‹ La défense de BelfortChapitre 12 sur 19 · ST · texte numérisé non relu

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CHAPITM YII.

TBniÈÉEliBIlKlD flilE. -» MiUlIlIt m U UTI BèSVÊO^

li'attaqne se porte sur la rive gauelie*

En jetâût les yeux sur la carte nnmérQ nn^ et remontant la Tallée de la Savoureufle, (m sent d# quelle importance avait été poor noua la oon«erFatiûn de DaBjoutin. Ce poste barre entièrraneiit I» vallée, coupe et sépare en deux les attaques de l'aasaiUant et ne lui permet pas de pousser en méine temps les trataux du siège sur les deux riyca de la

En recçtt|yfuit j(iis(}u*à la. dernière extrémité^ le gen^Fearneur faûiait hbb dea meiUeurea et diea ploa utiles appUeationa de Mn syatèBUi générai de d6^ fease t « Occuper les positbas atancées^ m nculor

que pied à pied, et ne s'enfermer derrière les remparts qu'à la dernière extrémité, i) idée qui nous permettant de profiter de la longue portée de l'artillerie rayée^ nous facilita notre longue et fructueuse défense.

Cette position pouvait sembler un peu en l'air, après l'établissement de l'ennemi dans le bois de Bavilliers et dans le bois du Bosmont, mais, reliée comme elle l'était à la place par une série de postes protégés par les feux de Bellevue et des Basses- Perches, elle n'avait rien d'inquiétant. Nous avons vu^ du reste, dans le chapitre précédent, que cette position tournée et enlevée de nuit par de nombreuses forces prussiennes^ ne Tavait été que grâce à la lâcheté et à l'incurie des deux compagnies de Saftneet-Loire placées de garde au passage à niveau.

Danjoutin pris, l'ennemi était maître de toute la vallée inférieure de la Savoureuse ; il pouvait relier ses attaques de la rive droite à ses attaques de Aa rive gauche, et donner à celles-ci plus d'importance.

En décembre il semblait attaquer le fort des Barres et Bellevue à la fois* Aujourd'hui, il paraît changer de plan et porte ses efforts contre la Gare et les Perches. Dès le lendemain 9 janvier^ il cherche à établir de nouvelles batteries entre la route de Montbéliard et le chemin de fer de Besançon^ près des deux premières maisons du village de Danjoutin en

Tenant de Belfort. Du côté de Bellevue Tennemi s'arrête à son poste de la Tuilerie^ se borne à consolider ses communications en arrière. 11 commence des amorces de nouvelles tranchées^ auxquelles s'appuieront plus tard ses batteries de Danjoutin.

Le feu continue cependant sur les Barres et Bellevue^ mais avec moins d'intensité et seulement pour nous inquiéter et masquer un changement d'attaque.

Bombardement des Perches.

Le feu contre le Château s'adresse surtout aux pièces des enceintes supérieures, qui par leur tir au-dessus des Perches, peuvent gêner les cheminements en avant de ces ouvrages; d'ailleurs de ses positions d'Ëssert et de Bavilliers l'ennemi avait précédemment^ par un feu d'enfilade^ désarmé eu presque totalité les enceintes basses, dont les pièces n'étaient pas protégées suffisamment. On trouve en même temps plus de rectitude dans son tir; les batteries du pied du Bosmont et celles de Bavilliers^ qui jusque-là avaient porté leurs coups sur les abords des Perches et sur la gorge, tirent aujourd'hui sur le terre-plein et sur les abris ; c'est en un mot un véritable bombardement pour les Perches.

Ce bombardement rend le séjour des redoutes pénible^ mais il n'a pas cependant la précision ma-

Ii7i TROlSifellS PiRIOMT DV SBIGE,

thématique qu'il acquiert pour les autres ouTrages <l0 la pbee. C'est qu'à ne faut pas perdre de y^t, en ^etj un point important^ sur lequel nousavrom do teste i issTeair lors de Taltaque du 26 janvier, d Bans lequd on ne pesA «xpUqwr eatièreosent ncftre long séfour dans ces forte avaneés^ qui ne représentaient après tout que et la forCififCatioQ passagère; en s'ein{^u*ant de Strasbourg, * direction du génie dont dépendait Belfort^ Tennemi s'était procuré lee plans directeurs de notre forteresse, qu'on n'avait pas eu par malheur le <soin de détrutre, en sorte que t^haque abri, chaque voûte^ chaque magasin à poudre^ kn était admirablement repéré, et il y pouvait lancer ses obus et ses bombes à coup sûr; sur. ees Bfthnûs plans n'étaient marquées ni les Perches ni Beile¥iie eonstmits de|iuis la guerre^ il n'en poorast par suite coiinaltre tous ks détails ni yiser anasi «tétbodiquemeat fior eux.

Ia prise de Danjoistiii en changeant l'attaqiH nemie^ changeait par cela mâme cai partie notte défense, aussi le gpuTerneur (apfàUil devoir faîn de nouvelles raûemniandattonfl apptrojmées à aolcti aittiatHHi namrelle, «et prendm en aidnie tamps 'de «ttioiuiieiiMs pvéeaiititms fwur éfîter \mê aui|nse.

TftOISIÈME PÉRTODS BIT SIÉ6E. 279

Les avant-postes furent multipliés, et^ pour ne rien distraire de la garnison des redoutes, ils furent fournis par Tes troupes occupant des positions avancées et extérieures. La batterie de campagne que le capitaine de la Laurencie avait par ordre établie der-^ rière des épautemeats légers sur la croupe des Per«ches^ en vue de défendre Bellevue étales Barres, reçut une autre destination. Cette batterie ne de« venait plus que secondaire, et sa position ne la mettait plufl à Tabri d'une attaque hardie; rennemi aprèa avoir repoussé les avantrpostes du Fourneau poU'-* vait, avant l'arrivée des attelages éloignés, sinon enlever au moins bouleveraèr et enelouer les ptèees, après s'être massé sans être vu derrière la levée du chemin de fer, toès-rapprochée»

Les munitions elles*mêmes étaient exposée?, car quelques jours auparavant nous avions dû sortir un à un nos projectiles d'un chaume incendié et les faire rouler jusqu'en bas du village en flammes. La batterie fut reconduite en ville de nuit, sans accident, et établie le lendemain en avant de la lunette I89 au tournant de la route de Pérouse, qui, passant en déblai dans le glacis du Château, présentait un épaulement presque tout préparé pour des pièces appelées à défendre les goi^es des Perches, et au besoin le flanc gaudie et l'avancée de Belevuc.

IV^ns entendons le eanon de Villersexer^

^'- C'est vers cette époque, 9 janvier, que le canoa de Tannée de secours se fit entendre à nous; la première nouvelle en vint de Bellevue, puis les autres forts la confirmèrent. La direction semblait être pour les uns celle d'Héricourt, et pour les autres celle de GhàlonVillars, mais pour tous la nouvelle était sûre, on venait à nous, nous n'étions pas onbliés, et surtout, nous l'espérions du moins, ces mouvements d une grande armée française en Alsace devaient correspondre à quelque grand succès de nos armes; aussi, comme le disait en son langage imagé un des rapports du lendemain, jamais plus délicieuse ni plus douce harmonie ne fit tinter oreille humaine.

Renforts à Péronse»

Mais la défense, et la défense à outrance, n'était pas le seul rôle dans lequel croyait devoir se ren* fermer le colonel Denfert, il considérait sa mission comme plus étendue. En prévision surtout de Tarrivée de l'armée de secours, il se tenait prêt à loi

fournir un solide appoint matériel et moral, en faisant sur les derrières de l'ennemi une diversion puissante; c'est dans ce but que les troupes de Pérou se furent renforcées, que notre meilleure infanterie, c'est-à-dire le bataillon du 84% y fut concentrée tout entière, et qu'enfin le commandement général des forces réunies dans ce village fut confié au commandant Ghapelot. Cet officier supérieur, plein de sang-froid. et de coup d'œil militaire, méritait à tous égards cette distinction. Chaque fois, du reste, qu'une place devenait vacante, le gouverneur s'attachait à faire un bon choix^ et c'est à l'amélioration apportée progressivement dans les commandements et dans les cadres, que furent dus les succès relatifs de la garnison, plus grands à la fin du siège qu'au commencement; chaque fois qu'il fallait nomnîer à un emploi quelconque il ne le faisait qu'après mûre délibération, et après s'être entouré de tous les renseignements possibles, comme ses dépèches en font foi à l'occasion de la nomination du commandant Lang, et plus tard du commandant Ménagié^ du commandant Suchet^ du commandant Perrin et d'unefoule d'autres officiers. 11 était sévère pour tous^ n'hésitait pas après chaque affaire à traduire en con seil de guerre les officiers coupables, mais lorsqu'une erreur s'était glissée dans un rapport, il savait écrire publiquement à l'officier injustement accusé pour le relever du blâme ; M. Meyer en eut la preuve après

262 TROTSïÈBnB pÉwwir w SrfOfi.

DanjoutiQ, et plus tard, M. Obert, après Tawatrt repoussé des Perches.

l«s «Ibtts.

Nos munitions rayées s'épuîsaîent chaque jour. Le prédécesseur du coloneî Denfert ne croyant pas an siège de Belfort, avait refusé les projectiles que l'industrie privée lui offrait; le ministère n'avait eu ni le temps ni les moyens de nous en faire parvenir avant l'investissement; la fonderie établie depuis ie siège n'en fournissait que très-peu malgré le zèle de M. Bomèque. Il fallait aviser; aussi presque chaque dépèche du gouverneur aux capitaines d'artillerie porte-t-elle, a partir de ce jour, l'empreinte de cette constante préoccupation. Réduisez votre tir du douze et du vîngt-quatre, ditnî, réservez-le pour les grands moments, lancez des bombes tant que vous pourrez, et surtout remplacez vos pièces rayées par des pièces de seize et de douze lisses, partout où vous le jugerez convenable, c'est-à-dire partout où vous avez à tirer plutôt sur des ouvrages ou des levées de terre que sur des hommes.

CTest dans cet esprit et en rendant compte au gouverneur, que fut modifié Tarmement du Château^ de la Justice et de Belfevue, et c'est aussi pour

répondre à la même pensée que fut établie la grande batterie de mortiers du bastion douze. Presque tous cent Âe% trois enceintes et dn eayalîer s*y donnènftt rendez-vous; trois mortiers de trente-deux e^timètreSy trois mortiers de vingt-^ept centimètres et trois mortiers <le vingt-deux centimètres. Ils étaient établis derrière un simple petit mur, mais «ur une pointe si étroite que les projectiles ennemie passaient par-dessus, et qu'on eut peu d'accidents à y déplorer. L'ennemi ne put éteindre leur feu qa'en les prenant par derrière, et en renversant sur eux répaulemenl tout entier que Ton avait à dos, enfouiiMant ainsi notre matériel sous plus de trois pieds de terre. Cette batterie avait heureusement vécu longtemps et bien vécu, en poursuivant Tennemi dans ses tranchées jusqu'à 2800 mètres^ et même souvent 3660 mètres. Wos vieux affûts se plaignaient bien quelquefois de charges un peu fortes, SQAis la ÎGQÂem nous refaisait des flasques Bifides et l'atelier d^ i^ batterie réparait avec une forge de campagne les boulons et les entretoises.

Bea piàees de sdze lisses établies daos de trèsbonnes conditions, et en des points très-bien choisis pax h eafitaiae YaUet de la rnobik du JBaut-Rhîa, laimai^nt des masses de boulets sur les travaux de DanjoutîUj qa^er^n parvenait ainsi àxaleatir, sinon à arrêter.

284 TROISIÈME pArIODE DU SIÈGE.

Pendant ce temps^ M. Gérard ^^ lieutenant à la même batterie de la mobile, caché derrière le mur du fossé de Tenceinte intermédiaire, lançait tout le jour ayec courage des obus de quatre sur les colonnes et sur les postes ennemis; sa pièce usée, il la changeait et revenait toujours avec empressement à son poste.

Nos pièces collées derrière les murs^ notoirement les deux du cavalier, et les pièces retournées du Château, de la Justice et de la Miotte, rendaient aussi de grands services et en eussent rendu de bien plus grands, sans notre pénurie de projectiles. On les réglait de jour à l'aide de fiches plantées en terre que Ton éclairait ensuite la nuit par des mèches à canon.

TFavanx an Cliàleaii.

Tous ces travaux et tous ces essais se faisaient sous le feu sévère de lennemi^ qui heureusement

1. Cet officier, plein de courage, instruit et passionné pour le métier d'artilleur, donna plus tard sa démission pour s'engager dans l'armée permanente. Le gouverneur, qui avait su l'apprécier, lui fit suivre, rapidement les premiers échelons, et, sur proposition régulière, le nonmia, quelque temps après, sous-lieutenant dans la batterie du capitaine Laborie, où il était très-nécessaire.

Le choix fut heureux , et cet officier a été décoré , après six mois de service , pour sa belle conduite dans Paris pendant l^s journées de mai.

TROISIÈME PISrIODE DU SIÈGE. 285

86 ralentissait un peu au crépuscule^ mais qui^ dans les premiers jours de janvier, était venu, comme nous Favons dit, puiser une force nouvelle dans rétablissement à Bavilliers de pièces d*un très-gros calibre. Ces pièces ou obusiers courts^ montées sur des affûts assez semblables à nos affûts de marine^ étaient rayées et lançaient des projectiles oblongs d'un poids considérable^ armées de fusées percutantes^ A l'Exposition de 1867 les Prussiens nous avaient présenté un modèle de cette arme Krupp', mais d'un si fort poids, que l'emploi n'en paraissait pas facile, et ce n'était qu'un modèle réduit dont ils nous faisaient l'honneur. L'effet des premiers coups arrivés au Château fut tel, qu'on n'hésita pas a l'enceinte supérieure à vider et abandonner de suite les abris qui restaient encore debout, pour transporter dans les voûtes d'éclairage du magasin à poudre (bastion 13), l'atelier de confection et les dépôts de munitions; il y avait danger certainement dans cette accumulation, mais danger moindre que celui que Ton évitait ainsi, comme le montra bien du reste la suite du siège. Les projectiles Erupp étaient doués d'une très-grande puissance d'écrasement, sans cependant avoir une force vive de beaucoup

1. Ces projectiles, appelés enfants de ^oupe par nos soldats, pesaient 78 kilog. environ. •

2. Ainsi nommée du nom de son inventeur, industriel de la Prusse rhénane.

286 TRÛlSlÈlfS PJÉRZODS SU SliÉGE.

supérieure à celle de nos projectiles de Ti^gt-quatre, n'étant animés que d'une vitesse relatiTeiBOfit assez faibk. Cet écrasement était dû surtout à la ehargi» énorme de poudre qu'ils contiennent à Tintérieurf le projectile entre profondément dans la terre^ éclate ensuite, et Teffet de projection et de destruction se produit en avant, vu la masse considérable du culot; il agit en un mot à Timitation d'an fourneau de mine bien bourré»

L'attaque des Perehes se dessine.

Pendaut que noua songeons à nous garantir du Erupp^ l'attaque sur ^les Perches se dessine de plus en plus; c'est d'abord un bombarddmeni; à ou* trance pendant tout la miUeu de janvier^ pui» les travaux en avant de Danjoutin avancent , ils preu' nent forme^ on voit même clairement les batteries s'édiûerj^ et nous ne pouvons les inquiéter que par > des projectiles pleins d'un médiocre effet; il faut > cependant s'y résoudre, sous peine de manquer ; bientôt de projectiles rayés, et de n'avoir plus que la fusillade pour répondre aux attaques de vive : force. Ces lois d'économie nous sont imposées par le gouverneur^ noua oq comi»re&ons' k sagiase; mais que de fois aussi reprochons-nous cette autre économie imprévoyante qui fît refuser, traia mois

aTa&ty, les offres si patriotiques, du directeur des forges d'Aiidinooari; cette fonteii que l'on a refusée toute mouliâe et toute prête pour uous, nos ennemis nous* la reavoient aujourd'hui sous une autre forme.

Vaita €t «Fdxes divers.

Éclairé p^w l'exemple de la surprise de Danjoutiuji le eokmel Deinfert y trouve une nouvelle occasion de revenir encore par des écrits nomlureux sur les précautions à prendre pour éviter pareil malheur aux autres villages avancéft. Le soldat doit y reposiory dit-il,, habillé et chaussé^ son sac doit être houclé^ Boa fusil à portée et classé avec ordre; l'of* fieier doit être cantonné près de ses hosamea et à soa poste de combat. Ces recommandations sont pour tous, maia particulièremeut pcTur la Gare qui semble pbis menacée*

Et tout ceci s*exécutâit au son du bruit lointain du canon, que répercutaient les échos des Vosges et du Jura. L'araée de secours avance tou^ur s dans notre direction^ donnant encore une nouvelle importaAoe. aux. lecoaimandations de vigilance que le gottv^iwu adresse À tous, les caommandants de fotta : tt De gcands^ mouvements de troupes fran- ^aiisM s'e&etiMal pour venir nous dé^ger^ la réeia* tancfl de Belfoott imporbe av plua haut degré au sue-

ces de ces armées; la délivrance de la patrie^ le salut de Paris peuvent en être la conséquence^ que chacun le sache, et qu'il y puise Tardent désir de mieux que jamais faire son devoir^ son sang ne sera pas inutilement versé s'il doit Têtre. Veillons* »

Mais si nous veillons pour le salut de Belfort^ d'autres veillent aussi en traîtres et en espions, ils sont dans la place informant Tennemi de tout ce qu'ils voient; les distributions commencent à se faire par corvées dans la cour de TEspérance, les Prussiens le savent aussitôt et font pleuvoir leur mitraille^ à point nonimé, sur ce côté du rempart, et il en sera ainsi pendant tout le temps du siégC; quelques variations qu'on apporte dans les heures. C'est là que se trouve notre principal hôpital^ mais heureusement qu'il est muni du côté de l'enneini d'un très-solide blindage^ contre lequel les projectiles ne peuvent rien, meilleure garantie pour lui que le drapeau international qui flotte sur sou toit.

