TRAITEMENTS SUPERSTITIEUX OÙ EMPIRIQUES
L y a parmi les traitements populaires des accidents ophidiens, des idées si absurdes, des
A, Vas TE pratiques si insensées, qui ne mériteraient pas L ND & les honneurs d’une référence, si ce n'était la SIN RUE nécessité et l'opportunité, pour le but que
nous visons dans ce travail, de les analyser et de les expliquer pour les détruire.
Elles représentent, pour ainsi dire, les mauvaises herbes, que l’on doit arracher, pour faire de la place à la bonne semence.
Il n’y a personne qui n’ait entendu parler des «Guérisseurs de serpents», que l’on rencontre si souvent dans presque tous les endroits de l’Intérieur,... ou ailleurs, dans toutes les villes, même jusque dans les capitales.
Le gérisseur des serpents, est presque toujours un homme stupidement ignorant, extrêmement crédule et superstitieux, qui a appris de quelqu'un la sympathie ou le remède dont il use dans le traitement des malades. Il garde le secret le plus absolu, sur les pratiques dont il se sert, sur les ingrédients qui entrent dans la composition des médicaments qu'il emploie: il ne pourra transmettre son secret à une autre personne, qu'après avoir guéri un certain nombre de victimes, et cela sous la même condition mystérieuse du secret,
Les procédés varient. Il y a des guérisseurs qui guérissent par «sympathie», d’autres qui emploient des agents divers, tirés,
les uns du règne minéral, d’autres du régne végétal, et enfin, d'autres du règne animal.
Les guérisseurs par sympathie sont les moins dangereux, parce qu'ils ne font pas de mal direct aux pauvres victimes de l'ophidisme, s'en remettant à la résistance naturelle de l'organisme, qui très souvent triomphe tout seul. Leurs pratiques sont presque toujours complètement innoffensives. Elles consistent le plus souvent à donner un verre d’eau au porteur de la nouvelle de l'accident. Cet acte doit être précédé ou acompagné de gestes, de mômeries, de paroles cabalistiques et de prières adressés à St. Benoit et à d’autres saints. Ils affirment au porteur, que lorqu'il arrivera près du malade, il le trouvera soulagé. Et de fait, cela arrive très souvent, car, le porteur ayant presque toujours à parcourir de grands distances pour chercher le guérisseur et revenir auprès du malade, le trouve mort, si c'est un cas grave, ou en meilleur état si ce n’est qu'un empoisonnement léger. Le : traitement par sympathie exige une énorme série de soins, d'exigences et de précautions, dont l'avantage exclusif est de justifier l'insuccès dans l'hypothèse où le patient viendrait à succomber.
Dans l’hypothèse contraire, celle de guérison spontanée, la non observance de mesures indiquées, n’est pas absolument prise en ligne de compte, et le cas passe pour être une victoire de plus du pouvoir surnaturel du sorcier charlatan. Si nombreuses et si compliquées sont les recommandations faites par celui-ci aux personnes qui entourent la victime, que l’insuccès probable sera difficilement inexplicable.
Ainsi le malade, ni les personnes qui l’entrourent, ne pourront prononcer le mot serpent; aucune femme enceinte, ou nourrice au sein, ne pourra pénétrer dans la maison où se trouve le patient; celui ci pourra user de boissons alcooliques, mais ne pourra pas être en face de quelqu'un ayant abusé de l'alcool. La moindre faute à toute cette série de recommandations, detruira la sympathie et expliquera la mort du patient, car, conclura triomphalement le guérisseur, la sympathie est infaillible, et le malade aurait été certainement guéri, s’il avait observé toutes les recommendations afin de ne pas détruire le charme.
La sympathie est infaillible, mais elle est extrêmement fragi-
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le, et les insuccès qui traduisent cette fragilité nous démontrent le malin guérisseur.
D'autres guérisseurs cherchent à donner à quelques objets la vertu curative; alors apparaissent: la peau de loup, les plumes de macuco, de perdix et d’autres oiseaux, les pierres poreuses, les os calcinés, les points de cornes de cerf, les objets en acier, etc. dont l’action est expliquée par simple contact.
