QUATRIÈME ORDRE
Concernant les deux colonnes encore dans les lignes
prussiennes.
ce M. le lieutenant-colonel Desgarets et le'major Allié, une fois sortis des lignes prussiennes^ devront se garder comme en temps de guerre. »
Cep dispositions^ qu'il est bon de suivre en se reportant à une carte du Jura ou à une carte de France détaillée^ eussent surpris les Prussiens qui devaient nous croire abattus par le siége^ et qui certainement né se fussent pas doutés que noud nous étions knfs en mesure de repousser toute agression^ après nous être massés pour coufrir Saint*
Claude que nous devions ayant tout occuper pour opérer une retraite défensive sur Lyon ou Grenoble.
Elles eussent certainement sauvé la garnison^ sauf peut-être les deux dernières colonnes encore en pays occupé le 27 février, et dont la dernière n'en est sortie que le 2 mars.
Malheureusement nous n*avions de provisions et de munitions que pour un jour. Nous n'aurions pu livrer qu'un seul combat sérieux; car aucune colonne française ne vint à notre rencontre. On ne nous avait même pas préparé d'approvisionnements à notre arrivée aux lignes amies, personne n'était prévenu, et nous ne rencontrâmes les grand'gardes françaises' qu'à cent vingt kilomètres de GhampagnoUeSy à GhâtilIon-de-MichailIe.
Le gouverneur en rendit compte au ministre de la guerre en le prévenant qu'il se dirigeait sur Grenoble.
Du reste, le 28, en arrivant à Saint-Laurent-du- Jura, il reçut communication d'une dépêche du gouvernement, ordonnant de suspendre partout les hostilités, et il contremanda aussitôt les dispositions défensives précédentes qui étaient en voie d'exécution.
Toute crainte du côté d'un retour oiSensif des Prussiens étant passée , le colonel Denfert séjourna de sa personne à Saint-Claude jusqu'au ô mars au matin, afin de donner aux diverses colonnes le
temps de défiler et de passer devant lui. Elles se dirigèrent toutes sur Bellegarde, station du chemin de fer de Lyon à Genève où elles devaient s'embarquer à tour de rôle pour Grenoble ou les environs.
La réception la plus chaleureuse et la plus patriotique nous fut faite tout le long de la route, à Oyonnax^ Nantua, Ghâtillon-de-Michaille, Bellegarde^ Aix-les-Bains, Ghambéry et Grenoble, où nous défilâmes devant le général commandant la division.
Dlssolntlon de la garnison.
G'est à Grenoble que le corps d'armée sorti de Belfort fut dissous. Le matériel fut versé à l'arsenal, les mobiles furent renvoyés dans leurs foyers et les troupes de ligne dirigés sur leurs dépôts.
L'opération dura du 9 au 24 mars, et avant de se séparer de ses troupes le gouverneur leur adressa divers ordres du jour, dont voici les principaux :
1® Aux gardes nationaux mobilisés du Haut- Rhin.
9 mars 1871.
« Vous allez rentrer dans vos foyers après avoir eu l'honneur de concourir à la défense de Belfort.
« M. le ministre de la guerre me charge de vous remercier de votre belle conduite pendant le siège.
442 DltPAKT DB hk GARNISOH.
Votre concours et celui de h garde Aàtionalo sé^en^ taire ont aidé la garnison h obtenir la conservation de la place à la France, Seuls en Alsace vQUs avez le privilège de ne pas subir la domination étrangère et vous vivrez désormais libreis sous les lois de la République 9 alors que vos frères, après avoir subi pendant vingt ans le despotisme de Tempiro, restent condamnés à subir le joug d'un empire, étranger. Que cette pensée soit toujours présente à vos esprits jusqu'au jour où vous serez appelés à revendiquer avec eux et avec toute la France l'intégrité de notre patrie»
« Vive la France ! Vive la République ! » 2** Aux mineur^ et artilleurs de la ligne.
14 mars 1871.
a Avant de quitter la compagnie de minéifcs du 2^ régiment du génie et les cinq d^aai^battecies d'artillerie de l'armée régulière qui ont pris part à la défense de Belfort^ le commandant supérieur qui a didgé cette défense tient à leur exprimer sa reconnaissance pour la manière dont elles ont sa^ tisfait à la rude tâche qui leur était assignée. C'est surtout à la fermeté dont ont &it preuve les artilleurs sous le feu de l'ennemi> à la vigueur avec laquelle ils ont répondu à ce Uu, au talent déployé par les officiers d'artillerie pour couvrir ou mas»
quer leurs pièces, qu'A été due la lepteur des progrès des attaques eppemie^.
« C'est à l'énergie des sapeurs di) H* régimept, ^ l'âKemple qu'ils ont donné au reste de la garnison, à la vigoureuse impulsion de leurs o^cjers que nous avons dû la construction relativepient rapide des nombreux abris créés sur tous le? points de la place, et qui, eu péduiBant nos pertes, ont permis, ipalgré la violence du bombardements d'offrir une résistance que l'ennemi n'était pas encore en mesqfe de briser au moment de la reddition de la place, au bout de cent trois jours de siège.
