‹ La défense contre l'ophidismeChapitre 55 sur 107 · ETUDE CHIMIQUE DES VENINS · texte numérisé non relu

ETUDE CHIMIQUE DES VENINS

Les anciens avaient des idées complètement erronées sur la composition des venins. Francisco Redi, qui a été, le premier qui ait constaté que les morsures des serpents produisaient l’empoisonnement par l'inoculation d’un liquide spécial, a comparé ce dernier à l'huile d'amande douce.

Mead, James et de Jussieu ayant vérifié que le venin de vipère présentait une réaction acide, ont attribué cette propriété à l'action du venin, en déduisant que le moyen de combattre l’empoisonnement serait la neutralisation de l'acidité du venin par un alcali

Fontana ('} en analysant les travaux antérieurs, a très judicieusement démontré que pour avoir déterminé l'acidité du venin, on n'avait pas prouvé que cette acidité était la cause de l’action toxique. Cet illustre expérimentateur ayant constaté la résistance du venin sec à divers agents chimiques, a été induit à supposer que le venin de vipère était une substance gommeuse ou une substance lymphatique séparée du sang animal,

Lucien Bonaparte, en 1843, a analysé le venin de vipère et y a rencontré: du mucus, de l’albumine, une substance soluble dans l'alcool, une manière colorante jaune, une matière graisseuse, des sels (chlorures et phosphates) et une substance albuminoïde spéciale, non coagulable à 1000, qu’il a considérée comme le principe actif et qu'il a nommée Vipérine ou Echidénine.

Weir Mitchell a trouvé dans le venin de Crotale une composition semblable et a réussi à en extraire une substance albuminoïde qu’il a appelée crotaline, de la même manière qu'il avait extrait la najine du venin de Naja.

Winter Blyth, en étudiant, en 1877, le venin de Naja, est parvenu à en extraire une substance acide et cristallisable, qu’il a appelée acide cobrique.

À. Gautier, en 1881, a cru qu'il avait découvert deux alcaloïdes dans le venin de Cobra. Ceux-ci s'y trouvaient en quantité extrêmement petites et ne déterminaient pas la mort chez les animaux, ni des symptômes identiques à ceux du poison 27 natura.

La découverte de Gautier n’a pas été confirmée par d’autres

(") Fontana — Op, cit. page 211.

expérimentateurs, et l’on peut supposer que les alcaloïdes qu'il : avait cru isoler, n'étaient que des produits d’altération du venin employé, pendant les manipulations auxquelles il avait été soumis.

Weir Mitchell et Reichert, continuant, en 1886, les intéressantes recherches commencées par le premier d’entre eux, sont parvenus à extraire aussi bien du venin de Cobra que de celui de Crotalus, trois substances qu'ils ont appelées peptono-venin, globulinono-venin et albumino-venin.

Le globulino-venin paraît agir comme venin complet; le pepto-venin est moins actif et l’albumino-venin est complètement atoxique.

Wolfenden, faisant presque en même temps des études dans le même sens, est arrivé à conclure que le venin devait son activité à des substances protéiques, et a rencontré dans sa composition

une globuline, une sérine, une acido-albumine et une peptone.

C. J. Martin et G. Lamb (!) croient que les venins se composent en grande partie de solutions de protéides modifiés et qu’on a jusqu'ici essayé sans succès de séparer les principes toxiques des venins de leurs protéides. Ils pensent, en outre, que les pro’ priétés toxiques résident dans quelques groupes spéciaux d'un certain nombre d'atomes de la complexe molécule du protéide du venin, figurant comme chaîne latérale capable de constituer une entité séparée. Pour eux les venins ne sont pas de simples solutions d'une substance toxique, mais un ensemble de substances toxiques, parmi lesquelles on remarque: a) un fibrino ferment ; &) un anti-fibrino ferment; c) un ferment protéolytique; d) diverses cytolisines; «) une agglutinine; f) une substance anti-bactéricide, de la nature des anti-compléments, g) une ou plusieurs neurotoxines; ) une substance qui détermine une notable augmentation du tonus musculaire cardiaque.

Le professeur E. S. Faust (*), en analysant le venin, a rencontré:

1.0 des albumines coagulables par la chaleur — albumines et globulines;

() C. TJ. Martin and G. Lamb. — Snake-poison and snake bite from «A systeme of Medicine» edited by T. C. Albuttand H. D. Rolleston.