Quand quelques-uns de ces remèdes améliorent l’état du malade, on peut aussi les employer intérieurement. C'est ainsi que l'on conseille la tisane de peau de loup, de plumes .de différents oiseaux, de raclure de cornes de cerf, etc.
Dans quelques cas, on conseille d'ouvrir le ventre d’un petit animal vivant, et de l’appliquer ainsi sur le point mordu; dans d'autres on fait enterrer le membre blessé; la barbarie de certains traitements va même jusqu'à exiger de mettre le corps de la victime dans la terre molle, dans une position verticale, de façon à ne laisser que la tête libre. Et quand la malheureuse victime succombe, le guérisseur dit avec conviction: «C'était la dernière ressource; si le malade n'est pas guéri, aucun remède ne pouvait le sauver | »
Une classe plus dangereuse de guérisseurs, est celle des pseudomédecins, qui ordonnent des remèdes internes, Ils emploient soit des substances toxiques connues, remèdes de pharmacie, soit des plantes de notre flore dont les effets sont inconnus, Ils se rendent presque toujours près du malade, qui aura alors à soutenir une lutte héroïque conttre l'empoissonement produit par le serpent, et les empoisonnements produits par le charlatan. Un grand nombre de malades qui auraient échappé à l'empoisonnement ophidien, s'ils avaient été abandonnés à leurs forces naturelles, succombent sous l’action toxique des substances qui leur sont administrées à titre de remèdes. La fausse notion, que le poison détruit le poison, porte ces guérrisseurs a employer des agents très actifs et dangereux. Entre autres, le calomel dans du jus de citron: le sublimé corrosit, qu'ils connaissent sous le nom de solimäo; les purgatifs drastiques, le tabac en application locale et par voie gastrique mélangé à de l’eau de vie, l'alcool à doses toxiques, soit sous la forme des boissons usuelles, — eau-de-vie de canne à sucre (cachaça), cognac, vin, etc.
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soit sous la forme d'esprit de vin ayant servi de liquide de conservation à quelque serpent mort. L'usage des innombrables plantes préconisées et employées comme spécifiques dans le traitement de l’ophidisme, remonte à l'antiquité la plus éloignée.
Au Brésil, chaque guérisseur a sa plante de prédilection ou sa préparation, dans la composition de laquelle entre presque toujours le suc d’un végétal, la teinture des feuilles ou de la racine, de l’eau de vie et du miel. Quelques-unes de ces mixtures inconcongrues et irrationnelles, conçues par des individus d'esprit complètement obtus, sont arrivées à conquérir les sympathies d'hommes instruits et même de professionnels de grande valeur, dont beaucoup sont arrivés à attester l'efficacité de telles panacées. Mais cette efficacité, analysée à la lumière des connaissances de la biologie des ophidiens, n'offre aucun élément de preuve, quoique les faits paraissent impressionnants quand ils sont observés superficiellement,
Un individu mordu par un serpent, dont l'espèce n'a pas été reconnue, s’effraye, se trouve mal, en sentant les phéno: mènes subjectifs de l’empoisonnement. {1 a à sa disposition une de ces préparations miraculeuses, il l’emploie; les phénomènes cessent comme par enchantement. Conclusion superficielle : l’individu a été sauvé par le remède!
Causes de l'erreur dans ce cas: cet individu avait pu être piqué par um serpent non venimeux, et impressionné par l'accident, avait pu sentir, par auto-suggestion, les phénomènes subjectifs de l’empoisonnement. Cette hypothèse doit se vérifier assez fréquemment, parce que le nombre des serpents non venimeux est beaucoup plus grand que celui des venimeux.
Un autre cas: Le patient est mordu par un serpent parfaitement reconnu venimeux; il présente le tableau complet de l’empoisonnement ophidique, autant les symptômes subjectifs que les signes objectifs de la plus grande gravité; soigné avec une des fameuses préparations, — il guérit.
Observation superficielle : il n’y a pas de doute, le remède a guéri le malade.
