‹ La défense contre l'ophidismeChapitre 63 sur 107 · M TU · texte numérisé non relu

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Le mussurana avale sa victime

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de peau deux fois; au commencement d'octobre et fin novembre; ella a pondu huit oeufs. Pendant l’année 1910, elle a mangé douze jararacas et a changé de peau quatre fois.

Pendant l’ nnée 1911, elle a mangé 25 serpents, dont quatre non venimeux, un serpent à sonnettes et les autres des jarararacas. Elle a changé de peau trois fois et a été fécondée deux fois.

Pendant l’année 1912, elle mangé 32 jararacas et a changé de peau une seule fois.

De janvier 1913 à octobre de la même année, elle a joui d’une liberté relative dans le parc aux serpents, où elle a été pendant ce temps en promiscuité avec un grand nombre de serpents venimeux et avec des non venimeux. Elle pouvait dont choisir à son gré sa nourriture.

D'octobre à décembre 1913, elle a mangé dix jararacas.

Le 13 décembre, elle a été replacée dans le parc aux serpents, où elle se trouve encore.

Le Mussurana peut atteindre de grands dimensions. Nous en avons reçu un qui mesurait 2m.45 de longeur; mais, malheureusement nous n'avons pas pu le conserver parce qu'il était arrivé à l'Institut, tout couvert de blessures.

Nous avons pu obtenir la fécondation, ainsi que la ponte et l’éclosion des oeufs. Le nombre des oeufs est très variable. Nous avons observé des pontes de 8 à 16 oeufs. Au moment de la ponte, ceux-ci sont couverts d'une substance visqueuse et sont déposés les uns sur les autres de manière à former une sorte de grappe, car la substance visqueuse se sèche rapidement et les oeufs restent soudés les uns aux autres par leurs points de contact.

Après la ponte, si les oeufs sont abandonnés dans un endroit sec, la coque se recroqueville et le contenu se dessèche progressivement par l’évaporation lente de la partie liquide et l'embryon meurt presque toujours au milieu de son développement. C'est probablement pour éviter cette évaporation du liquide et Île dessèchement consécutif, que le Mussurana se couche sur les oeufs et s’enroule sur eux de manière 4 les couvrir complètement de son corps.

STUREA

En captivité, sous l'influence des regards indiscrets, le serpent abandonne les oeufs, comme le font les oiseaux quand on touche à leur nid. Les embryons évoluent à la température du milieu ambiant, sans qu'il faille aucun moyen artificiel! p ur augmenter la température des oeufs. Naturellement l’évolution peut être plus ou moins rapide, selon que la température est plus ou moins favorable, Nous avons déjà observé une nichée dont l’éclosion s'est faite en quatre mois, et une autre qui n’a eu lieu què en six mois. Nous avons obtenu l’éclosion de quelques nichées en plaçant les oeufs dans des flacons à large goulot, contenant au fond un peu de sable humide. En fermant le goulot avec du papier parcheminé, nous avons obtenu une chambre humide qui empêchait le desséchement des oeufs. L’inconvénient qu’il y a dans cette méthode et que nous avons observé quelquefois, c'est le développement de moisissures qui attaquent les oeufs et tuent les embryons. Pour éviter cela, il suffit de mettre sur les oeufs un peu de fleur de soufre qui empêche le développement des moisissures et ne nuit pas à celui des embryons. Quand l'embryon est complètement développé, la coque de l'oeuf se fend en deux ou trois points et le petit serpent cherche à passer la tête, pour venir respirer pendant quelque temps avant d'abandonner complètement la coque. Aussitôt sorti de l'oeuf, le petit serpent se meut rapidement et cherche à fuir pour se cacher sous le premier objet venu qui lui paraisse offrir un refuge. Il refuse tout aliment pendant un grand nombre de jours. Au bout de quelques jours il fait la première mue épidermique.

Les petits Mussuranas présentent immédiatement derrière la tête une tache rouge, de forme circulaire. (Cette marque caractéristique des individus très jeunes ou nouveau-nés, disparaît à l'état adulte.

Il est bien difficile d’élever les Mussuranas en captivité, à cause de la difficulté de rencontrer la nourriture qui leur convient Les petits refusent presque toujours la nourriture et restent longtemps ainsi jusqu'à ce qu'ils succombent d'inanition.

