Détruire in loco le venin inoculé
La prati re de la succion faite dans la région mordue, dans le but d'extraire le venin inoculé, est bien connue. Elle ne donne aucun résultat, en raison même de la rapidité evec laquelle le venin se fixe sur les tisus et de l’affinité qu’il possède pour le protoplasma des cellules.
Nous avons fait plusieurs expériences afin de vérifier si la succion faite par une ventouse appliquée au point mordu diminuerai la gravité de l’inoculation par l'extraction d’une partie du venin. Les résultats ont toujours été négatifs, car les animaux traités par ce moyen ont succombé en même temps que les témoins.
Quand ja morsure a lien à l’un des membres (ce qui se produit heureusement d'une manière générale), il est d'usage d'appli-
quer une ligature au-dessus du point mordu, afin d’entraver ou d'empêcher la pénétration du venin dans le courant circulatoire. C'est un moyen provisoire, très généralisé, qui donne à la victime la possibilité d'appliquer un autre traitement, mais pendant un temps assez limité, car elle ne pourrait pas supporter longtemps l'embarras circulatoire consécutif à l'application de la ligature. D'ailleurs, on ne doit pas compter que la ligature, appliquée en de telles conditions, empêche la pénétration du venin. Des expériences dans ce sens sur des lapins et des cobayes nous ont permis de conclure que la ligature, même faite avant l’inoculation du venin, n'empêche pas son action générale. Dans ces cas, le venin est passé à travers les éléments des tissus et non par les vaisseaux de la région.
Outre qu'elle n'empêche pas la pénétration du poison, la ligature peut présenter de graves inconvénients dans certains empoisonnements. Comme nous l'avons vu antérieurement, le venin de certains Lachesis détermine la gangrène de la partie qui entoure le point mordu, à cause de l'embarras circulatoire créé par l'action coagulante et protéolytique. Or, a ligature du membre offensé viendra augmenter mécaniquement l'embarras de la circulation et, par suite, contribuer à la mortification des tissus.
Les accidents ophidiques se produisent très souvent à l’une des extrémités des membres, à un doigt des pieds ou des mains. On a pensé, dans ces cas, qu’on éliminerait le venin inoculé en amputant rapidement la partie du corps offensée. C’est un recours sans valeur, qui ne doit pas être mis en pratique, car le venin pénètre plus rapidement qu'on ne pense et l'individu qui se ferait ainsi opérer, serait inutilement mutilé.
Dans le but d'enlever une partie du venin inoculé, on a encore employé sur les solutions de continuité l'issées par les dents inoculatrices, diverses substances qui, selon la tradition populaire, ont la propriété d'attirer et de fixer le venin. Entre autres on cite: les os calcinés, les bois des cerfs et ornes d’autres animaux, certaines concrét ons calcaires que l'on rencontre dans l’estomac de certains ruminants et qui passent pour des pierres miraculeuses. Il n'est pas nécessaire d’insister pour prouver que de telles applications ne s'appuient sur aucun fait expérimental, ni
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sur des déductions théoriques. Elles sont filles d'observations empiriques et surtout d'observations faussement interprétées.
Dans la seconde indication —- détruire Z7 /oco le venin injecté — nous devons considérer les applications du feu, ou du fer rouge et celles des sels qui possèdent une action altérante sur le venin.
Les applications du feu et celles du fer rouge ne pourront donner de résultat que si elles sont mises en action immédiatement après la morsure. Cette condition, essenteille pour les effets destructeurs que l’on peut attendre de tels agents, est presque impossible à réaliser dans la pratique. Presque toujours, le fer ou le feu entrent en action, quand il n’est plus temps, car la plus grande partie du venin ne se trouve plus au poi-t d’inoculation: ils sont, par conséquent, complètement inutiles.
Il y a des sels qui, mélangés en certaine proportion au venin ont Îa propriété d’altérer son action toxique. Entre autres nous citerons: le permanganate de potasse, l'acide chromique, le chlorure d’or, les hypochlorites alcalins, l’hypochlorite de calcium. Ceux-ci, mélangés dans la proportion de 1 à 4 pour cent, avec le venin, en solution faible, déterminent une altération rapide. Quand, cependant, ils sont mis en contact avec le venin pur, l’altération n'est pas assez profonde pour empêcher l'action toxique du venin. Des substances que nous avons examinées, celles qui se sont révélées les plus actives ont été la soude et la potasse, essayées en solution à 4°/,. Si de telles substances ont peut d’actions même quand elles sont mélangées in vitro avec le venin, elles en ont encore moins quand elles sont employées en injections dans les tissus, à l'endroit de l’inoculation. Dans ce cas, leur action est entièrement nulle, comme nous avons eu l’occasion de le vér fier plusieurs fois. Un des motifs de l'échec complet de cette méthode de traitement est l'impossibilité de mettre en contact les substances neutralisantes avec le venin qui a été inoculé antérieurement et doit être loin du point d’inoculation; un autre motif est que l’action altérante de ces substances sur le venin est de même nature que celle qu’ils exercent sur les liquides organiques. De sorte que quand elles sont injectées dans les tissues, elles subissent une altération immédiate au contact des liquides organiques, ce qui empêche une action quelconque sur le venin que l’on cherche
4 combattre. Le permanganate de potasse se trouve dans ce cas, car l'action altérante qu'il exerce par l'oxydation des venins,
s'exerce aussi sur les tissus et sur les liquides organiques. Nos.
expériences ayant pour but de vérifier l'action curative de ce corps ont toujours été négatives et n'autorisent pas à conclure que ce permanganate puisse être de quelque profit dans e traitement des accidents ophidiques.