Effets du tir ennemi. — Travanx*

C'était du douze et quelquefois du vingt-quatre qui arrivait en ville, parce que le Krupp était encore exclusivement réservé au Château ; les deux pièces de Bavilliers faisaient un tir continu et ai volonté sur le magasin à poudre du bastion treize et sur le ca-

TROISIÈME PÉRIODE DU SIEGE. âSd

valier, mettant à une rude épreuve les blindages que la première batterie du septième d'artillerie avait établis d'avance au-dessus de ses pièces de vingt* quatre les plus importantes, et sur toute la &ce extérieure du Château^ dont la maçonnerie, presque toute en vue, présentait une proie trop facile à Tardeur destructive de l'ennemi. Chaque jour les embrasures des pièces des casemates étaient bouchées, les masques en rails^ en bois et en terre bouleversés, les merlons renversés ; il fallait travailler la moitié de la nuit pour réparer le dégât. Mais le blindage principal collé contre le mur résistait, et les pièces demeuraient intactes. Quant aux cages faites autour des autres pièces ^ elles furent moins heureuses; celle de Catherine résista bien jusqu'à la fin, moyennant quelques réparations, [parce qu'elle ne se trouvait pas dans la course descendante des projectiles Erupp;.mais une de celles du bastion 15 fut percée d'outre en outre^ sans dégât il est vrai pour la pièce qui put tirer le soir même. Pour donner une idée de la puissance de ce projectile, qu'il suffise de dire que la couche ainsi percée se composait d'un plancher de pièces de sapin de cinquante à soixante centimètres d'équarrissage^ d'une couche de rails jointifs, champignons en Tair^ c'est-à-dire douze centimètres d'épaisseur de fer, d'un mètre de fumier, de deux mètres de terre, et enfin d'une couche de rails à plat; encore ce blindage ne

fut-i} pa^8 }^mé par simple fr^cture^ Tn||s pf^é cpmpiç à r^mporte-piôçe.

L'emtepii poursuit toujours, ou le ypit, d'ufii f^QQn spéciale Técrasement de cette positjoq qentraljQ ; i^ yeut éteindre ces feux qu'il ypif sans cepsii sp ranimer malgré cinquante jours de ^pipbairdeinenty et qui peuvent étendre leur proteatipp p^r* toiit çi^ besoin est ; mais il n'oublie ps^s pour cela les yillages que nous occupons encore, ni les fjprt? extérieurs. Pérpuse commence à souffrir beaucoup, plusieurs incendies s'y déclarent et il faut \w éteindre sous la niitraille que l'^nncn)! fait touj^^r^ pleuvoir sur toute n)9,ison qui prend fen ; le soldaf souffre là d^autant plus qu'il n'a rien pour s'abriter. le commandant Gbapelpt pressait bipn de tput^ji ses forces l'établissement des abris quQ le gouverneur avait commandé de faire dans le boîs^ piais son énergie^ doublée de l'intelligente iifitiativa du epp^mandant I^ang et de la bonne volonté du lieutenant Thibau4ety ne peut suppléer au temps et aux bras; la terre est gelée , elle fait feu sous Ifi piocha, se laisse dif&cilement entamer, e^ chaque m^re cube de terre remuée représente presque une journée de fatigues. Sur les autres points on ne reste pas non plus inactif: aux B£|.rres ou travaille à faire des^ chemins et des traverses ; c'est U que se trouve le capitaine Quinivet et une partie de cette com-* p^nie du génie qui, sous son habile et vigoureuse

TROISIÈMB pArIODB DU SI<GK. ] 191

dinetkni) fot un modèle pour tous pendant tout le temps du eiége; fallait-il combattre, fallait-il tra- TuUer, elle était toujours prête. Là on emploie en outré pour les travaux les condamnés à des peines disciplinaires^ et bientôt même on leur rendra leurs armes pour ne se priver d'aucun feu au moment de l'attaque et pour reconnaître aussi le sincère repentir, dont Tardeur du plus grand nombre est le sAr giurant. On travaille à la Justice, où se trouve H« Krafft, qui d'ingénieur devenu par patriotisme eapitaino du génie auxiliaire^ montra une fois de plus que la bravoure et l'énergie furent toujours d'accord avec l'intelligence et la science. Â la Miotte (m veille avec le capitaine Saiily, et malheur aux colonnes ou convois qu'on lui signale à portée de son canon toujours respecté.

Travaux de l'ennemi A Danjoutln.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier l'ennemi paraît armer ces batteries de la tète de Danjoutin où nous le voyons travailler depuis la prise du village ; elles sont dirigées sur le Château^ sur les Perches et sur la Gkffe ; nous craignons une attaque de ce côté, mais nous ne la redoutons pas. Le colonel Denfért écrit en effet à ce sujet : « Si l'attaque de la Gare a lieu, Je n'admets pas qu'elle réussisse et que les hommes

reculent^ quel que soit le nombre des ennemis^ tellement vous êtes soutenus par Tartillerie. Du reste^ mon ordre du 24 décembre vous dit à tous ce que vous avez à faire en cas d'attaque, vous n'avez qu'à vous y reporter. » En même temps il ajoutait relativement à cette grande tranchée reliant Belleyue et les Barres, et que le capitaine Thiers lui signale comme n'avançant pas malgré son importance : a J'apprends que malgré mes ordres réitérés le travail de la tranchée de Bellevue et des Barres marche irrégulièrement. Il doit y avoir un officier responsable de ce travail. Je veux savoir son nom tous les jours jusqu'à la fin des travaux* Il doit remettre le travail et les outils à l'officier responsable le jour suivant. Que chacun veille, en ce moment il faut avoir de la vigilance et de l'activité plus que jamais. »

Ëlat moral des habllanls.

Pendant tout ce temps la même pluie de fer inondait la ville; l'ennemi n'y peut cependant allumer aucun incendie, grâce à l'active surveillance des pompiers et au zèle intelligent du maire^ M. Mény^ qui pendant ce long siège ne faillit pas un seul jour à sa noble mission, et sut en se multipliant créer des secours pour les plus pauvres et

soutenir Ténergie de la population. Si les maisons tombaient^ on peut dire, suivant la belle parole d'Horace, que les ruines de Belfort trouvaient le Belfortain impassible; personne ne se plaignait^ chacun jurait de tenir jusqu^au bout, et lorsque des malveillants répandirent en ville le bruit que nous allions manquer de projectiles creux, ils trouvèrent tristesse et non joie chez leurs auditeurs. Malgré tout, le gouverneur devait s'émouvoir et s'émut de ces bruits qui, circulant sournoisement, pouvaient à la longue porter le découragement dans l'âme de plusieurs, en lès faisant douter du succès ; aussi fulmina-t-il les ordres les plus sévères contre ces colporteurs de mauvais augure.

Batailles de l'armée de l*Est. Sortie» de Belfort.

Le moment, en effet, était bien mal choisi pour se laisser abattre et amollir; de tous les points de la place on signalait de grands mouvements de l'ennemi tout autour de nous et tous dans le sens d'un élargissement du blocus; son tir devenait moins rapide, trois à quatre mille coups par jour tout au plus, plusieurs embrasures étaient muettes, et examinées à la lunette semblaient même veuves de leurs pièces. Les Prussiens armaient leur ligne de circonvallation qui s'étendant de Châlenois à

994 TROISIÈME pAriODE DU S1É6E.

Frahier^ sur la rive droite de la Savoureuse, en suivant la ligne des hauteurs deBrevilliers^Banvillara, Urarey, Châlonvillars^ rejoignait leur ligne de défense plus avancée, située derrière la Lusine et qai s'appuyait à Héricourt, Ghagey, Ghennebiers et Frahier. On entendait dans le lointain gronder le eanon qui dominait ces hauteurs ; nous savions que le général Bourbaki venait^ nous avions foi en lui, d'autant plus facilement qu'une dépèche du sou»préfet de Montbéliard nous annonçait les résultats heureux de la bataille de YillersexeL Le gouverneur les fit aussitôt connaître à la ville et aux forts. La

victoire frappait presque à notre porte^ elle venait enfin retrouver le drapeau fi*ançais^ et chacun sentait son cœur s'ouvrir à Tespérance.

Après sa victoire, Tarmée de secours pousse en avant^ et dès le matin du 1 5 la Miotte signale son canon à peu-de distance de la ville, c'est un grondement sourd analogue à celui du tonnerre; chacun veut l'entendre^ on monte sur les parapets, on prête l'oreille et l'on redescend aussitôt pour communiquer partout la bonne nouvelle. Les habitants sortent de leurs caves et se mêlent à la garnison, sans souci des projectiles ennemis qui sillonnent Tair pour bien nous rappeler que l'ennemi est encore entre nous et nos frères. La confiance n'en eat pas altérée^ Tarmée du général Bourbaki avance et avance toujours^ on distingue maintenant le bruit

de lâ fusillade du bruit du canon^ sous peu nous seroti réunis et renDeml enveloppé^ car on entend éû même temps que l'action engagée à Héricourt, le bruit d'une autre action dans la direction de Lure.

Mais Tarrivée de cette armée de secours avait dû obliger le corps du géiléral Werder, chargé de la garde dès lignes de circonvallation^ à se masser dtfrière la Lusine; les troupes du général Tresko^, pàrtiËuliëtemetit chargées dii siège proprement dit^ dtâient dû concourir potit* partie à cette défense. Dans quelle proportion s'était exécuté ce mouvement, la ligne de contrevallation était-elle suffisatnriietit forte encore pour résister à une sortie vigoureuse de la garnison, et les postes extérieutsétaiôbt^ ils ausèi solides que par le passé? Telles étàletit lés questions qiie se floàait le gouverneur, et tels étaient les points sur lesquels il devait s'éclairer avant de rien entreprendre pour donner la main au général Bourbaki; aussi commanda-t-il trois reconnaissances pour la journée du 15 janvier, une entre Essert et Bavilliera, une autre dans la forêt d'Arâot, la troisième sur Chèvremont.

Il donna à chacun des commandants de lâ Gare, de la Forge, de Pérouse des recommandations à cet égard, leur rappelant que, vu l'éldignemeiit assez considérable du canon français, ils n'avaient à exécuter qu'une siniple reconnaissance sans déployer

trop do troupes, sans trop les aventurer, mais néanmoins en engageant avec les postes ennemis une fusillade nourrie, qui^ le laissant dans Tincertitude sur nos intentions, inquiéterait ses derrières et aurait pour le moins Tavantage de gêner et paralyser son mouvement général de concentration. Si un poste paraît faible* on devra le pousser le plus loin possible et en rendre compte de suite, sans le pousser jusqu'à ses réserves. Pour augmenter l'erreur de Tennemi^ toutes les tranchées un peu en vue seront pendant ce temps garnies de fusiliers^ la baïonnette au canon, espacés et circulant pour faire croire à de nombreuses troupes de soutien.

Enfin Tartillerie des forts, par une vigoureuse canonnade^ devait appuyer cette démonstration^ sans oublier que Tétat de nos munitions exigeait impérieusement que la canonnade fût courte.

La reconnaissance dirigée sur la forêt d'Ârsot (commandant Duringe) se divisa en deux parties : la première alla dans la portion de la forêt voisine du Yaldoie^ et après avoir repoussé à coups de fusil les sentinelles et le petit poste, elle se trouva arrêtée par une barricade parlant de la limite de la forêt du côté du Yaldoie et allant jusqu'à la crête. Là deuxième se porta sur les carrières d'Offemont, fit replier les sentinelles, mais trouva trop de résistance pour pénétrer dans le bois.

La reconnaissance sur Chèvremont partit des car-

rières du bois au Sud de Pérouse et s'élança au pas de course sur le village. Aussitôt que les Prussiens aperçurent nos éclaireurs, ils quittèrent leurs postes avancés et se réfugièrent au nombre de deux cents environ dans les maisons du haut du village. Los nôtres se portèrent dans les premières maisons a deux cents mètres de la tranchée du petit bois près de Chèvremont. Ils échangèrent des coups de fusil avec l'ennemi pendant une demi-heure, après quoi ils se replièrent pour l'attirer.

Il sortit en effet et se mit à les poursuivre. Au bout de quelques minutes, les nôtres reprirent l'offensive, et les Prussiens s'enfuirent de nouveau. Les éclaireurs cessèrent leur poursuite en voyant arriver de Bessoncourt et de Yézelois des colonnes appelées au secours de Chèvremont.

La reconnaissance dirigée entre Essert et Bavilliers partit de la tranchée entre les Barres et Bellevue, et s'engagea jusqu'à trente mètres environ des batteries ennemies où elle fut reçue par une vive fusillade et par des coups de canon. Elle aperçut sur sa droite environ trois cents hommes descendant du Mont pour venir Tattaquer, et une colonne de cavalerie se dirigeant de GbâlonvillarssurBavilliers dans l'intention de la tourner; elle dut alors se replier en combattant.

Quant à l'artillerie, elle joua le rôle qui lui était assigné, et au Château on doubla même la voix de

S98 TROlSliMfi PÉRIODE DU SIÈGE.

Catherine par uoe pièce du bastion iU, tiraiità blane dans le but d^ augmenter l'eiïet moral.

Les deux premières reconnaissances avaient été faites conformément aux ordres donnés ; il n'en était pas de même de la troisième : une lenteur blâmabte avait présidé à son exécution , et le commandant qui en était chargé n'avait pas été s'entendre avec le capitaine Thiers^ commandant de Bellevue^ eomme il était nécessaire et comme il en avait reçu 1 ordre; aussi le gouverneur lui en fit-il un reproche sévère qu'il terminait par ces mots : <c Quand on ne veut pas apporter plus de zèle à son service^ dana les circonstances où nobs âommeâ^ on n'accepte plas de commandement. »

Ces trois reconnaissances avaient atteint leur btit^ et nous avaient montré que l'ennemi n'avait pas encore affaibli le cercle qui nous enserrait» Le înoment n'était donc pas venu de faire en faveur de Tarinée de secours une diversion profitablci elle était étlcore trop loin, nous devions attendre, écouter et veiller. Heureuses veilles en tout cas, le canon était distinct^ il avançait, non plus sur un seal point) mais sur toute la ligne^ nous en étions i^ûri^^ et les échos se le redisaient entre eux de GiromÉgny à Châlonvillars et de Châlonvillars à Héricdttrt.

Dans cette journée du 15, Tannée de l'Est s'était beaucoup rapprochée de la place^ tous les rapports de la journée lannonçaient; afin de témoigner de

notre existence^ le gouverneur ordonna vers le soir à toutes les pièces qui ne lançaient pas des projectiles, de tirer cinq coups à blanc comme salve de réjouissance. Cette salve dura quelques minutesi attira l'attention générale et fut entendue jusqu'en Suisse.

Mais en même temps^ comme l'ennemi pouvait être obligé d'abandonner une partie de la ligne d'investissement^ le colonel Denfert crut devoir prémunir les commandatits des postes avancés contre les ruses que Tennemi aurait pu tirer de la proximité de l'armée française en se présentant comme ami; il se ménageait en même temps la possibilité de recevoir un envoyé du général en chef françaii. Il donna donc des ordres pour qu'on redoublât de vigilance pendant la nuit, et qu'on tirât sans crainte et hardiment sur toute colonne qui se présenterait. Si un cavalier ou un homme s'avançait, on devait le tenir à distance, ne le laisser approcher qu'après réunion du poste avancé sous les armes^ et l'amener ensuite à la place ou au commandant supérieur.

Dès le matin du 1 6 la canonnade des armées eh présence recommença. Au point du jour le ciel était très-pur^ et l'observateur placé au sommet de la tour de la MioUe signala qu'il apercevait des batteries françaises semblant être en position sur le plateau à mi-côte du mont YaudoisS au-

1. C'était une erreur» l'observateur voyait là deux ligues de

dessus du village de Brévilliers , et les batteries prussiennes opposées sur le plateau au delà du yillage de Banvillars ; les batteries françaises paraissaient nombreuses. Tout ceci aurait donné à penser que l'armée française avait dû occuper la veille^ vers la fin de la journée^ la ville d'Héricourt; ce n'était malheureusement pas vrai.

En même temps qu'on entendait le canon le plus rapproché dans la direction d'Héricourt, un son pins lointain se faisait entendre du côté de Montbéliard et des sons beaucoup plus distincts du côté de Châlonvillars. La canonnade partant dans la direction de Châlonvillars augmenta bientôt d'intensité, et il était évident qu'une portion de notre armée faisait de ce côté un vigoureux effort contre Tennemi.

D'autre part, le bruit du combat engagé en avant d'Héricourt s'étant déplacé sensiblement vers la gauche^ il devenait possible que l'ennemi fût rejeté sur la place, en partie du côté d'Essert, et en partie sur la rive gauche de la Savoureuse, pour reprendre sa ligne de retraite parla route de Sévenans, Meroux, Vézelois, Chèvremont.

