SAN LA ER
que la douleur. À 2 h. 1/2, il prend le remède; repos. A 3 h. 1/2, urine; repos; dose du remède administrée à 3 h. 3/4; pouls 110; mouvements involontaires dans le pouce de la main droite et dans la jambe gauche. A 4 heures, émission d’urine; on lui administre à 4 h. 3/4 une cuillerée du remède; repos; pouls 100; deux émissions d'urine de 5 à 6 heures; respiration libre. A 9 h. 3/4, grande prostration; mouvements convulsifs de la machoire et des extrémites inférieures; urines sanguinolentes. A 10 heures, pouls accéléré, disparaissant à iongs intervalles; augmentation des mouvements convulsifs; diminution de l'intumescence des extrémités et de la colorätion rouge de la peau; déglutition très difficile; respiration gênée. On applique des vésicatoires aux cuisses, on donne l’infusion de guaco. À 10 h. 50 m., diminution des mouvents convulsifs; on donne un lavement d'eau-de-vie. A 10 h. 55 m.. cessation des convulsions. À 11 heure, même état; on lui donne par la bouche une once d'huile de lézard, qu'il avale très difficilement. Mort à 11 h. 1/2».
Dans cette observation, véritable expérience sur l’homme, nous notons deux faits que nous n'avons pas constaté chez les animaux empoisonnés expérimentalement avec ce venin, aussi bien que dans les accidents déterminés par cette espèce. Nous voulons parler de l'intensité des phénomènes locaux et de la rapidité avec laquelle se sont présentées les hémorragies, faits explicables probablement par l'état pathologique où se trouvait l'individu soumis à l'expérience. Dans les accidents par le Crotalus terrificus, les accidents locaux sont de fait très peu intenses, contrastant presque toujours avec la gravité des symptômes généraux, indices, en règle générale, de l’action prédominante sur les centres nerveux. La caractéristique de ce contraste constitue un bon élément de diagnose différentielle entre cette espèce d’empoisonnement et celui qui est déterminé par la plupart des Lachesis.
Les hémorragies déterminées par le poison des serpents à sonnettes sont rares et, quand elles se produisent, elles sont tardives, ce qui constitue aussi un bon caractère différentiel pour distinguer le venin crotalique du venin bothropique.
Le venin de cette espèce est pour le moins cinq fois plus actif que celui de toute autre. Aussi les accidents qu'elle détermine, sont-ils généralement très graves.
Les sérums à employer sont l’anti-crotalique et l’anti-ophidique. Mais on doit préférer l’anti-crotalique, toutes les fois que l'on aura la certitude que l'accident a été déterminé par un serpent à scnnettes. Les victimes seront traitées le plus promptement possible et il ne devra pas s'écouler plus de deux heures entre le moment de l'accident et celui de la première injection de sérum, qui sera de 20 centimètres cubes au minimum.
Les personnes qui ont été mordues par un serpent à sonnettes doivent être soigneusement observées, pendant une période de 15 à 20 jours après l'accident, car dans cet intervalle on peut observer des rechutes ou la réapparition des phénomènes primitifs d’empoisonnement, qui avaient cédé sous l'influence du traitement spécifique. Dans ces conditions une nouvelle injection de sérum, même faite plusieurs jours après l’acident, a un effet merveilleux.
Il semble que, dans ces cas, une petite portion de venin qui se trouvait en combinaison instable avec le sérum, se dégage finalement, allant se fixer sur les centres nerveux et produisant alors des phénomènes d’une extrême gravité. Toutefois, ce venin se trouve infiniment sensible à l’action de l’anti-toxine contenue dans. le sérum spécifique, de sorte qu'une nouvelle injection de ce dernier parvient, encore une fois, à soustraire les cellules de l’organisme à l’action pernicieuse du venin.
Les faits suivants démontrent l'exactitude de nos affirmations.
1.0 — Un matin nous reçûmes la visite de trois italiens, dont Jun soutenu par ses compagnons, avait peine à se tenir debout.
L'un des deux autres nous raconta que leur compagnon avait été mordu depuis près d’une heure, par un serpent qu'ils supposaient être un jararaca. Comme lé serpent avait été tué, nous nous décidämes à faire une injection de sérum anti-ophidique et nous envoyames chercher le reptile pour vérifier si réellement l’information était exacte, car d’après les symptômes observés nous soupçonnions qu'il pouvait plutôt s'agir d’un empoisonnement par un serpent à sonnettes. Et, nous avions raison.
