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ESPÈCES DE VENIN

C. J. Martin divise les venins en deux groupes correspondant aux deux familles où se trouvent les serpents venimeux. Comme type d’empoisonnement par des Colubridés, cet auteur nous donne la symptomatologie de l’action toxique du venin du serpent à lunettes (Naja tripudians) observée sur l'homme.

«Le premier qui apparaît, dit-il, est une sensation plus ou moins intense de brûlure à l'endroit mordu qui de suite devient rouge, sensible et tuméfié. Les symptômes généraux commencent environ demi-heure plus tard. Le patient sent un malaise général, de la somnolence et de la faiblesse dans les jambes, qui augmente

au point de l'empêcher de se tenir debout. Aussitôt survient une abondante salivation, la paralysie de la langue et du larynx, ainsi que l'incapacité de parler ou d’avaler. Des nausées et des vomissements se produisent fréquemment. La paralysie devient générale et complète. Le patient gît sur les dos, incapable d’un mouvement volontaire quelconque. Ses expansions respiratoires diminuent de nombre et d'amplitude ; il paraît conscient, mais incapable de s'exprimer; le coeur bat vite, mais fortement. Enfin, la respiration cesse avec ou sans convulsions et le coeur s'arrête. Jusqu'à l'arrêt de la respiration, la pupille reste contractée et réagit contre la lumière. Si le patient survit aux symptômes de paralysie, son rétablissement complet est rapide. QOuelquefois dans lempoisonnement on observe des hémorragies des muqueuses, mais l'urine ne présente pas d’albumine» (:).

Calmette décrit ainsi la symptomatologie de l’empoisonement expérimental par le venin des Colubridés.

«Chez le singe, dit-il, le premier signe apparent de l’absorption du venin de serpent ou de toute espèce de Colubridés est une sorte de lassitude générale; puis les paupières se ferment à demi. L'animal semble chercher un endroit favorable pour se reposer; il se relève aussitôt, marche par saccades: ses membres ont de la peine à le supporter. Bientôt il est pris de nausées, de vomissements, de dyspnée ; il appuise sa tête sur le sol, la redresse en cherchant 4 aspirer l'air, porte ses mains à sa bouche comme pour arracher un corps étranger du pharynx. Il vacille sur ses membres et se couche sur le côté, la face contre le sol. Le ptosis s'accentue et l’asphyxie complète survient bientôt. Le coeur continue à battre pendant quelque temps après que la respiration a cessé, puis il s’arrête en diastoie.

La rigidité cadavérique survient très rapidement et persiste longtemps, même après le début de la putréfaction. Pendant les derniers moments de la vie, la pupille reste très impressionnable; l'animal semble conserver intacte la sensibilité à la douleur et à l'ouie. L'excitabilité électrique des muscles de la face persiste, mais celle des membres et du tronc disparaît presque complètement. L'application de courants voltafaradiques de la nuque au

(1) C. J. M. and G. L. Snake poison and snnake-bite, pag. 24—286°

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diaphragme ne provoque aucun mouvement respiratoire lorsque l’'asphyxie commence à se manifester. Les sphincters de la vessie et de l'anus se relâchent après quelques spasmes qui provoquent fréquemment, chez les mâles, l’éjaculation du sperme. L'urine et les fèces s'échappent ensuite» (!).

Comme type d’empoisonnement par des vipéridés, Martin nous trace, dans les lignes suivantes, un tableau symptomatique attribuable à un accident par serpent à sonnettes, probablement le Crotalus adamanteus, tableau qui s'éloigne dans ses parties essentielles de ce que l’on observe ordinairement dans l'empoisonne-

ment déterminé par le serpent à sonnettes sud-américain — le Crotalus terrificus.