Pour contrarier ces mouvements, gêner la retraite et aider à une destruction plus complète, le gouve^ neur chercha à appuyer les opérations de l'armée de secours, et ordonna en conséquence deux démon-

batteries prussiennes ; les nôtres étaient sur le versant opposé et plus en arrière.

TKOISIÈME PÉRIODE DU SIÉGfi^ 30 L

strations dont il indiqua le but et régla les détails généraux^ tout en laissant aux commandants des colonnes le soin d'apprécier le moment opportun de les engager.

D'autres ordres indiquèrent aux autres chefs de service ce qu'ils devaient faire pendant ce temps, soit pour ne laisser aucun poste inoccupé^ soit pour soutenir les combattants.

La première démonstration devait avoir lieu entre Essert et Bavilliers et être formée d'une puissante ligne de tirailleurs, soutenus par des réserves qu'on pouvait abriter dans les plis successifs qu'offre le terrain en remontant vers Essert; elle était confiée au commandant Chabaud, du 4' bataillon de la mobile de la Haute-Saône, pour être exécutée par son bataillon^ et par trois compagnies du S"" bataillon de la mobile du Rhône.

Il disposa deux compagnies^ l'une du 4^ bataillon de la Haute-Saône^ l'autre du 3^ bataillon du Rhône, formant en tête une ligne de tirailleurs très^espaces. Le capitaine Dubois qui commandait cette ligne avait ordre de déborder la route d'Ëssert de cinquante mètres sur sa droite, tout en prenant cette route pour direction. Derrière cette ligne^ le reste du détachement formait une autre ligne de tirailleurs plus serrée appuyant la première^ et soutenue à ses deux extrémités par deux petits pelotons mar^chant à cent mètres de distance en arrière.

sot TROISIÈMB PiRIODB DU SlfCE.

LeB troupes de la première ligne s'aTaneèrent résolAment. M. le capitaine Dubois s'élança aTee sa compagnie sur les carrières de la droite de la route d'Essert^ où l'ennemi avait établi une batterie de mortiers et de canons de 24 contre le Château et le fort des Barres. — Sur la gauche^ après avoir un instant marché résolâment^ la compagnie du 3* bataillon du 1 6'' régiment se replia tout à coup en désordre, à l'exception d'une quinzaine d'hommes qui continuèrent à marcher en avant. Cette panique était due à ce que le capitaine qui commandait venait d'être blessé mortellement ^ et à ce que le sous -lieutenant qui devait prendre le commandement, avait jugé tout naturel et tout simple d'accompagner le brancard sur lequel expirait son camarade.

Malgré cet incident fâcheux à la gauche^ malgré le peu d'entrain du centre, la droite continua son mouvement avec résolution. Se portant au-dessus des carrières ) malgré la mitraille qu'on lui envoyait, elle arriva jusqu'à quatre-vingts mètres des pièces de position de l'ennemi et se posta de manière à prendre d'écharpe ces batteries et les tranchées qui les protégeaient. Les hommes mettant genou en terre, fesillàrent à cette distance^ pendant plus d'une demiheure^ les canonniers et la garde de tranchée^ ee qui mit un tel désordre dans la ligne ennemie, que le feu des pièces fut suspendu pendant plus de trois heures.

TROISIÈME PÉRIOn DU SlteS. 808

Apii9 DPe heure de fusillade lointaine, nos taoupes ne voyant poindre aucun détachement de Far>mée de secours, durent se retirer et le firent en asm bon ordre y en entraînant la compagnie de N'Duhpis qnï, n'ayant pas vu son premier élan son- \nm, «tvait dâ Qe replier déjà à hauteur du eentre. P*jlilleurs des troupes ennemies sortaient d'Es8«rt^ tel pnfip pour garnir les tranchées, les autres pour gagner le Mpnt et prendre de là à revers nos deux lignes de tirailleurs; il était donc prudent de reve« nir si nous ne voulions pas être tournés.

La4 ar^Ueri^s duCbâteau, des Qarres et de Belle- Tuç aidèrent de leurs feux ces différents mouve^ meqts en canonnantles positions et les tranchées en^ nemies. Catherine ir, égueulée la veille^ avait pu pe* prendre son tir pour cette occasion , grâce aux ouvriers de la batterie qui avaient passé toute leur mit à limer ses bavures.

La deuxième démonstration devait être dirigée m Cbjèvremont et Bessoncourt par le 84"^ de ligne. I9 Qomoiandement en était confié au commandant CbApelot qui ne devait agir que si la canonnade se rapprochait ; les circonstances n'ayant pas été celles qqi auraient motivé cette sortie , cet offipier supé-

1. Getherine I avait dû, eu effet , disparaître quelque tei9j^ avant; elle était entièrement usée par suite d'un tir de près de cinq mille coups, tous tirés sur la même plate-forme en fer, avec crosse enfoDCte de 65«.

rieur laissa les troupes à leurs travaux d'abris et de tranchées. Sa conduite reçut l'approbation du gouverneur.

Le soir encore^ pour nous rendre compte des changements que les événements de la journée avaient pu déterminer dans les postes occupés par Tennemi^ trois reconnaissances furent ordonnées : la première vers Essert et vers le Mont, la seconde sur la route de Montbéliard et vers le bois de Bavilliers, la troisième entre Yaldoie et Offemont dans la forêt d'Arsot.

Ces reconnaissances faites dans la nuit du 1 6 au 17 constatèrent que Tennemi avait plutôt augmenté que diminué ses sentinelles et ses postes^ sans doute dans la crainte de voir se renouveler les

attaques de la veille.

Dans la journée du 1 7, le canon de Tarmée de secours semble rester stationnaire ; la neige tombe en flocons serrés ^t couvre bientôt le sol d'une couche épaisse qui doit paralyser tous les mouvements et nuire surtout à l'assaillant; tout fait donc supposer que les armées ont dû conserver leurs positions respectives. Mais notre insuccès sur Essert dans la journée du 16 nous défend de renouveler nos tentatives contre un ennemi partout en forces supérieures^ prévenu et retranché ; et quant à essayer une sortie considérable^ nous ne le pouvons sans compromettre la place, vu l'éioignement du

général Bourbaki^ notre manque de renseignements et notre petit nombre d'hommes valides. Il faut forcément attendre que quelque chose se décide sur cette immense ligne de feux qui n'occupe pas moins de vingt kilomètres sur notre horizon perdu.

Pendant ce temps on travaillait partout, profitant avec ardeur du répit relatif que l'ennemi nous laissait la nuit ; on réparait ce qui était bouleversé^ on entreprenait de nouvelles défenses et on chargeait les abris. Notre modèle à tous pour le travail était^ nous Tavons dit, la compagnie du génie du capitaine Quînîvet; aussi le gouverneur, pour profiter encore davantage^ si c'était possible^ du bon esprit qui animait cette troupe, se décida à cette époque à en augmenter les cadres. En prévision aussi de l'arrivée prochaine de cette grande armée , ayant après la levée du siège à manœuvrer dans l'Est avec Belfort comme pivot, le colonel Denfert avait donné l'ordre de rétablir le raccordement des fils télégraphiques extérieurs avec le bureau central. Pendant tout le siège du reste il ne cessa de porter son attention sur le service télégraphique qui, moyennant cette surveillance constante^ remplit trèsbien sa mission. Ce réseau qui reliait tous nos forts, et mettait ainsi dans la main du gouverneur Tensemble de la défense, exigeait de fréquentes réparations; il ne se passa pas de jour peut-être qu'il n'y en eût quelqu'une à faire , elles n'étaient pas sans

306 TROisifcMi pAiuodic py $i<««

danger, et les agents malgré tout sy prêtèrent, il faut le 4ire à leur louange, avec beaucoup de zèle 90U8 la surveillance immédiate de leur directeur, M« Robert. Sur quelques poiuts importants le colonel Denfert fit même doubler les fils pour parer aux iQconyénients résultant de9 interruptions.

Mesures et ^yéneiiieiitÉ divers.

C'est à cette époque que la caserne du Château reçut son premier choc grave ; son matelas de terre était enlevé sur bien des points^ et up gros prgjec*tile Krupp arrivant raser un endroit découyert, brisa la chape et produisit une large fissure dans la voûte au-dessus des logements occupés par les officiers du fort.

Un autre gros projectile avait dans la matinée du 1 5 blessé grièvement aux deux jambes le capitaine d'artillerie de la Laurencie# Il fallut l'emporter; mais il ne voulut pas descendre à Thôpitali se fit soigner à son poste et conserva sur sa demande le commandement de ses deux batteries. Son lieutenant^ M«Thirion^ dans l'énergie duquel il avait pleine cpnfiancei conserva en sou9-ordre la direction de Tartillerie haute du Château,

Le gouverneur régla le même jour Temploi que Ton devait faire des projectiles venant de la fonde-

THQISXÊM^ PÂRJQDi; PC $lli$S. 307

rie de Bdfort, Les premîçps projectiles qu'on y avait fobriqwéfii étaient parfaits en tous points, et l'on essaya de continuer sur les mêmes données ; mal* heureusement, malgré tout le soin et le zèle qu'y mettait M. Bornèque, quelques variations s'introduisirent dans les mélanges de fonte, et comme on n'avait pas eu le soin, avant l'entrée à l'Arsenal d'une coulée nouvelle, de faire des expériences sur cette coulée même, on travailla quelques jours dans de mauvaises conditions et sans en être prévenu. Le nombre de ces projectiles en fonte aigre et cassante se trouva ainsi trop considérable pour qu'on pût les rejeter en présence de notre pénurie^ et le colonel Denfert donna Tordre de les tirer dans une vieille pièce de Bellevue, poste avancé, où les éclats prématurés étaient sans risques pour nous et formaient mitraille sur l'ennemi.

Plus tard M. Bornèque eut l'idée de les remplir d« plqmb ou de fonte; on les lança alors comme projectiles pleins à longue portée, et dans do trèsbonnes conditions, ce qui eut l'avantage sur l'emploi précédent d'économiser les fusées dont à la longue nous aurions pu manquer. Averti du reste de ces coulées défectueuses, M, Bornèque sut y remédier, et faire taire une fois encore ces opposi lions sourdes, ridicules et jalouses, qu'il avait ren contrées sans s'y arrêter au début de son entreprise.

Ici se place aussi une lettre du colonel Denfert qui montre bien quelle idée il se faisait d'une défense déplace, et sur quel pied il entendait rester pendant tout le siège yis-à-vis du général Treskow campé sous Belfort.

M. le lieutenant-colonel des Garets, commandant à la Gare, lui avait adressé, au nom des officiers de son régiment, une lettre dans laquelle ces derniers prétendaient savoir que M. Martin, lieutenant commandant la compagnie des éclaireurs du 65% avait été tué dans l'affaire de Danjoutin et demandaient qu'il réclamât son corps, auquel ils voulaient rendre les derniers honneurs.

Le colonel rejeta cette demande par la lettre suivante :

a En réponse à votre lettre de ce jour, j'ai l'honneur de vous informer que je rejette d'une manière absolue la demande de MM. les officiers du 1^" bataillon du 65^ régiment, pour les raisons suivantes :

a 1 Ml ne m'est pas prouvé que M. Martin soit mort, et je ne veux pas entrer en explications sur ce sujet :

« 2"^ Si M. Martin était mort, son corps serait probablement difficile à retrouver sinon impossible.

« 3^ Enfin, quand même la chose serait très-simble, Tennemi accompagne ces renvois de formalités

fanéraires de nature à démoraliser tous ceux qui en sont témoins, et je ne yeux avoir, tant que je serai assiégé, aucune communication avec l'ennemi.

et J'ajouterai que je me suis assez nettement expliqué, au raifort des chefs de service , contre des demandes de celte nature, pour que vous vous dispensiez de me les transmettre. »

Langage bien fait pour inspirer une sainte haine de lennemi; la guerre est une monstruosité, qu'on ne la déclare pas en se jouant et avec légèreté de cœur; mais lorsqu'elle devient nécessaire, et surtout lorsqu'on la subit, qu'on la fasse terrible.

L'armée de TEst s'éloigne de BelforC.

Le désarmement partiel que les Prussiens avaient effectué, pour fortifier par des pièces de siège leur ligne de circonvallation, ne s'était étendue qu'à la rive droite de la Savoureuse; les batteries de la rive gauche avaient été plutôt fortifiées qu'amoindries pendant ces quelques jours, aussi le bombardement continua-t-il avec vigueur sur les Perches et le Château^ accusant de nouveau cette ténacité germanique qui fit la force des Prussiens dans cette campagne. Le calme des pièces de la rive droite pouvait tenir aune autre cause encore, à Tencombrement des routes de la rive droite nécessité par les

810 TRomdn FifRima bu infoi.

mouTements dei troupes appelée à faire &oe au nôtres^ mouyamente que noua annonçaiaiit dani tous laura rapporta lea grand'gwdea de la plaea^ et qui ae traduisaient par ces roulements prolongés de voitures, ai distincts dans le silence delà ni|it«

Bfalgré tout il devint clair pour tout le mondfii dans la journée du i S, que l'armée de accours s*é^ loignàit^ et le 40 on n'entendait plus spn aanon, rien n'annonçait plus sa présence. Persomie oe« pendant n'en fut découragé, et le gouverneur meim que tout autre ; il ne désespéra jamais^ cq £ut là sa force. Voici d'ailleurs ce qu'il écrivait à ee sujet au commandant Ghapelot :

« Les Prussiens ont une telle ténacité que je ne serais pas surpris^ si notre armée nous débloque d'abord entre Bellevue et les Barres^ que vous reeeviei encore pendant quelque temps des obus et des bombes deChèvremontet du Bosmont. Mais haareusement la ténacité allemande est accompagnée la plus souvent d'un manque de souplesse dana l'es-^ prit, et une fois qu'ils sont engagés dana une voie, ils n'en démordent pas. J'espère done qna notm général saura ^ par un changement rapide d opérai tionS| tourner leurs lignes de défense^ et déjouer leurs calculs, s'il trouve trop de résistance dany la voie primitive où il s'est engagé.

« Je continue donc à avoir confîmnee. . . . > .

« Mais surtout il ne faut pas que nos mgéf

TBOmÂm 9feldDI BU IltOE. 311

ranceg de déblocus prochain nous fassent perdre de vue l'organisation sérieuse de la lutte, d'autant plus que le débleèus n'est pas la pais^ et ne pourra avoir pour résultat immédiat que d'imprimer plus d'aetivité et d'énergie à l'ensepibld di la déimn^f »

Cette confiance avait passé dans toiis les cceopiSi et la pensée de la résistance était l'unique pensée de beaucoup ; ces braves travailleurs du Rhône et de la Haute-tSaône qui arrachfiient des rails sous le &ude rennemi, et qui en avaient monté sur leurs épaules jusqu'à ooae mille tout en haut du Château^ ne disaient pas ^-^ « si nous sommes débloqués nous nous rpposerons » — ils s'effraient au contraire en ce cas pour ehfirger et perfectionner encore les abris de ces pièces^ auxquelles ils s'étaient attachés et qu'ils considéraient comme leurs.

Nous allions évidemment entrer dans une nouvelle période du siège. L'ennemi^ tranquille momea-* tanéHipat ^mv ses derrières^ va essayer de tenter des sjtetîone plus décisives, en même temps que plus en-^ treptenantesy pour se reqdre maître rapidement, si faire se peut, de cette place qui le retient si loogr temps, épuise ses hemmes, et enfin sorréte la iii(u*Dfae de soa afmé9 d^ TEst waw Ifesan^n et sur I^ydo*

Les attaques reprennent leur vi^aenr.

Dès qu'il n'entend plus le canon du général Bourbaki l'ennemi se met à rœuvre, renforce sa batterie du Bosmont, et reprend son bombardement à outrance sur les Perches^ sur les bois des Fourches et sur Merveaux^où notre garnison dePérouse travaille à se faire des abris^ sur le village même de Pérouse et enfin sur le Château^ saluant en passant Bellevue et la Justice. En même temps parvient en ville la nouvelle de la défaite du général Bonrbaki; nous sommes bien décidément livrés à nos propres forces, éternisons la résistance, et pour cela ménageons encore plus que jamais nos projectiles rayés.

On monte des canons de 16 lisses à l'enceinte intermédiaire, on en monte à la tour des Bourgeois^ on en monte même, et non sans peine, jusqu^aux Basses-Perches; avec ces boulets notre tir redouble^ et si nous ne faisons pas grand mal aux hommes, nous abattons au moins les tranchées et faisons savoir que Belfort est encore debout. L'ennemi nous riposte par ses grosses pièces Krupp qu'il vient de porter à Danjoutin , afin de battre le Château moins obliquement ; qu^importe, les pièces sont toujours debout, les murailles sont blindées , le soir on remonte les terres, et plus tard on évacuera la caserne,

on logera les hommes dans les cuisines et les officiers d'artillerie dans un couloir de la tour des Bourgeois.