Les Mussuranas adultes se conservent facilement en captivité, parce qu'ils acceptent leur nourriture préférée, qui est constituée par des serpents d’une autre espèce. Quand Ils sont malades, ou qu'ils changent de peau ou que la température est très

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basse, ils refusent toute nourriture. (C’est pour cela que, pendant nos mois d'hiver, il est très rare que l’on parvienne à les faire manger. Quand ils ont faim et se trouvent bien disposés, ils sont les premiers à attaquer les serpents qu’on leur offre; mais, lorsque, par suite d’une circonstance quelconque, ils ne se trouvent pas disposés, ils refusent la lutte, même quand on oblige un autre serpent à les mordre. Quand le Mussurana attaque, c’est toujours pour apaiser sa faim, car il n’y a pas d'exemple qu'après avoir tué sa victime, il l’ait abandonnée. Il n’attaque qu'exceptionnellement les individus de l’un et l’autre sexe. Toutefois, la faim peut le porter à cet acte contre nature, comme nons l’avons observé à deux reprises pendant les cinq années qui viennent de s’écouler.

La lutte que le Mussurana soutient contre les serpents venimeux est extrèmempnt intéressante. Elle a été observée un très grand nombre de fois par des savants qui ont visité l'Institut, Entre autres, l'éminent professeur Bertarelli, de l'Université de Parme, a assisté, à Butantan, à cette lutte empoignante dont il a fait de main de maître le tableau suivant.

«Le Brésil posséde aujourd’hui son mangouste, d'aspect moins romantique, mais plus utile: Mussurana (corde), scientifiquement Oxyrhopus cloelia, qui était encore il y a peu de temps, considéré avec indifférence par les naturalistes mais aujourd'hui est élevé au rôle de collaborateur de l'homme en faveur de la civilisation.

Le mussurana est étendu sur le sol, attendant la proie; le beau corps plombé, d’écailles brillantes et uniformes, se contorsionne très peu. On dirait un noble serpent, orgueilleux de sa dignité, de son oeuvre, de sa valeur. Un jararaca apparaît à son côté. Les deux corps s’agitent et commencent le mouvement flexible, lent, onduleux, en larges spirales, en se remuant comme s’il fallait éviter quelque choc violent, quelque émotion inutile,

Je n'ai jamais vu une tragédie qui se déroulât d’une façon aussi élégante et aussi harmonique.

Le serpent venimeux pressent l'ennemi: il se sent effleurer le corps, il sent vibrer la petite langue bifide et prépare l'assaut. Le mussurana aussi a aperçu l'ennemi, mais ses yeux, habitués à voir dans les ténèbres, fonctionnent mal à la lumière du

jour, et le reptile doit s'orienter avec la langue qui vibre rapidement, avant de faire l'assaut.

Le jararaca prépare sa défense. Il ouvre la bouche avec férocité, se jette sur le corps de l'ennemi, y enfonce ses dents venimeuses,... et attend. L'expérience séculaire a fixé dans son cerveau l'histoire de tant de victoires obtenues avec le petit effort d'une piqûre... Ses cellules cérébrales se souviennent des luttes contre le jaguar et le tamandouä, et des morts rapides d’animaux considérablement volumineux, foudroyés par quelques gouttes de toxique.

Les petits yeux du jararaca fixent le mussurana. Celui-ci, qui cherche à serrer dans ses plus robustes spirales le corps du serpent venimeux, semble presque faire des grimaces au reptile habitué à la tromperie... qui attend que la paralysie commence. Mais le Mussurana ne se tient pas pour battu: il a déjà fixé avec fermeté en deux tours de spirale le corps de l’adversaire, le resserre dans un noeud de fer, tandis que lentement il cherche la tête pour tenter le dernier coup. Il n’a pas d’impatience: c’est la lutte du fort qui épargne son énergie. Pourquoi s’agiter, quand la victoire doit fatalement lui sourire?

Le jararaca est effrayé! Elles sont donc fausses les promesses des parents, qui, durant les longues heures de sieste, lui avaient narré l’histoire des victoires; qui lui avaient conté la fonction de son venin, qui lui avaient parlé de la fatalité du venin sur la terre! — Pourquoi l'adversaire ne céde-t-il pas et pourquoi les fortes spirales deviennent elles si incommodes et si constringentes? Déjà la solide tête du Mussurana parcourt plus souvent les lignes du corps de son adversaire, titillant avec la langue pour chercher la gorge, et après plusieurs tentatives inutiles, le voilà avec l'énorme bouche prêt pour l'assaut. Mais la résistance devient vaine: les spirales du Mussurana resserrent de plus près tout le corps de son ennemi dont la tête cherche à fuir le baiser de mort: encore quelques milimètres, et le contact sera inévitable.

