‹ La défense de BelfortChapitre 13 sur 19 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

lusiitt'A La sdxttÉ db u 6Àftlriioir.

situation de l'attaque et 4e la défease.

L'ennemi venait de faire un pas sérieux dans son attaque $ il avait enfin odnquis^ par la puissance de son artillerie et la richesse de son approvisionne^ ment y oette position dominante des Perches cdtitre laquelle il cheminait depuis virigt jours; nous aU lioiis entrer dans une nouvelle phase du siégea

Dès son établissement à Essert l'artillerie prU8«> sienne avait attaqué le Château^ et ses coups de revers nous avaient obligés à déloger les hommes et à déranger l'armement, qui ne tenait compte que d'une attaque directe ; de Bavilliers elle nous avait forcé par ses coups d'enfilade à retourner nos pièces;

de Danjoutin^ par ses feux d'écharpe et surtout par la puissance de ses projectiles, elle nous avait contraints à vider nos abris; elle allait aujourd'hui, contournant toujours cetle position centrale^ s'établir droit devant elle^ elle allait lutter de face contre le Château^ et non plus à trois mille mètres, mais à onze cents mètres. Les Perches dominent le cavalier, mais malgré tout on n'y craignait pas* la lutte, les canonniers la voyaient même venir avec plaisir dans le simple espoir de mieux juger de leurs coups. Pour cette dernière période nous avions précieusement gardé douze mille projectiles rayés qui, répartis entre le Château au centre, Bellevue et les Barres à droite, la Miotte et la Justice à gauche^ nous faisaient encore espérer, en cas de nouvelle attaque de vive force, une de ces canonnades énergiques rappelant celle de la soirée du 26 janvier.

Les murailles nues tombaient partout, mais les façades blindées résistaient encore, défiant la mitraille, et les pièces des casemates, qu'on avait bien soin de garer pendant les repos, restaient menaçantes derrière leurs piliers. L'homme n'avait plus d'abri, mais les pièces étaient intactes.

RedoablemenC du bambardement*

Cependant^ comme s'il craignait d'entamer la lutte de suite et de se mesurer avec le Château ^ Tennemi ne commence pas le feu dès le 8 au soir ; la nuit fut relativement calme, et ce n'est que le 9 au matin que commença cette pluie de fer qui pendant cinq jours s'abattit terrible sur la Justice, sur la ville et surtout sur le Château, canonnade sans trêve ni merci^ qui fouillait les moindres recoins et les moindres passages, semant partout la ruine et la mort.

M. Choulette^ ingénieur des mines et capitaine du génie auxiliaire^ fut une des premières victimes de ce bombardement terrible. Sa mort fut un deuil pour tout le monde, et une perte sérieuse pour la place. Calme, modeste^ plein de bravoure^ d'une intelligence remarquable, il avait rendu de grands services à la défense ; il était propre à tout et avait mis la main à tout, ballons, lumière électrique^ fours à coke pour la fonderie, il avait tout créé et presque sans les éléments naturels. Ce noble et cher camarade, en mourant, était heureux encore d'avoir été partie dans cette glorieuse défense.

Ayant de laisser continuer cette lutte^ qtai devait faire évidemment tant d'autres victimes^ le gouverneur voulut bien clairement mettre le bon droit pour lui) et surtout s'assurer l'appui mbral de toute la garnison et de la population.

Le bruit courait en ville, porté par les malveillante et accepté par les timides^ que si nous n'étionb pas compris dans Tarmistice général, la faute en était au colonel Denfert^ à sa raideur vis-à-vis du général Treskow; d'autres, mus par un sentiment moins louable encore^ ajoutaieilt qu'il n'y avait dans cette exclusion qu'un pur motif d'amour-propre ducom«mandant supérieur^ et que s'il voulait se décider à une simple avance il épargnerait^ sans le moindre déshonneur, tout le sang qui allait eneerê couler à nouveau jusqu'à la paix définitivCé

Il fallait en ces moments terribles compter aveo l'opinion publique pour être mieux maître de chacun, c'est ce qui décida le gouverneur à céder, non dans le but probable d'obtenir un armistice^ mais dans lé but plus certain dé se procurer un refus écrit qu'il pût rendre public.

M. Krafft, qui dans toute cette fin de siège, remplit avec tant de zèle et d'intelligence la mission

QUATBiàME PÉRIODE DU SIÉGB. 379

de parlementaire, mission difficile près d'un général allemand qui se croit presque vainqueur, avait rapporté de sa dernière course à Roppe une collection de journaux; nous y avions lu toute l'étendue de nos désastres et l'impossibilité de les réparer, nous y avions vu aussi que nous étions seuls à continuer la lutte, et qu'une assemblée devait être réunie le 1 2 à Bordeaux, pour décider de la paix ou de la guerre, enfin nous savions que l'armistice ex«pirait le 1 9 février, que notre sort serait par suite, dès cette époque, réglé par l'Assemblée; ce pouvait être matière à une demande d'armistice sans faiblesse^ et c'est aussi sur ces faits que le gouverneur basa la lettre suivante au général de Treskow :

« Général, j'ai appris par les journaux les événements de ces derniers jours, et je sais aujourd'hui, d'une manière positive^ qu'un armistice général existe^ et que nous sommes seuls à continuer lés hostilités.

(c Dans ces conditions, je crois devoir, au nom de rhumanité, vous demander la conclusion d'un armistice jusqu'au retour de M. le capitaine Châtel^ qui me rapportera sans doute des instructions du Gouyernemeot français.

« M. le capitaine du génie Ei'afft, porteur de là présente lettre, est autorisé à attendre votre réponse^ et à régler les conditions de l'armistiee éve&tuei fcur

la base de la conservation réciproque de nos positions actuelles. »

Les positions militaires de la Place et de Tennemi se trouvaient en effet réciproquement définies^ d'une manière claire et facile à préciser^ depuis notre évacuation des Perches.

Mais le gouverneur était si certain de la réponse, qu'il envoyait en même temps aux commandants des forts les diverses prescriptions relatives à une yigoureuse défense dans tes nouvelles conditions qui nous étaient faites par l'abandon de nos redoutes hautes. Nous avions à pourvoir au logement de nouvelles troupes; il fit à cet efTet pousser avec une nouyelle activité le blindage des rez-de-chaussée des casernes, et achever Tévacuation du magasin à poudre du bastion 3 du fort des Barres, qui, ne contenant plus que quelques munitions pour fusils à percussion^ pouvait sans danger être vidé dans le magasin à poudre du bastion 2 du même fort.

11 divisa aussi la batterie der campagne en deux sections, dont une, placée sur le pont de la tranchée des Barres^ devait aider à la défense de la gare, et l'autre, placée sur la rive droite de la Savoureuse, devait défendre le Fourneau, en prenant de flanc les assaillants.

Cette batterie, rentrée en ville depuis deux jours,

QUATRIÉBfE PÉRIODE DU SIÈGE. 381

effectua sa sortie sans ordre et en faisant baisser quatre fois le pont-levis; le gouverneur^ qui n'aimait pas les lenteurs dans le service^ le fit immédiatement savoir à M. de la Laurencie, son commandant ; celui-ci^ retenu au lit par ses blessures, en fit tout naturellement retomber la faute sur son lieutenant. Du reste^ cette batterie méritait rarement des reproches, et^ ce même jour^ le gouverneur fit un ordre du jour on ne peut plus louangeux, pour faire connaître à tous la belle conduite des conducteurs, qui, dans le service pénible et dangereux des approvisionnements des redoutes avancées et de l'enlèvement du matériel; avaient fait preuve d'un grand courage et avaient pleinement réussi, malgré la pluie de bombes et d'obus qui leur tuèrent plusieurs chevaux.

Enfin, comme dernière précaution, le gouverneur écrivit aux divers commandants en leur donnant le résumé des journaux allemands, et les invitant à redoubler de vigilance et à se tenir prêts à repousser toutes les tentatives de Tennemi. Il ajoutait que tout autorisait à croire que cette prolongation de rébi&tance pouvait avoir les plus grandes conséquences pour conserver la place à la France, sinon pour empêcher la garnison d'être prisonnière de guerre, ce Les jours de souffrance qui nous restent à passer sont comptés, Tarmistice expire le 1 9, et avant cette époque une solution sera in-

8€2 QUATRIÈBfS PÉBIODB DU SIÉafi.

tervenue^ si elle ne l'est pas bous très*peu de temps. »

M. le capitaine du génie Krafft revint de sa mission, porteur d'une réponse verbale qui lui avait été apportée par un capitaine de rétatrmajor du général de Treskow. D'après cette réponse, le général ne pouvait accorder l'armistice parce que la place avait été exceptée par la convention de Versailles du 28 janvier 1 871 • — ^M. Erafft avait réclamé une réponse écrite, mais il paraît que son factum avait exigé un assez long délai , car elle ne parvint que le lendemain.

La voici, du reste, en entier :

CORPS DP SIÈGE.

BELFORT. BouTOgne, le 9 février 1871.

4u commandant de Belforty le colonel Denfert-RochereaUf de haute naissance. — Belfort.

« En réponse à votre lettre d'hier, j'ai l'honneur d^ vous informer, comme du reste mon capitaine d'état-major de Schultzendorff Ta dit de vive voix au capitaine du génie Erafft, qu'à mon grand regret il m'est impossible de consentir à l'armistice proposé, attendu que j'ai pour mission de m'emparer de la forteresse le plus tôt possible, et qu'en eonséquence il m'est interdit de perdre du temps.

« Je tiens pour superflu de soumettre votre de-

QUÂTRiiMB PÉRIODE DU SIÈGE. 363

mande à Sa Majesté l'Empereur, d'autant plus que

Tarmistice pour Belfort est formellement exclu de

le eonventioD.

« Veuillez.... etc.