Tous les abris du cavalier et de l'enceinte intérieure étaient abandonnés depuis longtemps, aussi les obus dans les voûtes effrayaient peu; malheureusement il n'en était pas de même à Tenceinte intermédiaire. Le 20 janvier^ dans la journée^ pendant que les artilleurs de laA'' batterie de la mobile du Haut-Rhin se reposaient dans l'abri du bastion 1 1 , un projectile Krupp, venant à frapper cet abri sur le flanc, en perça la voûte, enflamma la poudre des tonneaux et mit le feu aux projectiles qui s'y trouvaient. M. Simotel^ depuis peu lieutenant à cette batterie en remplacement de M. Gérard, se trouvant près de là occupé à remplacer un affût brisé^ et entendant cette épouvantable détonation, se précipite vers l'abri, lorsqu'un deuxième projectile ennemi lui brise la jambe droite et le couvre de blessures. On l'emporta de suite à lliôpital, mais le soir il expirait^ regretté de tous ses camarades et admiré de tons ceux qui l'avaient vu au feu.

On se mit alors à déblayer les ruines pour voir s'il n'y avait aucun secours utile à porter à tous les malheureux enfouis sous l'abri ; on retira des premières décombres quelques blessés qui expirèrent bientôt soit en route, soit à l'hôpital. Le travail fut continué la nuit^ mais on ne retrouva de tous les autres que des membres épars ou des lambeaux

de ehair pria eatn^ les aseiieg des moeUene ^b\b» quée»

Cet aoeideat , an dee plue déplortblee qua fious ait causée pendant tout le eiége le tir de TenneiBi^ Boue eoûta ep eaame lofficieF^ l'adjudant ^ dent 8oua*offîoiersy un brigadier et vingt-deux hommef .

PpUf ériter le retour de eemblable malheur^ le gouverneur donna Tordre aui batteries d'artillerie des enceintes basses du Cbfttefiu de ne plus gardai dans leqrs abris^ près de leurs piio§s> que quelques charges pour $tre a mèuui d^ répondre de suite aux attaqufps de vive force. Ces munitions devaient ètrç placées dai^s de^ coffres de caissons distribués à cet effets placés dans l'angle le moins exposé de l'abri , et entourés de (erre de manière qu'il n'y eât que le couvert d apparent. Les autres charges devaient être remises à la 4^^ batterie du 7* d artillerie qui seule à i'ave&ir était appelée à pourvoir tout le Château; ell^ aidait établi son atelier sur le flani droit du magasin à poudre de l'enceinte Intérieure^ mais elle avait dû bientôt abandonner cet abri lui* même après une dislocation de la voûte^ et se retirer sur le flanc gauphe moins exposé.

Gptte centrdisatiQn gênait un peu le service des batteries basses^ malgré l'activité du sousr^ef arti* flcier Cwponein^ cfaffgé de cette mission importante)

1. G^ brave sops-officiera été tué àNeuilly, au deuxième siège de Paris.

TMiiriii» ftnmM m iitoff. 8i!^

AUMi plu» tord, «prè» Vépnitumwi à'm migwip k pondra d9 Ywetintd ^^térimn^ nmHi^'\^n k ce% étot da lîbosept purm qu'on «ut )e&^ in(»y§a* d^ la

Pandftnt toute aetta journée dn t^Pj la tir de Vw^ oamî nvftît ét4 MÏJ^roé «»r PérsQPw et 9ur lan ))oîii qui s'étendent à gaucl^a et h droite du villaga. A

huit heure» du «oir^ AI* le aompiaud/iut Chjipalot fit eayoir a« gouvemaur quaj d'«pr^9 la tir da l'n^oami paudant h joupn4e, il aa jugeait mepaaé d'une attaqua at damaudaît qu au couséqueaaa la batterie de eampagua lui fût envoyée pour la pouteair. Sila partit aor uu ordre du colonel Peufert , at vint le mettare au batterie derrière un épaulemant préparé à aat effet aux carriôrea aituéaa an arrîi^ at à gauobe du ¥illaga«

Conformément aux préviaiona du commandant Cbapelot, il fut attaqué ee seir-la œéme^ at ja na puis mieux faire ^ pour rendra eompfa de oette aatîon impartantet que de eitar une partie du rapport de cet offieîer aupérieur ;

« L'pnaembla de la poûtiuu oecnpée fMor nos tronpea can^nrenaity dit-il, Pérou^e, les bois sur Meraeeni et des Fourabea au Nord ^ et la boia^ e«

316 TROISIEME PÉRIODE DU SliGK.

avant des Perches au Sud-Est de cette localité. Quatre routes ou chemins aboutissent à Pérouse^ venant des villages de Yézelois^ Ghèvremont, Bessoncourt et Roppe. Une coupure avait été pratiquée sur chacune de ces quatre voies, quelques mouvements de terre et quelques abatis étaient disposés de distance en distance sur toute la lisière des deux bois désignés^ et enfin plusieurs retranchements avaient été construits au-dessus des carrières situées au Nord de Pérouse et en avant de ce village^ du côté de Chèvremont et de Bessoncourt.

« Le S^ bataillon de la Haute-Saône, une compagnie du 84^ et les éclaireurs du 45* étaient chargés de défendre le bois en avant des Perches^ les francstireurs devant résister à la coupure de Chèvremont; trois compagnies du 84% trois compagnies du Rhône et les éclaireurs du 84'' avaient pour mission la défense du bois des Fourches, du bois sur Merveaux, du retranchement des carrières et de la coupure de Bessoncourt; la compagnie de Saône-et-Loire commandée par M. Thibaudet devait occuper les retranchements en avant du village; enfin deux compagnies du 84® formaient réserve au centre.

^ Vers minuit^ alors qu'un vaste incendie allumé par les obus lancés dans le village éclairait au loin l'horizon, des cris formidables, et on peut presque dire inhumains^ se firent entendre dans la direction du bois en avant des Perches. Ces immenses vocifé-

rations se rapprochèrent avec rapidité et me donnèrent à penser que cette partie de nos positions devait être tombée au pouvoir de l'ennemi, car après peu d'instants le silence succéda à cet ouragan^ sans être même interrompu par le bruit de la mousquerie.

« Cependant que s'était-il passé? Mes appréhensions n'étaient que réalité; bien qu'ils eussent été prévenus de la probabilité d'une attaque, surpris par la brusque irruption de Tennemi, le bataillon de la Haute-Saône et les francs-tireurs d'Altkirch avaient abandonné leurs postes de défense^ ils s'ëtaient repliés précipitamment sur Pérouse, et nous avions perdu en entier le bois en avant des Perches. Le bataillon de la Haute-Saône était donc désuni ; le rallier au milieu de lobscurité pour lui faire reprendre les positions dont il avait été repoussé était impraticable ^ et d'un autre côté je ne pouvais dégarnir un autre point dans la crainte d'être tourné. 11 fallut donc attendre.

« Cependant ce silence continuait et pouvait faire supposer que, satisfait de son facile succès^ T ennemi se contenterait du résultat qu'il venait d'obtenir, lorsque, du côté des retranchements qui couvraient Pérouse vers Bessoncourt et Chèvremont, et du côté également du bois sur Merveaux et du bois des Fourches, se firent entendre de nouveau les hourras et les vociférations des Prussiens.

911 Tiiowiipiv fts^J^V9 w gitan*

n Éyidemineiit uow étions attaqi;ié» mûatepant nnv notre flanc gauche et «ur pçs d^rrièresi 9t il f«UaîtMttQ hi% repousser ép^rgiqueIneDt FattaiUwt» 90M t»iw 4'ôtre eoTeloppé» et de tomber qqii^reipept Qu en partie eutre le» main» de repaaim» Mais heureusement il n'en devait pas être ainsi : uj^ vivfi fusillade l^coueille de tous côtési p^pdaut que Dotre artillerie ouvre dans m direction le feu k mieux nourri» H paratt porter eea effort» sur la cpupure de Bessoueourt et sur les retr«uQbeiiMUtP du ▼iUftgQ à dreitei maie peudent que lee ^laireuiB 4v capitaine Perriu f^eoureut eur eette eoupurei JW pédie^ pour renfoBQer les retraueheipettte de droites uue de« deui: eompeguies du W qui oouetituaieQt la r^eerve> et reuuemji est mainlenu lur foute «ettp ligue»

« Après quelques ineitauts passée daue eee coaditions^ uue tentative eucore plus eérieuse de VwmV laut se manifestait h Tendroit où le chemiu de Ropj^ sépare le bois des Fourches du bois sur Merveaux; uue vive fusillade s'y faisait euteudre^ et peu après je Aia averti que> s'étaut emparée de la coupure dp ehtmin de Boppe et ayant refoulé uue compegoie du Rb^ne et une seetiou du H^ qui gftrdaieut qb pMaage^ les Prussiens avaient péi)étré daue le boie #t menaçaieut de se jeter sur nos derrièree. Sur 19^ ordre^ la dernière compaguie de réserve du 84'' 9^ porte au pas de oouree dans œUe direotiou 1 et le

TROISIEME PJÎlilODV W BliW^ 319

capitaine PerriO;, qui se multiplie^ a*y précipite de son qôté à la tête de ses éclaireurs, Un épisode du plas ^and intérêt se produit alors en avant des carrières qui regardent le débouché du chemin de Roppe oii se présentait l'ennemi. Trois compagnies du 04'' s'y rangent sous le commandement du capitaine Perrin qui , yigoureusement secondé par le capitaine Aubert^ fait face ayec cette troupe à la ligne prussienne qui a avance^ exécute sur elle dent feux de peloton à cinquante mètres de distance et la refoule en désordre dans le bois qui retentit des cris des blessés et des injures que les Allemands nous adiessent; le silence se rétablit et laisse croire à Tennemi que les défenseurs de la carrière se sont retirés. Entraîné par ses chefs, il se montre de nouveau^ est reçu de la même manière et, ayec un constant acbaroement, recommence ses tentatiyes pour avancer pendant plus de deux heures , et chaque fois donne lieu de notre côté aux mêmes feux de peloton aussi régulièrement ei^écutés que sur le terrain d'exercice et toujours suivisi du reste, du même résultat.

« Enfin notre inébranlable ténacité devant Temporter^ et après tant d'efforts infructueux reconnaissant son impuissance, l'assaillant se retira et renoni^ à se frayer le passage, auquel, à juste raison, il attachait une si grande importance. »

n était alors quatre heures et demie du matin ; le

combat avait cessé sur tous les points, et nous restions en possession de tout le village de Pérouse ; mais Tennemi était mattre de tout le bois en .avant des Perches et de la lisière extérieure du bois sur Merveaux^ et il n*était pas douteux que, le jour venu, il nous accablerait de ses feux d*artillerie et de mousqueterie, nous mettrait dans rimpossibilité de conserver notre position^ et dans ces conditions rendrait notre retraite excessivement périlleuse.

Le commandant Chapelot^ d'accord en cela du reste avec le gouverneur^ pensa qu'il était opportun de se retirer pendant que la nuit nous favorisait encore. Dans ce but il avait déjà fait rétrograder la batterie de campagne dont le lieutenant, manquant peut-être de sang-froid ou de présence d'esprit, abandonna sur place deux caissons, qu'il fallut aller rechercher dans un deuxième voyage pendant que nous étions encore maîtres du village.

Les diverses troupes s'étant ralliées conformément aux ordres re^us, la retraite^ protégée par une section du 84'', s'effectua en ordre par la grande route de Pérouse ^ et sans être inquiétée sur aucun point.

Dans ce combat qui dura plus de quatre heures, l'ennemi^ qui devait compter douze mille hommes environ^ dut éprouver des pertes sérieuses^ que^ sans exagération et d'après des renseignements recueillis plus tard de la bouche même de Tennémi, on peut

i TROISIÈME PÉRIODE DU SIÈGE. 321

évaluer à mille ou douze cents hommes atteints. Quant aux nôtres^ elles se sont élevées au chiffre de cent et un tués, blessés ou disparus^ dont cinq officiers.

L'honneur de cette belle défense appartient d'abord au commandant Ghapelot, qui sut prévoir l'attaque et organiser la défense^ puis ensuite au capitaine Perrin et aux soldats du 84% qui firent leur métier en yieilles troupes et arrêtèrent l'élan de l'ennemi. Le bataillon de la Haute-Saône et les francs-tireurs d'Altkirch péchèrent par défaut de surveillance sur la lisière du bois en avant des Perches et à la coupure de Ghèvremont qu'ils étaient chargés de défendre , et comme conséquence se replièrent sans avoir pu opposer aucune résistance. Leur excuse à cet égard est peut-être dans la nouveauté et l'impétuosité de l'attaque dont ils avaient été l'objet et qui, il faut en convenir, portait un caractère exceptionnel, bien fait pour surprendre une troupe inexpérimentée; il faut ajouter du reste que quelques fractions du bataillon de la Haute-Saône, envoyées ultérieurement à la défense des retranchements du village pour les renforcer, s'y étaient courageusement maintenues jusqu'au signal de la retraite.

La nouveauté dont nous parlons repose sur le

stratagème suivant, employé par les Prussiens dans

-leur attaque sur Pérouse, et que nous verrons sou-

Tëtiî )*ë1reriir dàtië lâ âuite de lëui-d opêratiotiâ. Ils sè 6!s[)béeht BÛT detlx lignes : k première s'Ëtanee en fàitjpft&t jtlëtjh'à cent mètreâ entiron du point attaqué^ et se couche pour rester inaperçue; la deuxième sè tiéilt à trois ou quatre cients mètres ëû arrièi'e.  un situai ebnyenù^ la plus ëlbignèe pousse des ttkj dés hourras, des Totjifératiëhs pour efifrayer les senttiilsÛes oii du moins pour attirer sur elle leur atténtiofl. PënSàitt qiiëj eielusitênlent Occupées de cette ligne ëticdre éloigtiée; les troupes que l*émoiion n^a pas enborë inisës en fuite àppelletit aux àrines ou fbnt fe«, Itt ligiië là plus rapprobhéë s'arancë encore àlèl farenr de là nUit^ etj s'ëi^primànt en français^ fait croii^ aUi troupes ^ qui sortent dés postes et qui se ehér^ chëËt) que leurs compagnies viennent d'arrÎTêr à leur aide: <^ Allônëj crient les Prussiens^ à moi lés mobiles^ pdr ici la 1 '"^ compagnie ^ par ici là 6'; à iUoi^ fbrtUez-Tousi France à moi^ a mai! » Los gài*dës mobiles se dirigent à la hâte et en toute ëdUfiance vers Tendroit où ils s'entendent ainsi appeler^ et ée troilvent là ed présence des Prusisiens qui les font prisdtinieris; surprise qui du redte permet à la ligUè lé plus éloighéë^ et qui eonlinue ses ëHs^ de s'àYlEltiéei* à sou toUr But* le peint priié de défenseurs, et de s'en rendre maîtresse.

Cé& sections de trOupès prussieUnes pariant franijàis fioUt niênie toutes forniéeB et liecrutées à l'atanee parmi teâ deseëUdants des réfugies français qui, à la

TÎtOllâlÈMÈ péHIODÈ DU SIÉG^E. 39B

stihë dé k fatale révocation de Tédit dé Nânteis (l685), les mettant en demeure de se convertir au catholieîstné sotis peine de mort ou des galères, émlgi^èretif en très-grand nombre, quittèrent là Fî^atiee et allèrent se fixer en Allemagne où ils îùïbûï trêâ-bien accueillis par l'électeur de Brandebourg, aiicètre des rois de Prusse.

CdUôtitiiées isolément, ces colonies y cotibet>irèrént ]tià(}tt^à noà jonri^ Tubage de la langue française et la parlent àyëc la même pureté que nouâ^ &àns àUcdiie trace d acôent germanique.

tôuteà teâ ruse» furent signalées pat* la vôié dé Tbi^dre^ afin de tenir toUb les autres postes de la plàeô en garde contré les surprises qui pourraient en résUltei*.

ItëëAl^es «àniéês par la perle ii«l Pârôiiste^

Le bataillon du 84% devenu disponible par âùlte

de l'évacuàtiôii de Pêrouse, fut cantonné au FourftHàu et thatgé d'ofccuper le pbstè avancé dtt Môulln lÉUr là i^ùtè de DanJoutlU ; deui «bMpagnied de de bataillon îuî»èflt envoyées aux Basseé-Perehes pôUr «a iiôhïbttiët la gatnîsott, (Bt le commandant Chapelet, réâldàût âh f^oumean, eut le commandement de là défé&^ë du Mbdui'g et de la route de Danjoutiâ. La tompl^taie de Saène-et^Loiiee) commandée par

M. Thibaudet, promu peu de temps après capitaine, fut envoyée au Château, dispensée des gardes, char* gée des travaux du Château et du camp retranché^ assimilée enfin à une véritable compagnie du génie. Les nombreuses réparations à exécuter sur tous les points de la place exigeaient cette création, et M. Thibaudet , chargé précédemment sous la direction du brave capitaine Degombert des ouvrages concernant la défense de Pérouse, s'était acquitté de sa mission avec beaucoup d'habileté; la belle défense du village venait du reste de mettre ses travaux en relief. Un autre avantage encore de cette organisation était de parer à une trop grande déperdition d'outils^ en les localisant ainsi entre les mains d'une compagnie; car à la longue nous pouvions craindre d'en manquer. Les autres troupes venant de Pérouse furent réparties dans les différents forts dont elles servirent à augmenter la garnison, et la batterie de campagne eut l'ordre de rentrer en ville en attendant de jouer un nouveau rôle.

