A — ACTION COAGULANTE ET ANTI-COAGULANTE DES VENINS
L'action des venins sur le plasma sanguin, au point de vue de l’augmentation ou de la diminution de la coagulabilité 27 vzv0 et 72 vitro.
Par les expériences sur des animaux les observateurs ont constaté pour le sang, tantôt sa coagulation rapide dans les vaisseaux, tantôt la perte du pouvoir de se coaguler, même après qu'il a été retiré des vaisseaux.
Les expériences de Fontana, (!) malgré l'époque reculée où
() Felix Fontana — Traité sur le venin de la vipère — Florence, 1781. La
elles ont été réalisées, méritent d’être mentionnées ici à cause de la sagacité qui y a presidé et aussi de l'exactitude de leurs conclusions.
Fontana, en injectant dans la veine jugulaire de lapins des quantités variables de venin de vipère (probablement la v. aspis ou v. berus) a observé tantôt la mort subite de l’animal en expérience, tantôt la mort lente en 24 heures, et, dans l’un et l’autre cas, il a vérifié que le sang était coagulé aussi bien dans les cavités ventriculaires que dans l'intérieur des vaisseaux. Il a constaté, en outre, que dans le cas de mort rapide, la coagulation était beaucoup plus complète que dans le cas de mort lente.
Baïnard, cité par Calmette, a observé que chez les animaux, qui avaient succombé très rapidement à l’'empoisonnement de Crotalus (probablement C. adamanteus) le sang se trouve toujours. coagulé en masse, tandis que le sang restait fluide des que le moment de l'inoculation du venin et celui de la mort s’eloigne l’un de l’autre.
C. J. Martin, (!) en étudiant les effets du venin du Peseudechis porphyriacus sur le sang, a constaté: à) que l'injection intraveineuse à petite dose (inférieure à milligr. o,1 par kilog. du poids d’un chien) détermine uue augmentation immédiate, mais passagère, de la coagulabilité du sang.
Pour observer ce phénomène, il est nécessaire de retirer le sang dans les deux premières minutes après l'injection. Cette phase positive, transitoire, est suivie d'une phase négative où le sang extravasé est incoagulable ou se coagule seulement en quelques heures. La phase négative commence trois minutes après l'injection et se prolonge pendant 5 ou 6 heures, si toutefois l'animal résiste autant de temps. Avec l'injection de doses supérieures à millier. 0,1 par kilog. apparaissent les coagulations intravasculaires à un plus grand ou un plus faible degré. La coagulation, toutes les fois qu'elle se produit, survient dans le système porte et est même fréquemment limitée à cette région; dans ce cas le thrombus porte coïncide avec l'incoagulabilité du reste du sang. La plus petite dose capable de déterminer la coagulation générale a été de milligr. 0,15 par kilogr. Le sang veineux se
() C.J. Martin. On some effects upon the blood produced by injection of the venom of the Australian black snake (Peceudechis porphyricus) Journal of Physiology. Vol. XXXII, n. 40 — 1893,
coagule plus promptement que le sang artériel. La susceptibilité de l’animal est très variable: la même dose peut produire, selon l’animal, une coagulation intravasculaire ou l’incoagulabilité du sang, quand il est extravasé.
ë) — Les phases positive et négative se produisent chez le lapin et chez le chat, celui-ci paraissant plus résistant que le chien et le lapin.
c) — Dans les cas de thrombose généralisée, le sang reste encore fluide dans la veine pulmonaire et dans l'oreillette gauche, ce qui montre l'influence de la respiration sur l'action coagulante du venin. Cette influence est confirmée par le fait que
l'injection à dose minimum capable de déterminer une coagulation partielle, détermine la coagulation générale du sang chez des lapins de même poids, dont on a: gêné la respiration par la compression de la trachée.
La période de digestion paraît favoriser la coagulation intravasculaire. L’injection à forte dose (5 milligr. par kilogr.) très diluée et faite lentement, ne détermine pas de coagulation intravasculaire; la phase négative est, dans ce cas, d'autant plus accentuée que l'injection a été plus lente et la dose injectée plus grande. Une forte injection d’une dose élevée (2 milligr. par kilgr.) chez un animal qui a déjà reçu une heure auparavant une faible dose (milligr. o,1 par kilogr.) n’augmente pas la coagulabilité du sang.
d) — Le mélange d'une solution de venin à 1 pour mille dans de l'eau physiologique à 7 pour mille, avec une égale quantité de sang reçu directement de l'artère fémorale du chien se coagule à peine.
e) — Le sang retiré dans la phase négative, quand elle n’est pas encore très prononcée, peut se coaguler par l’addition: 1.0) de ferment fibrineux de A. Smidt; 2.0) de chlorure de chaux; 3.0) de fibrinogène des tissus de Wooldridge; 4.0) par dilution; 5.0) par le passage d'acide carbonique à travers le liquide.
Mead et Fontana ont été les premiers observateurs qui ont cherché à constater 7 vitro l’action du venin sur le sang. Leurs observations ont été faites avec le venin de vipère.