OBSERVATION DU DR. FARIA ROCHA
Inspecteur Sanitaire
N. 33 — Joaquim Pacheco, âgé de 11 ans, blanc, demeurant, rue Bueno de Andrade n. 83, fut mordu, dans un pré de la rue Espirito Santo, entre le imédius et l'index de la main droite.
On lui fit une injection de 29 c.c. de sérum anti-ophidique. Il y avait une grande tuméfaction sur tout le bras, et l'enfant criait de douleur. Il ne fut pas nécessaire de recommencer l'injection, car Île lendemain, la tuméfaction du bras commença à diminuer, et les douleurs cessérent peu après la première injection.
OBSERVATIONS DU DR. ALVIM HORCADES Médecin à Monte Santo (sud de l'Etat de Minas Geraes.)
N. 34— Joäo Rosa, brésilien, 40 ans, marié, caboclo (indigène), constitution régulière, employé dans la plantation du Capitain Alvaro Pereira de Mello, de cette commune; fut étrangement mordu au petit orteil de chaque pied, respectivement par deux jararacuçüs, le 24 Mars 1906, à midi.
Une heure après il présentait déjà les symptômes de l'empoisonnement ophidique. Il était très sûr de la provenance de ses morsures, parce qu’il avait tué les deux serpents, après avoir été blessé. On commença naturellement à lui appliquer ces remèdes de bonne femme, si en usage dans l’intérieur. Parmi ceux-ci nous ne mentionnerons que l'alcool, dont il absorba près de 600 grammes. Lorsqu'au bout de 4 heures il se résveilla du sommeil produit par l'ivresse, il continua à ressentir les terribles effets du venin inoculé, effets qui allèrent toujours en augmentant. Appelé pour le soigner, à 11 heures du soir, je le trouvait avec un intense oedème aux membres inférieurs avec une propagation moins accentuée jusqu'à la ligne diaphragmatique, il avait des douleurs très aiguës, du vertige, diaphorèse abondante, dyspnée et vomissements Comprenant la gravité de la situation, je fis une injection endo-veineuse
de 20 c.c. de sérum anti-ophidique, fabriqué depuis 3 mois, et je prescrivis une ordonnance pour l'usage interne. Il était 1 heure du matin, 13 heures s'étaient donc écoulées depuis la double morsure. Une demi heure après l'application du sérum, les phénomènes augmentèrent avec une rapidité effrayante. J'attendis les événements avec calme, et j’appliquai sur le thorax une cataplasme chaud de farine de graine de lin, laudanisé. Une heure après l'injection, les phénomènes commencèrent à diminuer d'intensité.
À 6 heures du matin, avant de me retirer, je fis une nouvelle injection de 20 c.c. intra-musculaire. L'amélioration se manifesta peu à peu; il y eut une intense hémorrhagie par les orifices de l'entrée du venin et la guérison fut complète 10 jours après. Le malade conserve encore aujourd'hui aux orteils, deux nodosités, seules marques du terrible accident. jun
N. 35 — Antonio Sansoni, italien, 56 ans, marié, blanc, constitution régulière, n'ayant jamais été malade, colon dans une plantation de la veuve du Colonel Antenor Ferreira Carvalhal, de cette commune ; fut mordu par un jararacuçü au petit doigt de la main gauche, le 19 Février à 9 heures du matin (1906). Trois heures après, il présentait les premièrs symptômes de l'empoisonnement ophidique, particulièrement caractérisé par un oedème régulier de la main correspondante, s'étendant jusqu'à la région scapulaire humérale. On lui fit boire presque 600 grammes d'alcool, et on lui appliqua différents remèdes externes. À 9 heures du soir, l’oedème commença à augmenter, et les douleurs augmentèrent brusquement de violence.
On me fit appeler, je fis une application de sérum anti-ophidique .à la dose de 40, c..c.… J'injectai, 20 (c:c. ausbras droit etw@0irrE au côté gauche de la région abdominale.
Le patient était dans un grand abattement. Le lendemain l’oedème commençait à diminuer. Il y eut une petite hémorrhagie par l'orifice de l'inoculation du venin. Quatre jours après, le malade vint de la plantation, et se présenta à mon cabinet; il avait à peine une blessure au doigt mordu que je fis soigner avec la pommade de Reclus.
OBSERVATIONS DU DR. PROCOPIO TEIXEIRA GUIMARAES. Médecin à Iha Grande do Paranapanema
N. 36—Le 23 Novembre 1907, je fus appelé pour prêter mes services professionnels à M. Joaquim Vicente Rodrigues, capitaliste, résidant ici, qui avait été mordu par un jararacuçü, à la partie antérieure du pied gauche; il y avait deux heures que le fait s'était produit. Je lui fis immédiatement une injection de 40 c.c. de sérum anti-ophidique, et huit jours après, il se trouvait complètement rétabli.
N. 37—Le 31 Décembre 1907, je fus appelé pour soigner M. Viditti, colon de la plantation de M. Henrique da Cunha Bueno, qui avait été mordu à l’un des orteils du pied droit, il y avait une heure, par
un urutu. Je lui fis une injection de 20 c.c. de sérum anti-ophidique ; au bout de 6 jours, il était complètement rétabli.