L'occupation de Pérouse par les Prussiens changeait l'état de notre défense; il devenait évident que tous les efforts de Tennemi allaient être dirigés sur les Perches, devenues pour l'heure son plus immédiat objectif. Six pièces nouvelles venaient d'ouvrir le feu aux batteries situées entre la route de Montbéliard et le chemin de fer, et ce nombre était porté à seize deux jours plus tard. Un grand espace^ battu

il est vrai, mais traversé par la route de Belfort.à Pérouse, restait ouvert aux Prussiens, entre la Justice et les Perches, et pouvait les mener facilement de nuit sur la gorge de nos deux redoutes avancées, dont l'une était fermée par une simple palanque, et l'autre par un petit épaulement*

Pour prévenir ces mouvements tournants^ on coupa la route le plus près possible du village, et on y plaça un poste relevant d'une grand'garde établie dans les carrières, en arrière des Hautes- Perches; une autre grand'garde fut placée en avant de la Justice et chargée de fournir un poste au bord de l'escarpement, et un autre dans un ancien ouvrage de Lecourbe, sur la pente en avant du glacis de la Justice, avec sentinelles se reliant à la coupure de la route.

Mais ces mesures n'étaient que provisoires et pour parer au plus pressé; une grande tranchée fut ordonnée pour couronner lahauteur : un premier tronçon partait de l'angle de gorge des Hautes-Perches le plus rapproché du bois , et se dirigeait vers le fort de la Justice, sur une longueur de cinquante à soixante mètres; un deuxième reliait les deux Perches, et un troisième allait du Ûanc droit de la gorge des Basses-Perches jusqu'à l'escarpement, dans une direction passant un peu en arrière de Bellevue. Des troupes désignées d'avance étaient chargées de ce travail, qui devait s'effectuer la nuit.

3S6 TROISIÈME PIÎRIODB Dy «ÉOE,

et consUtujaiept en même temps la garde de fraqch^^ coipnje pour l'ouverture d'une parallèle; ces troupes devaient se garder par quelques sentî^elleis ayaiicées^ et, si elles étaient assaillies, ne devaient daps aucun cas se retirer dans les redoutes, mais se replier en arrière, tout en faisant le coup de feu : c'e?t là du reste un principe général du gouverneur, sur lequel il insiste et revient toutes les fois qu'il en trouve Toccasion.

En même temps, des pièces de 16 listes étaient montées à la Justice pour canonner Pérouse à douze cents mètres avec des boulets pleins, et empêcher Tennemi d'y séjourner et de s'y masser. Mais le secours le plus efficace des Perches leur venait encore de l'artillerie du Château ; dix pièces de gros calibre blindées et casematées étaient toujours prêtes au cavalier : des fiches limitant la course des affûts à droite et à. gauche permettaient de retrouver toujours à coup sûr, le jour comme la nuit, les poii^ts occupés par les nôtres, et le tir, painutieusement repéré chaque soir, nous assurait, quoique à douze cents mètres en arrière, des feux aussi préci§ que si nous eussions été dans les ouvrages mêmes. Jle^tait à nous prévenir d'une mginière certaine de la direction de l'attaque ennemie, point qu'avait encore réglé à l'avance, dans le courant de novembre, le commandant supérieur, à l'aide de lantefues de trqis couleurs correspondant aux attaques sur le

4»i}f! dpfiit, ^^r \q fjjinp gauche et »n papitaje, réppr- Yfi^^ le^ fe^jj ^Itprftfilffs pour Je fo^t çerijé.

Lppi tpay^lfîf dey»i.QBt ^tpe ppusség ^tqc beaucoup) d'actiyîté^ d'autant plus que le temps très-rude et trgS'froid ^68 pr^fi^ier^ JQurs de janvier venait dç s'^dQQOJr; le dégel ppuiiueugaft^ la terre pouvait déjà s'attaquer h la s\M^iajce, et tout faisait craindrp (jue pe r^(jQuc|ssgn^ent às^^^ |^ température ije fût de courte 4ur^- Pfirtput op prpfit^. dp Jeflip^ pour recharger les abris, relever les épaulements, ouvrir de nouvelles embrasures; au Château on fit même

sous les «jMm^tPI m ^Vmmm^mm^ immense de terres qui , ainsi soustraites au rayonnement , P8 pufgj^jj pl}}s se ge|er, ef pous ppus trouvapies !» i^vpjr fij^ r^seryp plusieurs piiJUers de sacs à teRPUi gui rpudjrçnt les plus grands peryices p^r la e.

Choie d'an blindage.

Jif^Iheur^us/ement^ le dégel nous causa au§si un dégât pçusidérable au hUi^dage dp Catherine JL V&nn&pxi ayait tiré sur cette ^eule pièce plus ^p sojix^p|;e mille çoups^ et s'il pe put la démonter, il ayi^it néanmoins obtepu un résultat sérieux par ses .cpups trçp bas ; le mur qui soutenait son n^asaue .^e terre aya^t été démoli piçrre par pierre, sur unp l^eur de dix mètres et à une profondeur de deux

mètres cinquante; les terres, sous raction de ]a gelée^ s'étaient à peu près maintenues en surplomb^ mais avec le dégel elles descendirent dans la batterie au-dessus de larsenal, à cinquante mètres plus bas. La pièce se trouvait ainsi complètement à découvert sous le feu ennemi ; force fut de la descendre sur sa plate-forme en lui enlevant ses roues, quitte à la remonter en quelques minutes pour les attaques de vive force sur Bellevue et les Barres.

Première parallèle devant les Perehes.

Si nous profitions de la clémence du temps, l'ennemi n'en profitait pas moins bien; dans la nuit du 21 au 22 il avait ouvert, à sept cents mètres des Perches, une parallèle bien dessinée, partant du passage à niveau du chemin de fer^ près de Danjoutin^ suivant d'abord à peu près la voie^ puis s'en éloignant vers la droite des Hautes-Perches. Peut-être n'a-t-il pas l'intention de pousser ces travaux d'attaque régulièrement et n'en veut-il faire qu'un lieu de rassemblement^ pour de là s'élancer à l'assaut de l'un ou l'autre des ouvrages ? Nous le verrons bientôt. En attendant, fidèle plus que jamais à son système favori d'attaque, il continue avec ses batteries du Bosmont et de Danjoutin à canonner à outrance le Château et les forts avancés. La garnison souffre de

ce tir continuel; chaque corvée coûte plusieurs hommes, et de nombreux cas de désertion sont à déplorer dans le bataillon du 45% recruté nouvellement dans le Haut-Rhin. Cet état ne fit du reste qu'empirer par la suite ; en un seul jour, vingt- trois hommes manquèrent à Tappel, et il fallut plus tard, pour remédier au mal, relever le bataillon que cette gangrène gagnait.

Le brave capitaine Mariage, de Tartillerie mobile de la Haute-Garonne, fut aussi relevé à cette époque de son commandement aux Hautes-Perches pour motifs de santé ; il n'y voyait plus : un projectile ennemi, éclatant à hauteur de sa figure, l'avait couvert de poudre et de petits éclats dont il eut le visage criblé.

Fausses nouvelles.

Le canon n'était pas le seul moyen de démoralisation mis en œuvre contre nous; les Prussiens usaient aussi de ces alternatives de joie et de tristesse auxquelles on se laisse si facilement aller dans un siège, sur ^e simples on-dit venus du dehors. Une reconnaissance allaut en corvée à Yétrigne^ village abandonné ce jour-là par Tennemi, en rapporta de très-belles nouvelles, trop belles, hélas I pour être vraies, mais contre lesquelles il nous était

990 TB0l9ii||Ç 9p^(m PR Vl^f

à'm\^^^ plu9 fftcilp ûp nQU« |#Qir «p g»r4e q^'uf}(| JjBttyp d^ géPérd yérpniqye, c||pf du p«WBp»| di» génje ^n ministère 4® l^» g"«W, dafép d'* 23 décei»J)rp, at qui pou^ é^tit pjirvenup If) ipj^fftp jpflp, ne rplaî^it rien de sproJ^l^Wo. P|hb qpe jftm^i^ ROUB ne deyio»3 compter que sqr mus POHF ï* fift de pette Ijjtte; maUjeupeui^epaent pous mp^nqnws de projectiles^ nous pouvions craindre ^Q m^Rq^er up jopr d qptjlf^ et npp§ n\^mP WftftqweF d RR *Utre

éléipept de guerre f}op moinii mWn f J'srg^fït,

IVoi|vean pa^ie|p-iiipi|jijiie.

Déjà^ quelque temps auparavant^ le gouveppe^f avait dû pourvoir à la pénurie d'une monnaie que chacun des habitants cachait dès qu'il en devenait détenteur, par la çjréation de cp][^pures fiduciaires qui eurent cours forcé comme les billets dont elles dérivaient. Mais^ ^^^g^é le soin qpe Ton avait ei^ de faire rentrer à la caisse générale ce que }es caisses particulières; des corpp avaient en trpp pp^r Ifiuvs premief^ besoinj^^ cette prpyision de Juillets, sur laquelle nous basions nos nouveaux bons obsidionaux. allait s'épuisent; il n'eu restait pluÉ que cinquapt0 à découper; il fallait p^ercl^er d'autrps rpssourp^s*

M. le Préfçt crut les trouver dans une vente de (ienrées aux boitante de la vi|le, qui ayaien,t épuiçé

troisiAms p]£h|ods Qir sites. 331

ayfii}t tçrme lei^rs ressources de ^untr^-vin^t-onze jours, seules obligatoires, puisque Belfort était réputé ne pouyoif tenir stu delà de c^ terme^ qup nous pliions bientôt attq^ndrP et me nous avions bign certaineiTient Tintantipu d^ dépasser.

jLiCi colonel pejefa ce^te proposition et pxprim^ ^u nréfqt sa mapière de voir de la façon suivante :

ff J'ai pris connaissai^ce de la proposition que vQus me faites de céder, contre ^rgept comptant, le yin^ Teau-de-yi^. la faripe^ etc., qije je îugerafs inutiles au]^ besoins d'uue défepse calcpléq à un terme et tréme^ afin de trouver ainsi la somme nécessaire pour assurer la solde de la troupe au 31 j^nyier.

ce II m'est absoluipent impossible d'admettre cette proposiUon , d'abprd p9.rce que je n'ai ancien mgyen d'apprécjer la limite extrènte de la dj§fense que rien pe pejrmet de prémger^ et qui peut i^'être 4éterm|née que par rabsorptjon complète dç tous nos approvisionnement^.

« En second lieu^ lorsque les circonstances pourront m'o^Iiger à admettre la population civile à la consopxipatio» ^e certaines 4pnr^es de notre approvjsionnement, contre remboursement de la valeur de ces denriêes, je ne pourrai le faire qu'en la rationnant com^e )e sont les militaires de la garnison.

<K l^on devQi|* de pomm^ndant supérieur m'interdit doQc ab^olumpnt de disposer des apprpvisiop-

nèments de la place^ dans un but de spéculation comme celui que tous m^indiquez.

(c Je ne puis du reste croire, après tous les sacrifices que la population a déjà faits pour assurer le salut de la place^ après les témoignages de sympathie qu'elle a reçus par contre et qu'elle reçoit tous les jours de la garnison, qu'il soit impossible de contracter l'emprunt qui nous est indispensable pour assurer la solde de la troupe. Je crois qu'un appel fait aux habitants à cet effet sera entendu comme il Ta été en 1814, à plusieurs reprises, alors que les ressources des habitants étaient bien moindres qu'elles ne le sont aujourd'hui.

c< Je considère du reste qu'un emprunt forcé, à défaut d'un autre, est possible. Si les habitants ne veulent pas donner d'argent, on peut faire dans leurs domiciles une perquisition des objets précieux, les faire évaluer, en faire l'emprunt au nom de l'Etat, en les plaçant en dépôt en mains sûres, et sur èe dépôt, ainsi que sur les billets restant entre les mains du receveur particulier, émettre de nouveaux bons obsidionaux. Les billets de banque entre les mains des conseils d'administration des corps, qu'il est encore possible de faire rentrer au trésor, s'élèvent à cinquante mille francs environ, et peuvent faciliter l'opération que j'ai en vue.

« Je vous prie donc de vouloir bien prendre les dispositiors nécessaires pour l'émission d'un em-

prunt forcée en réglant la part contrîbirtiye de chaque habitant, si vous né pouvez obtenir cet emprunt par voie amiable.

K Cet emprunt serait contracté dans les limites nécessaires pour assurer la solde de la troupe au 31 janvier courant. »

On n'eut pas besoin d'user de ces moyens extrêmes; on parvint dans les premiers jours de février à réaliser un emprunt de quatre-vingt mille francs, sous forme de bons du trésor et au nom du gouvernement français. Ces bons, payables à trois mois, moyennant six pour cent d'intérêt annuel et trois pour cent de commission, furent signés du gouverneur, du préfet et du receveur particulier. Les sommes furent versées entre les mains du receveur particulier, en billets de banque de mille francs, et remplacées par des bons obsidionaux portant les mêmes signatures. Ces faibles ressources suffirent à solder la troupe, et quant aux employés civils et aux officiers, le payement de leur solde fut suspendu, conformément du re&le au désir exprimé par plusieurs d'entre eux.

Assaut des Perches.

Mais ces questions importantes d'argent n'occudent pas seules la pensée du gouverneur; il ne

3â4 VÀOiSfËHÉ fËfttdDÊ m Htàbs.

pëfdati |)à6 âé tUë leb travaux dé i'dhneitai diHgék Hur idb Petthéi', il ehèrtihait fchaqué jôUi* à perfectionner la défense de ces redoutes, et à lie tbeiité à l'abri eouttë le» àtiàquéâ {)réeipitéès que l'entietaî poUrtû.[t iëiltër &Tçe désëspoii' cotitre âUes. Noft ti'anbhéeâ à droite et à gauche de ces ouvrages ti'availçàiëilt dhaqué nutt, bï quatit à celle qbi dëtàif Ids Mièi', elle fut iétapiaèêé ^it tliié séHb de bàbchées etl éche* loué, dOtitlànt des points d'ari^ts ëdc6eti6itb àut ifôupéB dd botitiëli. Vôut ifiiëuk défendre éùèoPè la

ûïôïib ttattb m Mouvement tfoutu^at veMnt dé

DàûjOUtili, et i^fèp^té défrièrè là leVée du Chèttliâ de féi* dé MûlhôUbé, là battëPié dé tiaftipâgde eût l*drdi« a'^tdbli)^ deui de lëb pièceé à là boirtië dU f oUrfièàh, pbUi^ battre là éroupé qut JfédeâtJëUd Vé)*S là valiêè de là SaVôuféUëe.

La gài'dè des ttsiuehéèâ était efi outi« réglée û'mè

fa^oh dëtinitive par les ordi^s luivautë : » Lëè ttôUpes dé là gatniébti «àutoâiléeà aùt fkubdbi^gls de là rive di^oité dé là iivière (hou éompriâ eellëà dtt FOUrbëàu) tbUrUirout touà le§ joU^s délit tottipà-' gnies pour faire le service de trààchéé péàdftilt jft nuit, à droite et à gauche des deux forts des Perches. Ces compagnies partiront tous les soirs, jusqu'à nouvel ordre, I cib^ neU¥ëë, et quitteront la tranchée pour rentrer dans leurs cantonnements toUé lëâ ttiatibs à ëix heuiréti et déttlié.

û Chaque êbUipagbie m^ dtviëëe «u d«uM Mé^

TROISIÈKE PÉRIODE DÛ SltoS. 83»

tions^ dont l'utie dceupera à la gorge du fort là tranchée de la droite j et Tantre la tranûhée de la gauébei Ges sections détàcheroni en ayatit d'elles, à nne distance dé doixante à quatre-yingta mètres, des sentinelles doubles^ dont l'une Teilierà pendafat que l'autre se fera un petit épaulement pour s'abriter. Gbaqilé officier de section aura soin de faire faire aibsii |)our Idâ sentinelles^ beaucoup jplus de postes qu'il ne deyra placer de sentinelles pour la silrveitlance, afin de tromper l'ennemi bur l'importanee de la garde detrandbée^ et de dissimuler l'emplaceiflent réel des factiennairesi

t Les sentinelles placées en ayadt de bhaque section deyront être à quarante mètt'es ényiron de distance^ Âur une ligne à peu pi'ès parallèle à la tranchée^ afin qu'oh ne puisse passer entre élles^

le En cas d'attaque, les sentinelles feront feu en se repliant siir la garde de ti'ancbée qui soutiendra l'attaque de manière à empêcher Tennemi d'arriyer à la gorge du fort. L'ordre donné précédemmeiit, pdui! faire appuyer au besoin la défense des deux Psrchéb pot* le 3^ batailloil de marche $ reëte maintenu. »

En outre$ là batterie (|ui desservait les forte detiBdt êtr« reléi^ pai* l'autre battef ib de la Haute- Garonne^ et occuper la position plus calme deb faubourgs et des Barres ; Éon long séjour aux Peréhes rayaient un peu démoralisée^ et le départ de son

brave capitaine l'avait presque laissée sans commandement et sans direction.

Il était temps de prendre toutes ces précautions, car le 26 au soir l'ennemi se décidait enfin à un assaut de vive force sur nos deux ouvrages avancés.

Les Prussiens avaient disposé pour Tassant quatre ou cinq bataillons : un contre les Basses-Perches sur leur gauche, un autre contre les Hautes-Perches sur leur droite^ un troisième au centre, deux autres en réserve dans les tranchées.