Explication: Le serpent venimeux, quand il mord, n'inocule pas toujours la dose mortelle de venin, ceci pour des raisons d'ordre biologique qui ont déjà été exposées et que nous allons
répéter, car elles sont essentielles pour la compréhension de ces fausses cures. Le venin est normalement dépensé par le serpent pour la chasse des petits mammifères dont il se nourrit; il fonctionne dans ces conditions, comme arme de chasse, et comme ferment digestif. Une fois employé, le venin se reproduit très lentement dans la glande, de sorte que, de suite après la déglutition d’une petite victime, le serpent sera dépourvu de venin, tandis que celui-ci sera d'autant plus abondant, jusqu'à la limite maximum, dans la glande, qu'il se sera écoulé plus de temps à partir du moment où le serpent s’est alimenté. |
La quantité maximum de venin se rencontre au bout de 15 jours à un mois après le dernier repas. Il s'ensuit que si un serpent, très venimeux, détermine un accident chez l’homme peu de jours après avoir dépensé le venin, il produira un empoisonnement non mortel par insuffisance de dose de venin.
Beaucoup de ces cas accompagnés de symptômes graves et impressionnants, se terminent spontanément par la guérison, parce que le venin inoculé n'avait pas atteint le minimum mortel.
D’autres circonstances peuvent concourir pour varier la gravité de l’accident: la résistance de la victime, très variable avec l'age, l'état plus ou moins vasculaire de la région mordue et le fait d'être ou non couvert de vêtements, l'implantation d’une seule dent inoculatrice ou des deux, etc.
Par cet exposé on vérifie clairement combien fausse est la base sur laquelle s'appuient ceux qui prétendent conclure de l’efficacité de ces prétendus remèdes par leur application dans les accidents naturels. Et l’unique moyen de juger avec certitude, est d’'expérimenter sur des animaux en leur injectant des doses connues de venin et en essayant ensuite les substances dont on veut vérifier les effets.
En employant la méthode expérimentale, nous avons vérifié qu'aucun de ces pseudo-remèdes ne possède la moindre action sur l’empoisonnement ophidîque, et que même quelques-uns sont nocifs en abrégeant la survivance des animaux en expérience.
Nous avons expérimenté sur un grand nombre de plantes, préconisées pour le traitement de l’ophidisme. Nous avons pu aussi essayer les préparations les plus fameuses. Nous ne l'avons jamais fait par propre curiosité, car, par les expériences antérieures
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et par l'étude que nous avons fait des venins de serpents, nous possédions une conviction complète sur le manque absolu de valeur de telles préparations. Nos essais ont toujours été provoqués par l'intervention de quelque personne amie et à là demande des propres intéressés. Nous avons dernièrement résolu de proposer à ces derniers de venir eux-même expérimenter leurs préparations dans notre laboratoire, chaque fois qu'ils solliciteraient l'essai expérimental.
Ce mode de procéder a pour but de tirer l'unique profit que l'on peut obtenir avec de telles expériences, qui est de convaincre l’auteur de la préparation de son absolue inefficacité.
Nous profitons de l'occasion pour déclarer que nous n'avons jamais refusé notre aide pour l'examen de remèdes contre les morsures de serpents, comme on l’a insinué à quelques membres du Congrès de Minas, quan< on discutait une autorisation pour que le gouvernement achetât une de ces préparations afin de la distribuer aux agriculteurs.
Nous sommes toujours prêts à aider aux expériences, même avec les remèdes les plus absurdes dès que l'auteur se présente au Laboratoire pour assumer la responsabilité des conclusions.
Peut-être les considérations que nous venons de faire ne paraîtront pas acceptables et peut-être aussi l'expérience et Îla raison ne suffiront pas pour expliquer les fausses guérisons apparemment obtenues par les pseudo-remèdes. Nous pourrons alors en appeler à l'opinion sensée d’un grand nombre d’investigateurs. Car quelques-uns, quoique ayant vécu à une époque assez éloignée de la nôtre, sans posséder les moyens modernes d'investigations, sont arrivés à des conclusions identiques, en condamnant les traitements absurdes et empiriques de l'ophidisme. Nous ne citerons que quelques uns des plus notables qui se sont occupés du sujet.