«c Signé ; Trbskow* »

Cette lettre démontrait avec quelle mauvaise foi les généraux ennemis interprétaient la convention du 28 janvier 1 871 ; le gouverneur la fit connaître à la place par un ordre du jour (jui se terminait par ces mots :

fi Nulle force militaire, quelque considérable qu'elle soit^ n'est en mesure de briser avant un certain temps la résistance de la place. Que la population ie( la garnison soient prévenues également que leur sort dépend de la cohtinuatioa de notre résistance jusqu'à 1^ conclusion de la paix, C«tte conclusion ne peut tarder, notre pays n'étant malheureusement pas en mesure de continuer la lutte, et l'Assemblée nationale se réunissant le 12 de ce mois à Bordeaux. Armons-nous donc de courage ist de résignation, et continuons, pendant les quelques jours de SQpSrancequi nous restent à passer, à montrer l'attitude én^rgique et résolue qui nous a valu rhonneur insigne de rester debout, lorsque tous l^s autres ftviiient été pbligé^ d^ c^der à la puissance de l'ennemi »

Et comme pour donner corps à ces nobles et pa-

triotiques paroles , et tu les fatigues imposées en ces derniers jours à la garnison, il ordonna qu'une ration de vin et une ration d'eau-de-vie fussent distribuées à tous les soldats^

Le refus d'armistice était net et formel, et le prétexte dont Tenveloppait le général prussien était si grossier que chacun pouvait y lire la volonté bien arrêtée d'écraser la forteresse par son artillerie, rien que pour la punir de lui avoir résisté.

Chacun y vit aussi clairement son devoir: ceux qui avaient encore des feux continueraient la lutte^ et les autres veilleraient, prêts à repousser toute folle attaque cbmmandée par le désespoir. Tous devaient attendre patiemment le retour de M. Châtel, qui avait l'ordre de ne revenir de Bâle qu'avec des renseignements très-complets et des ordres très-nets de notre gouvernement.

Nature de la mission de M. ChAiel à BAle»

Le gouverneur avait donné à cet officier, intelligent et dévoué, des instructions très- détaillées pour le guider dans sa mission ; il ne les lui avait données que de vive voix pour éviter toute surprise de nos secrets au passage des lignes prussiennes. Ces instructions portaient en substance :

Informer le gouvernement de la défense nationale

QtJATHlÂME PÉRIODE DU SIÈGE. 385

des principaux faits passés depuis le 1 0 décembre.

— Bois de Bavilliers^ Bosmont et Froideyal, 13 et 14 décembre. — Éclaireurs, 20 décembre. — Danjoutin, 8 janvier. — Pérouse, 21 janvier. — Perchesy 26 janvier.

Expliquer la situation actuelle de la place^ sa situation probable sous peu de temps ^ les éléments qu'elle possède encore pour prolonger la résistance, l'impossibilité de soutenir un deuxième assaut aux Perches*. Demander des instructions. — Le commandant supérieur est prêt à accomplir son devoir dans toute son étenduci et à faire tous ses efforts pour atteindre les dernières limites de résistance.

— Il appartient au gouvernement de décider si; en présence de l'état de choses actuel, ces sacrifices doivent être faits et sont utiles au salut du pays. — Si le gouvernement juge inutile une prolongation de la résistance, alors nous lui demandons de tirer parti des éléments de résistance encore dans la place, pour obtenir des conditions exceptionnelles, l'autorisation pour la garnison de se retirer en

1. La dépêche envoyée par M. Ghâtel, et destinée seulement au ministre, a été mise sous les yeux dn public par un article du Journal officiel^ qui semble dire que le gouverneur considère la résistance comme désormais impossible, car la place ne pourrait soutenir un deuxième assaut. Il y a là erreur, car il s'agissait seulement d'un assaut aux Perches, position extérieure avancée, qui nous a été en effet enlevée, comme le faisait pressentir la lettre, sans pour cela ruiner la défense.

386 QUATRIÈME pIrIODE DU SIÈGE.

ariqes sur l,e point le plus rapproché du terptoii^ fraççiais occupé par nos troupes.

laformer le gouvQfrûement dei^ difficultés finapcièjres et des moyens employés pour les rj^soudre. de concert avec le préfet et le receveur p^rticji^lier.

Lui bien exposer que notre situation n'est deyenue pénible qu'en présence des faits connus, et que. par suite, si la France est obligée 4^ t^9 la paix, on doit nous comprendre dès maintenant dans un armistice.

Précautions poiiF eonClnner la défense.

En attendant, le gouyernepr aijigm$nt;e ei)icore les précautions prises en Tue d'une continua-

« ' f ' . • • i, I Mît » • lit*,'. > ( I ï 1 t »

tioi^ de lutte. A partir de ce jour^ sur la proppsjjtion (^u cpqimanc^ant Chapefot, I|e qu^r); ^ps troup^p ^ïfectées à )a défense ^es rçtrjBiQc^.efl^jen.tç (Jieç f^bourgs, y compris celui djj FoujPQeau, sera jipute Iji nuit sur les parapets, et sera relevé de deux heures en deux jheurep, afin d'opposer inamédi^jtçflaenjt i^ne résistani^e considérable à une tentative d'attaquiS ds vive force de l'ennemi. Les autres troupes seront tenues en Réserve.

Le gouverneur ordonna aussi que, vu la proximité de l'ennemi, on redoublât de surveillance.

Des ip&tructions sont également données à Tartillerie des faubourâ's et de la ville. Le commandant d'artillerie reçoit Tordre de faire replacer le plus tôt possible^ au front des faubourgs, les pièces qui constituaient primitivement son armement, et qui ont été enlevées pour être employées ailleurs. Û doit prendre, à cet effet, à Believue, les pièces de 12 rayées qui y restent, en les remplaçant par du 4. Ù doit maintenir aussi au complet l'approvisionne; ment de munitions des pièces d'une suite d'ouvraees dont 1 énumération est établie dans Tordre qui lui

est remis.

Les pièces qui peuvent être vues des Perches de* vront être retirées et mises à Tabri . Le gouverneur les cite en détail.

Vente de Tlvres à la popnlailoB.

La durée du siège venait de dépasser, au commejncement de février, la limite de quatre-vingtonze jours d'après laquelle on avait réglé les approvisionneinents des habitants, et la ville se trouvait nç|inquer de certaines denrées qui étaient encore en abondance dans les magasins militaires. Les événe- ^ents extérieurs marquaient n^aintenant une limite à la durée de notre défense, et le commandant su« périeur était moralement obligé de subvenir, dans

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une mesure raisonnable, aux besoins de la yille, sans cependant oublier que nos ressources financières étaient épuisées et n'allaient plus pourvoir à la solde de la troupe et des officiers. Il revint donc sur une idée inopportunément émise autrefois, et invita, le 9 février, le sous-intendant militaire à céder à la ville de Belfort, contre remboursement et aux prix les plus favorables^ des denrées en vin, eau-de-vie, farine et sucre, dont le montant serait versé entre les mains du receveur particulier.

Deux autres cessions furent également consenties, quelques jours après, aux mêmes conditions : l'une à la ville, l'autre à l'hôpital civil qui recevait et soignait dans ses salles bien aérées nos malades les plus intéressants .

Départ dn préfet da Haut-Rhin pour Bordeaux.

Pendant ce temps, toutes les villes et tous les villages du Haut-Rhin étaient dans l'agitation électorale. Le département devait nommer ses représentants à cette assemblée qui se réunissait à Bordeaux pour y décider de la paix ou de la guerre. L'élan patriotique de l'Alsace, qu'on n'avait su ni employer ni soutenir au début de la guerre, s'était retrempé et maintenu au milieu des souffrances et des malheurs de l'invasion.

Le pays souffrait horriblement de cette invasion et de cette occupation barbares. C'était donc contre elles qu'il fallait protester par le vote.

Les Alsaciens voulaient rester Français ; ils voulaient l'accuser nettement^ aussi jetaient-ils les yeux avec orgueil sur ce Bel fort qui luttait toujours^ dernier boulevard de la France chez eux, le seul qui n'eût pas subi la souillure de l'étranger. C'était parmi ses défenseurs qu'ils allaient choisir leurs députés.

Le choix n'était pas douteux. 11 allait porter sur le gouverneur évidemment, et sur M. le préfet Grosjean qui, chassé de Colmar, était venu s'enfermer dans la place.

Profitant de cette assurance, que lui confirmaient encore quelques lettres particulières et de nombreux billets de vote^ tous portant naturellement ces deux noms, le colonel Denfert songea à faire sortir de la place M. Grosjean, afin d'avoir un organe sûr et instruit de nos besoins près du gouvernement de Bordeaux. Il écrivit donc au général de Treskow la lettre suivante, demandant un laissez-passer pour le préfet nommé député. L'affirmation donnée le 9, à onze heure du m^tin^ d'une élection faite le 8, intrigua beaucoup^ paraît-il, le général prussien sur nos prétendus moyens d'information.

Le colonel Denfert écrivait:

(c J'ai l'honneur, en vertu du paragraphe 3 de l'article 2 de la convention de Versailles du 28 jan-

vier 1 871 , de vous prier de vouloir bien m'ëiivdyep un sâuf-conduit pour permettre à M. Grosjean, ae Guebwiller, actuellement à Belfort, élu parle âaùt- Rhin député à l'Assemblée nationale de fiordéaux, de se rendre à son poste en passant par Ëalë (Suisse).

<c L'Assemblée nationale devant se réunir à trèsl)reF délais M. Kràfft, capitaine du génie, porteur de ia l^résehte lettré, à ordre d'attendre la iretlii&e dii saiif-conduit. »

M. Grosjean était bien eÉTectivement nommé député. Le soir même il reçut son sàu^-conduit, et pli*-

tit le lendemain matin, emportant avec lui dès instructions et une liste des cinq officiers que le gouverneur jugeait avoir rendu le plus dé services à la défense. Il les recoinmandait au ^ouvernéinënti et désirait qu'on s'occupât d'eux tout de suite.

Cette ÎQot'e seule est pour eux une si belle l^écompense^ que c'est un devoir de citer ici leurs noius. C'étaient :

MM. Chapelot, chef de bataillon d'infantené ; De la Laurencie, capitaine d artillenë ; Thiers, capitaine du gétiie; Perrin, capitaine d'inJFantëriê*; PoRRET, capitaine des mobiles du Rliôhb.

1. M. Perrin était plissé chef de bataillon au tilbe prôvisoiref en remplacement ae M. Hermann , mis en non-activité sur sa demande, pendant le siège, pour infirmités temporafres.