Le Mussurana comprend la situation; il ouvre démesurément la bouche, et, rapide, énergique, sûr, quoique dans les ténèbres :l s'enroule finalement autour de la tête de l'adversaire, la démantibule, l’écrase, la triture. Et ensuite, lentement, il commence son

repas et avale peu à peu tout son adversaire, jousqu'à ce que, inerte, il reste étendu sur le sol, juissant du pantagruélique festin.

Le Mussurana est aujourd'hui un objet de curiosité; demain il sera populaire, comme un bienfaiteur, et les gens de l'Intérieur lui demanderont son aide intelligente, lui assurant en compensation la vie sauve».

Les dernières paroles de l'illustre Professeur, traduisent bien les désir et les plans de l’Institut de Butantan.

Nous prétendons d’abord vulgariser la connaissance de cette très utile espèce, pour la protéger contre la persécution atroce dont elle est encore l'objet, en évitant qu’elle soit confondue avec ses nuisibles victimes. Nous voulons aussi la multiplier en captivité, pour la distribuer aux cultivateurs, qui sont les plus intéressés dans cette campagne.

Le Mussurana, dans la lutte qu'il soutient contre sa victime est plus d’une fois mordu par cette dernière et succomberait fatalement si elle ne possédait pas une grande résistance spéciale à l'action du venin de la plus grande partie des thanathophidés. Comme nous l’avons dit antérieurement, il n’est sensible qu'au venin des espèces ophiopgages venimeuses, représentées dans notre pays par les serpents du genre Elaps. La résistence naturelle au venin ne constitue pas toutefois son unique moyen de défense.

Il y en a en a un autre, en quelque sorte mécanique. Quand le Mussurana attaque un serpent venimeux, il s’entortille presque toujours avec sa victime, en cherchant à protéger son tiers antérieur, où se trouvent les organes les plus importants, avec les replis formés par les autres parties du corps. Quand Île serpent venimeux le mord, la contraction des fibres muscullaires détermine immédiatement par les orifices laissés par les dents inoculatrices du venin, l'expulsion de quelques gouttes de sang accompagnées de la plus grande partie du venin inoculé.

La lutte ne se passe pas toujours ainsi. Elle est, au contraire, extrêmement variable. Si le Mussurana est beaucoup plus grand que sa victime, et s’il a le bonheur de la saisir par la tête, la lutte est de courte durée, parce que les mouvements des maxillaires sont les seuls que le Mussurana peut craindre, parce qu'ils pourraient produire des traumatismes périlleux au moment de la déglutition. Celle-ci, une fois que la tête est écrasée, se fait rapi-

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dement et sans aucun danger pour le Mussurana qui n’est nullement troublé par les mouvements réflexes du reste du corps de sa victime. Quand la victime est à peine un peu plus petite que le Mussurana, la lutte est fort disputée et presque toujours très longue au point de durer parfois une heure et demie. Dans ce cas la manoeuvre que le Mussurana emploie varie selon la partie du corps par laquelle il saisit sa victime. S'il la prend par une partie voisine de la tête, il fait passer lentement le corps de la victime dans la direction de la tête, jusqu'à ce qu'il attrape celle-ci entre les dents. Ceci fait, quelquefois avec assez de difficulté, il cherche à tuer sa victime, tantôt en lui broyant la tête, tantôt en la tordant et en l’étirant de manière à déterminer violemment la distension de la partie antérieure de la moelle. Il est intéressant de constater dans cette manoeuvre comment le Mussurana peut distinguer par le toucher la direction de la tête. S il attrape la victime dans une partie très éloignée de la tête, il reste entortillé avec elle, dégage sa bouche du point où il l’avait mordue et en tätonnant avec précaution, cherche la tête de son ennemie. Aussitôt qu'il la trouve, d'un mouvement rapide, il tache de la saisir comme dans le premier cas. La déglutition se fait lentement, en commençant invariablement par la tête.

Il s’agit donc, comme nous venons de l’exposer, d’une espèce extrémement utile 4 l’homme et destinée 4 jouer un rôle trés important dans la défense contre l'Ophidisme. Elle devra être rigoureusement protégée par tous les proprietaires ruraux, qui aprés l'avoir fait connaitre à leurs travailleurs, devront defendre énergiquement, sous peine d'amende, de donner la mort aux individus que l'on rencontrera par hasard.