Par suite de retards dans la réception du mot d'ordre et du mot de ralliement^ les sentinelles extérieures des Basses-Perches étaient placées bien après la tombée du jour. Cette circonstance avait été remarquée de Tennemi et ne pouvait manquer de Têtre, puisque nos sentinelles et les leurs se voyaient à trois cents ou quatre cents mètres de distance. En outre^ c'était vers le soir que se faisaient les corvées, et la garnison se trouvait alors affaiblie des vingt ou trente hommes qui descendaient en ville, ce dont l'ennemi avait été certainement informé par nos déserteurs^ très^nombreux à cette époque.

Pour ce double motif^ ils choisirent six heures et demie comme l'heure la plus favorable pour aborder les ouvrages.

Le bataillon prussien, désigné pour Topération sur les Basses-Perches^ envoya une première co-

lonne avec des outils et des engins d'assaut^ portés par des soldats du génie accompagnés de leurs officiers. Cette colonne s'avança en rampant après avoir gravi Tescarpement des Perches près du remblai du chemin de fer^ ne rencontra pas de sentinelles extérieures, et ne fut aperçue que par les sentinelles intérieures qui donnèrent l'alarme en tirant des coups de fusil. La colonne ennemie eut le temps d'avancer et de se jeter dans le fossé^ avant que nos défenseurs fussent arrivés sur les parapets.

Il était alors sept heures, et la descente avait pu s'opérer à l'abri, parce que la crête de Touvrage ne découvre pas le terrain à plus de cinquante ou soixante mètres en avant, et qu'au delà existe une assez vaste étendue soustraite aux vues de l'ouvrage.

En même temps qu'une colonne ennemie se jetait ainsi dans le fossé^ deux autres s'avançaient à droite et à gauche pour tourner la gorge et s'emparer des deux tranchées^ que les travailleurs et les gardes évacuèrent presque sans tirer un coup de

fusil.

Pendant que la colonne, qui avait descendu la contrescarpe, cherchait à gravir l'escarpe, sans pouvoir trouver un moyen d'y parvenir, les défenseurs de Touvrage avaient garni les parapets et la gorge, et dirigeaient une fusillade énergique contre

938 TimSIÈXR VtMXSlOB TflS SIÈGE.

les troapes ennemieft qBi m prédeotaietA 4e Im pour soQtefoir Tattaque. On tirait en mèmt teo^ ÛVL Château sut eette colonne éloignée des coups ni* ^ides qui la déeiâèrent à la retraite. Des coups de fusil, tirés des d«(n branches du lort^ chassaient m . même temps les calonnes latérales des deux «meras de tranchée dont elles s'^étaient emparées près de k gorge de Touvrage. Ces colonnes se retirèrent TMe par ta pente des Perches et l'autre par l'escarpement delà croupe.

Une partie des Prussiens sautés dans le fossé p^rk front de Touvrage, l'avait suîtî le long des branehes latérales et venait pendant ce temps^ avec des lof: ches incendiaires^ essayer de mettre le feu m abris blindés de la gorge, et d'en boucher les créneaux. Ils étaient refoulés et tués à bout pertiffit par les défenseurs postés derrière.

A ce moment arrivait le troifiième bataillofl de marche dont la présence acheva de décourager l'ennemie

Le feu avait cessé, mais la colonne prussienBe; engagée dans les fossés^ ne pouvait toujours ni escalader l'escarpe, ni se sauver en remontant la cofltrescarpe* Les défenseurs de l'intérieur du fort, qui ne les voyaient pas dans les angles où ils s'étaieot réfugiés, mais qui les entendaient, montèrent sur les plongées, s'y rangèrent en ligne, et Tofficier commandant, M. le capitaine Duplessis, les sommaiie

Ifl

' TROISIÈME PÉRIODE DtJ SIÈGE, 339

déposer les armes et de se rendre sous la menace de feux de peloton. Us jetèrent leurs armes et se rendirent à discrétion .

j L'artillerie de la Haute-Garonne, de garde aux "j Basses-Perches, rendit pendant ce combat fort peu '^^ de services, et le capitaine Brunetot s*en plaignit '"' vivement; elle puisait sans doute une excuse dans sa trop récente prise de possession de l'armement. Avant que cet incident se fût terminé, une partie des Prussiens, qui s'étaient retirés par la croupe des Basses-Perches, vint se buter contre la tranchée du Moulin en avant du Fourneau, près du coude du ^\ chemin de Danjoutin, et fut reçue à coups de fusils ^1 par la 8^ compagnie du 5" bataillon du Haut-Rhin ^ 1^1 capitaine Meyer, qui était de garde à cet endroit « Cette compagnie fit seize prisonniers parmi lesquels sept blessés*

Du côté des Hautes-Perches, vers six heures et demie également, une colonne de trois à quatre cents hommes, précédée d'une compagnie de pionniers, débouchait du bois; mais les crêtes de cette redoute découvrant beaucoup mieux et à de grandes \§ distances tout le terrain en avant, le cri Auœ armes ! i)| avait pu être poussé à temps, et les défenseurs gar« nissaient les parapets du pourtour de Touvrage avant que la colonne ennemie la plus avancée fût arrivée jusqu'au bord du fossé.

Les Prussiens répondirent au qui vive des nôtres

340 TROISIÈME PÉRIODE DU SliGE.

par : France ^ France, ne tirez pas; mais sachant qu'aucun Français ne pouvait venir de ce côté^ le chef de bataillon Ménagé, commandant du fort, ordonna la fusillade, qui ne finit qu'à leur déroute complète, activée encore par quelques coups à mitraille. Les pièces étaient servies par un détachement d'artillerie mobile de la Haute-Garonne; mais là se trouvait le brave capitaine B!ot, commandant la batterie, et les artilleurs firent courageusement leur devoir.

Pendant qu'une colonne ennemie marchait de front contre cet ouvrage, deux autres cherchaient à le tourner pour l'envelopper du côté de la gorge. Ces dernières vinrent se heurter aux tranchées, contre la garde, formée d'une compagnie du 3** bataillon de marche, et les travailleurs appartenant ce jour-là au 2® régiment du génie et commandés par le capitaine Journet. Au cri de : Voilà les Prussiens! poussé par ses hommes, le capitaine Journet s'avance et crie trois fois : Qui vive ! — France^ lui répond-on avec accompagnement de hourras et de hurlements germaniques. M. Journet fait commander le feu; malheureusement les Prussiens n'étaient plus qu'à une quarantaine de mètres des travailleurs, et la tranchée fut bientôt tournée. M. Journet était déjà tombé frappé de trois balles; quatre mineurs vont pour l'enlever, ils tombent eux-mêmes; c'est alors que le sergent Plain, de la ccmpf'gniecîu génie

de la mobile du Hâut-Rhin, se précipita hors de la tranchée pour ne pas laisser son chef aux mains de l'ennemi et le transporter à la gorge des Hautes-Per- / ches. Pendant ce temps les travailleurs et la garde de tranchée, placés en dehors derrière les tonneaux qui servaient de gabions^ faisaient un feu à volonté sur les Prussiens qui s'étaient développés en tirailleurs entre la tranchée et le Château, pour prendre nos hommes à revers. Ils tirèrent ainsi jusqu'à leur dei^nière cartouche, et ils durent ensuite se retirer dans le fort des Hautes-Perches, laissant la tranchée à la disposition de l'ennemi.

A ce moment la section d'éclaireurs commandée par le sous-lieutenant Jobard, du 2^ bataillon des mobiles de la Haute-Saône (compagnie du sous-lieutenant Cioux), se porta avec quelques hommes sur les tranchées pour appuyer la défense. Pour déguiser son petit nombre^ le sous-lieutenant Jobard fît des commandements comme à un bataillon^ ce qui fit croire à des renforts considérables, intimida les Prussiens et les détermina à la retraite. M. Jobard se trouvait du reste suivi de très-près par trois compagnies du 3^ bataillon de marche, ce qui explique l'erreur de l'ennemi en entendant ces commandements, car la nuit était assez claire. Un assez grand nombre de Prussiens furent tués ou blessés dans la défense et la reprise de ces tranchées, et quelques autres furent faits prisonniers.

Dès le momeot où Tattaque 8*était prononcée, les Hautes et Basses-Perches avaient fait au fort de la Justice et au Château les signaux convenus^ et ces forts avaient aussitôt dirigé sur le terrain à parcourir par Tennemi, à droite et à gauche des deux Perches, et dans l'intervalle} de ces deux forts, une canonnade très-nourrie qui avait dû faire le plus grand mal aux Prussiens^ et atteindre certainement un grand nombre d'hommes de leurs réserves. Cette vive canonnade et ce tir, que le chef de bataillon Ménagé, commandant les Hautes-Perches, qualifiait de merveilleux dans son rapport du lende* main, ont été cause, sans nul doute, que le bataillon ennemi chargé d'opérer au centre s'est à peine montré.

La batterie de campagne avait du Fourneau pris

part à l'action, en dirigeant sur la droite des Basses- Perchea un tir nourri d'obus de quatre rayé de campagne.

A huit heures et demie, l'attaque était complètement repoussée sur toute la ligne avec pertes énormes pour Tennemi, et les prisonniers ramenés directement des fossés en ville^ sous là garde d'une compagnie prise en dehors de la garnison 4es forts. Les commandants ne voulurent pas^ en eB^tj les laisser pénétrer chez eux^ craignant, vu leur nombre, qu'en cas de reprise de l'attaque ils ne pussent faire équilibre à leurs garnisons mêmes.

TR0ISIÈM8 PdmODI DU SIÉGS^ 343

Le nombre des priisonniers s'élevait à 225, dont 7 officiers (2 blessés)^ 13 soua-officiers^ 479 sol-^ datft valides et 26 btesséa.

Un des officiers prisoQniers, en passant sous la porte de Brisaeh pour rentrer en ville, fut atteint par un projectile prussien ; il eut trois doigts d^ la main emportés et s'écria, ditron^ en sentant sa blessnre : « Je connais maintenant Teffet de nos obus, » hommage sincère^ mais un peu tardif, rendu aux procédés barbares de ses compatriotes.

Nous n'arioDs eu dans cette attaque que treize tuéB ou disparus et quarante et un blessés. C'était peu en comparaison des pertes des Prussiens; nous ayioDs cependant à regretter M- Journet, officier d'une bravoure sans égale^ doat la mort fut sensible à tous, et particulièrement au commandant de Ballevue, auquel il rendait les plus grands services*

Les prisomniers furent logés dans la prison de Belfi»ft et traités comme nos soldats; les o£ficie]!s toachèrent, eux aussi, les vitvres de campagne avec retenue sur* le nosontant de leiK solde de captivité* Mais, tout en agissant avec laounanité vis-à-vis des prisonniers, le gouverneur n'entendait pas oablijer^ ni Udsser oublier qu'ils étaient nos ennemis ; aussi , lorsqu'il apprit, quelques jours après, que l'officier français, chargé de leur administration, sortait avec les offieier» prussiens et leur offrait àdîaer à Thètel^ il lui adressa des reproches sévèrea et le renvoya à

sa compagnie. II recommanda à son successeur^ M. Pareyre, de n'oublier ni Tabominàbie guerre que nous faisait la Prusse, ni le bombardement de notre ville, et il lui prescrivit une tenue polie en même temps que réservée, et Tabsence de toutes relations en dehors du service.

Au npmbre des Prussiens tués sous les Perches et restés en notre pouvoir, se trouvait un M. Pfaunkuch, lieutenant en T au 4* régiment d'infanterie de Magdebourg (n® 67) ; on trouva sur lui son carnet de campagne, écrit au jour le jour, et portant prière sur la première page de le renvoyer à Mme Élise Pfaunkuch, à Gassel, Eonigstraze, n^49. Il fut remis plus tard au général Treskow, mais on en prit connaissance pour voir s'il n'y avait rien qui pût intéresser à la défense.

Dans ce journal, suivant une habitude très-commune en Allemagne^ il raconte sa vie heure par heure, et accompagne chacune de ses narrations de réflexions qui lui sont sans doute communes avec tous ses autres camarades, et nous mettent bien au courant des impressions intimes qu'éprouvaient ces Allemands arrêtés sous Belfort.

Le 6 janvier, il dit qu'il a logé chez le maire d'Onans, qui est légitimiste, et lui a fait très-bon accueil.

Le 21 , il vint à la parallèle sous les Perches, et il déclare qu'on n'y dort pas bien.

D'autres correspondances de simples soldats sont plus explicites encore; ils ayouent à leurs familles que le siège est très-dur et qu'ils en souffrent beaucoup. Après notre sortie de Belfort, pendant notre marche sur Grenoble^ les habitants des villages où nous campions nous redisaient aussi que les Prussiens, qu'ils avaient chez eux pendant la guerre, ne redoutaient rien tant que d'être envoyés sous Belfort, et que l'on se servait même d'une simple menace d'envoi comnie d'une punition disciplinaire.

Outre les prisonniers et les blessés laissés dans nos mains, l'ennemi avait abandonné, contre ses habitudes, un nombre considérable de morts sur les glacis des Perches, et le capitaine Brunetot crut pouvoir conclure avec l'ennemi un armistice de quelques heures pour les enterrer. Il reçut à ce sujet une lettre du gouverneur, qui montre bien une fois encore quelle sévère idée il se faisait d'une défense de place, aussi croyons-nous devoir la citer presque en entier.

« Je vous félicite, écrit-il à «cet officier, et je vous prie de féliciter les troupes du fort des Basses- Perches pour leur belle défense d'hier (mômes félicitations étaient à bon droit adressées au commandant Ménagé et aux troupes des Hautes-Perches) ; seulement, sachez bien que je ne veux pas d'armistice pour enterrer les morts. Vous les enverrez chercher par deux corvées ayant chacune un bran-

846 TmiSIÈMB PitlI(»)S IXJ SIÉ6E.

cardy etcomposéeB de trois hommes, dont Tua porteur d'un drapeau blanc. Si les Prussiens tirent snr ces corréesy elles rentreront et laisseront les morts sur lé terrain.

« Il faut surtout en ce moment s'œeuper des vivants, e'est-àrdire de la possibilité du renouyellemen t d'une attaque qui, tout absurde et infructueuse qu'elle ait été, pourrait être renouvelée par la téiEiérité germanique. Il est indispensable que cette toit elle porte pour l'ennemi des fruits pltt& amiers encore que ceux de Tattaque d'hier. Placez vos sentinelles avancées de bonne heure, afin que vos hommes aient le temps de se porter sur les remparts ; augmentez surtout vos sentinelles de nuit qui devraient être au nombre de plus de quatre.

K Enfin secouez votre artillerie pour qu'dle tire dans la jodirnée d'aujourd'hui contre l'ennemi, et qu'elle sache bien ce qu'elle a à faire une autre fois en cas d'attaque.

a Insistez surtout près des officiers et des hcMaames sur ce que l'armée prussienne doit avoir des raisons pour se hâter ainsi et pousser ces attaques dcmt l'audiiee a été rarem«iït dépassée. Toua em la^tifs doivent nous donner totite espéranee de Vamvée proehaine de l'armée de secours. Notre résistance opiniâtre, en retenant devant nos mur» beaucoup d'Allemands^ donne au général Bourbaki des ËMilités esLceptioBnelles poizrvainore le^ corps pi!Qssiens

qui tiennent la eampagne, et ets derniers battus, notre déliTrance sera assurée.

« Nous pouvons encore avoir quelques dures mcments à passer; mais notre opiniâtreté aura son succès désiré : le déblocûs. i»

Il ajoutait dans une autre lettre du lendemain : a H défends formellement le transport des morts qui peut être quelquefois une opération dangereuse et qui est toujours d'un fâcheux eSSet. Ils doivent être enterrés à la gorge du fort ou un peu en dessouSt aux points où Ton trouve une certaine épaisseur de terre. Je ne veux voir de demandes de voitures de réquisition que pour amener des blessés à rhôpital. Que ce soit donc bien entendu une fois pour toutes. »

En même temps une amélioration notable était apportée dans Torganisation des troupes qui^ éventuellement, étaient appelées à porter seeours aux Perches; le commandement des faubourgs et celui du Fourneau étaient concentrés dans la même main, et le commandant Chapelot était désigné pour exercer ce commandement important. M. le lieutenanteolimel Marty était souffrant du reste, et M. le commandant Hermann venait, sur sa demande, d'être mis en non^aetivité pour infirmités temporaires.

Des instructions très-détaillées furent^ a cet effet, dotmées au commandant Chapelot pour le bien pénéirer de sa nouvelle mission ; le commandant supé-

3(k8 TROISIÈME PÉKXODJS DU Si^GE.

rieur insistait encore sur la nécessité de ne jamais laisser replier les grand gardes ou les gardes de tranchée dans Tintérieur de louvrage attaqué^ et de les obliger au contraire à se replier en bonordre^ et en faisant le coup de feu jusque sous les caocos de la place.

Nous prenons en un mot toutes les précautions exigées contre les attaques de vive force, mais il ne semble pas que Tennemi yeuille^ de quelque temps, renouveler sa tentative infructueuse du 26 janvier, car il est entré devant tous nos ouvrages dans la voie des attaques régulières par cheminements progressifs qui le conduiront plus lentement^ mais aussi plus sûrement, au but qu'il poursuit.

Le gouverneur s'en réjouissait parce qu'il n'avait pas encore perdu sa confiance, et qu'il espérait que le temps gagné de la sorte permeltrait au général Bourbaki de venir nous débloquer.

Travaux contre les Perches* — Bombardement.

