OBSERVATIONS DU DR. EDUARDO MEIRELLES
N. 27 — Regina, âgée de neuf ans, brésilienne, jouissant d'une parfaite santé, fut mordue au tiers inférieur de la jambe droite quand elle jouait dans la brousse. On lui lia la jambe au-dessus de la morsure, qui fut bien lavée à l'alcool camphré. Elle ne sentit rien la première heure; mais plus tard, en plus de l'augmentation des douleurs et de la formation de l'oedème, elle commença à sentir de la céphalalgie, dyspnée, vomissements, sopor bien prononcé, incohérence des idées, quelques tremblements vagues de temps en temps, pouls petit, palpitations cardiaques peu accentuées, vomissements fréquents, urines sanguinolentes, léger subictère, réflexes diminués, principalement le pupillaire, jambe très oedémateuse, chaude, présentant diverses plaques foncées sur plusieurs points. D'après les informations des personnes de la maison, le serpent en question était bien un jararaca. Etant donné l'état du blessé, nous jugeâmes donc meilleur d'’injecter dans les veines 20 c.c. de sérum, et de faire un£@ autre injection sous-cutanée au flanc gauche. Quelques heures après, la respiration se régularisa, le pouls devint normal, l’état soporeux diminua et disparut. 5 heures après elle eut une forte diurèse, les urines étant alors plus chargées, mais non sanguinolentes.
Les douleurs et l’oedème rétrogradèrent, de sorte que 24 heures après, la malade retrouva son état normal habituel.
N. 28 —ÀA la fin de l’année 1902, nous eûmes l’occasion de soigner un petit garcon de 7 ans, nommé Affonsinho, demeurant rue Curvello, à Santa Théréza. Il était à Franca en train de jouer, lorsqu'il fut mordu par un jararaca, selon les informations du voisinage. Quand nous le vîimes, trois heures après l'accident, en plus des grandes douleurs, il avait un léger oedème dans tout le membre supérieur gauche, plus accentué dans l’hypothénar où avait été mordu. L'état général, à part une légére dyspnée, était bon. Malheureusement, le sérum manquant ici, l'application du traitement spécifique ne put être faite que 36 heures après l'accident.
Pendant cette attente, l’état du petit malade s'aggrava considérable-. ment;il se manifesta peu à peu l’état soporeux, la dyspnée augmenta, la soit devint plus intense, le pouls plus petit, presque filiforme; urines sanguinolentes, légers tremblements convulsifs, tandis que le membre supérieur gauche devenait très oedémateux, douloureux, chaud, présentant en divers endroits des plaques devenant peu à peu plus foncées. En voyant ce tableau séméiotique, si gravement dessiné, nous consultimes notre destingué confrère, l’éminent Dr. Dias de Barros, qui insista pour le traitement sérumthérapique. A cause de l'opposition de la familie, mal conseillée par les personnes qui entouraient le petit malade et qui voyaient dans l'injection intra-veineuse de graves dangers, l'emploi du sérum à la dose de 40c.c.fut fait en une seul fois au flanc droit,
et répété à la dose de 20c.c.à l’autre flanc 12 heures après la première application. De suite après l'usage de la médication spécifique les phénomènes graves se dissipèrent successivement en même temps qu’apparaissaient. les améliorations des accidents locaux, de sorte que 24 heures après, le petit malade entrait en pleine convalescence. Avec cette observation, il faut aussi faire connâitre la grave circonstance de la mort d’un chien, qui avait aussi été mordu en voulant attaquer le serpent en question.
OBSERVATION DU DR. BARROS FILHO Médecin de la Ville de Bragança
N. 29 —Le Mai 1904, je fus appelé avec urgence pour soigner un manoeuvre de la S. Paulo Railway, actuellement en service pour les travaux de prologement dans cette commune. J'arrivai au baraqueiment à 4 heures de l'après-midi. Là, je fus informé du fait suivant. Le manoeuvre, Augusto Marinho, brésilien, âgé de 29 ans, se trouvait en train de déjeuner dans la brousse avec des compagnons, à 1 heure, quand il sentit une morsure dans l'articulation du pied gauche. Sans retard il parvint à tuer l'animal qui l'avait blessé et qui fut reconnu par tous les témoins, pour un jararaca, mesurant un peu plus d’une palme. Le blessé, 10 minutes aprés, etait déja piusté, avec une vive anxiété épigastrique, et complètement aveugle pendant une heure, mais il eut ensuite une abondante hémorragie gingivale; il fut conduit dans cet état au baraquement où il passa la nuit. À deux heures, un des ingénieurs de la Compagnie essaya de faire des applications de sérum anti-ophidique, près de la partie blessée au bras droit, mais il ne put injecter à peine que 10 grammes des deux tubes dont ilseservit, à cause du mauvais fonctionnement de la seringue dont il disposait. En arrivant à 4 heures, je fis sans retard, une application de 40 c.c. (deux tubes) de sérum. Le patient était complètement prostré, somnolent, ayant eu, avant mon arrivée, beaucoup de vomissements alimentaires au commencement, et bilieux ensuite. Le coeur et le pouls étaient normaux, mais l'anxiété épigastrique persistait avec intensité Comme je l'avais résolu, le malade entra le lendemain à l'Hôpital, dont je suis médecin en chef, déjà délivré de l’hémorragie, qui avait persisté pendant deux heures. Il resta 10 jours en traitement, non pour l’empoisonnement ophidique, mais pour une brûlure de 20 degré sur la partie mordue, produite par un charbon incandescent, remède inutile et tardif, appliqué par ses compagnons.