QUATRIÈME ^fàiobk Dt7 sièkz. 3b i

Nôuii fi*oùiîonè pendàtli ce teiiips lé tll* de Tëtiheiili MeE gêvâi*ë^ liuHôiit eh pi*ëôeQcë dé là âituàtioh pfésquè pâésivè qui noiifc êtâît faite par Tètàt de nos à|)proyisi6nnenier(id.

Batteries ennemies aux Per cités.

Lés t^bssieiis avaient à ce moment cohirë hoiis douze groupes de batteries armées de pièces de siège ^ sans compter ses pièces Volantes du Salbèrt^ et les deux batteries de position qui avaient sëi*vi à bombarder les simples villages de Dànjôutiii et de ï^éroùse. Cela représentait Une force de soixàiite-dix a quatre-vingts bouches à feu, tirant une nAoyénne de cent cinquante coups^ c'est-à-dirè dix à doiize mille projectiles par jour, tir effrayant si l'on considère le pëii d'étendue de la placé. Cependant ils rie se trouvent pas encore assez forts. Lé 9 février, ils tbnii de hoiivelles battéHès cotitré lé Château, les iinès sur là gàiiché dés Hautes-Perches, lés autres shr là droite des Bàiases-Perche's, sfe développant sûr là croupe de la colline eiitré Danjoutin et la redoute.

ElIiBS ouvrent lé feu avec une violence extrême, le 10 âù matin. Nous y coinptotis de dix â douze mortiers et huit pièces qui tirent sur le Châtèàu avec une juStéssè ëtorinahtè, paralysent tôiit mou-

vement dans le fort, et défendent toute communication avec Textérieur. La route qui relie les trois enceintes du Château et conduit de ce fort dans la ville n'est pas, en effet, abritée par une voûte continue^ mais par une série de voûtes^ ayant à peu près même axe, et dont les séparations sont complètement vues des Perches. Aussi à chacune correspondaient deux pièces ennemies qui, au moindre mouvement^ lançaient une bordée sur le point visé d'avance*

Le troisième passage, en venant de la ville, est coupé par un profond ah I ah I (trou de quatre mètres de largeur)^ sur lequel était jeté un pont-levis, qui fut brisé et renversé dans le trou dès le premier jour. On le remplaça le lendemain^ et il fut aussitôt démoli.

On pensa alors qu'un pont offrait sans doute trop de prise aux projectiles ennemis, et comme ce passage était d'une absolue nécessité^ on donna l'ordre à M. Wûrgel, ingénieur civil faisant fonctions de lieutenant du génie, de le réparer dans la soirée du 12^ à l'aide de trois poutres jointîves jetées simplement d'un bord à Tautre et sur lesquelles ne pourraient plus passer que les piétons. M. Wûrgel prit, pour faire cette corvée, cinq hommes de la compagnie du génie auxiliaire de M. Thibaudet.

Il fait amener la première poutre, y attache un

QUATRIÈME PÉRIODE DU SlÉGË. 393

cable, en jette le bout libre de Tautre côté et le fait tendre. Un projectile le rompt aussitôt. On renoue la corde, la première poutre passe, puis est enlevée par un nouveau coup. La deuxième prend sa place^ elle subit le même sort. Enfin ^ la nuit arrivée^ on parvient à établir la troisième poutre qui tient toute la nuit. Mais après ces cinq heures d« travail, M. Wûrgel ne rendit que deux hommes au capitaine Thibaudet.

Il fallut alors renoncer à ce passage^ d'autant plus qu'une seule poutre^ à la nuit, constituait une route un peu maigre^ dans Timpossibilité où on était surtout de montrer sans danger la moindre lumière.

On fit pour les corvées un chemin sur les revers de la plongée dominant la ville, et on indiqua pour les voitures une autre route dangereuse mais solide, contournant le fossé de Tenceinte intérieure et venant aboutir dans le grand souterrain.

Bonbardement de la Hioite et de la «lastlee.

La Miotte, pendant ces quatre derniers jours, reçut un nombre de projectiles presque égal à celui que reçut le Château; les journées du 12 et du 13 février y furent particulièrement pénibles, mais, grftce au zèle et à l'intelligence du capitaine Sailly,

le tir du fort n'en fut pas ralenti. Deux dé ses pièces notamment ripostèrent avec la plus grande vigueur, et Ton peut dire que c'est au feu dé ces pièces, a là . fusillade des artilleurs postés au cavalier du GHateau^ et au feu des Barres que fut due en partie là * lenteur des derniers travaux de l'ennemi sur là hàiiteùr dès Perches.

Lé zète du capiiaibe Jourdanet ne le céda eh rien à celui du capitaine Sailly^ et ne faiblit nullement sous le nombre très-considérablë dé projectiles lires à cette époque sur la Justice par la batterie pruâsieniié ad bois sur Merveaux, batterie^ nous Tàvons dit, établie tout exprès pour ce tort le 3 février.

Ce n'était qu'un bombardement sans attaqué, évidemment; mais, soiis ce leii sévère et iiôùvéau, la garnison du fort de la Justice, coilipbsâe presque éxcliisivèmèiit aé rnobiles, se plaignait èl inôiitrait peu d'entrain dans son service.

Son commandant, M. Jourdanet capitaine d'airtil- 1er ie, s'émut de cette situation, et crut devoir écrire au gouverneur qu'il désirerait bien que sa garnison, dans laquelle en cas d'attaque il n'avait que peu de confiance, fût remplacée par des compagnies du Ô4-.

y cblbnèl Dënfert essaya de cdMër bëâ cràtfitës liât k letlW éhivarlfé^ dii 1 1 fêVf îér :

« Je Hl coth^ibendë )>às ttés-bign \^ 4ùêiftil8

mots que vous m'avez écrits ce matin^pour me dire qu'en cas d'attaque les mobiles dé la Ëaute-Sà6në ne vous inspireraient qu'iine médiocre confiance. Je crois que vous avez un moyen très-simple dé ïeiir donner cette confiance. C'est de leur montrer codament sont les escarpes et les contre-escarpes du fort, toutes en roc de la base au sommet, et de leur démander comment on pourrait s'y prendre pour les escalader. Vous leur ferez voir ensuite qu'il n'y a, oiitjpé là porié du pont-levis, qu'une àiitre poterne que vous avez bien soin de tenir fermée et dont voiis faites surveiller les abords; et après cet examen, qui né demaiide dé la part de vos auditeurs ni beaucoup de . temps, ni beaucoup d'intelligence, vous n'hésiterez pas à leur dire qu'il n'y a que des insensés qilî pôiiri^àient Mré capables de lentér en ce moment l'escalade du fort de la Justice. Que si ce-

{iëndâiit là bhbsë i^e préàëntait; botnnie eh eni^ojrant dëk fôûtàssinb l'ennenli bèsiiéràit, par cela mème^ de canonner pbur ne pas tirer sUi* lés bienà^ ild îi'atiraient qu'à se placer sur les réttiparts et titer en iéute trJahqtiillité sur les Pruissiètis Iqui éét*àieïit à patauger dans le fossé.

a Voilà les lext)iicàtionji de \)isu qu'il &iit donner aut officiera^ sous-bfticiers et soldsitB dé là mobile de la Haute SàÔûlBv l[{uftbd bh eèt dâ.nft Uûe {lOâilâdn ail^fai avantageuse À te Aifç^rm t[U« l'eM là Vèl»^. Us ne |)eut6iit pal fa« p6l leA cdln^t^Udi^ ^ bè p»s

396 QUATHIBUË PÉRIODE DU SiLG£.

en tirer confiance entière dans l'invulnérabilité de leur position^ et leur confiance fera la vôtre.

« Vous pouvez ajouter à vos explications que, dans l'attaque du 26 janvier contre les Hautes- Perches^ les troupes du kh'^ de ligne, en se portant sur le parapet et en tirant contre les colonnes ennemieSy ont tué et blessé un nombre considérable d'hommes^ sans avoir ni tué/ ni blessé de leur côté.

Les pertes seraient infiniment plus grandes devant le fort de la Justice, absolument impossible à escalader^ sans des engins d'un transport difficile, même quand on ne défendrait pas le parapet. »

Germes de démorallsatloii dans la gamlsoB*

L'esprit de mauvais vouloir, de mutinerie presque, que nous avions vu avec douleur poindre dans la place quelques jours avant, alors que les soldats apprirent qu'ils étaient seuls à se battre en France, commençait à renaître. Le départ de M. Châtel Tavaît calmé pour un temps, et comme son voyage semblait se prolonger^ on en revenait à murmurer, à douter presque que ce ne fût un leurre du gouverneur pour prolonger la défense. Gomme cette exaltation provenait en grande partie de la vente exagérée que les cafés faisaient à tous, du vineUe

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QUATRIÈBfE PÉRIODE DU SIÈGE. 397

Teau-de-vie cédés à la ville, le gouverneur fit d'abord consigner jusqu'à nouvel'ordre les cafés et les auberges. Il fit ensuite savoir aux officiers des troupes accusées de mauvais vouloir qu'il ne comprenait pas qu'après toutes ses explications et le refus insolent de Tennemi d'accorder Tarmistice demandéy après les efforts qu'il avait faits^ et qui ^' avaient été couronnés de succès, pour que M. Grosjean^ député élu du Haut-Rbin, pût aller expliquer ® au gouvernement Tétat de choses et presser une sof lution, qu'un pareil esprit existât parmi les troupes, t sans qu'il y eût de la part des ofQciers qui les commandaient ou une atonie impardonnable, ou une tendance coupable à l'oubli de leurs devoirs.

« Dans les circonstances comme celles où nous nous trouvons, ajoutait-il, alors que la lutte nous a été imposée et que sa fin est imminente, j*entend^ que les officiers sentent plus que jamais ce qu'ils se doivent à eux-mêmes, ce qu'ils doivent au pays, et fassent tous leurs efforts pour maintenir leurs hommes dans le sentier du devoir.

« Que les ofiiciers sachent que j'ai l'œil sur eux, sur leur conduite, et que je serai impitoyable pour les manquements qui me seront signalés, et pour ceux dont le bataillon ou la compagnie se signalera par un esprit de mutinerie ou de mauvais vouloir pour leur service, qui, dans ce moment et eu égard aux circonstances, est plus coupable que jamais. Notre

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999 QUÀTHliip PERIODE DIJ SI^GE.

