AL ES NE
l'asphyxie par coagulation intra-vasculaire. Fecktistow, en expérimentant avec le venin de Crotalus et de Vipera berus, a observé des paralysies, surtout dans les extrémités postérieures, mais n'a rien vu qui rappelât les effets du curare. Brunton et Fayer ont observé que le venin de Cobra paralyse les extrémités périphériques des nerfs moteurs, et qu’il peut aussi exercer une action paralysante sur la moelle épinière. Ces auteurs pensent que le cerveau n’est pas directement affecté: la torpeur et la somnolence que l’on observe quelquefois seraient produites indirectement.
Ragazoti par des expériences sur des grenouilles et des mammifêres a confirmé les résultats de Brunton et de Fayer au sujet de l’action du venin de Cobra sur les terminaisons périphériques des nerfs moteurs. Maurice Arthus n'accepte pas l'explication des perturbations respiratoires par l’action du venin sur Îles centres respiratoires,
Pour ce même auteur le venin de Cobra agit exclusivement sur les plaques terminales. Voici les faits sur lesquels il se fonde:
1.0 — à mesure que les contractions diaphragmatiques s’affaiblissent, les muscles de la respiration dispnéique entrent en jeu, et il est à remarquer que la dispnée est l'indice de l’exagération de l'excitation du centre respiratoire et non d’une diminution de son excitabilité ;
2.0 — quand les contractions du diaphragme et des muscles thoraciques cessent, l’animal en expérience présente encore divers mouvements respiratoires de la face extrêmement profonds. Ce fait est en désaccord avec l'hypothèse d'une paralysie du centre respiratoire;
3.0 — Ja respiration artificielle pratiquée chez l'animal intoxiqué par le venin de Cobra, assure la survivance du coeur comme dans la curarisation.
Arthus considère le venin de Cobra, celui de Crotalus adamanteus et celui de Daboia (Vipera russellii) comme types respectifs de venin curarisant, déprimant et coagulant. Ces types, dit Arthus, ne sont pas purs; celui de Cobra tue par curarisation, mais il agit aussi comme déprimant de la tension vasculaire et comme modificateur de la coagulabilité du sang qu'il diminue. Le venin de Daboia (Vipera russellii), quand il est injecté par fractions, à doses croissantes, diminue ou empêche la coagulation
tar 104
du sang, abaisse fortement la pression sanguine et accélère la respiration. En compensation, quoique favorisant l’action du venin de Cobra, les venins de Crotalus adamanteus et de Vipera Russelli ne paraissent pas curarisants. Les autres venins de serpent étudiés se rapprochent de l’un des ces trois types ou leur sont intermédiaires.
Le venin de Lachesis lanceolatus tue, à dose élevée, par coagulation intravasculaire: à dose faible, il produit une dépression sanguine, diminue la coagulabilité et favorise l’action du venin de Cobra.
D'après ce que nous venons d’exposer, l’on constate qu'il n'y a pas encore un parfait accord au sujet de l'interprétation de la symptomatologie de l’empoisonnement ophidique, quoique quelques faits soient bien établis par presque tous les expérimentateurs qui se sont occupés du sujet.
Les venins agissent sur le protoplasme des tissus par une sorte d’'électivité de combinaison. Cette électivité de combinaison est variable selon l'espèce de venin. Quelques venins la possèdent à un état tant soit peu indifférent, de manière à se fixér sur les tissus à partir du point d’inoculation. À ce groupe appartiennent tous les venins à action locale intense. D’autres ont cette électivité plus ou moins spécialisée sur la cellule nerveuse, de manière à se fixer peu ou presque pas sur les autres éléments. À ce groupe appartiennent les venins qui ont l’action locale limitée ou n’en possèdent pas du tout. L'action sur le protoplasma est excitante, et peut être ensuite inhibitoire, paralysante et même destructrice.
INFLUENCE DES DOSES DE VENIN SUR LA MARCHE ET LA GRAVITÉ DE L'EMPOISONNEMENT.
Dans tous les venins, la gravité avec laquelle se présentent les phénomènes d’empoisonnement, sont directement influencés par les doses injectées, Avec les doses non mortelles les symptômes se présentent d'autant plus rapidement et disparaissent d'autant plus lentement que les quantités de venin inoculées ont été plus grandes. Avec les doses mortelles la rapidité garde la même pro-
biéie Le
portion dans l'apparition des symptômes. Ceux-ci, d’ailleurs, évoluent d'autant plus rapidement que les doses inoculées ont été plus fortes, de sorte que, d'une manière générale, on peut établir que la survivance de la victime est inversement proportionnelle aux doses inoculées. Au delà d’une certaine dose, qui certainement représente le maximum, la symptomatologie et la survivance ne
sont plus influencées.
