DOSES MINIMES MORTELLES — PIGEON
Voie veineuse Voie intra-musculaire
ELAPS frontalis milligr. 0,070 milligr. 0,150 L'ACHESIS Aatrox » O,CI10 » 0.700 LACHESIS neuwiedii » O,OIS » 0,500 LACHESIS alternatus » O,017 » 1,000 LACHESIS itapetiningae » O,O15 » 0,150 LACHESIS lanceolatus » 0,020 » 0,500 LACHESIS jararacuçü » 0,020 » 0,700 LACHESIS mutus » 0,007 > 0,350 CROTALUS terrificus » 0,001 » 0,002
LAPIN (par kilogg. du poids de l’animal)
Voie veinneuse Voie intra-musculaire
ELAPS frontalis milligr. 0,500 mulligr. 0,700 LACHESIS atrox » 0,070 » 8,000 LACHESIS neuwiedii » 0,100 » 5,000 LACHESIS alternatus » 0,300 » 8,000 LACHESIÏS itapetiningae » 0,300 >.‘ 12,000 LACHESIS lanceolatus »L:011/0, 210 40e Me IDE LACHESIÏIS jararacuçü » 0,300 » 3,000 LACHESIS mutus » 3,000 > 5,000 CROTALUS terrificus » 0,250 » 1,000
Par la simples inspection de ces données on constate que le venin de Lachesis atrox, chez le pigeon, tue seulement par injection intra-musculaire à une dose égale à 70 fois le minimum mortel par voie veineuse et chez le lapin, en circonstances identiques, à une dose égale à 114 fois celle qui est nécessaire pour déterminer la mort par voie veineuse. En regard, nous voyons que avec les venins d'Elaps et de Crotalus les différences sont de deux ou tout au plus de quatre minimes mortels.
Sous cet aspect les venins de Lachesis se rapprochent les uns des autres et s’éloignent des venins de Crotalus terrificus et d'Elaps frontalis.
SENSIBILITÉ DES DIFFERENTES ESPECES ANIMALES A L'ACTION DES DIFFERENTS VENINS.
La sensiblité au venin est variable ‘d’une espèce à une autre. Il n’y a pas d'animal complètement réfractaire à l’action du
AE | à
venin. Même le serpent venimeux peut succomber à l’action du venin de la même espèce. C'est tout au plus une question de posologie. Tandis que le venin de Lachesis lanceolatus, à la dose de 30 milligramines peut tuer un individu de Crotalus terrificus ou de toute autre espèce, venimeuse ou non, il faut, pour le moins, 300 milligrammes pour faire succomber un individu de La:chesis lanceolatus. Inversement le venin de Crotalus terrificus ou de tout autre espèce est pour les espèces qui lui sont respectivement homologues, dix fois moins actif que pour les espèces hétérologues.
Les espèces ophiophages sont particulièrement résistantes à l'action du venin des espèces dont ils se nourrissent.
Nous vérifions ce fait en ce qui concerne le Muçurana (Oxyrhopus cloelia) qui se nourrit ordinairemeut de Crotalinés. Il résiste à toute la quantité de venin mise en jeu. Et il doit en A 5 = / / être ainsi parce que étant constamment blessé dans les combats qu'il livre ordinairement aux Crotalinés, dans le but de s’en nourrir, il succomberait habituellement s’il ne jouissait pas d’une résistance particulière à l’action de ces venins.
[Il y a, cependant, un venin auquel sont sensibles tous les serpents, y compris le Muçurana; c'est celui des Elaps. La raison logique de ce fait est que les Elaps (coraux venimeux) sont des espèces ophiophages qui capturent leurs victimes, non par la force, comme le Muçurana et d’autres espèces également ophiophages, mais par l’action du venin naturellement spécialisé pour ces espèces de victimes.
Habitué à voir le Muçurana toujours vainqueur dans les combats qu’il livre pour capturer les victimes (Crotalinés) qu'on lui offre, nous l'avons vu avec surprise succomber à l'action du venin du premier Elaps"que nous lui offrions. Ce fait a éveillé notre attention et nous a amené à vérifier que le venin des élapinés (nous avons expérimenté avec le venin d’élaps frontalis et celui d’élaps coralinus) possède une action beaucoup plus active que celui des vipéridés sur tous les autres serpents. Cette activité plus grande est mise en évidence tant par la posologie que par la rapidité de l’action. Avec le venin d’un Crotaliné,si exagérée que soit la dose, on ne parvient à tuer tout autre serpent, si ce n’est au bout d'un grand nombre d’heures. Avec le venin d'un
Elaps, au contraire, on peut faire succomber tout autre serpent en quelques minutes.
En obligeant un Elaps à mordre un serpent d'une autre espèce, on observe ordinairement la mort de celui-ci au bout de 15 à 30 minutes.
D’après les expériences de Calmette et de Rogers, les poissons sont plus résistants que les animaux à sang chaud, à
l'action du venin; mais ils présentent une particularité par rapport au venin des Hydrophinés. Rogers (') a constaté, en effet, que
le venin de ceux-ci était 50 fois plus toxique pour les poissons que celui de cobra. — (Naja tripudians,) et Calmette est parvenu à déterminer la mort de deux spécimens de poissons, en cinq heures, en leur injectant une dose mortelle pour le pigeon en 20 minutes. Les batraciens, de même que tous les animaux à température variable, sont sensibles à l’action du venin ophidique, quoique à un degré bien moins élevé que les animaux à température constante.
Les oiseaux sont extrêmement sensibles au venin; les mammifères le sont, en général, moins, quoique il s’en trouve parmi eux quelques espèces particulièrement résistantes.
Parmi les mammifères dont il nous a été donné de constater la grande sensiblité, nous devons mentionner les ovrdés et les éguidés.
Parmi les plus résistants nous citerons le porc, la mangouste (H. ichneumon), le hérisson européen (Erinaceus europeus) et le campagnol.
Si nous prenons le même venin et si nous voulons par expérience déterminer la sensiblité de diverses espèces par le minimum mortel, nous constaterons combien est variable la sensiblité d'une espèce à une autre.
Ainsi, par exemple, avec le venin crotalique nécessaire pour tuer un serpent à sonnettes on peut tuer:
10 serpents d'une autre espèce,
24 chiens du poids moyen de 25 kilos, 25 boeufs,
60 chevaux,
() L. Rogers, Proc. Roy, Soc. T. LXXI-Mai 1903 page 481 à 496.
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600 lapins, 800 rats,
2000 cobayes, 300000 pigeons.
Il faut encore considérer la sensiblité individuelle, quoique elle soit moins importante que la sensibilité de l'espèce.
Parmi les individus de la même espèce, tous sont loin de réagir avec la même intensité, ou de se montrer également sensibles à l’action du venin. Il y a des individus beaucoup plus résistants que d’autres. Nous avons vérifié ce fait principalement chez les chevaux et les mulets que nous avons employés pour l'immunisation contre le venin.
Chez les animaux de laboratoire on a constaté que les individus les plus jeunes sont beaucoup plus sensibles que les adultes.