8it|]a)^p]^y g^s précédent» c}app l'histoire | jif}ixf^ iip; P,9S6 d^s devoirs exceptionnels; soyons-en dign^j^. j^

Les coupables sentirent leur faute et, comprenant quçUe importance pouvaient avoir dp simpjjss lé7 gèiTçtés^ ils firent amende honorable e|t prou^irept l'obéissance la plus absolue. Les officiers plus par; ticulièrement inculpés firent remettre ces prptçsta; tions au gouverneur, en afi&rmant leur pçtpfr déyouement à la patrie.

Toutes ces protestatiojDç étaient pincerez ; y?^P^ff fut suffisant pour le p^ontrer^ car ei|i ces iours ^ p^eiçç pn vivait vite.

Nous ne tiroiis plas qae des boulets spliérlqiies.

l^ feopab^denp-eftjt c^tinuait Jtoi^jojgirg, j^j?/^çf: ble jdt tçrnble; n^s pn y étajijt fait, pp ^çomn^.e nf^wf nç Youiioqs pas encore jenta^r le rçs^e de oçf^^ provisiçp de projectiles rayés,' nous jiç r/gpondions qu'avec les vieilles pièces de 1 6 lisses et ^es xaoxr tierp. H y .e^ ayait un surtout au GbMe^u, du calibre 4$ ^2 çeptim.ètresi çchappé à Tenterrement di^ j^ l^atter^ du bastion 1 2, qui ^ait servi pfir le Jf^pféfilàjû 4es logi| ^'^errpi^ du T (^'artillerie, et jqu^i joutes leç ^iM.ts luirait de .cenjt ^J^j^ ^ çeijit 1ir|9nte ^ipD^bfjs, Il était placé au mlliei^ même 4? la fiOMVi .on le ^eiUait en batterie à Taide de cables »pft,mt

QUATRIÈIIE PÉRIODE DU SIÉ6E. 399

dans les casemates^ et le maréchal des logis restait seul dehors. Il fut dans une même nuit blessé trois fois, 8^9 "^I^^I^IpI^F ^b^ndoi^ner son rude service, ni quitter ce poste si périlleux*

La ville aussi était faite à ce dur bombardement; il n^'y restait à peu près plus rien à détruire.

Cependant le 43 au matin un projectile incendiaira trouva encore moyen de m,ettre le feu au bâtiment des sœurs. Cet incendie prit très-vite des proportions considérables et le bâtiment fut ooosiimé en ratier, ainsi qu'une partie peu imporlaote de Tarsenal. On n'eut pas de peine à isoler les flammes qui n'avaient presque que des murs nus à lécher.

Somnatloii d« vitmûre la i^lace.

Le 43 au soir, le général de Treskow envoya au gouverneur un officier de son état-major, M. le baron de Fortsner, porteur d'une lettre prévenant le colonel Denfert qu'il avait une pièce très-importante à lui remettre^ mais si importante qu'elle ne pouvait être remise que contre reçu porté par un officier. La lettre d'envoi n'était donc qu'une simple formalité.

M. Krafft, muni du reçu, alla chercher la pièce aononcée. C'était la sommation suivante :

400 QUATRIEME PéPlODE DU SI^GË.

A mansieur le colonel Denfert-Rochereau^ de haute naissance, commandant la forteresse de Belfart.

« Suivant votre désir du 4 de ce mois, j*ai consenti au voyage du capitaine Gfaâtel à Baie pour s'informer de Tétat des choses en France.

(€ Je n'aurais pu donner suite à votre demande d'armistice du 8 jusqu'au retour de cet officier, sans perdre les fruits de ma prise de possession des Perches. Mais j'ai ralenti mon feu^, dans l'attente du prochain retour du capitaine Chàtel. Ce retour^ tant qu'il est en ma connaissance^ n a pas encore eu lieu*

a Je ne puis attendre plus longtemps sans négliger la mission qui m'a été donnée. Je vais donc recommencer mon attaque de la façon la plus énergique. Je sais que mes nouveaux moyens d'attaque coûteront énormément de sang et que par suite beaucoup de personnes civiles seront atteintes. Je considère donc comme mon devoir, avant de recommencer mon attaque, et je vous prie derechef de vouloir bien peser si maintenant le temps n'est pas venu où vous pourriez avec honneur me rendre la

place.

a Je me suis établi sur les Perches, et je possède les moyens nécessaires pour détruire le Château. 11

1. C'était faux, le feu n'avait fait que croître depuis le 4 février.

n'y a plus à compter aujourd'hui sur une levée du siège. Non-seulement suivant mon opinion, mais aussi suivant l'avis d'autorités françaises, comme selon le jugement qui a été porté le 10 mars 1869^ sous la direction du général Frossard, par une commission réunie à cet eSet^ le Château ne pourra pas résister longtemps aux batteries établies sur les Perches, et, comme s'exprime la commission, la prise du Château terminera toute résistance.

«r II m'a été tracé un chemin que je suis forcé de suivre. Belfort n'est plus à sauver pour la France.

ce II dépendra donc maintenant de vous seul d'éviter, par la conclusion d'une capitulation honorable^ une plus longue effusion de sang, et je suis tout disposé^ en considération de votre défense jusqu*ici si héroïque^ à vous faire des conditions très-favorables. Je suis obligé de m'en rapporter à vous pour savoir s'il vous conviendra d'accepter ma proposition. Mais^ d'un autre côté^ ce sera aussi sur vous que retombera la responsabilité, dans le cas où vous m'y contraindriez, de réduire Beltort en un monceau de cendres et d'ensevelir les habitants sous les décombres .

« Je ne compte pas sur une réponse précise, mais j'attendrai douze heures avant de recommencer mon attaque renforcée. Si d'ici là je ne reçois pas de vous une proposition acceptable, je ne reculerai

402 QaATaiàMB PÉRIODE DU SIÉGfi.

pas davant les mesures les plus extrên^esi sachant que ce seul chemin m'est tracé pour accomplir ma missioa. ^

Cette lettre était fausse eu ce sens que le général de Treskow était dans Timpossibilité d'augmenter squ feu des derniers jours. Ses pièces tiraient ^ jNi effet, à volonté, sans repos^ jour et nuit. De plw 9 pareille menace était une insolence gratuite qui ae pouvait conduire à rien.

Le gouverneur y répondit par le mépris, o'eçt-àc^ire qu'il n'y répondit pa».

Il donna avis au commandant du fort de 3elle-

VU9, qui 9e trouvait dans une position avaacée,

ous le coup direct de la menace, et qui, suftofit,

avait de nombreux travaux à faire pour parer apx

coups venant des Perches.

Ses abris étaient tpus orientés naturellement do côté de la ville ; les portes étaient vues 4e£| positions prussiennes, et une batterie nouvelle, établie wr la crpupe même qui domine la SavQpreu^, était spécialement destinée à cette partie du bombardement. La batterie était finie et allait ouvrir le feu sous peu de temps.

M. Thiers avait prévu cette nouvelle attaqqe, et^ par des masques en terre contournant les portes de ses abrjs, il était déjà arrivé à les cacher en partie. Tqus ses hommes, ^entant la néoe§8ité de ce Ira* vaîl| s'y employaient avec vigpeur^

QUATRlkm PÉRIODE I^lJ SUliffE. 403

Beprise lies travaux «aatre Bellevne.

Mais Bellevuë n'avait pas seulement à craindre la âmennode de revers sur sa gauche ; l'enneHii prëpaïnit encore contre lui une attaque directe.

Les Prussiens avaient ouvert^ dans la nuit du 12 aii i&i une tranchée, partant de leur place d'armes de la Tuilerie et se dirigeant à la gauche de la route de Belfort à Lyon^ d'une longueur d'environ beiit à eont vingt mètres. C'était une attaque en règle dé Tâvant-poste de Bellevuë qu'ils entreprenaient ainëi ; c*68t<4-dire qu'ils en étaient arrivés a ce degré dé pnidence que , pour enlever Tavant-poste d'ttiië simple redoute en terre, il leur fallait des travaux d'approche réguliers.

Cependant ce travail était important. Il pouvait ètee considéré eomme une extension de la troisième parallèle contre Bellevuë, et la perte du poste avancé Qfféérait un danger sérieux pour le fott^ car il entraînerait celle du trou de la maison Sibre.

Notre garde avancée tira beaucoup sur les trataillèurs^ mais sans pouvoir bien se rendre codipte de l'importance des travaux de l'ennemi, vu l'obscurité des nuits à cette époque.

M. Thiers^ dès qu'il put juger de la nature de eea travaux, demanda au gouverneur l'autorisation

de lancer le soir des balles à feu^ dont on avait enfin fabriqué quatre ou cinq à larsenal^ pour éclairer les tranchées ennemies et les mitrailler du fort^ pendant qu'on les fusillerait de Tayant-poçte.

Le colonel approuva ce qui avait été fait et ce qui était proposé » en recommandant bien de lancer la balle à feu assez loin pour ne pas contrarier l'action de nos éclaireurs.

Il terminait sa lettre au capitaine Thiers par les mots suivants :

« Je viens de recevoir du général de Treskow une sommation insolente de rendre la place sous la menace d'un bombardement formidable dont nous n'avons eu aucune idée jusqu'ici^ et qui commencera, si je n'ai pas répondu d'ici à douze heures par une proposition acceptable de capitulation.

« Naturellement, je ne répondrai rien.

« Vous pouvez donc vous attendre, ainsi que tout le monde et en particulier le Château , à un bombardement énergique demain matin et après, jusqu'au jour prochain où tout cessera ^ puisque l'Assemblée nationale est réunie depuis hier. »

M. Thiers^ pour augmenter encore l'énei^ie des travailleurs^ donna lecture de cette lettre du colonel Denfert à tous les ofi&ciers de son fort réunis autour de lui.

Situation de l'attaqae et de la défeBse.

Le pa)*ti du gouverneur était bien pris , bien arrêté. La menace d'ensevelissement était , selon une expression vulgaire , un coup d*épée dans Teau. Nous l'avons déjà dit, le tir des Prussiens ne pouvait pas être plus sévère qu'il n'avait été depuis le commencement de février^ du moins avec le matériel qu'ils avaient sous la place , et quant à en faire venir d'autre d'Allemagne y c'était une opération inadmissible^ nécessitant des frais énormes dont on ne se charge pas au moment où l'on discute la paix, et demandant toujours un temps considérable.