Nous avons trouvé une autre espèce de serpent utile. Elle est omnivore, car nous avons vérifié qu'elle mange des batraciens, des oiseaux, des mammifères, etc., mais elle attaque aussi assez fréquemment les autres serpents pour en faire sa nourriture. C’est le PHILODRYAS SCHOTTI, espèce connue vulgairement sous les noms de cobra verde, cip6, etc. C'est un serpent de

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coleur olivâtre, mince et qui n'atteint pas de grandes dimensions, Il peut manger des petits se‘pents v nimeux, mais il les accepte rarement comme aliment; il préfère les non venimeux.

Dans d’autres régions, on a rencontré des espèces non venimeuses qui se nourrissent de serpents et peuvent attaquer les venimeux, come le fait notre mussurana. Entre autres, nous devons citer le King snake (Ophibolus getulus) de l'Amérique du Nord qui a été observé par M. Raymond L. Ditmars (').

Au nord du Brésil, il existe un serpent non venimeux, connu vulgairement sous la dénomination de «Papapinto» qui correspond à l’espéce décrit scientifiquement sous le nom de «Coluber corais». Il est ophiophage, selon la tradition populaire, confirmée par l'observation d'un ami qui est mon compagnon de travail. Ce dernier, M. Francisco Iglezias, est parvenu à faire manger un individu de cette espèce en lui donnant des serpents venimeux. Cet ami nous a dernièrement envoyé quelques individus de cette espèce de l'Etat de Piauhy; l’un de ces ophidiens, qui mesurait 2m.35, était malheureusement mort, à son arrivée.

Pour terminer ce chapitre nous devrons traiter de certaines plantes, qui sont citées par les naturalistes et sont considérées comme ayant la propriété de faire tuir les serpents.

Nous ne nous attarderons pas à cette analyse parce que nous rencontrons pas une seule observation scrupuleuse et digne de foi. Um grand nombre de plantes sont notées comme possédant cette miraculeuse vertu; mais tous les faits relatés ont leur origine dans la tradition populaire, qui se complait à les entourer de fables et d’absurdités, chaque fois qu'il est question des serpents.

Le savant naturaliste A. Schiegel, dans son excellent livre (Essai sue la physionomie des serpents) cite un bon nombre de végétaux qui étaient préconisés comme éloignant les serpents. Mais on doit en conclure qu'aucun de ces végétaux ne possède une valeur réelle, et que tous doivent aux préjugés populaires la réputation dont ils jouissent. Rufz qui a observé et travaillé aux Antilles, arrive à un résultat identique. Au Brésil on cite plu-

() Raymond L. Ditmars. Zoologica Scientific Contributions of the New York Zoological Society. Vol. I, N. II, November 1912.

sieurs plantes. Nous ne parlerons que du végétal vulgairement nommé catingueiro, capim mellado, etc. Sur cette graminée nous avons entendu des versions diamétralement opposées. Les uns disent que les pâturages de catingueiro sont des nids de serpents ; d'autres disent que ce végétal a la propriété d’éloigner les serpents, de sorte que l’on ne rencontre pas un seul serpent dans les plantations ou pâturages de cette espèce.

Nous ne croyons pas que ce soit ce végétal qui mette en fuite les serpents. Ce qui peut-être a donné lieu à une fausse interprétation c’est qu'il n'existe pas dans les pâturages de catingueiro, d’aliments convenables pour les rats ou pour les autres petits mammifères dont se nourrissent les serpents. N'ayant pas d’aliment convenable, les rats ou les autres animaux dont se nourrissent les serpents, abandonnent le catingueiro et sont suivis par ces reptiles. (C’est un fait que nous avons vérifié à l’Institut, que les cobayes et les lapins ne mangent pas le catingueiro, tandis qu'ils mangent très bien d’autres graminées.

L'emploi de végétaux comme moyen de mettre en fuite les ophidiens nous semble dénué de fondement et n'est très probablement que le résultat d'une erreur d'observation.

Ce qui peut et doit se faire dans cet ordre d'idées, c’est chercher à diminuer la fréquence des ophidiens autour des habitations en n'attirant pas les rats, qui sont l'aliment préféré de quelques espèces venimeuses. On sait que les rats abondent et se multiplient d’une façon extraordinaire autour des habitations où les restes d’aliments sont Jetés sans précaution. Dans les plantations, principalement, on doit avoir le soin de jeter tous les restes de cuisine qui ne peuvent être employés pour les animaux domestiques, dans un endroit approprié, sur le fumier par exemple, de façon à soustraire aux rats tout ce qui peut leur servir de nourriture. D FAIRE LA! GUERRE" AUX RATS C'ESDULPAMNEAIRE ÉGALEMENT AUX SERPENTS.

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