«Douleur forte dans la région mordue, suivie rapidement de tuméfaction et de décoloration. Parfois il y a hémorragie de la blessure. Les symptômes généraux apparaisent gènéralement en moins de 15 minutes et consistent en prostration progressive, dé marche chancelante, sueurs froides, nausées et vomissements, pouls fréquent et faible, pupilles dilatées, légère perturbation mentale, Dans cet état le malade peut mourir environ douze heures après avoir été mordu. S'il y a nouvelle dépression, les symptômes locaux commencent à jouer un rôle beaucoup plus important que dans l’empoisonnement par cobra. La tuméfaction et la lividité s'étendent sur le membre et sur le tronc; les symptômes d'empoisonnement général commencent avec l'élévation de température, une grande faiblesse, des syncopes répétées. La respiration est difficile. Parfois l'esprit est lucide; d’autres fois il y a de l'agitation et du délire. £a mort peut alors avoir lieu et être en certains cas précédée de convulsions. Fréquemment la région mordue suppure ou se gangrène, d'où résulte très souvent la mort du malade même quelques semaines après l'accident. Quand la dose du venin n’a pas été très forte, la tuméfaction décline et la douleur disparaît rapidement. Le rétablissement des symptômes aigus est presque toujours rapide et en notable contraste avec la gravité des symptômes.

Ce tableau ne correspond pas exactement à ce que l'on observe dans l’empoisonnement par notre serpent à sonnettes (Cro-

() Dr. A. Calmette — Les venins, pag. 178.

talus terrificus), ni dans l’empoisonnement par les autres vipéridés sud-américains appartenant au genre Lachesis; il devait occuper, au point de vue symptomatologique, une place intermédiaire entre l’un et l’autre venin. Les venins du C. terrificus et de quelques autres Viperidés sud-americains s’éloignent tellement entre eux au point de vue de leur action toxicologique, qu'il devient possible de reconnaître par la symptomatologie, dans un accident quelconque, s'il s’agit d’une piqûre de serpent à sonnettes (C. terrificus) ou d'un autre vipéridé. Ils ne doivent donc pas être réunis dans le même type d'empoisonnement.

En outre, dans le poison des colubridés on rencontre de grandes variations symptomatologiques, selon le genre et les espèces productrices, C'est ainsi que les venins des Bungares, des Enhydrines, des Elaps sont faciles à distinguer les uns des autres et aussi du type Nagine qui est le principal de la famille des colubridés.

Au lieu de séparer les venins au point de vue symptomatologique en deux grands groupes subordonnés respectivement aux familles des Colubridés et des Vipéridés, il nous semble que dans la pratique il est plus utile de les diviser en autant de groupes qu'il y a de genres auxquels appartiennent les espèces venimeuses.

Tout au moins c’est à cette méthode de groupement que nous avons été conduits par les études que nous avons faites sur les espèces sud-américaines et leurs venins.

Si nous portons plus loin notre analyse sur les différents venins et si nous ne nous limitons pas à examiner seulement les différents symptômes produits par eux dans l'organisme vivant: mais si, au contraire, nous les examinons au point de vue de leurs réactions, de leur plus ou moins grande résistance à l’action de la chaleur, de leurs pouvoirs hémolytique, coagulant et protéolytique, et surtout au point de vue de la formation de l’anti-toxine, nous reconnaissons qu'On ne rencontre pas deux espèces venimeuses qui produisent le même venin. Nous vérifions cependant, que le venins différents se rapprochent ou s’éloignent les uns des autres en ce qui concerne leur action toxicologique et leurs propriétés, selon les relations de parenté qui nous sont indiquées par l’histoire naturelle. C’est ainsi que les venins de tous les Lachesis brésiliens

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se ressemblent entre eux, mais peuvent, cependant, se différencier selon les espèces qui les produisent, comme nous le verrons plus loin, par les réactions biologiques et principalement par la formation d’aaticorps-spécifiques.

Toutefois les différents venins des espèces qui plus fréquemment se rencontrent dans l'Amérique du Sud, nous pouvons les su. bordonner à trois types: le type crotalique, qui nous est fourni par le Crotalus terrificus (serpent äà sonnettes sud-américain); 1e type bothropique, qui, d'accord avec la classification moderne, de: vrait plutôt s'appeler lachétique, comprenant le venin de presque tous les Lachesis de l'Amérique du Sud, et le type élapiné, auquel doivent être subordonnés les venins des Elaps sud-américains.

