OBSERVATIONS DU DR. EDUARDO BORGES RIBEIRO DA COSTA
N. 25 — Christino, noir, àgé de 36 ans, brésilien, célibataire, cultivateur, résidant sur la plantation de S. Joaquim da Gama, de la commune de S. Joäo Marcos, Etat de Rio de Janeiro. Cet individu fut mordu par un urutü au gros orteil du pied droit, quand il fauchait dans un endroit situé à peu de distance de la maison d'habitation Il se sentit blessé, et reconnaissant le serpent qui l'avait mordu il demanda du secours qu'il obtint sans retard, car il y avait du sérum à la plantation. Le malade fut transporté à la maison ou, 15 minutes après, il reçut une injection de sérum anti-bothropique dans le flanc droit. L'oedème qui avait rapidement commencé à semanifester, et envahi la région malléolaire, disparut complètement au bout de 24 heures. Après trois jours de repos, le malade se trouva presque complètement rétabli, sentant à peine un peu de douleurs dans la jambe droite. Nous avions exprès défendu à cet individu de ne prendre remède quelconque, lui interdisant absolutment l’usage de l'alcool. Il n'arriva aucun accident pouvant être attribué au sérum. Ce fait se passa en Décembre 1903.
N: 26— J. B. V. âgée de 23 ans, brésilienne, blanche, mariée, demeurant dans la commune de S. Joio Marcos, Etat de Rio de Janeiro, fut mordue par un jararaca à la face interne du médius de la main droite, le 28 Septembre de l’année dernière. Comme dans tout le voisinage il n’y avait aucun secours, on télégrafia à Rio pour demander des secours urgents qui ne purent être apportés que 36 heures après. Pendant qu’on attendait, anxieux, on employa tous les remèdes de bonne femme qu'on possédait. Malheureusement on administra à la malade l'alcool à forte dose. On pratiqua aussi la succion de la blessure et l’on fit immédiatement une ligature au tiers inférieur du bras. On lui injecta un centimètre cube d'une solution de permanganate de potasse. à L'action du venin se manifestait avec intensité malgré les moyens employés. L'oedème avançait rapidement en envahissant l'aisselle, en dépit de la forte ligature du bras. Les urines étaient franchement hémorrhagiques, les déjections aussi. La main droite se trouvait complètement cyanotique et le doigt était tout noir. Quant à l’état général de la malade, nous observâmes ce qui suit: pouls 120 par minute, petit et faible. La respiration était espacée. Température au-dessus de la normale. La malade se plaignait de fortes douleurs dans tout le bras; ces douleurs s'irradiaient vers le thorax. La malade se trouvait très prostrée et abattue. Comme il ne nous parut pas y avoir d'indication urgente pour injecter le sérum par voie intra-veineuse, nous choisimes la voie hypodermique pour faire alors une injection de 20 c.c. de sérum anti-bothropique dans le flanc droit Nous attendimes le résultat 12 heures après notre première injection, nous observâmes que l'oedème augmentait. Il se propagea en effet sur la face antérieure du thorax, presque jusqu’à la ligne medio-externe et envahit aussi les faces latérale et dorsale.
: L'hématurie continuait ainsi que l'entérorrhagie. Le pouls était alors à 104 par minute. La malade ressentit moins de douleurs dans le bras. Encouragés par le résultat quoique jugeant encore la malade en état grave, nous lui fîmes au flanc gauche une autre injection de 20 c.c. du même sérum. Huit heures après, loedème commença à diminuer, les urines devinrent plus claires, n'étant plus d’un rouge si foncé.
La malade se montrait beaucoup plus animée, ne sentant plus de douleurs que dans les doigts, principalement au doigt mordu, dout la peau se mortifiait complètement. A partir de ce moment, l'amélioration de la malade s’accentua de plus en plus. L'oedème continua à diminuer, les urines à être de plus en plus claires, et dans les selles on notait de petites coagulations sanglantes. Au bout de 36 heures après la dernière injection, l’oedème était presque entièrement réabsorbé, il n’y avait plus que la main et les doigts qui se trouvaient encoré aur gmentés de volume.
Quant au doigt nous avons déjà signalé la mortification de la peau qui ne se cicatrisa complètement que longtemps après. Le 11 Octobre nous retournâmes à Rio, après avoir laissé la malade parfaitement bien.