Schleger, dans son livre publié en 1837, sur la physionomie des serpents, critique très judicieusement l’absurdité des traitements populaires.
Le dr. E. Rufz, dans un excellent travail, en 1857, sur le Fer de Lance de la Martinique, analyse 41 recettes populaires préconisées contre la morsure des serpents, et conclut à leur inefficacité.
Em 1867, dans la Gazette Médicale de Bahia, le savant Wucherer écrivait ceci: «Spécifique ou antidote certain contre la morsure des serpents, il n’y en a pas.
Gerner à déja donné une liste de cent plantes qui s’employaient contre la morsures des serpents. Aujourd’hui elle pourrait s'étendre encore bea coup plus. Aucune de ces plantes n'a pu soutenir sa réputation tant prônée de spécifique, Un moyen qui a joui, il y a longtemps, d’une réputation imméritée, est une pierre qui a la faculté d’ ttirer ou d’absorber rapidement les liquides.
Cette pierre a été remplacée par la pointe de cornes de cerf, ou l'os calciné qui possède aussi cette proprieté d'absorber les liquides. Redi, qui par ses expériences faites devant le grand duc d’Etrurie, Ferdinand II, détruisit tant de notions superstitieuses et erronées au sujet des serpents, démontra que les pierres mentionnées n'ont pas cette merveilleuse vertu, et Fontana par des expériences sur des oiseaux et des mammifères, fit la même preuve au sujet des os calcinés»:
Le dr. Seoastiäo Barroso, dans son excellente thèse inaugurale (1889) sur les morsures de serpents, attaqua vigoureusement les traitements empiriques. Son analyse se termine par le passage suivant, que nous transcrivons: «Cette énorme série de médicaments, plus zfazllibles les uns que les autres, n’a pas besoin d’être ét diée par nous, car elle l’a déjà été par d’autres et il suffit que nous disions: e/{e ne sert à rien. Quelquesuns sont dangereux, comme le tabac, à cause de la nicotine, et le dr. Lacerda, dit qu'il connaît un cas authentique d’empoisonnement par ce moyen de traitement».
Une pratique empirique beaucoup plus vulgarisée chez les peuples africains que chez nous, consiste dans l'emploi des organes internes du serpent, tant par voie gastrique que par application locale à l'endroit blessé.
Le foie et la bile sont principalement employés. Cette pratique répugnante et completement inutile, n'a pas la moindre valeur curative, quoique le dr. Frayer, d'Edimbourg, ait vérifié que la bile neutralise le venin dans certaines conditions.
Pour cet expérimentateur, la bile exercerait non seulement une action neutralisante sur le venin, q and elle y est mélangée in vitro, mais encore contiendrait une substance réellement antito-
xique, ayant une certaine valeur curative. Les conclusions de Frayer ne furent pas complètement confirmées par d'autres expérimentateurs.
Le dr. Wehrmann, de Moscou par exemple, conclut que la bile de boeuf détruit, par mélange in vitro, la toxicité du venin, et qu'elle est dénuée de l’action curative et préventive; que la bile de b euf, celle de l’anguille et celle de la vipère, — agissent surtout par mélange.
Calmet e, arrive à des conclusions identiques, ajoutant de plus que tous les venins comme aussi certaines toxines micro- | biennes, perdent leur toxicité et ne produissent aucun effet nocif quand on en injecte le mélange aux animaux. Cet expérimentateur injectant de la bile quelques heures ou même 24 heures avant le venin, en doses relativement élevées (1,5cc. de bile par cobaye de 500 grammes) n’arriva pas à observer le moindre pouvoir préventif. Il constata également qu'injectée après le venin, elle n’exerce aucun effet thérapeutique et n'arrive même pas à modifier la marche de l’empoisonnement. Nous avons fait un bon nombre d'expériences pour vérifier tous ces points, en em ployant particulièrement la bile des principales espèces venimeuses. Nous avons vérifié, comme les deux derniers expérimentateurs, que la bile exerce une action altérante quand elle est mise en contact avec les venins; mais qu’elle ne possède aucune action anti-toxique sur les venins et est en conséquence complètement dénuée de q'elque valeur préventive ou curative.