Quant à faire une attaque de vive force sur le Château et à essayer une escalade devant ses murs gigantesques , dont la base est taillée dans le roc y c'eût été une folie si étrange que nous en étions vraiment à l'appeler de tous nos vœux.

Restait à continuer le siège régulier du Château, et à faire les travaux d'approche qui devaient conduire au sommet du glacis ^ puis enfin au Château ^ mais après plusieurs assauts successifs*

Outre que les cheminements sur le versant Nord des Perches ne peuvent se faire qu'en un terrain rocailleux^ très-dur^ ne se travaillant qu'au pic, ils sont très-difficiles encore à défiler de la place ^ par

406 QUATRlInUE PÉRIODE BD SIÉ<^

suite de la pente très-raide du terrain^ et de la longueur de la ligne qui s'étend de la Justice à Bellevue ou seulement même au Château.

L'ennemi, du reste^ ne semblait pas entrer dans cette voie si longue^ et il n'avait rien oommeocé comme travaux d approche sur le versant Nord.

Pendant que nos pièces du cavalier étaient encof^ intactes^ le gouverneur, loin de céder, avait mèiBe eu un instant le projet de répondre à t'insoleM^ sommation ennemie par un feu à volonté^ où iiimhp dépenserions en deux ou trois jours tes deux ^r» des projectiles restants^ ne conservant que Pappre^ visionnement des pièces de fianc, et combattant eosruite les cheminements par de simples fusillade» très-nourries.

Ce genre de lutte, qui n'eût maintenu au feu qu'un nombre assez restreint de soldats, pendant quo le reste de la garnison serait demeuré relativement im repos et à l'abri^ nous permettait une récpistanee' d'au moins six semaines au Cbâteau.

Autrefois, avec le moral qu'on avait su conserver àr ia garnison avant la nouvelle des nfalheurs de notre pauvre France, et surtout avant la connatfi>sance de la position exceptionnelle qui noua avait été faite par l'armistice du 28 janvier , nous pouvions prétendre, sans orgueil, lutter Jusqu'aux premiers jours d'avril.

Dans ('état actuel des choses, et en présenèe de

QUATRIÂME PÉlllODE Dit SIÈGE. 40^7

ce bèsmn èb repos qui étah né chez nos homme ^pùis (|tté râfmîstîce prdfitalt aux autres corps d'armée , il eût fallu certainement iin plus gfand éftveloppenient d^énergie et de patriotisme de la part âès offièièrs pour maintenir chafeun dans le devoir pendant plusieurs semaines ; ïa volonté de remplir &&B dcTôîr jusqu^au bout, qui anitîiaît tout le monde, Teût certaitfement rendu possible.

Mais i} m fut pfiô besoîtt de pousser la dëfeàse jusqu'à cea Hontes Qi^^i^mes.

Ol^^içe lia ||^i%irQ|M|^9ii(^iit dç rendre. V^ ylucç.

Pendant c^ue. 1^. Kraift allait, le 13 au soir, chercher la pièce importante annoncée par M. de Fortsner, une dépêche de M. de Bismarck était parvenue au quartier général prussien ^ et M. de Sch,vltzendorf , aide de camp du général de Treskow, Ift communiqua à notre parlementaire, après, le départ de l$i sommatiou^

Cette dépêche de M. Aq Bismarck au général de treskow était ainsi conçue :

Reçue à 4 heures 1/2 du apir.

a Au général de Treskow^ commandant les troupes

devant Bel for t.

« Le gouvernement français à Paris m'envoie

408 QUÀTRlfcltB PERIÛDI SU SliCK.

pour 1« comniaiidaDt de Belfort le télégramme buîvaat, que je tous prie de lui faire parreoir par un parlementaire :

« Le commandant de Belfort est autoriBé^ va les circonstances, à consentir à la reddition de la place. La garnison sortirs avec les honneurs de la guerre et emportera les archives de la place. Elle ralliera le poste français le plus voisin.

« Pour le ministre des aflaires étrangères.

Signé : Picard.

Contresigné : Bismarck.

Le gouverneur donna aussitftt à M. te capitaine du génie Krafft mission de régler une suspenàon d'armes avec M. le capitaine de Schultzendorf qui l'attendait à la porte da Vallon, et expédia aussitôt l'ordre général de cesser le feu.

H. ErafK partit dans ces conditions. Il trouva M. de Schultzendorf voulant traiter immédiatement de la reddition.

Sans nul doute, le général de Treskow espérait que le gouverneur, sous le coup de la sommation et en présence du télégramme prussien, se montrerait disposé à conclure une capitulation inmiédiate, pure et simple.

QOATRIÈHB PÉRIODE BU SIÉW. 409

CesflMtion du fe«. -— Envol d'an denxlènie offlelcr

ft Bàle.

Sur le refus de M. Erafft, qui déclara que le gouverneur ne voulait pas s'en rapporter à une dé« pêche ennemie, et après avoir menacé de reprendre le feu sans que cela produisît d'effet, Tofficier prussien consentit à signer la suspension d armes suivante :

ce Entre les soussignés :

« MM. Erafft^ ingénieur des ponts et chaussées et capitaine du génie auxiliaire^ et de Schultzendorf^ capitaine d'état-major de l'armée de siège, tous deux munis de pleins pouvoirs de M. le colonel Denfert-Rochereau , commandant de Belfort, et de Son Excelleoce M. le général lieutenant de Treskow^ commandant le corps de siége^

« Il a été convenu ce qui suit :

a 1^ Le général lieutenant de Treskow enverra une dépèche télégraphique à Versailles , pour faire connaître au chancelier de Tempire, M. le comte de Bismarck, que le colonel Denfert demande un avis direct de son gouvernement au sujet de la reddition de la place.

« 2^ Le colonel Denfert enverra à Baie un ofQcier chargé d*y attendre l'avis télégraphique du gouvernement français.

4iO quâtuièbie pébh»» du siése.

« 3* Jusqu au retour de cet officier, il y aura, entce V^saiége^pt et V^siégé^ ubq auspeu^w d'armes , commençaut le 13 février à onze heures du soir. KéanmoiDs, cette suspension d'armes pourra, à un moment quelconque , être dénoncée d<mze heures ayant l'époque projetée pour la reprise dêg hostilités.

fc 4"" Fondant cette sùspeosioîD d^armies^ tes èisnm parties resteront dans leur» positions detmfU^. IM limites ainsi tracées ne pourront être franclrîeë, et il ne pourra pas davantage y avoir de comoyunieatfoQ de la part de$ personnes eîyflas ent^e la forteresse et le rayon eitérieur.

« 5® Le eotonet Denfért s'ei^gage à faire eOBlsii$^ tre, dans le pkis bref délai pœ^ible, au ^én^nsit* Heutènàtrt de Treskow, la résolution qu'il aura plffs^ après réception des avrs du ^otivernem«nl français.

ce La présente conyentk)» a été faite en doubb origina], dont Tun en allemand, et Tautre m frtn-

Le 13 février l.a71.

* L'îngénîe jr des ponts et chaussées, CsIpMâSnef dû génie auxiliaire,

a Sig/^é. : Krafft.

et Le capitaine d'étaf-ms^èr du coi^s ^ éi%f,

« Signé : de Schiltzendokf. »

QUATRliME PERIODE HV SUiCB. 411

Aillât fut probablement déjouée l'habileté a^ee laquette M. de Bismarck^ après être convenu te i9 février avec M. Picard de l'armistice étendu à IlStt soufi condition d'évacuation de Betfort, en fit cependant attendre le texte à notre ministre pendant toute la journée du 44, et ne )a lui remit signée que le 15, date officielle de l'armistice de FEst, peneant que dans cet intervalle le général de Treskow aurait pu traiter directement de la reddition et qu'on pourrait profiter alors contre notre gouvernement d'tin fttft accompli.

Le gouverneur notifia aussitôt la conclusion de cet armii>ltiee aux commandants de tous les fbrt^^ par la dépèche suivante :

« L'armistice est conclu. Néanmoins ne suspéndex pas les travaux et surveillez avec autant de vigitancé que d'habitude. D'après l'armistice, Fennemî dort rester dans ses positions, nous dans les nôtres. >

M. Krafft^ désigné pour aller à Bâle, partit dans une voiture de louage entre onze heures et minuit, nruni des instructions verbales du colonel Denfert.

Le feu était suspendu de part et d'autre et il ne devait phis reprendre. A huit heures trente-cinq minutes du soir le dernier coup de canon de cette épouvantable guerre de 4870-71 avait été tiré cfens une pièce de 24 du Château, par le vieux maréchal des logis Huyghes si dévoué pendant tout le siège.

k\2 QUATRIÈME PÉRIODE DU SIÈGE.

La guerre était finie, la France était vaincue^ mais non déshonorée, elle allait se recueillir et préparer sa régénération.

Cette nuit si calme^ qu'aucun bruit sinistre n'était venu troubler, avait transmis à chacun, mieux que n'eût pu le faire la voix du crieur publie, la nouvelle de la suspension d'armes. Elle fut portée de bouche en bouche et connue bientôt dans la plus humble cave.

Aussi dès l'aube du 1 4 février tout le monde est dehors, chacun circule fiévreusement comme pour prendre une part de cet air pur dont on a manqué si longtemps. On veut en refaire une provision si l'armistice ne doit durer qu'un jour.

A huit heures le soleil s'élève splendide et magnifique^ comme pour consoler tous ces malheureux qui ont été privés si longtemps de sa chaleur bien*' faisante. Chaque cave rend à lair de pauvres enfants pâles et soufiTreteux, des vieillards aux traits amaigris, aux yeux caves et aux membres trop faibles pour les soutenir.

Mais le groupe le plus navrant était celui qui vivait sous rhôtel de ville et Téglise, où les plus malheureux étaient venus chercher un asile dès le commencement du bombardement.