PHÉNOMÈNES LOCAUX D'EMPOISSONNEMENT.

Quand un animal quelconque est mordu par un serpent venimeux, dans une région musculaire, ou quand l'expérimentateur y fait une injection de venin, on y note aussitôt une forte trépidation musculaire et de la douleur variant beaucoup d'intensité, selon la qualité et la quantité du venin. Immédiatement après

lJ'inoculation du venin on peut observer les phénomènes locaux qui varient extraordinairement avec la qualité du venin. Il ÿ a des venins dont la réaction locale est nulle, comme avec celui des Elaps, et cela constitue un des caractères les plus importants du type élapiné; il y en a certains autres dont la réaction locale est extraordinaire, comme celui des Lachesis, et cela constitue un des meilleurs moyens de distinguer ce type d'empoisonnement, pour d’autres, enfin, les phénomènes locaux sont de moyenne intensité, tel celui du Crotale.

Les phénomènes locaux qui peuvent être perceptibles quelques minutes après l'inoculation, sont caractérisés principalement par l'augmentation du volume de la partie atteinte, augmentation de volume qui partant du point mordu, s'irradie dans tous les sens, en progressant plus ou moins rapidement, selon l'intensité et la qualité de l’empoisonnement. L'augmentation de volume du membre ou de la région offensée peut atteindre des proportions colossales dans les empoisonnements de type bothropique. Si la morsure a lieu au pied, par exemple, l’oedème hémorragique, qui

se forme principalement dans le tissu cellulaire sous-cutané, constitue la raison d'être de l'augmentation de volume, qui monte progressivement du point mordu jusqu'à la racine du membre, et peut même, dans des cas graves, envahir le tronc. Dans quelques. cas le membre peut atteindre le double de son volume normal; la peau de couleur livide, cyanotique, présente des papilles ou des vésicules de grosseur variable, dans l’intérieur desquelles on voit un liquide séro-sanguinolent ou simplement séreux.

Dans des cas d'extrême gravité la mort peut survenir avant l'évolution complète des phénomènes locaux. Dans ceux qui sont assez graves, mais dans lesquels la mort ne survient pas très rapidement, les phénomènes locaux progressent avec une telle intensité, que de la partie mordue (presque toujours un des membres} ils peuvent s'étendre au tronc, aux autres membres, à la tête, en déformant ou en défigurant l'individu.

Dans les cas légers ou d'intensité moyenne, les phénomènes locaux se limitent à une partie ou à la totalité du membre offensé. On peut, dans de tels cas, observer la dispariton progressive des. phénomènes locaux sans qu'il en reste de vestige, ou, alors, ce qui arrive assez fréquemment, on observe la gangrène ou mortification des tissus au point d’inoculation du venin, laquelle pourra se terminer par la déeomposition des tissus mous qui entourent lepoint mordu ou par l'élimination complète de la partie périphé. rique qui limite le point où a eu lieu l’inoculation du venin. Le processus nécrotique s'étend dans ces cas jusqu'aux os.

Le mécanisme de cette action mortifiante du venin subordonné au type bothropique est compréhensible par la propriété coagulante sur le plasma sanguin et par la propriété protéolytique du venin de presque tous les Lachesis sud-américains.

Nous constatons beancoup de faits de cet ordre, aussi bien expérimentaux que cliniques.

Nous allons en rapporter ici à peine quelques-uns dûs aux observations de médecins distingués. Ils sont extrêmement intéressants et documentent l'exposition que nous venons de faire sur les phénomènes locaux dans l’empoisonnement de #ype bothropique.

1.0 — Dans une visite 4 l’Hôpitale de Curityba, le Dr. Espindola, directeur de cet établissement, nous a fait présent de l'intéressante pièce anatomique reprèsentée dans la planche n. 2z

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et constituée par un pied complètement momifié qui avait été éliminé par processus de gangrène sèche consécutive à une morsure de serpent.

Ce distingué collègue nous a raconté que quelques années auparavant, un pauvre paysan avait été conduit à cet hôpital, portant dans sa poche le pied qui s'était séparé de la jambe à la suite d'une morsure de serpent dont l'espèce n'avait pas été déterminée.

