RE
de 25 centimètres. Les incisions des dents que j'examinai étaient distantes de 5 millimètres tout au plus l’une de l’autre.
Le serpent fut tué et on vérifia qu'en effet, c'était bien un jararaca très jeune. Un des compagnons du blessé fit saigner la blessure qu'il suça ensuite. Malgré cela l’homme ne pouvait pas marcher à cause des douleurs qu'il éprouvait. La jambe du malade était serrée avec une liane audessus du genou; la jambe était oedémamateuse jusqu'à cette ligature. Etait-ce un peu en raison de la liane ? Je ne sais. Six heures après la morsure, on luï fit une injection de 15 c.c. de sérum anti-bothropique, dans le tissu cellulaire sous-cutané du bras droit, au moyen d’une seringue de Roux (sérum du mois d’Août 1902, datant de 8 mois). Le malade dormit la nuit; les douleurs diminuèrent. Le lendemain (26) l’enflure était déjà réduite au pied et l'homme se sentait parfaitement bien. La nuit du 26, j'appris que le malade se trouvait absolument bien, mais avait encore un léger oedéme au pied. Le traitement se limita à cette unique injection.
N.0 9 — J. P. Parelha, blanc, portugais, célibataire, àgé de 55 ans environ, dément, — recueilli à l’hospice de la capitale depuis 19 ans. Constituition forte, état général de magnifique robustesse. Le 3 Novembre 1903, il coupait de l'herbe dans les champs de Colonie de Juquery, quand il fut mordu par un serpent à l'extrémité du doigt annulaire de la main gauche; il rentra immédiatement à l’Asile, après avoir tué le serpent, comme il l’affirma. Il pleuvait abondamment, de sorte qu'il fut impossible de savoir quelle espèce l'avait mordu, car il l’ignorait.
Il aurait fallu que le malade allât lui-même montrer loin dela maison le serpent mort; or c'était impossible à cause de la pluie, d'autant plus que le malade une heure après crachait un peu de sang, et que la douleur du bras gauche le faisait crier. lrois heures après l'accident on m'appela à l’Asile pour soigner le malade qui était en mauvais état, criant continuellement, avec la main volumineuse, très enflée, taches ecchymotiques le long de l’avant-bras, une plaque d'apparence gangreneuse à l'endroit de la morsure, et engorgement ganglionnaire a l’aisselle gauche. Aux côtés de l'extrémité digitale, sur la plaque foncée hémorrhagique, on voyait les marques des deux empreintes, une de chaque côté du doigt. Il n’y avait pas de doute, il s'agissait d'un grand thanatophidien, qui avait causé ces symptômes. Ne sachant pas quelle en était l'espèce, j'administrai au patient une injection hypodermique de sérum anti-ophidique, de 20 c.c. à chaque bras. Je choisis la dose de 40c.c. parce que c'était un cas grave et que le sérum antiophidique ne contient que 50 % de substance active pour chaque espèce d'empoisonnement.
Avec les 40 c.c. le patient ne reçut réellement que 20 c.c. de l'antitoxique qui lui convenait. Je ne fis pas l'injection intra-veineuse, même après avoir pénétré avec une aiguille dans la veine basilique, de crainte d'introduire, dans la hâte, quelque bulle d'air. Résultat: le soir, 4 heures après les injections, il n’y avait plus de douleurs, et le ma-
lade dormit.. Le matin du 4, il ne restait plus que l'oedème de la main gauche et la plaque hémorrhagique à l'endroit blessé. Le 5, le malade se trouvait bien: il n'avait plus d’oedème, il ne restait plus que les ecchymoses, qui commençaient déjà à pâlir et la plaque hémorrhagique du doigt; je l’ouvris avec le bistouri, afin de la panser soigneusement. Le 9, le malade était debout, sans aucun phénomène d'’empoisonnement.
OBSERVATION DU DR. CLEMENTE TOFFOLI de Campinas
N.0 10 — Venancio Pegoado, âgé de 49 ans, marié, italien, de constitution physique robuste, ayant été mordu, le 16 Décembre 1902, à 6 heures 1/2 du matin, par un jararaca, se présente à mon cabinet à 7 heures 1/2, réclamant mes secours professionels. Je note une petite solution de continuité, au tiers inférieur de la région tibiale antérieure gauche, avec léger oedème circonscrit. Pouls 100, température 360 1/2, présente estomatorrhagie et sueurs froides abondantes. Le malade se plaint de céphalalgie, de vertige, d’éblouissements et de nausées.
À huit heures 1/2, je pratique une injection hypodermique de 20 c.c. de sérum anti-ophidique, préparé à l'Institut Sérumthérapique de St. Paul, et le malade se rend dans un hôtel voisin de ma demeure. A 3 heures du même jour, je visite mon malade. Pouls 100, température 380, entérorrhagie et estomatorrhagie plus intense. À 8 heures du soir, il se produit un changement total de symptomatologie, le patient est calme, sans hémorrhagie d'aucune sorte, tranquille et bien disposé. Il dort admirablement la nuit entière et le 17, à 8 heures du matin, il me demande l'exeat parce qu'il se trouve parfaitement bien et se juge complètement guéri.