Les pauvres y étaient entassés les «uns sur les autres au milieu de l'humidité et de la pourriture. Ils n'en sortaient jamais^ vaquant côte à côte à tous

QUATRIÈME PÉRIODE DU SIÈGE. 4i3

les travaux de la vie. Aussi la variole et le typhus faisaient-ils des ravages épouyantables dans ces foules en haillons. Les hôpitaux regorgeaient. Ils ne pouvaient plus recevoir les malades^ les morts mêmes étaient souvent oubliés, et leur nombre ne permettait pas de les enterrer régulièrement. L'enfant venait au jour près de celui qui le quittait, s'emparant aussitôt de son grabat moisi, comme d'une conquête de la vie sur la mort.

On pense avec quelle joie tout ce pauvre peuple vit arriver la cessation du feu. C'était la fin de ses misères^ il courait de tous côtés^ semblait trouver le jour plus beau qu'il ne l'avait jamais connu. On allait dans toutes les rues contempler les sinistres; chacun se consolait de sa ruine propre par la ruine des autres. Les plus heureux avaient encore un étage à peu près * intact, d'autres une chambre^ le plus grand nombre n'avait plus rien.

Les rues étaient pleines de débris, on n'y pouvait passer qu'avec précautions. L'église était à moitié démolie, l'hôtel de ville brûlé, la prison décapitée^ les faubourgs consumés^ et la foule des curieux cherchait encore un spectacle plus terrible.

Elle court en procession le demander au Château^ point de mire de toutes les batteries. Là les murs sont renversés, les terres bouleversées. La cour n'est qu'un cloaque boueux où l'on enfonce et dont

k\k QUkTKlÈME PÂÏU(H>E DU Slia%.

01^ oa peut sortir qu'en se heartaot contre une pierie de taille ou un obus krUpp qui n*a pas éclaté.

Malgré tout, les pièces des casemates sont encore debout et menaçantes; seules elles lèvent la tète au milieu de cet écrasement général^ comme pour accuser bien haut les soins minutieux que les artilleurs ont mis à leur conservation. Leurs abris à 0UX 86 sont écroulés sous les projectiles, peu importe. Us ont avant tout préservé les pîào^^ et tous les soirs, montés dans les embrasures, sous le feu ennemi, ils ont travaillé quatre heures» six heures s'il le fallait^ pour garer les blindages et r0* lever les terres. Puis au matin l'ennemi pouvait croire qu'il n'avait rien fait la veille.

Celles du haut vivaient également, les escaliers qui y conduisaient ayant été détruits pierre par pierre^ on y montait avec des échelles et on les approvisionnait par une poplie.

On dit aussi que ce qui frappa les officiers prussiens à leur première visite au Château ^ fut de trouver encore au milieu de ces ruines tant de pièces sur roues.

Les Prussiens désiraient aussi contempler leur ouvrage. On les voyait en grand nombre aux Perches, dévorant des yeux cette ville qu'ils n'auront le droit d'occuper qu'après le départ du dernier soldat français. Quelques-uns môme viennent jusque sous les murs du Château pour fraterniser avec nos sot*

jg^Ib; n^ate une eoosigiie sé^èrô ks éloigne et tear

RetpQr des ofllelers envoyés ft Bêle.

Pea^aiH ee temps M. Ghàtel élait tonjoiin àBâl«, c))0i^hii&t à obti^nir du geuverDement fr afiçatd des ia«rtra0tîoQ9 précises sur la règle de €ondùi|» t{Qe devait suivre le gouverneur^ dans les eireonstMces ^ites à la FrancÊ par la coaveiitiôh de Versailles du «8jwvîer4871.

Il ^vait ea tain télégraphié à Bardraui, soni ri^ ablenif * }1 n'avtit également reçu aucune relise à la défiédie qu'il avait éerite pour faire connaître eh détails^ au gouvernement^ les principaux âstits des mois de décembre 1870 et janvier 1871, et la situation de la place au moment où il l'avait quittée.

A l'arrivée de M. Krafft à Bâle^ le 1 4 février^ une nouvelle dépêche plus pressante fut envoyée à Bord^Mix. Le même soir arriva de Paris à Bâie^ au een* Bvil à^ France, un télégramme conSrmaat simple- Oient la dépêche qui avait été communiquée au commandant supérieur par le général de Treskow.

^^. pbpit^i et j^rafift se consultèrent pour saii^oir Bl'Uè devaient ou non attendre nh télégvamifk^ dd PDFdoaui ; mais ils sb déoidèrra^t pour la négative

par la raisoD que^ le gouvernement de fait résidant toujours à Paris, le télégramme qui arriverait de Bordeaux aurait passé en chemin par l'intermédiaire des autorités allemandes.

Le gouverneur regretta toutefois qu'ils aient pris ce partie le gouvernement de Bordeaux se trouvant par sa situation même dans une position indépendante qui donnait un très-haut prix à sa décision^ soit qu'il fallût remettre la place, soit qu'il fallût encore continuer la lutte.

MM. Châtel et Erafift rentrèrent à Belfort le 1 5 février, et le gouverneur^ conformément à l'article 5 de la convention de Tarmistice, informa aussitôt M. le général de Treskow^, qu'il était prêt à lui ren* dre la place aux conditions indiquées dans le télégramme qu'il lui avait communiqué le 13.

Convention de reddition de la plaee.

Le commandant supérieur désigna MM. le com^ mandant Chapelet du 8V de ligne, et le capitaine du génie Krafft pour arrêter les clauses de la convention de reddition. Avis en fut donné au général prussien.

Les plénipotentiaires se réunirent le soir même à huit heures, à Pérou se. Il fallut de longs débats pour faire insérer, en tête de la convention^ que la

place était rendue aux troupes allemandes en vertu des ordres du gouyemement français. Ce point était important pour bien spécifier la nature de la remise de la place. Le gouTerneur avait donné à cet égard des ordres formels. Aussi les plénipotentiaires allemands durent-ils céder sur ce point.

Les bases posées dans le télégramme étaient assez vagues. Le terme^ honneurs de la guerre, qui avait été eiûployé^ n'indiquait pas que la garnison dût conserver ses armes et emmener son matériel. Le colonel Denfert était cependant bien résolu sur ce point encore à ne pas céder. Il voulait sortir avec son corps d'armée tout oi^anisé^ tout approvisionné^ et pouvoir, en droit et en fait^ reprendre la lutte en rase campagne si l'armistice venait à être dénoncé après notre sortie^ et si la France ne parvenait pas à faire la paix avec son implacable ennemi.

Cette situation fut nettement expliquée et acceptée par les commissaires allemands^ qui spécifièrent que cette concession était faite à la garnison en raison de sa valeureuse défense.

Le même terme, honneurs de la guerre, semblait impliquer^ d'après les usages reçus^ un défilé devant l'armée prussienne. Le gouverneur n'en voulait à aucun prix, et il fut entendu^ sans difficultés, que les troupes françaises quitteraient fielfort comme pour un changement de garnison.

Quant au matériel de guerre formant l'armement

41 B QUATRIÊMCE VtKKBSfË DU SBi6««

de la plaça, il nous éttttrabflolamentitnpoBtiUè d» fe traîner à notf è suites fof oe fut doiio de l'IdxoAtiiwé sut 1m remparts.

On constitua une batterie ycrfmte Ae & p^f es dek rajéeadeeampfligne que nous emtnènàiMfaiPefèÉfOirfy ainsi que la firitraillense fabriquée à Be^rt p&ndant le siége< Malheureusement notre pémgtfi^ â'tfitèla^es ne nous permit pas de sortir de ta plaee Une ifâUi^ rie plus nombreuse, et ^corê bien dm plSiiefft Mi ecmserTèrent-eUes pas leurs quatre eheTani^ p6â^ dant toute la route*

Les prteoliBiers dé guerre ennemis fwent tfakH rellement remis à l'armée qui entrait datis la plaeof et ils furent gardés sous séquestre jtisqn'à ce qu'tfn conseil de guerre prussien eût statué sur leur compte, et jugé leur conduite, suiranl la oautôme allemande i

Nos commissaires insistèrent vîyettient^ suivant les ordres dii gouyèrneur, pour faire stipuler qu'aucune charge militaire ne pèserait sur la population ; mais ils ne purent rien obtenir à ee sdjet. Les cen^ missaires prussietis^ sans refuser absolninenty se retratichèrent constamment derrière cet argutnent que le général de Treskbw n'arait aucune mliësi^n polir traiter les questions autres que les qoeittons militaires*

Force fut bien d'en rester là en présence de dette fin de non-recevoir; car les instrtietions si courtes

^ il pM fféme^ dtt télégramioe de Pari»^ «q daniMmii noUesieiit le dn»t de rompre les. ii<^;oeîatioiuk pour ee simple motif*

L0 colonel Denfert fut très-peiné de ne pouvoir rien obtenir à ce snj^. Malgré tout , à Belfort, let habitants lui en ont voulu et lui en veulent encore de n'avoir rien fait pour eux. On a même été jus- (|B*à l'aeeiiser d'avoir commis, à l'égard de ta population, un oubli impardonnable, accusation flaile ^'injuste.

Poisse ce volume, écrit avec sincérité sur ces officielles qui resteront toujours pour lui servir de contrôle, rectifier les idées de ceux qui le liront «Me bonne foi.

Rei^ativement à la route à suivre par la garnisoDi )l fot impossible de discuter. Nous ne pûmes connaître ni la ligne de démarcation y ni la position pvé^se d'aucun poste français voisin de cette ligne. If. le général de Treskow déclarait les ignorer luimime et avoir besoin d'en référer au général de lisDteuffèl, qui n'envoyait que des renseignements iiMNimplets. C'est ce qui explique le peu de précision de l'imnexe à la convention, sur la route à suivre par la garnison pour se rendre dans le département de Saâ^ne-et-Loire. En présence de cette situation, tous les efforts de nos commissaires eurent pour but d'éviter Besançon et Âuxonne, que nous savions investîHi e| où nous craignions que les Prussiens ne nous

4S0 QUATBlkMB PÉRIODE DU SIÉ6B.

enfermassent^ comme garnison supplémentaire^pour nous immobiliser. 11 fut entendu qu'aucune colonne de la garnison ne passerait par ces deux villes.

La convention de reddition fut signée le 16 février, à quatre heures après midi.