N. 38— José Rodrigues, 20 ans, mulâtre, terrassier de l’entreprise Jose Giorgi &C., pour le prolongement du Chemin de Fer Sorocabana, fut mordu par un urutu, le 30 Janvier 1908, à la région antérieure du pied gauche. Quatre heures après la morsure, je lui fis une injection de 40 c.c. de sérum anti-ophidique. Il retourna à son travail, dix jours après, complètement rétabli.
COMMUNICATIONS DU DR. CINCINATO PAMPONET. Médecin à S. Manoel
N. 39 — Mon confrère et ami, le Dr. Baptista da Costa, vient d’obtenir um véritable succès avec le sérum anti-ophidique. Il avait été appelé dans une plantation, pour voir un malade qui avait été mordu par un jararaca à queue blanche. Il le trouva dans un état véritablement inquiétant à cause d’abondantes hémorragies. Sachant que je possédais du sérum, il m'en fit demander avec urgence, et fit une injection d'un tube de sérum anti-ophidique.
Le résultat fut surprenant; le 3me. jour le malade était en excellentes conditions, et le 4me. jour il se trouvait parfaitement guéri.
(Lettre du 20 Février 1904)
N. 40 — Le 28 Octobre, à 6 heures du matin, à la plantation Araquä- Mirim, le colon espagnol Pasqual Martins, âgé de 26 ans, fut mordu par un Jararaca.
À 7 heures 1/2 on me l’apporta et je l’examinai. Les pulsations étaient de 45 par minute, la température 360, 2; sueurs abondantes, vertige, vue troublée, jambe gauche et pied enflammés jusqu'au genou. La morsure du serpent était située dans la partie médiane de la région tibio-tarsienne.
Je fis immédiatement une injection de sérum anti-bothropique. Ce ne fut que le lendemain à 6 heures du matin que je pus le revoir. Voici ses paroles: «J'ai très bien dormi; je ne ressens absolument rien, si ce n'est un peu de pesanteur dans la jambe». La température et le pouls étaient normaux, et à 11 heures, environ, il montait à cheval pour retourner à la plantation où il réside.
(Lettre du 20 Novembre 1903.)
N. 41— II y a 10 jours je fus appelé avec urgence, dans une plantation, pour voir une femme qui avait été mordue par un serpent venimeux. En arrivant, je pus constater qu'il était question d’un jararaca, qu'on avait tué aussitôt; la malade était très abattue, un peu glacée (5 heures après) Comme j'avais apporté avec moi quelques tubes de sérum, je fis deux injections de sérum anti-bothropique ; j'encourageai la malade, en lui donnant l'assurance qu'il n'y avait aucun danger et que le lendemain elle serait guérie. Cependant je la quittai
un peu perplexe; les deux tubes de sérum anti-bothropique que j'avais employés avaient sur la boîte la date de préparation, 5 Juin 1905, plus de 2 ans 1/2. J'ai recommandé que l'on m'avisât le lendemain si elle n'était pas bien. 8 ou 9- jours après, j'ai reçu la nouvelle que le landemain des injections elle s'était bien éveillée et que même elle était allée dans les caféiers.
(Lettre du ler. Janvier 1908)
COMMUNICATION DU DR. FRANCISCO A. PEIXOTO GOMIDE
N. 42 — Francisco Mariano, âgé de 40 ans, taille au-dessus de la moyenne, bien maigre, fut piqué par un jararaca au pied droit, à 8 ou 9 heures du matin, le 13 Avril de cette année, et n'apparut que par hasard où je me trouvais, à la tombée de la nuit, après avoir traversé trois lieues à cheval pour. se rendre chez lui. Il avait le pied et la jambe très enflés; il montrait du malaise et de temps en temps, avait envie de vomir. À 7 heures du soir, je lui fis à la poitrine une injection de 20 c.c. de sérum anti-ophidique, avec l'unique tube que nous avions en ce moment. À 10 heures du soir, il dormait régulièrement, mais le lendemain il présentait encore autant d'inflammation et ce n'est qu'à ce moment que je vérifiai, du côté droit, de l’engorgement à l'aine, sous le bras et sous le cou; le malade disait cependant qu'il était mieux et effectivement il était bien disposé. J'attendis qu'une purge d'huile de ricin fit de l'effet;il l'avait prise de bonne heure. L'après-midi, je fis une nouvelle injection de 20 c.c. du même sérum dans le bras droit. Le lendemain il n'y avait plus d’engorgement et le malade se jugeait guéri, quoique l’inflammation du pied et d’une partie de la jambe existât encore. Je ne fis plus ‘aucune injection et le quatrième jour le malade se retira dans la maison, où il se rétablit complètement sans aucun autre médicament. L'inflammation du pied et de la chenille céda peu à peu mais ne disparut complètement qu'au bout de huit jours; le malade m'en informa après. J'ai, inutile de le dire, la confiance la plus absolue dans l'efficacité du sérum! préparé à Butantan contre le venin ophidique, même dans les circonstances de la plus grande gravité: les innombrables expériences que j'ai faites sur des animaux m'y autorisent.
(Lettre de 25—Octobre— 1903)