Notre distingué -onrère Dr. Sebastiäo Barrozo dans son travail inaugural sur «Les morsures de serpent et leur traitement», critique sévèrement le travail du Dr. Joäo Baptista de Lacerda, en arrivant à conclusion que le «permanganate de potasse est simplement antidote statique du venin des ophidiens, car sur le venin placé dans un endroit un peu distant, absorbé ou non absorbé, il n'exerce pas le moindre action. Les injections intra-veineuses de permanganate sont non seulement inutiles, mais aussi dangereuses».
Le Dr. Couty, qui collabora avec le Dr. Lacerda dans les expériences sur le permanganate de potasse, comme antidote du venin, n'accepta pas les conclusions optimistes de ce dernier, il protesta contre elles.
Vulpian, Baldoni, Ureta et Richards firent des expériences avec du permanganate de potasse, concluant à son inefficacité dans le traite-ent de l’ophidisme.
Le Dr. Joäo Paulo de Carvalho, comme le rapporte le Dr. Sebastiäo Barrozo, essaya le permanganate de’ potasse et obtint à son tour des résultats négatifs. :
Rogers (I) se montre partisan du traitement des morsures des serpents par le permanganate de potasse, malgré le résultat négatif des expériences sur des animaux et dit qu’ il est certain que la méthode appliquée à l'homme a sauvé un grand nombre de vies. W. B. Bannerman (2) a étudié le sujet en faisant un grand nombre d'expériences afin de juger de l'efficacité z7 vzvo du permanganate de potasse.
(1) Rogers (Leonard) — The present position of the Permanganate, Treatment of snake-bite. Indian Med. Gaz. 1912 - Dec, Vol. 47 - N, 12. (2) W. B. Bannerman — An Investigation in to the treatment of snake-bite
by permanganate of potassium. Indian Med. Gaz. 1912 - Vol. 47 - N. 1e.
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Dans la première série d'expériences il a imité autant que possible les conditions naturelles de la morsure. La dose employée a été celle que fournit la morsure de Cobra ou celle de Daboia. Le premier de ces serpents, après : ir mordu, tient sa proie ‘entre ses dents pendant nn temps appréciable, L'autre, au contraire, attaque avec une incroyable rapidité sa victime qu’ il abandonne instantanément; quelquefois même il n’atteint pas son but. Voici les résultats auxquels est arrivé W. B. Bannerman :
L'application locale de permanganate de potasse en poudre, sur une incision de lä région mordue, est incapable de sauver le chien mordu par un serpent; les effets de la solution sont identiques à ceux de la poudre ;
2.0 On peut sauver le chien par l'injection sous-cutanée immédiate de 10 cc. d'une solution à 5°/,; mais cette solution produit des escarres;
3.0 Ce traitement est inefficace deux minutes après la morsure:
4.0 Le chien mordu per un Daboia (Vipera russelli) meurt quel que soit le traitement.
Dans la seconde série d'expériences on a tenté une injection endoveineuse, de permanganate de potasse et l’on a vérifié que l'injection de 40 cc. d'une solution a 0.5°/, déterminait la mort par coagulation intravasculaire. Pour ce motif cette méthode de traitement a été abandonnée.
Dans la troisième série d'expériences, on a déterminé le minimum mortel du venin de Cobra et de Daboia pour le chien, et afin d'avoir la certitude que le venin et l’antidote se mettent en contact, on les a introduits tous deux par la même aiguille 7» situ. Les expériences ont montré que même une dose quatre fois suffisante pour neutraliser le venin de Cobra dans le tube à essai, n'empêchait pas d'une façon certaine la mort du chien qui avait reçu 10 minima mortels. Avec le venin de Daboia on a obtenu les mêmes résultats.
Dans la quatrième série d'expériences les doses employées étaient inférieures à 10 minima mortels et, même ainsi, les résultats n'ont pas été meilleurs.
De toutes ces expériences, conclut Bannerman, il résulte que l'emploi du permanganate de potasse dans le traitement des serpents paraît n'avoir aucune utilité pratique.
Le traitement physiologique de l'ophidisme consistait à éliminer par les émonctoires une partie du venin inoculé. On faisait entrer successivement en action les purgatifs, les diurétiques et les diaphorétiques, pour activer les fonctions éliminatrices des différents appareils.
En se basant sur une fausse analogie et sur une base physiologique apparente, on a pris la méthode généralement employée pour combattre les autres empoisonnements et on l'a utilisée, jusqu’en ces derniers temps encore, contre les accidents ophidiques, parce que l’on supposait que le venin s’éliminait #7 natura, au moins en partie, par l'un des trois émonctoires. Mais cette méthode doit être complétement abandonnée non seulement parce qu'elle n'a aucun effet sur la marche de l’empoisonnement, mais aussi parce qu'elle est contre-indiquée dans la plupart des accidents produits par les lésions gastro-intestinales et renales.
Le venin ophidique se fixe, en effet, sur le protoplasma des cellules et ne s’éliminerait qu’ après avoir été complètement transformé, de manière que c'est une pure illusion de croire qu'on puisse le faire éliminer par l'administration de purgatifs et de diurétiques.
Les purgatifs causent de la dépression et, par suite, viennent s'ajouter à l’action des venins sur le torrent circulatoire, pour contribuer à aggraver l’état que l’on prétendait combattre.
Les hémorragies de l'appareil gastro-intestinal sont les symptômes les plus fréquents dans les accidents déterminés par les serpents de cette région. Cette circonstance constitue un élément assez fort pour contre-indiquer les purgatifs dans le traitement ophidique, car l’action purgative ne pourrait que contricuer à augmenter les hémorragies internes.
Les congestions rénales sont aussi de règle dans les cas d'ophidisme. Par suite, les diurétiques qui agissent sur le filtre rénal, doivent être évités, car ils viendraient contribuer à aggraver de telles congestions.