En voici le texte :

« Entre MM. Denfert-Rochereau^ colonel du génie, commandant supérieur à Belfort,

« Et de Treskow, lieutenant général de S. M. le roi de Prusse , commandant en chef l'armée assié* géante de Belfort^

« 11 a été convenu ce qui suit :

« 1^ Le colonel Denfert^ sur l'autorisation spéciale qui lui a été donnée , vu les circonstances , par le gouvernement français, remet au lieutenant général de Treskow, la place avec ses forts.

« 2"" La garnison, en raison de sa valeureuse défense, sortira librement avec les honneurs de la guerre , et elle emmènera les aigles, drapeaux, armes, chevaux, équipages et appareils de télégraphie militaire qui lui appartiennent spécialement^ ainsi que les bagages des officiers et ceux des soldats, et enfin les archives de la place.

(c La garnison comprend : les troupes de ligne, la garde nationale mobile et la garde nationale mobilisée, les douaniers et la gendarmerie.

u La garde nationale sédentaire restera à Belfort

QUATBIÂME PÉRIODE DU SIÉGË. 421

et remettra ses armes à la mairie^ avant la remise de la plaee.

a 3"" Tout le matériel de guerre, les vivres et munitions y en tant qu'ils ne sont pas y sans conteste, nécessaires à la garnison , et de plus les approvisionnements de toute nature de la place^ et les propriétés de rÉtat en entier^ seront remis dans Tétat où ils se trouvent au moment de la signature de la présente convention.

ce Cette remise sera effectuée par un commissaire à nommer par le commandant de la place. Elle aura lieu le 18 février à dix heures du matin*

« 4® Le 18 février, à dix heures du matin, des officiers allemands d'artillerie et du génie seront introduits dans les forts et le Château^ pour prendre possession des magasins à poudre et des mines, en présence d'officiers français des mêmes armes.

« 5® La garnison française devra avoir terminé l'évacuation de la place le 1 8 à midi, heure à laquelle les troupes allemandes en prendront possession. L'ordre de marche sera réglé dans une pièce annexe.

« &" Les blessés et les malades restant dans la place seront, dès leur rétablissement, menés par convois jusqu'à la ligne de démarcation la plus voisine; ils emporteront leurs armes. Ceux qui seront impropres au service militaire seront renvoyés dans leurs foyers.

4tt QUATRIEME PERIODE DU SEIGE.

« 7* La garaisoE laissera dasis la plaee les ttédto^ dns et les infirmiers nécessaires au service des bépStaux. €e personnel sera traité suivant les eondifions de la convention de Genève*

« 8* Les prisonniers allemands , soit Messes on iiéAf qui sont internés dans Belfort au nombre ée sept officiers et deux cent quarante-trois hcmimes^ «eront remis aux troupes allemandes le -1 8 février^ à dix heures du matin , dans leurs casememimtB m- Vueitt*

« 9" la propriété privée des officiers qui 4pB^Ét la forteresse sera respectée au oràme titre que le Mâd des propriétés privées.

(( 1{y* Le cdonel Denfert fera remettre au lieutenant général de Treskow, aussitôt que possible^ Utie situation d*effectif des troupes qui quittent la plaee, pour permettre le règlement de Tordre de mardliÊ, et les tîommissaires chargés de la remise des malades des deux nations et des prisonniers devreât ttre munis de situations semblables.

K 11^ L'administration tinemande favorisera 4e tout sou pouvoir Tapport de vivres et de secourspour les Imbilants de la ville , ainsi que la viiate de médecins du dehors.

« La présente t^onvention a été rédigée et sigttée trnr les officiers dont les noms BfAretit :

« f)a ic<5té françBtis :

tf MM. Chapelet^ chef de bataillon an §k^ ngl-

WànuÉu BiBMODE BU saim. 4^3

jRWt il'iifairtjMM de ligne^ et KnSStp /capitaint du génie auxiliaire.

« Du côté nJUeman^ ;

« WAf à^ Ifiw^ wajor et commaodaot de batail- ^9 ^U 4^ jégimeqt ^'iufautçrie de Magdebour^^ Jf^ 1^7 f iPt ,dj5 ScJtMiJit^eiidQpf , capitaiaç d'élat-mi^of .

« Tous munis des pouvoirs régulier^ de leurs çhe^s

M fût m ^9b]^ .Q^J^PaI àfofi? jçi»m^^ des 4»MX

ff iSi^né ; Ghapelot^

fikef de i^aNJUlç» w S4' do ligne.

« Signé : Von Laue^

chef de bataillon au 67® de ligne.

« Signé : Kr^fft^

capitaine du génie auxiliaire, ce Signé : De Sghultzendorf,

ùa^takie é'étM-^si^or.

Amu^m» vehUlve à pu jredAitloii de la pliure

de Velfort.

« 4 <" les pestes et sentineUes de la place y restetout jusqu'à ee qu^ils aient été relevés par les troupes «klienuttides , ce qm aura lieu immédiatement après rentrée de celles^d, et sous la direcftion d'un officier supérieur de chacune des deux armées.

« Gela fait^ ces troupes se masseront et suirront en corps la garnison.

« 2"" La garnison fran^^aise sera dirigée sur le département de Saône-et-Loire. Elle suivra deux routes et marchera sur chacune d'elles par colonnes de mille hommes^ espacées de cinq kilomètres au moins Tune de l'autre.

« Le 1 7^ il partira quatre de ces colonnes y dont deux marcheront sur Au4incourt^ Séloncourt, Exincourt, Étupes, et les deux autres sur Arcey, Héricourt.

<c Chaque colonne sera accompagnée par un officier allemand.

ce S^'La garnison emmènera ses vivres. Le lieutenant général de Treskow fournira les chariots nécessaires.

K A"" Pendant la marche à travers la région occu- {jée par les troupes allemandes , la discipline intérieure reste l'affaire des officiers français. Tout délit commis en dehors des corps de troupes^ sera puni d'après les lois allemandes.

« Ceux qui s'éloigneront de leurs corps ou de leurs quartiers de plus de quatre kilomètres, et ceux des soldats de la garnison qui seront trouvés dans la place plus de douze heures après le départ de la garnison , seront traités comme prisonniers de guerre.

. QUATRiiME PiRIOD£ DU SliGE. 425

<K Fait en double en chacune des deux langues par les commissaires soussignés :

« Signé : Chàpelot, Signé : De Laue,

ErAFFT, De ScHULTZENDORF.d

Telles étaient les conditions mises à notre sortie de la place. Elles avaient été presque imposées à Tennemi par nos patriotiques commissaires^ et elles furent approuvées par le gouverneur.

Lettre du mlnlstFe de la guerre.

Une lettre du général le Flô, ministre de la guerre, et transmise à M. Eœchlin, notre consul à Baie, par M. de Ghaudordy, représentant le ministre des affaires étrangères, fut remise au colonel Denfert par l'entremise du général de Treskow, le 1 7 février au soir.

Dans cette lettre^ le ministre disait couvrir de sa responsabilité le parti suprême imposé au commandant supérieur par les événements de Paris , et les ordres que nous avions reçus, qui n'en étaient que la conséquence.

La lettre se terminait ainsi :

<c Le gouvernement de Paris ne nous a rien fait connaître en dehors des termes mêmes du télégramme que vous avez reçu de M. Picard. C'est à vous,

fcte QUArudOlK 9ÈMODW M AÉW*

pêlp ^MipéfiMit, de traiter mw rétib^najer aliemand les conditions les plus lar^Krables reUti^eoMBl êk matériel de h place, canons et munitions, et^ ce qui inçiporte beaucoup plus, aux intérêts d^ la brave population de Belfort.

M fieeevez^ eoloael , pour y4>us et tm femmes soléats> rexpreBsion de laa douiouimiM et biea i^rd»le sjmpàthâe, et soyez^ auprès de la paitriotii|Kf p<^* lation de Belfort, l'interprète des senti mepty da reconnaissance et d admiration des membres du gouvernement et de la France entière. »

Suivaient les sîgQatuBts;

tétàlM M tA «AMBOH. 4t7

GHAPIÏEl II.

BiFAAT IS LA BABHISOV. - KOUTE. - UCBNCIEIEHT m LA lAmOBOH Ift BSLFORT.

<;i«ÉfoMiéKiKrnt 4 F<artiek 4 de ki etÉventÎM «inexe, la garnison fut divisée en onse coIoBae» ^ ^t cfaftcpM «^BBe pourvue de wi^s poor dimze jeurs; kk immda finsMie lâtaH femiiie par leslètei de Jbétail MMattt d* w^tre approvimimwiwty «t réparties «n- ^Hffè lei iC^enes^omieB.

iHf s bernent marcher en deux coupes, Yim sui- 47MC la vallée d« fiKmbs par la Mwb^d'Aiidineourt, ift i'«i«taB la route d'fiéncourt à risle^Nr^le-OOièe, Ifkm é l'ouest.

iM pMBBeis d^arts ^eanent lieu daàs la jooraée do 17, et les autres s effectuèrent le imdeoMuiD.

Avant de quitter Belfort, le colonel avait adressé comme adieu à la ville et à la garnison la proclamation suivante :

« Citoyens et soldats^

« Le gouvernement de la défense nationale m*a donné, en vue des circonstances , Tordre de rendre la place de Belfort. J'ai dû , en conséquence, traiter de cette reddition avec M« le général de Treskow^ commandant en chef de l'armée assiégeante.

« Si les malheurs du pays n'ont pas permis quels résistance vigoureuse offerte par la garnison^ la garde nationale et la généralité de la population reçût la récompense qu'elle méritait , nous avons pu du moins avoir la satisfaction de conserver à la France la garnison qui va rallier, avec armes et bagages, et libre de tout engagement, le poste français le plus voisin.

ff Connaissant Fesprit qui anime les habitants de la ville au milieu desquels je demeure depuis plusieurs années, je comprends mieux que personne l'amertume de la situation qui leur est faite. Cette situation est d'autant plus pénible qu'on prétend nous faire crsiindre, qu'au mépris des principes et des idées modernes^ le traité de paii que nous alloDS subir ne consacre^ une fois de plus, le droit de la force^ et n'impose à TÂIsace tout entière la domination étrangère.

« Mais je reste coDvaincu que la population de Belfort conservera toujours les sentiments français et républicains qu'elle vient de manifester avec tant d*énergie. En consultant, du reste^ Thistoire même du siècle présent, elle y puisera la légitime confiance que la force ne saurait longtemps prévaloir contre le droit.