Quelque temps après, en effet, l’auteur de l'accident nous. était présenté, et nous pümes ainsi constater qu'ils s'agissait effectivement d'un serpent à sonnettes et non d'un jararaca. Sur la gravité du cas il serait difficile de se prononcer, car on avait enivré complètement la victime, de sorte qu'il n’était pas possible
de distinguer ce qui était dû à l'influence de l'alcool de ce qui devait être attribué à l’action du venin.
En cette occurence, nous fimes injecter encore un tube de sérum anti-crotalique et reconduire le patient à son domicile qui était à 3/4 d'heure de l’Institut, en recommandant que dans l'aprèsmidi de ce même jour et les jours suivants, on nous donnât des nouvelles du malade. Nous en eûmes effectivement des nouvelles, tant dans l'après-midi que les jours suivants. Nouvelles rassurantes: le malade s'était rétabli progressivement jusqu'à ce que dans la matinée du troisième jour il voulut laisser le lit. A partir du cinquième jour, nous n’eûmes plus de nouvelles du malade, jusqu'au neuvième, où, dans la matinée, nous fûmes appelé par un des compagnons du patient. Cet homme, en nous manifestant son affliction, nous raconta que le malade s'était déjà levé, se jugeant complètement guéri, lorsque, dans cette matinée même, il avait été subitement atteint d’une attaque et se trouvait très mal, car il ne parlait pas et ne reconnaissait plus personne.
N'ayant pas encore observé un cas semblable, nous supposâmes tout d’abord, qu'il s'agissait de quelque maladie intercurrente ou de quelque attaque épileptique. Nous voulûmes, donc, vérifier ce dont il s'agissait. Nous nous munîmes de sérum et de seringue et nous rendimes chez le malade.
Nous trouvames un tableau désolant. Le malade était étendu sur le lit en décubitus dorsal, complètement paralysé, respiration fréquente, superficielle et sifflante d’une personne qui râle, pouls très faible et difficile à compter, visage cyanotique, sueurs froides, visqueuses, température basse, pupilles dilatées, aphasie, impossibilité dans la déglutition. C'étaient des symptômes d'empoisonnement crotalique, et, cependant, ilnous parut invraissemblable qu'il eût pu se présenter aussi soudainement des symptômes d’une telle gravité, Toutefois, en cette occasion, par acquit de conscience et sans nourrir le moindre espoir, nous fimes ce que nous pouvions, c'est-à-dire une injection de sérum anti-crotalique. Le lendemain, lorsque un ami du patient vint nous trouver, nous supposâmes qu'il était venu chercher un certificat de décès. Cet homme, au contraire, tout joyeux, nous informa que quelques heures après l'injection, le malade avait commencé à être mieux et que, dans la matinée, il s'était déjà assis sur le lit et demandait à manger.
Ce cas nous fit impression, mais nous eûmes des doutes au sujet de la véracité des informations sur l’état qui avait précédé le tableau final observé par nous.
Le hasard a voulu nous fournir les éléments pour mieux comprendre le cas clinique que nous venons de rapporter.
2.0 — Nous essayions de trouver une méthode d’immunisation contre le venin ophidique par l'emploi de fortes doses de venin, en injection sous-cutanée. Mais, auparavant, les animaux avaient été protégés par des injections endovéneuses du sérum spécifique en dose suffisante pour neutraliser celle du venin administré. Le venin employé était celui du serpent 4 sonnettes.
Nous avons pris six mulets, qui n'étaient plus bons pour le travail, et nous les avons traités, comme il a été dit, simultanément par le sérum et par le venin à doses variables.
Ces animaux, observés avec le plus grand soin, sont restés quelques jours sans présenter rien d’anormal si ce n'est la réation locale au point d'inoculation, Du 7me au 8me jour l’un d'eux est tombé subitement paralysé, comme s'il avait reçu une injection endovéneuse de venin crotalique. Immédiatement on lui a fait une autre injection endovéneuse de sérum anticrotalique. Quelques minutes plus tard les symptômes alarmants ont disparu complètement et l'animal se retrouvant en bon état physiologique s'estileve:
Quelques jours après, un autre animal de cette expérience, attaqué subitement d'identiques symptômes d'empoisonnement, a été traité de la même manière et s’est aussi rétabli.
3.0 — D'autres cas d'apparition de phénomènes tardifs d’empoisonnement par serpent à sonnettes nous ont été rapportés verbalement par des confrères. Là aussi, après avoir été traitées par le sérum, les victimes avaient été jugées hors de danger.
Ces observations ont été faites exclusivement dans les cas d'empoisonnement crotalique.
Nous ne manquons pas d'y attirer l'attention des personnes
qui auront à donner des soins dans des accidents déterminés par cette espèce.