Sous cet aspect, des venins que nous avons étudiés, c’est celui de Crotalus terrificus qui se prête le mieux pour mettre en évidence la relation qui existe entre la posologie et la symptomatologie, car il permet le fractionnement des doses à l'infini, avec constatation des symptômes. Ce venin se comporte d’une manière particulière sur les animaux, avec le fractionnement des doses. On peut de cette manière diminuer progressivement la dose injectable, jusqu'à la rendre infiniment petite, capable de tuer l'animal avec une survivance extraordinaire et variable avec la sensibilité de l’animal sur lequel on expérimente. Le cobaye peut être tué avec une survivance de 80 heures et le pigeon avec celle de 48 heures. En élevant progressivement les doses ci-dessus du minimum mortel, on constate que des élevations insignifiartes immédiatement audessus de cette dose, déterminent une aggravation considérable dans la symptomatologie et une énorme diminution dans la survivance de l'animal, Les doses de venin continuant à s'élever, les variations ne sont déjà plus aussi sensibles, par rapport à l’aggravation des symptômes, comme par rapport à la diminution dans la survivance. On arrive à un point ou à une dose où l’on n’observe aucune modification. La dose maximum est celle qui, multipliée à volonté, ne produit pas d'altération sensible dans les phéno-
mènes toxiques.
Dans les données expérimentales suivantes, on pourra constater ce qui a été exposé ci-dessus au sujet de la posologie du
venin crotalique et de la survivance de l'animal soumis à son action:
ETUDE EXPERIMENTALE SUR LA RÉSISTENCE DU COBAYE AUX DIFFÉRENTES DOSES DU VENIN CROTALIQUE
Numéro Poid des Doses de venin Survivance d'ordre cobayes injection intra- en heures (grammes) muscu laire
(milligrammes)
I —600 mg. 1,0 1" h5 6 a —-690 mg. O,9 IR 52"1m 3 5715 mg. 0,8 2: 8 RE 4 —550 mg. O.7 29h, 2441 5 —635 mg. O,6 3 ht 247m:
6 —645 mg. O,5 2h 33m 7 — 507 mg. O,4 3 R262 0 ë —542 mg. 0,3 9: n°271 0, 9 — 507 mg. O,2 AMIS om:
10 — 514 mg. O,I 6h. "om:
JéE . —520 mg. O,09 6; h>"250m:
12 — 520 me 0,08: 74 IT RGB:
13 — 507 mg. O,07 7h: 42m:
14 —475 mg. O,06 8H TPAN 15 — 467 mg O,05 10 h. 59 m.
16 — 187 mg. O,04 LS UR MIT 7 — 442 mg. 0,03 80 h. — — 18 — 447 mg. 0,02 n'est pas mort 19 — 435 mg. O,OI nest pas mort
1) Cet animal avait servi pour une expèrience antéricure, De là peut-être sa plus grande résistance,
INFLUENCE DE LA VOIE DE PÉNÉTRATION DU VENIN SUR LA MARCHE ET LA GRAVITÉ DES PHENOMÈNES D'EMPOISONNEMENT.
Avec les venins qui exercent une action coagulante sur le plasma sanguin la pénétration du venin par voie veineuse peut
déterminer la mort instantanée chez les animaux de laboratoire.
Avec d’autres venins qui ne possèdent pas d'action coagulante la mort n’a pas lieu avec cette instantanéité, mais, encore ainsi, elle est assez rapide pour que l'on considère la voie veineuse comme la plus dangereuse.
Dans les faits naturels il est extrêmement rare d'observer des cas où le serpent, en piquant l’homme ou l'animal, inocule le venin mortel par voie veineuse. Il y en a cependant quelques-uns où les symptômes évoluent avec une telle rapidité et la mort survient avec une telle soudaineté, que nous sommes forcés d’admettre la lésion de quelque petite veine pour expliquer ce que nous
observons.
La muqueuse intacte, dans la majorité des cas, protège cf-
ficacement contre l'absorption du venin.
Les séreuses laissent passer avec une certaine facilité le venin, de manière que les inoculations intra-péritonéales ou intrapleurales sont assez graves et sont même les plus dangereuses après les injections endoveineuses.
La peau intacte protège d’une manière absolue contre l’action du venin. Il suffit, pourtant, d’une solution de continuité dans l’'épiderme pour permettre la pénétration du venin et consécutivement les phénomènes d'empoisonnement.
La voie hypodermique et la voie intra-musculaire sont assez dangereuses. Il y a, cependant, un laps de temps plus ou moins court entre le moment de l’inoculation et celui de l’apparition des premiers symptômes.
Il y a des venins où la différence entre le minimum mortel par voie intra-musculaire et le minimum mortel par voie veineuse est
très grande; il y en a d’autres chez lesquels cette différence est très petite. En règle générale, plus grande aura été la réaction locale observée avec un poison donné, plus grande sera la différence entre les minimes mortels par voie veineuse et par voie musculaire.
Nous donnons, ci-après, les données expérimentales re. cueillies, à ce point de vue, avec les venins que nous avons
étudiés :