« Vive la France, vive la République !

« Le colonnel Commandant supérieur, « Signé : Denfert-Rochereau. »

La garde nationale mobilisée de Belfort^ qui avait pris bonne part à la défense de la ville, et qui, aux termes de son organisation^ était assimilée à farmée active^ fit partie d'une des premières colonnes. M. Stéhélin, délégué préfectoral^ avait cru devoir prendre un arrêté licenciant cette troupe. Cet arrête était irrégulier, car la garde nationale ne ressortis* sait plus des attributions du préfet, une fois mobi • Usée. En outre^ la garnison, sortant libre de tout engagement^ pouvait être appelée à reprendre la lulte si l'armistice était dénoncé. Le gouverneur cassa donc cet arrêté, ne voulant pas diminuer son armement en pareil moment, et alors que la patrie pouvait encore avoir besoin de tous ses enfants.

La dernière colonne, conduite par le colonel Denfert en personne, et formée des troupes du génie et de Tartillerie de ligne, quitta Belfort le 1 8 février à

BÉidiy M dmgeatit mr Sochrax^ ads piiftoMÉ gflte, M lonrànl la route de Monfcbjâlîitrd.

La derimr soldat français allait qiûtter é<Mc| irilia ai françaiae p^r lea m<B\ira> par le 6arMt^> A aortotit par le oœtir^ Depuia deiux eesta asia tt plu» elle vivait de la vie dé k Franee^ paiftagesqt sa bonne et sa mauvaise fortune^ toujours ddtei^ comme une sentisse vigttante^ et kl pèôniière levée pour repousser toute ii^vasion* Assîégjte et non prise au eommenceqient du siècle, assiégée et victorieuse en 1871, il lui fallait tomber quand même ! Quelle douleur pour ces paciYvea kabitants qui, sans pleurs^ aâns faiblesse^ aana pbdiKttt^ avaieiit assistée la ruine de leurs maiaciBs^à Téeimi* lement de leurs édifices^ à la tnort de leur» proeheei Cbaque boulet qui meurtrissait leur ville, kriu dé paralyser leur courage^ semblait leur donner qm nouvelle ardeur, cimenter leur union avec la Franee et river à jamais ensemble ces destinées sesur^ âe^ puis tant d'années !

Mais uon^ hélas I le Prussien vaincu aUait wtier en triomphateur dans ees murs victorieui^ eomaie pour insulter à leurs nobles cicatrices. Il bénéficiait ded victoires des autres Prussiens, et Belfort devait ajouter i ses dévastations propres^ sa part dans les malheurs de la patrie*

Les troupes étaient rassemblées en dehort de k porte de France. La foule silencieuse regardait) n'^

DÉPART Sd LA GARmrà. §81

craîiè à Éoti raalkeiir. Le maires If. Vléaj^ alhiit au milieu des soldats^ serrant la main k eevib ipi'il aiiAît MnànB, et auxquels cette défense Si Iôi%ue d<»iiah presque le droit de cité. Il pleurait Kbto^à Bteiiff aT« iieud qui partions, mais eaehait ses laf ^

à ceuJi qui restaient, cat il atait mafsteÉast de Ids donsoler et de les défendre eMoré {Mnr stai éo^^ M son calme.

Route.

La première pinrtioB de notre route fut triiite ; nom pehikins tous nos sourenirs de sept moii^^ umw l^artîoiia arëc peiné, et jusqu'à Ghafenois nous nous retoiirnionÉ souvent pour retrouver, à travers dette vallée si ealuie, le théâtre de eefte tempête humaîne dont nous aviods été les acteurs. Nous chirobiemi sur l'horÎBto immense le profil de cette grande 09«> salure déchiquetée^ nopa voulions la saluer encore, €^ à Ghatenots, nous la saluâmes peur la dernièfe foiSi

Ufi noilveau spectaele nous y attendait, speotMie bien propre à calmer nos peines en nous rappelant ee qui devait être notre orgueil et notre joici Nous restions Français et Français armés , c'est-^à-dire libres de reprendre la lutte pour la patrie et de lui

offrir nos bras et nos poitrines s'ils lui devenaient encore nécessaires.

A Chatenoisy une ovation était préparée au colonel Denf ert et à la garnison . Les banquets^ les toasts et les discours firent trêve à nos tristesses. Nous sentions là toute cette puissance de vitalité qui fait la force de notre bien-aimé pays. La France écrasée se relevait déjà et les baïonnettes étrangères étaient impuissantes à arrêter l'élan de ces cœurs qui venaient à nous, impuissantes à repousser ces mains qui nous tendaient des couronnes pour nous remercier de ce que nous avions fait et nous dicter notre devoir dans Tavenir.

Fier et raffermi^ le soldat reprit son sac et s'engagea d'un pas plus joyeux sur la route de Sochaux.

Nous y arrivâmes le soir sans laisser beaucoup de traînards en route; mais un assez grand nombre se firent porter malades. Les hommes étaient peu habitués à la marche, pesamment chargés par leurs vivres et surtout fatigués du siège; de plus^ un grand nombre de malades ^ présumant trop de leurs forces et ne voulant pas rester entre les mains des Prossiens^ étaient sortis la veille des hôpitaux de Belfort^ sans être entièrement remis^ et s'étaient joints à cette dernière colonne. Nous n'avions que très-peu de voitures^ force fut donc de les confier aux soins des ambulances voisines.

 Sochaux nous dûmes stationner deux jours par

suite de retards apportés par les Prussiens dans la marche des colonnes qui nous précédaient^ et de l'encombrement qui en résultait dans les villages en avant de nous. Du reste^ Taccueil si glorieux et si sympathique que nous avions reçu à notre arrivée nous fit accepter ce retard sans trop dû peine. Les habitants avaient logé nos ennemis jusqu'à notre arrivée, ils se montraient tout heureux du changement dont nous étions cause, et bavardaient avec nous sur leurs malheurs^ sur leurs espérances déçues et sur leur avenir encore incertain. Nous recueillîmes là de précieux détails sur la bataille livrée, par le général Bourbaki, à Montbéliard, à deux kilomètres au Sud-Ouest.

Message du gonveraemeiit français.

Pendant son séjour dans ce village le commandant supérieur reçut, par un envoyé spécial du gouvernement français de Paris, la convention passée pour l'extension de l'armistice à la région de TEst, condition d'après laquelle la p^ace de Belfort devait être rendue à l'armée allemande, et précisément aux mêmes conditions que celles que nous avions obtenues après les débats longs et difficiles relatés plus haut. Le gouverneur jugea la question assez importante pour la porter, en détails^ à la connais^

434 DÉPART 0E LA QkARMISON,

sance du ministre de la guerre, par un rapport éertt à Pontarlier^ et daté du 25 février.

Ce rapport se terminait par ces mots :

« Je crois pouvoir conclure de lexposé qui précède, qu'en même temps que M. de Bismarck discutait avec le gouvernement les conditions de reddition de la place de Belfort^ il donnait au général de Treskow mission d'obtenir^ par tous les moyens, des conditions de reddition différentes et moins avantageuses, en un mot une capitulation directe. Il eût mieux valu^ à mon avis, que le gouvern^nent de Paris convînt d'une suspension d'armes, en m'informant qu'il traitait de la reddition de la place et qu'il m'en ferait connaître les conditions par uil envoyé spécial.

ce On aurait évité de cette façon le risque d'avoir deux conventions contradictoires, risque qui, fort heureusement^ ne s'est pas réalisé. »

La mauvaise fois de l'ennemi étuit d'autant plus manifeste que M. le général Trescowr, au moment même où il traitait avec nous, connaissait la convention d'armistice du 15 février 1871, dont nous ignorions la teneur*.

■esiires de eembat.

Après deux jours de séjour à Sochauz, les pre* mières troupes ayant un peu débarrassé les routes, la dernière colonne, celle du colonel Denfert, se mit en chemin pour Pont-de-Roide, sur le Doubs, où nous reçûmes tous un accueil des plus sympathiques.

Le lendemain, la même colonne se remit en marche pour remonter la vallée du Doubs et gagner Maiche^ Morteau^ Pontarlier^ Frasne, Champajgiolles, ayant reçu dans tout ce parcours l'accueil le plus chaleureux.

Toutes les autres colonnes, soit sur cette route, soit sur la route d'Héricourt, llsle-sur-le-Doubs, Arbois, Salins et Ghampagnolles, avaient reçu le même accueil de la population qui, partout, couvrait nos soldats de fleurs.

La lenteur calculée que les Prussiens avaient imposée aux premières colonnes, et que les commandants avaient acceptée trop facilement, avait arrêté souvent la colonne du commandant supérieur et Favait obligée à de nombreux séjourSé En arrivant à Ghampagnolles, le 27 février^ nous apprîmes avec étonnenement que les troupes qui nous avaient précédés étaient passées par ce point, et qu'elles avaient été

dirigées sur Saint-Claude (Jura)^ au lieu de l'être sur le département de Saône-et-Loire. Les choses ainsi engagées^ le commandant supérieur ne pouvait rien faire contre un fait de ce genre, bien qu'il y eût, de la part des Prussiens^ violation manifeste de la convention annexée à celle de la reddition.

Tout ceci avait peut-être eu pour but, de la part de Tennemi, de gagner du temps et de retarder notre arrivée aux lignes françaises jusqu'à la fin de Tarmistice, afin de pouvoir nous envelopper dès notre sortie des lignes prussiennes, si l'armistice n'était pas prorogé au delà du 27 février. " Le gouverneur voulut aussitôt se mettre en garde contre une tentative de cette nature, et, comme nous n'étions plus qu'à très-peu de distance des lignes françaises, il résolut de prendre immédiatement une position défensive avec les colonnes qu'il avait sous la main, sacrifiant, si c'était nécessaire, les colonnes trop en retard, mais sauvant au moins le gros de l'armée.

Avant de pousser plus loin, il envoya de Champagnolles les ordres suivants, assignant à chaque commandant la position qu'il devait occuper pour barrer à l'ennemi toutes les routes du Jura conduisant de la vallée de TAin dans celle du Rhône, routes que les Prussiens, lancés à notre poursuite^ seraient obligés de suivre derrière nous*

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