, forte chaleur dans les jambes: le malade se décide à prendre deux fois l’infusion à intervalle de demi-heure; continuation des mêmes symptômes. À 2 heures, il prend assis sur son lit trois cuillerées d’eau qu'il avale avec peine, et chaque fois qu’il avale de l’eau pure, la difficulté d’avaler augmente, ainsi

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