Malheureusement l'observation est restée incomplète, parce qu'il n’a pas été possible de recueillir de plus amples informations sur le cas.

2.0 — Observation recueillie par l'étudiant em médecine, M. Salles Gomes à l’infirmerie du Dr. Alves Lima, à l'Hôpital de la Miséricorde de S. Paulo:

«B. I. P., mulâtre, célibataire, 34 ans, agriculteur, brésilien, résidant à S. Bernard, Etat de S. Paulo, — A été mordu le 14 Septembre 1912, par un serpent (qu'il a déclaré être un Jararacussü), à la partie postérieure du tiers inférieur de la jambe, sentant aussitôt après la piqûre l’absence de forces et perdant complètement la vue. Il a pris comme remède: de la saumure, du tabac et du vinaigre. La jambe et le pied ont été très enflammés. Le malade a senti quelques jours après que le pied se détachait en morceaux et l’a complètement perdu le 29 décembre, puis est venu le lendemain, 30, à l'Hôpital de la Miséricorde, où Na été opéré:

3.0 — Observation recueille par le Dr. Montenegro: Assistant de l'Hôpital de Miséricorde à S. Paulo:

«Rogerio Garcini, 19 ans, né à Gênes, célibataire, ouvrier.

Un jour qu'il n’a pas pu préciser, pendant le mois d'octobre 1911, en défrichant un terrain avec d’autres compagnons, il a été piqué, à la face externe du tiers inférieur de la jambe gauche par un serpent qu’ après sa mort les compagnons ont classé comme jararacuçü,

Immédiatement après la piqûre, il a senti dans la blessure faite par les dents du serpent, une douleur très vive qui n'a pas tardé 4 lui envahir tout le corps en même temps qu'elle lui obscurcissait la vue et affaiblissait les jambes. Il a essayé de marcher seul vers un hangard qui se trouvait à une centaine de mè-

tres du lieu où il avait été piqué, mais il n’a pu parvenir à fair plus de la moitié du chemin, car il est tombé à terre ayant complètment perdu connaissance.

Néanmoins il a été porté sous abri où l’un de ces compagnons a appliqué ses lèvres à la blessure en la suçant, ainsi qu'on le lui a raconté plus tard.

On lui a dit aussi que ia blessure avait été lavée avec de l'eau-de-vie et qu'on y avait en outre appliqué du tabac mâché comme curatif. Mais il ne savait pas si cela était vrai et il ne pouvait pas dire non plus combien de temps il était resté évanoui sous l'abri.

Il savait tout au plus qu'il était revenu à Jui très lentement, en commençant à y voir vaguement et à avoir de légères notions des choses; la voix avait mis plus de temps à lui revenir.

Il a senti alors que la jambe gauche était complétement «oubliée» et qu'elle était entièrement noire depuis le point piqué jusqu'en bas. :

Quand les compagnons ont vu qu'il était revenu à lui, ils l'ont transporté à la station Cerqueira Cesar. De là on l’a envoyé, par le premier train, à Botucati où :il est entré à l’hôpital quinze jours après l'accident, selon les informations de ses compagnons.

A Botucatu, il est resté un mois en traitement et y a reçu dix injections, mais sans pouvoir dire de quelle nature elles

étaient.

Là, la gangrène a continué à envahir la jambe gauche, et quelques jours après l'entrée du malade à l'hôpital, il s'en est détaché une partie depuis le point où le serpent l'avait mordue. En même temps que la gangrène s'est déclarée à la jambe gauche, elle s'est aussi manifestée au médius à et l'index de la main gauche que l’on a amputé à la seconde articulation, à l'index gauche et aux médius et index de la main droite que l’on a amputé à la première jointure, la plus distante, et au grand orteil droit qui a perdu l’ongle et dont les phalanges se sont éliminées par un processus d'ostéite, de manière que l’orteil est devenu bien plus court que son compagnon du côté gauche.

A la face interne de la cheville droite il s’est formé une

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