(©) Darstellung und Nachweis tierischer Gift, von Edwin S. Faust. Page 828. Handbuch der Biochemischen Arbeits Methoden. Herausgegeben von Prof, Dr. Emil Abderhalden,

2.0) des albumines non coagulables par la chaleur — albumoses et peptones:

3.0) des mucines et des corps appartenant au même groupe ; 4'0) des ferments; 5.0) des graisses ; ) des épithéliums des glandes ou de la cavité buccale; 7.0) des microorganismes ; ) des sels, des chlorures, des phosphates de chaux. de magnésie et d'oxyde d’ammonium.

Selon Faust, une solution de venin à 2°/, à égal volume avec une solution de soude à 5 ‘/,, laissée pendant quelques heures à la température dn laboratoire. ne perd pas son activité,

Ce professeur croit que le principe actif du venin est une substance non albuminoide qu'il a isolée et qu’il a appelée ophiotoxine.

Voici la méthode qu'il a suivie dans la préparation de cette substance. Il a dissous 10 grammes de venin sec de Cobra dans 500 cc. d'eau, Le liquide filtré de couleur jaune clair, limpide, a été traité par une solution neutre d’acétate de cuivre ou par une solution de chlorure de cuivre chimiquement pur, sans fer. Après quelque temps, l'expérimentateur a ajouté goutte à goutte une solution de soude jusqu’à l'apparition d’une réaction franchement alcaline. Le liquide ayant alors pris la couleur caractéristique de la réaction de biurete et ayant donné un petit précipité constitué en majeure partie par de l’oxyde de cuivre, a été filtré une première fois, puis une deuxième fois lorsque il s’est formé un nouveau précipité sous l'influence de quelques gouttes de la solution alcaline. Au liquide filtré on a ajouté de l'acide acétique dilué, ce qui a déterminé la formation d’un autre précipité albumineux. Le premier précipité a été dissous dans de l’eau fraichement acidulée par de l'acide acétique et puis filtré. Au liquide filtré on a ajouté goutte à goutte, soigneusement, une solution de potasse ou de soude à 5 °/,, ce qui a donné lieu à la formation d’un nouveau précipité. Ce dernier a été dissous puis de nouveau précipité, et ainsi de suite jusqu’à ce que le dernier précipité n’a plus donné la réaction de biurete. Ce précipité lavé dans un filtre avec de l’eau distillée a été recueilli et agité dans un ballon dans lequel on a fait passer un courant d'hydrogène sulfuré. Au moyen d’un fort courant d’air on a tiré l'excès d'hydrogène

sulfuré, on l’a filtré pour séparer le sulfate de cuivre. Ce qui a été filtré et peut devenir sec est constitué par de l’ophiotoxine. FE. a vérifié l’action toxiqne de cette substance sur les animaux de laboratoire. Il a pensé qu'elle détermine les mêmes symptômes que le poison, ainsi que la mort par le même mécanisme et qu’elle est par suite le principe actif du venin de Cobra.

Faust (!)}, en employant la méthode décrite antérieurement pour la préparation de l'ophiotoxine, est parvenu à isoler du venin de Crotale (Crotalus adamanteus) une substance analogue qu'il a appelée Krotalotoxine.

M. Bruno Rangel Pestana, assistant de l'Institut de Butantan s’est occupé de l’étude chimique des venins de serpent, en essayant de répéter exactement la méthode de Faust pour la préparation de l’ophiotoxine et de la crotalotoxine. Il n’a pas réussi à isoler une substance toxique quelconque. Mais il a vérifié que la solution de soude chimiquement pure (préparée par F. Kahlbaum), même 4 1 0Jo, altère la toxicité des venins de Crotalus et de Cobra.

Il semble, donc, que le dernier mot sur la chimie des venins n’ait pas été encore donné et dépende de progrès qui, jusqu'ici, n’ont pas été réalisés dans le domaine de la chimie des corps albuminoïdes,

() Faust. Uber des Crotalotoxin aus dem Gifte der nordamerikanischen Klapperschlange (Crotalus adamanteus). Archiv für Experimentelle Pathologie und Pharmakologie. Page 244. Band 64 — 1911.

ROPHYLAXIE

E DE ÉOPHIDISME

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