Les travaux réguliers auxquels se remettait cet ennemi découragé des coups de vigueur, consistaient en une tranchée en avant des Hautes-Perches ; c'est une deuxième parallèle tracée à 400 ou 500 mètres seulement de l'ouvrage , mais qui n'est pas encore reUée par des boyaux aux premières parallèles

plus en arrière. Il ouvre en même temps une nouvelle parallèle dirigée de manière à être défilée du bastion de droite des Basses-Perches.

Quant à son tir, il reprend sa régularité habituelle , c'est-à-dire qu'il s'élève à sa moyenne normale de dix à douze mille coups par jour. Les batteries de la droite d'Essert tirent peu, celles de gauche tirent davantage^ et ce sont les batteries de Bavilliers^ de Danjoutin et du Bosmont qui soutiennent presque tout le feu. Les coups sont dirigés surtout sur les Perches et le Château, Bellevue souffre encore beaucoup, la Justice moins, les Barres presque plus, et la Miotte pas encore. Le bombardement de la ville reprend la vigueur qu'il avait à la fin de décembre, les maisons sont très-rudement éprouvées, il n'en est presque pas qui n'aient été gravement atteintes, il n'en est aucune qui soit intacte; on reçoit même sur la place de l'Hôtel-de-Ville des morceaux de rails longs de plusieurs mètres, mais ils ne T^iennent pas, comme le craignent les habitants, des pièces ennemies, ce sont les blindages du Château qui ont été entamés à la surface et dont les morceaux sont projetés par-dessus la caserne.

Une batterie de pièces de 6 de siège établie au Valdoie, en arrière de l'usine Page, tire quelques coups précipités sur le hameau de la Forge dans l'espoir que, ne pouvant s'en emparer, ils nous obligeront au moins à l'évacuer; mais de la Miotte

350 TROIStftME t>telOBC DIT SlÉGfi.

et de la tour des Bourgeois on les fait bien vite taire par trois ou quatre coups de 24.

Les feux croisés dirigés sur les deut Perebes commencent à rendre le séjour de ces forts trèspénible et augmentent^ dans de notables proportions les désertions des recrues du 45*; aussi le gouverneur juge-t-il prudent de relever les garnisons et de les remplacer par des compagnies fraîches du 3^ b's* taillon de marche; M. lé capitaine Perrin, si brillant à~Pérouse^ et pronm commandant en remplacement de M. Hermann, relève le commandant Ménagé au fort des Hautes^Percheâ^ et le capitaine Brunetot conserve le commandement des Basses-Perches.

Des ordres très-précis furent donnés à ces diverses troupes pour cpie le relèvement s'opérât avec ordre et sans souffrance pour la garde des posi* tions.

Le 30 et le 31 le tir de Tennemi fut encore plus vif sur la ville qu'il n'avait été jusque-là, mais il allait enfin comprendre que si le bombardement d'une ville énergique est une opération inefficace, cela devient en outre une maladresse lorsqu'on y compte de nombreux prisonniers.

Dans la matinée du 31 , un projectile ennemi entra dans la prison au second étage où se trouvaient des prisonniers de guerre; c'était le premier projectile qui y pénétrait, car elle est assez bien abri* tée par Tescarpement même du Château. Il y pro-

4itt8it d*<a;sse2 grands ravages^ tua quatre pTiaoBnierB, en blessa seize assez grîèvemeat^ «et eauui fanai les aulres uh œrtaiQ troubJie qui £ut bientôt caAmé par lofficter fmnçais chargé «de leur admiauairation.

Le eoloiiel Denfert don&a iinmédiateiBient l'ordre de les faire descendre au rez^de-rdiausaée et au pre^^ mier étage, et d'eniT^yer ceux qui n'y pouvaient pas tenir dans des casemates du fort des Barres.

A eette époque rennemi continue dans la nuit ses tranchées d'attaque 'oentre les Percbes, et les relie à sa première parallèle; il est protlégé dans ses tra«v«iAx par sa nembreuae arttllerîo à laquelle nous ne peovwis répondre d'une façon oontinue que par des projecftiies pleins tirée du* Château et réglés par les Perchea, et «urtout par des prejectiles de 4 âréa de .BeUe¥ue. Une pièce surtout de ce fort, placée sur le flanc gauiehe fan fait le plos igrand mal et l'arrête eMivent tout net^ se sauvant eUe-mème des nonhbreux coups prussiens qu'elle provoque ^ par des -déplaoeiDents continuels»

Bienldt rennemi se trouve assez avancé pour établir^ uo peu en arrière des travailleurs, une très-forte I%ne de tirailleurs qui entretiennent pendant toute la journée et toute la nuit une fusillade très-nourrie^ empêchant les nôtres de rester sur les banquettes des Basses-Perches, âuk Hautes-Perches , nos fusiliers mieux placés résistent encore et atteignent par-

352 TROISIÈICE P^TODE BU SIÉ6E.

fois rennemi, car on entend souvent des plaintes allemandes.

Quant à Tartillerie de ces deux ouvrages, sous les salves multipliées de bombes et d'obus à balles^ elle ne tirait qu'à de rares intervalles, se trouvant vis-à-vis de l'ennemi dans une trop grande infériorité, et n'ayant plus que quelques pièces à peine suffisantes pour faire un feu soutenu en cas d'un peine nouvel assaut.

L'approvisionnement de ces redoutes ne s'opérait qu'avec lès plus grandes difficultés^ et pour diminuer le nombre des accidents résultant des corvées qui journellement descendaient en ville, les troupes cantonnées aux deux forts recurent l'ordre de toncher les vivres et le bois pour quatre jours; des voitures leur furent fournies pour le transport.

Les diverses prescriptions relatives aux attaques, comme feux de couleurs et gardes de tranchées^ furent rappelées par écrit à M. Perrin, commandant des Hautes- Perches et au capitaine Aubert qui venait d'être appelé au commandement des Basses- Perches, en remplacement du capitaine Brunetot, autorisé à descendre quatre ou cinq jours en ville prendre un peu de repos et y puiser une nouvelle vigueur.

Bruits sur la capitulation de Parts.

Pendant ce temps, l'ennemi faisait répandre parmi nos soldats des petits billets écrits en français et au crayon, qui portaient la nouvelle suivante :

« Messieurs 1 J'ai Thonneur de vous annoncer que Paris a capitulé le 29 janvier^ deux heures et quarante-neuf minutes après-midi.

ce Tous les forts sont occupés par nos soldats.

« Les troupes de Paris, excepté la garde nationale, sont prisonnières de guerre. La garde natio* nale a le service de sécurité dans la ville. Les armées du Nord et de l'Ouest ont l'armistice de trois -semaines pour préparer la paix. »

Le gouverneur n'attachait aucune importance à tous ces billets et à toutes les menaces dont Tennemi nous inondait, dans l'espoir de décourager nos soldats et de les faire renoncer à leur devoir.

Personne ne croyait à ce bruit de capitulation de Paris; on pensait bien que la nouvelle ne pouvait en arriver au loin sans avoir été précédée de la nou* velle probante de quelque grande sortie^ de quelque grand acte de courage exécuté par cette nombreuse garnison; on sentait surtout que cette héroïque

354 TROISIÈME PÉRIODE DtT SIÉ6E.

population ne pouvait pas capituler , quels que fussent ses besoins, avant d*avoir tenté un grand coup de désespoir.

Malgré tout^ sur quelques points nos sentinelles se laissaient amollir par cette atmosphère pacifique que Ton disait peser sur la France entière; et s'il était vrai que l'Est fût exclu de cet armistice, que Belfort fût seul à continuer la lutte^ elles voulaient à leur tour faire une paix tacite avec les sentinelles qu'on leur opposait. Le poste ennemi de la Tuilerie et notre poste avancé de Bellevue, convenaient mentalement ensemble de ne pas s'inquiéter^ de ne plus tirer Tuu sur Tautre, et se faisaient même des signes de bonne amitié : mais dès que le capitaine Thiers en eut connaissance^ il fit cesser au99itôt cet état fâcheux^ ordonna de reprendre la lutte , et en sa présence fit tirer sur les Allemands qui se montraient; sa conduite^ on n'en peut douter, reçut l'approbation du gouverneur.

Heaarés contre le tir dt l'eniieml.

Il n'y avait d'ailleurs aucun ralentissement dans le botnbardément des forts et de la ville ^ de trèsnombreux projectiles tombaient chaque jour sur les maisons et sur leè casernes, et comme on devait prévoir le moment où presque toute notre garnison

TROtSIÉHÉ PiiaObE DU SSÈGE. BH

serait forcée de s'enfermer dans le corps même de la place, on songea à lui préparer des logements et des abris. C^est dans ce but que le commandant du génie Ghaplain organisa, dés chantiers pour renforcer les empoutrages des rez-de-chaussée des câtSer&es dû pourtour de la ville^ et les charger ensuite d'une couche de terre de un mètre d'épatsséop. Ces mesures paraissaient de nature à prolon* ger notablement notre résistancei

En même temps ^ et par crainte d'incendie , on songea à utiliser de suite les ressources des magasins exposés; les draps de sous-officiers, garahce et bleu, furent livrés aux officiers à titre rembour* sable pour confectionner les effets qui leur étaient nécessaires et qu'ils ne trouvaient plus dans lè commerce de la place. Des draps restant après cette livraison furent distribués à raison d'un vêtement par homme à confectionner dès que les eirconètanees le permettraient. Les ouvriers^ devenus inutiles par rimpossibilité où on était de leur trouver tin atelier abrité, reçurent Tordre de rèntreit dans leurs corps, pour concourir à la défense d'une manière effective. Lès mesures précédentes étaient bonnes, car Tennemi venait d'allumer enfin son premier incendie dans là ville même; ce fut le théâtre 6ft première victime, encore le feu fut-il bientôt éteint par le sécourd de tous et sans que personne fftt atteiîit.

Proiprès de l*attaqiie des Perehes.

ÉiomliaFdeiiieBt .

La lutte sérieuse entamée devant les Perches continuait sans relâche. L'ennemi progresse rapidement dans ses travaux de cheminement^ il est trèsdif&cile de retarder sa marche y l'artillerie du fort ne pouvant toujours tirer que très-peu sous la grêle qu'elle reçoit.

Nous voyons approcher le moment où nous serons obligés de quitter les redoutes.

Jusqu'alors nous avions poursuivi nos travaux de tranchée entre les Perches, mais dès cette époque nous nous trouvons dans la nécessité d'arrêter ces travaux, les progrès de l'ennemi^ contre lesquels nous ne pouvons lutter avec succès sans de grands sacrifices de projectiles, nous interdisant tout espoir de repousser une attaque tentée par des forces considérables. Cependant^ comme ces postes deviennent de plus en plus dangereux, le gouverneur juge utile d'y relever la batterie de la Haute-Garonne, et de la remplacer par la batterie mobile du Haut-Rhin, commandée par le capitaine Pallangier.

Les bombardements accessoires continuent aussi par intervalles irréguliers ; celui de la Forge est fait par des pièces volantes montées à 620 mètres d'alti-

tude sur la croupe du Salbert, et celui du Fourneau par les batteries de Danjoufin. Ce dernier nous oblige à reculer notre poste du moulin jusque dans les abris faits par la compagnie du Haut-Rhin. Nous ne répondons pas aux pièces volantes qui sont trop loin et trop peu dangereuses pour mériter une riposte de la place.

Nous perdîmes, dans ces quelques jours, plusieurs officiers, le capitaine Guitlet^ du 2*" bataillon du 57"; le lieutenant Rinieri du 84"" et le capitaine d'artillerie Roussel^ commandant Tenceinte de la ville; cette perte fut particulièrement regrettable^ vu la pénurie où nous nous trouvions d'officiers instruits dans cette arme.

EutoI d'un offleler français à Bàle.

Cette nouvelle à laquelle nous n'avions pas voulu croire dès Tabord, cette nouvelle d'une capitulation de Paris allait se confirmant chaque jour et portant le découragement parmi les soldats; ils ne comprenaient pas qu'on les eût laissés seuls pour soutenir la lutte, et dès le jour où ils ne purent plus douter, dès le jour où leur moral ne fut plus soutenu par Tespoir de vaincre, dès ce jour la défense alla s'affaiblissant. Le gouverneur avait beau leur montrer qu'une prolongation de lutte pouvait conserver

356 TROtSiiHB PÉEaOBI W SI^Gl.

Belfort, sauver peutrétre TAhaed, ils eommeof ai6Bt à murmurer eotre eux; ils sentaient qu'ils avaient plus fait pour la France que les autres armées, ils en avaient conscience^ et croyaient alors être quittes envers elle, comme si Ton pouvait jamais être quitté envers sa patrie.

Cette première quinzaine de février fut eertainement une des périodes du siège les plus pénibles pour les officiers; pour maintenir les soldats aîi feu, il fallut un mélange d'énergie et de douceur dont la juste mesure est plus difficile à garder qu bn ne peut le ëroire, lorsqu'on n*est pas passé par ces tër-e' ribles moments.

Un jour, c'est un déserteur de la Pologne pru8-> sienne qui vient affirmer nos désastres, et on ne Técoute pas.

Un autre jour ce sont cinq habitants de la Haute- Saône qui viennent de leur village, sur la foi d'un armistice affiché, ils veulent embrasser leurs enfants. Il faut les faire reconduire par la gendar* merie sans permettre l'entrevue. Nous accusons alors les Prussiens qui les laissent passer pour exciter le découragement du soldat ; et nous voulons douter encore pour faire douter autour dé nous.

Enfin deux dames de la ville, autorisées à fran^ chir nos avant-postes pour aller à Offemont et YétHgiie^ ont bherché à franchir ensuite les lignes

TROIjSlÂiaE PliRIODE DU SI^QIS* 359

pmaîennes au delà i^ ce dernier village. Elles pnt été arrêtées^ conduites à l'officier chef de poste^ puis chez un commandant) et eqfin chez un généra) prussien résidant à Menoncourt. On leur fait espé*rer successivement que par un recours à une autorité plus élevée, elles obtiendront l'autorisation de sortir définitivement de la ville. Arrivées à Menoncoùrty elles lisent dans des journaux, qu'on avait laissés exprès sur la table, les nouvelles les plus désastreuses pour notre pays : capitulation de t^aris^ armistice de trois semaines avec les armées du Nord ei de l'Ouest poiir arriver à la conclusion de la paix, et eniin anéantissement de l'armée de l'Est obligée de passer en grande partie sur le territoire suisse et d'y déposer les armes. Après avoir fait cette lec* ture^ ces dames reçoivent Tavis définitif qu'elles ne peuvent sortir, et qu'il leur faut rentrer à Belfprt,

Elles arrivent le matin, divulguent aussitôt ce qu'elles ont lu et agitent ainsi toute la ville.

La vérité terrible et sinistre nous vient de partouti npus n'en voulons pas, nous la repoussons à Tégf^} du ipensonge, mais elle nousi enveloppe et bien^t nous déborde.

Le gouverneur veut même faire un ordre du jQur à la garnison et à la populatioi) pour démentir ces bruits^ nomme absurdes e| invraiseiqblables- Mai^i] réfléohit^ il hésite et crain^ que son ordre iju jour sbit impui^3ant oontre la sQ^rcQ deraièpe q^i vi^Qt

affirmer ces faits ; il a peur surtout que de nouveaux faits De vienent lui donner brusquement un démenti à court délai et il préfère alors envoyer au général ennemi la lettre suivante :

« Dans l'intérêt de rhumanité^ je désirerais connaître les événements qui se sont passés en France dans ces derniers jours. Je viens donc vous prier de vouloir bien autoriser un des officiers de mon état* major à traverser les lignes prussiennes pour se rendre à Baie. Dans le cas ou vous croiriez devoir accéder à ma demande, je vous prierais de vouloir bien envoyer un sauf-conduit au nom de M. Châtel^ capitaine d'état- major^ pour sortir de la place et pour y rentrer. »

Le colonel informe en même temps la garnison et la population de l'envoi de ce parlementaire au général Treekow, par un ordre général qui les tient au courant de ce qui a été demandé, suivant une fois encore ce principe général auquel il ne faillit jamais pendant le siège : Dire la vérité entière sur chaque fait^ ne rien cacher de ce qu'il sait, pour avoir le droit d'exiger en retour une confiance

absolue.

Le général allemand accéda à la demande du

colonel Denfert. M. Ghâtel reçut un sauf-conduit pour aller et retour, et partit aussitôt porteur d'une lettre d'introduction pour M. Kœklin , consul de

France à Bâle^ et d'instructions détaillées relatives à sa mission.

L'octroi si bénévole du sauf-conduit demandé nous est une preuve évidente des désastres éprou* vés par notre pays^ mais en&n nous gagnons du temps. Le départ de M. Châtel est un aliment nouveau donné à l'émotion publique, on attendra son retour^ pourvu qu'il ne soit pas trop long, et jusquelà chacun fera son devoir. On voit un terme certain et proche à cette lutte, on l'attendra courageusement, et quelque terribles que soient les jours à passer encore, on supportera tout maintenant, on attendra que le sort de la place soit réglé, les lâches ne parleront plus de se rendre^ et, comme il arrive toujours en pareil cas^ ce sont les plus timides qui se montrent aujourd'hui les plus entreprenants, comme pour réclamer à Tavance une part de gloire dans cette distribution que Ton prévoit prochaine. Pour ceux que n'occupait point un pareil calcul, il existe un plus noble motif pour soutenir leur courage; ils voient tous dans la rage nouvelle déployée par Tennemi Tassurance que, grâce à eux^ Belfort doit rester français de par les traités et de par la guerre.

909 TROtSlÉME PâUODS fiV Sli&E.

Iléiii^irelies des Prussiens pvlsoHatevs.

Les mesures prises quelques jours a?atit p^T le gouvetneur pour abriter un peu mieux les priBOD* niers ppudsiens^ ne leur parurent pas suffisantes, eari émus par de nouTeaux projectiles qui^ au milieu de ce bombardement régulier, vinrent atteindre quelques bâtiments voisios de la prison^ ils firent écrire le 6 février au capitaine Pareyre, chargé de leur administration, la lettre suivante :

« Au hem des officiera prussiens internés ici, \t me crois obligé de vous présenter les Ugnêê stii^ vanteis :

« La situation des officiers prussiens internés à

Belfort est telle qu'ils sont exposés à être massacrés à tous les moments; vous le savez, monsieur le capitaine, il n'existe plus le moindre abri.

a Par conséquent bous devons vous prier, monsieur le capitaine, de proposer à M. le commandant supérieur^ en lui expliquant cette situation intenable^ ou de donner aui prisonniers de guerre un refuge à l'abri des bombes, ou de les rendre au général von Treslcow.

<x Gomme vous le savez^ monsieur le capitaine, le maréchal Bazaine, à la suite des batailles de Gravelotte^ Gourcelles, etc.^ avait entre ses mains des

TItOISIBlIE P^lOIV J>V SléOK. 363

Biilliera de priaonoierB allemaoïls. Ne pouTapt pa« les nourrir, il s'est eniprasBé de les rendre au prince Frédérie-Charles, son adversaire. Ici, mon capitaina, il ne s'agit pas de nourriture, mais d'uqe chose aussi importante^ d'un logement pour de9 pialheureux soldats prisonniers qui sont aujourr d'hui complètement en dehors de la situation actuelle de la place.

K Je TOUS prie donc de vouloir bien porter ce fait i la connaissance de M. le commandant supérieur, eld'Agréer.i.., etc. »

Elle était signée par le capitaine Heinsius, un des prisonniers.

Cette lettre fut remise au gduvemeur par Tintepmédiaire du commandant de place, et elle re<(ut 1a réponse suivante :

« Au commaTiâant de place,

« M. HeiasiuB, capitaine prussien, prisonnier de guerre, demande que, ne pouvant mettre h l'abri les offîciersetsoldatsprisonniers de guerre, je les rende au général de Treskow. Je vous prie d'informer ses officiers que M. le président de la Confédération suisse a, dans l'intérêt de l'humanité, demandé que les femmes, les enfants et les vieillards soient autorisés à sortir de la place, l'ai couaenti à cette sortie maU gré les inconvénients qu'elle pouvait avoir pour la défense de la forteresse. Mais M. le générfil de tvf.e,-'

kow n'a donné aucune réponse aux ouvertures du président de la Confédération , et les femmes^ en*fants et vieillards ont dû rester en ville, exposés^ comme le sont messieurs les officiers et soldats prisonniers prussiens, aux dangers du bombardement qui dure depuis plus de soixante-cinq jours. Je suis prêt à ne conserver, comme prisonniers de guerre, que les officiers et soldats que je pourrai mettre à l'abri, si M. le général de Treskow veut autoriser la sortie de Belfort des femmes, enfants et vieillards comme elle lui a été demandée par M. le président de la Confédération suisse.

« Je suis prêt également à envoyer un parlementaire à M. le général de Treskow, porteur de la lettre adressée par M. le capitaine Heinsius à M. le capitaine Pareyre et de la présente réponse, si MM, les officiers prussiens me demandent par écrit de faire cette démarche. »

Cette lettre fut portée par M. le colonel commandant la place, qui la lut lui-même aux prisonniers et la leur remit en communication. Ils demandèrent à réfléchir et à se concerter sur ce qu'ils avaient à faire.

Le gouverneur recevait le lendemain la lettre suivante du capitaine Heinsius :

« Suivant la demande contenue dans votre honorée lettre du 6, adressée à M. le commandant de place, j'ai l'honneur, monsieur le commandant supérieur, de vous informer que j'accepte votre offre

TROISlICMË P^IODE DU SIÈGE. 365

au nom des officiers prussiens internés à Belfort^ en vous remerciant de \os soins. En même temps^ j'espère que vous aurez Tobligeance d'expédier la lettre ci-jointe au général de Treskow. »

Instruit par les tristes événements de cette malheureuse guerre^ et redoutant pour sa part la science approfondie que Tétat-major prussien a fait de Tart militaire dans ses détails les plus minutieux» le gouverneur s'était imposé la loi de ne laisser sortir aucune lettre allemandei quelque insignifiante qu'elle pût paraître en apparence^ émanant des prisonniers de guerre.

Il fit donc traduire la lettre de M. le capitaine Heinsius au général Treskow, et, après traduction, il en fit modifier la forme, de manière à en donner seulement le sens et à rendre impossible pour Tétatmajor prussien la reproduction du texte allemand ou d'un texte allemand voisin.

Le sens qui fut envoyé en français était le suivant :

« A son Excellence le général lieutenant de Treskow, commandant en chef de f armée du siège :

« J*ai Thonneur de vous faire connaître respectueusement la situation detf prisonniers de guerre prussiens à Belfort. Internés d'abord tous ensemble dans un local exposé au tir de l'assiégeant, ils ont eu plusieurs blessés et même des morts. Â la suite de ces malheurs, une partie d'entre eux ont été

366 TROiSIÊME PÉRIODE DU SlfeS.

t)lacéd dans une eàseoiate, tliais les autres^ que Toà n'a pas pu abriter de même, restent entaisés dans iin corridor au rez-de-chaussée où les projectiles ont encore occasionné de nouvelles blesspres. Les offîciefs habitent une chambre donnant sur ce corridor.

t( J^ai cru devoir exposer ces faits au capitaine Pareyre, chargé de s'occuper des prisonniers prus* siens y et j'ai reçu en réponse une lettre adressée par M. le colonel Denfert au commandant de place et dans laquelle il se déclare prêt à renvoyer sous^er* taines conditions, ceux des prisonniers auxquels il ne peut donner un abri sâr; et à expédier par parlementaire Une demande écrite que je ferais dans eè Sens.

ce Tel est Pobjet de la présente lettre rédigée dans l4ntérèt collectif des prisonniers et qui ser^ reqiise à Son Excellence avec les pièces de la correspondance qui Ta provoquée. »

Signé : Hbinsius^ capitaine.

M. Erafft; capitaine du génie auxiliaire, porta ce dossier formé des quatre lettres précédentes et d'une lettré d'envoi du dolonel Dënfert, informant lé général Tréskovir cjù'il avait cru devoir conserver au lîlbins les originaux, et n*envôyer que te sens en français des dépèches.

M. Krafft rapporta la réponse suivante adréèséé

ail isapitaine Heinsius^ arec lettre d^espédition 6t remercîmeûts an gouverneur.

« Au capitaine royal prussien y M. Heinsius ,

à Bel fort f

et En réponse à votre lettre qui m'a été communiquée en copie par le commandant de Belfort, je vous fais connaître qu'il m'est impossible de donner suite à la demande qu'elle renferme.

« Il dépendait de vous de vous rendre prisonnier ou non. Ayant pris le premier parti, vous devez aussi en supporter les conséquences.

« Vous voudrez bien communiquer ce qui précède aux autres officiers prisonniers. »

Les officiers furent très-vexés de la dureté de cette communication, et par le fait cette réponse du général Trèskow était froide et injuste. Bien certainement, à l'attaque des Perches, ce furent leû troupes les plus braves et les plus entreprenantes qui vinrent échouer dans le fossé, sans pouvoir ni en sortir ni le franchir ; la faute de cet échec subi rembntait tout entière à celui qui avait ordonné ropéràtidu, sans ravoir fait précéder d'une reconnaissance suffisante des lieux. Les plans de Belfort, que les ennemis avaient en effet pris à la direction de Strasbourg, ne relevaient que là fortificaiioU permanente, et nos forts extérieurs construite dej^uis

la guerre, véritables ouvrages de fortification pas* sagëre, n'y étaient pas portés. Pensant donc n'avoir à faire qu'à des ouvrages de cette nature, la première colonne ennemie se précipita courageusement dans le fossé où elle croyait trouver une contrescarpe et une escarpe en talus, mais heureusement ces fossés de trois mètres de profondeur sur six mètres de largeur, étaient taillés à pic dans un terrain rocailleux et solide, en sorte qu'une fois dedans, cette colonne n*en put sortir que prisonnière. Du reste le gouverneur consentit à leur donner une justification de leur conduite militaire, pour leur servir dans l'instruction qu'ils devaient subira leur rentrée en Prusse, conformément à leurs règlements.

Les quatre lettres qui précèdent, et que nous avons tenu à reproduire en entier, répondent victorieusement et d'elles-mêmes à cette malveillante accusation qui, nous ne savons pourquoi^ tendait à présenter en ville le colonel Denfert comme ne s'étant pas prêté à la sortie des femmes, des enfants et des vieillards.

Le gouverneur avait encore un autre but en don* nant suite à la lettre de M. Heinsius et en engageant tous ces pourparlers, c'était de se procurer, si faire se pouvait, par un de ses parlementaires, des renseignements précis sur les événements si grands qui se passaient en dehors de nous.

Afin que ces échanges de correspondances ne pus-

sent inquiéter la garnison et la population^ le colonel Denfert'eut bien soin de porter jour par jour à la connaissance de tous leur contenu, et il écrivit dans ce but au maire, au préfet et aux commandants des différents forts.

Aeeroissemeiit du bombardement.

Ces pourparlers n'avaient en rien diminué la vigueur des attaques de l'ennemi; au contraire^ il semblait que, nous croyant démoralisés, il espérait nous saisir par une menace, par un dernier coup de de vigueur, alors que, sous le poids de l'effroi et de la terreur, on perd souvent jusqu'à la notion du juste et de l'injuste, jusqu'à la notion du devoir. Il n'osait recommencer, pour arriver à son but, un nouvel assaut sur les Perches, il savait trop bien ce qu'il lui en avait coûté pour s'être trop pressé ; mais il avait à son service sa puissante artillerie, toujours prête et toujours pourvue; il couvrit de ses feux le Château et les Perches sans leur laisser un moment de répit, sans distinguer le jour de la nuit, presque même sans prendre le temps de viser, sûr que tous ses coups étaient meurtriers dans ces enceintes accumulées.

H est si près des Perches que ses épaulements semblent se confondre avec ceux de ces ouvrages, le

370 TROISlilfB PÉRIODE D0 SIÉGB.

Château ne peut plus tirer sans danger d'atteindre les nôtres, et quant aux feuK des Perches, ils sont entièrement éteints par les bombes et la fusillade ; seule la Justice jette encore sur lui des coups d'écharpe qui Tinquiètent sans lui nuire ^ et il fait aussitôt une batterie nouvelle tout exprès pour ce fort.

La batterie du bois sur Merveaui ouvre, le 3 février, son feu sur la Justice, qui est bientôt obligée de le taire.

L'ennemi n'a pour ainsi dira qu'à tendre la m^iUf qu'à £aire un pas, et il eut dans les Perche». Il n ose pas encore, tant la niémoir§ paralyse spn isQurage.

ÉTaepiMMB fies perefieg.

Mais nous ne pouvons demeurer plus longtemps, nous n'avons plus d'abris^ les escarpes e'éeroulent et rennemi est déjà au fossé.

Le â février le colonel Denfert donne Tordre de commencer 1 évacuation du matériel.

Le 4 il donne l'ordre d'ouvrir des passages à travers les gorges des ouvrages, pour permettre une retraite en bon ordre.

Le 5 on réduit la garde de tranchée à une seule sdstîdu par fort.

Le 6 nous nous maintenons.

Le 7 on réduit la garde de chaque fort à une seule compagnie^ et l'on réunît le commandement des deux forts dans la main du commandant Perrin, afin de mettre plus d'unité dans le mouvement de retraite lorsqu'il devra p'e^ctuer.

Ce pomqa^ndant reçgi) à pe pujet des instructions .4éj;ail}é0s * les compagnies rQs(;^4te3 ne s^rpnt plus que (les espècps de grand'gardes^ qui fourniront ^p nombre maximum ^p sentfpe)les destinées 4 ÎP.diqu^r le ipQnient précis où Tennsmi arrivera 4^n8 rpuvf*ag6f A ce moment les compagnies sp forjperont en ordre pour faire la fusillade, en se retirant par échelons, conçurrenimenl avec liss gardes de {)rapchi§es voisinies, et en faisant jk l'ennemi le plps de mal possi))lef

(Jp fanal blapc deyr^ être t^nn A^n^ h retraite p^ un tiraillepr avancé, ppur indiquer la tète de nos lignes fit perniett^e à nos forts 4$ jtirer pans içr^nte m ft^apt.

t'eppen^i 9 aspîst^ ipip^ssibi» è pojtre déménagement partiel, il a même vu partir nos d§rnii|i*9j| piè- ÇQB s^ps prendre envie 4'dntrer, et il i^ /cpplente d'é}argir s^s fouilles et 4p prépafpr de npu^§l)99 ^^ fprpiidables I^atl^enes contre 1q |[].h||;çap.

L'eDmemi entre anx Perohes.

Enfin il a vu descendre la garnison des ouvrages, il sait qu'il n'a plus devant lui que quelques grand^gardes, et le 8 février il se décide à les aborder à la faveur d'un brouillard très-épais qui ne permet de voir qu'à petite distance.

L'attaque commence sur les Hautes- Perches vers midi. Les sentinelles avancées se laissèrent surprendre, Tennemi se jeta dans le fossé en sortant de ses tranchées, et gravit l'escarpe effondrée, sans difficulté. En même temps il attaqua la tranchée de gauche du côté de Pérouse et la tranchée de droite, manœuvrant pour envelopper la garnison du fort. Celle-ci s'est alors retirée précipitamment et avec une certaine confusion, sans faire un feu nourri.

Les Basses-Perches furent attaquées vers la même heure. L'alarme y fut donnée dès que Tennemi sortit de sa tranchée.

La demi-section de garde au parapet fit aussitôt feu sur les colonnes ennemies, et le reste de la compagnie de grand'garde rallia son capitaine à la gorge du fort, et protégea la retraite de la section qui se trouvait sur le parapet. Celle-ci se replia quand Tennemi eut abordé l'escarpe, et le capitaine de la compagnie fit descendre à ses hommes les pentes

TROISIÂHE PÈIIODE DU SIÈGE. 373

de la colline en les disposant en tirailleurs et en prenant retraite vers le Château. La retraite s*opérait en bon ordre et en faisant feu contre Tennemi, lorsque les Prussiens se sont élancés dans le fort en poussant des hourras. Presque aussitôt la compagnie de grand'garde fut ralliée par les deux compagnies de piquet, sous les ordres du commandant Perrin^ qui les dirigea sur le Fourneau et de là sur le fort des Barres.

La batterie de campagne, qui avait deux pièces au Fourneau et deux au Faubourg, rentra deux de ses pièces en ville et en conserva deux dans la cour du quartier de cavalerie, abritées des vues de Tennemi et prêtes à se porter à tous les points menacés. En même temps la compagnie du Haut-Rhin se retira du poste du moulin et de la cave de dessous les Perches, et fut envoyée par le Fourneau au Château, où elle logea dans le magasin à poudre du fossé de Tenceinte intermédiaire^ qui venait d'être entièrement vidé le matin même. Elle entra au Château en chantant^ pensant y trouver un repos relatif: mais elle fut bientôt détrompée en entendant le feu terrible qui la saluait dans son fossé même ; elle perdit cinq hommes rien qu'en prenant possession de son casernement.

Le Château n'avait pas été prévenu de l'occupation des Hautes-Perches^ par la faute du sous-lieutenant qui y commandait, en sorte que l'on ne put

374 ÎRÔlsiÈMÈ PERIODE dlf §î2g£.

ouyi*ir U feu sût là redouté ^ùë lorsque TétiDeini y eût presque fini soil iràvall dé bôùlëtéfâeméiit. Il ne pût opérer sbfa tf avàll àdx BaéfaeÈi-Pèi^chés atèd là même facilité^ et il y subit dé iiombt*eilse&t péi'téô. Il ne s'établit plaë dû resté dans des redoutes, ddot le séjour Ibl eiit été trop Coûteux et peu pl*o&table, il resta abrité dërl*iére lès crêiëk que etiiironnaietlt ces ouvragés.

Ainsi tombèrent les Perches, codtfé léëqiiellëà on aVàit coiniHètidé le 21 janyiër au soir des trayàux d^àpproebe, et lirré tin assaut iiifriictileut et Muttrier le 26; nouvel et bien instructif exem|)ie dé Tutilité dé des défetisès éloighées;

Ainsi 9 d^rèë t|uati*é-vingt dix-huit joiitë d'idvéstisseinéttt dttfat soixdiité-huit de btiiiibàrdéiiient^ Tennemi se trouvait juste aussi avancé qu'il TeÛt été au pi*ëiliier joitr du siège, sans rétablissement de cette tclHificatidâ passagère créée dépiiiâ la guerre^ et sûr ùné pôsitieti dbnt le èolôhel Denfërt âtaii réclamé dès 1663 rdébilpatidn t)af deux fe»S permanents;

QUATtdÈMfi PÉKtODË DU SIÉOE. 375

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