<i Malgré tous vos efforts, les malheurs de la patrie ont obligé la place de Belfort à subir la soiiillnre de l'étranger; mais du moins elle nous est çonaerrée, et elle pourra dans l'avenir noua servir de boulevard contre de nouvelles attaques et nous aidée h préparer ta revendication de l'intégrité de notre territoire.
a En attendant ce moment que votre cri de ralliment soit ;
« Vive la FYance et Vive la RépMique ! »
3* Au reste de la garnison.
11 mm 1611.
« Avant de ee séparer dei offîciers et des troupes de la garnison de Belfort qui se trpuvent encore réunis à Grenoble et aux environs (éta^majDE des
444 DËPART DE LA GAKNISON.
places, de l'artillerie et du génie, gendarmerie^ ininfanterie de ligne, artillerie, génie^ infanterie de la garde mobile, etc>)^ le commandant supérieur tient à les remercier du concours qu'ils lui ont donné pendant la durée du siège de Belfort. Tous ont été appelés, à tour de rôle, à faire preuve de dévouement au pays.
w C'est grâce à l'énergie déployée par les commandants des forts^ par les troupes sous leurs ordres, que l'ennemi a dû renoncer en décembre à son attaque sur Bellevue et a été repoussé une première fois le 26 janvier aux Hautes et Basses-Perches.
i( Les mobiles se sont trouvés pour la première fois engagés avec Fennemi le 2 novembre^ et par la fermeté qu'ils ont montrée dans la défense du village de Roppe, ils ont assuré la rentrée dans la place du détachement de Dannemarie et la destruction du viaduc du chemin de fer que l'ennemi n'a pu rétablir pendant le cours du siège. . ' i
« D*autres mobiles ont pris' part aux attaques du 13 et 14 décembre contre le bois de Bavilliers, du
20 décembre contre les batteries d'Essert^ et ont re-
poussé dans le courant de décembre plusieurs attaques contre les villages d'Andelnans, de Danjoutin et la ferme de Froideval .
« L'infanterie de l'armée régulière a pris une part glorieuse à l'attaque du bois de Bavilliers et à la défense des Hautes et Basses-Perches. Appuyée par
des bataillons de mobiles^ elle a vaillamment soutenu Tattaque dirigée contre Pérouse le 21 janvier, et infligé à l'ennemi des pertes considérables.
« Les batteries d'artillerie mobile ont combattu l'ennemi avec succès^ soit au camp retranché, soit dans les forts extérieurs, et rivalisé en plusieurs circonstances avec les batteries de l'armée régulière.
ce Les troupes ont également, à plusieurs reprises, aidé les pompiers de la ville à éteindre les incendies sous le feu violent de Tennemi.
« Tous ces faits attestent l'énergie apportée par les diverses troupes de la garnison à la défense de Belfort, et ont contribué pour leur part à la longue résistance de la place,- que cent trois jours de siège n'ont pu réduire et qui n'a été rendue à l'ennemi que sur l'ordre du gouvernement français.
a Vous allez déposer les armes et rentrer dans vos foyers. Ne perdez pas de vue les malheurs du pays, songez aux efforts que nous avons tous à faire pour sortir de la situation difficile où nous nous trouvons, et pour pouvoir revendiquer un jour avec succès l'intégrité de notre territoire.
« Que notre cri de ralliement soit toujours celui qui a présidé à notre défense :
« Vive la France et Vive la République ! »
446 DÉFART Dl LA OARRISOM.
Le 29 mare, le gouverneur partait pour Versailles^ rendre compte au ministre de la guerre des faits de son commandements
Ët>ILOGtJE.
Après avoir suivi pas à pas le déroulement de la défense de Belfort, un coup d'œil d'ensemble^ jeté rétrospectivement sur cette longue lutte^ peut servir à mettre en lumière ses conséquences définitives, et les conséquences plus grandes encore qu'elle aurait pu avoir^ si au Ueu d'un désastre le général Bourbaki eût trouvé la victoire.
Investie dans les premiers jours de novembre^ la place n'était pas prête à une lutte immédiate. Les ouvrages extérieurs inachevés^ son armement encore imparfait, les villages des environs sans aucune défense^ la menaçaient de la perte instantanée de ses abords.
Les troupes incohérentes qui composaient la garnison, où seul le bataillon du 84"", avec la compa-
gnie du génie et les batteries d'artillerie de ligne, d'un effectif insuffisant^ comptaient de véritables soldats^ ces troupes incohérentes, disons-nous, semblaient nous rendre impossible de tenir la campagne. A peine ces hommes étaient-ils armés depuis quelques jours, à peine avaient-ils fait trois ou quatre séances d'exercice, la plupart n'ayant pas encore tiré un coup de feu à la cible, qu'ils se trouvaient en présence de l'ennemi, et de l'ennemi en nombre double du leur même.
Enfin qu*on se souvienne que nous n'avions pas à Belfort un seul canon à faire rouler avec ces soldats rassemblés d'hier, pour les envoyer affronter les Prussiens si bien pourvus de tout et si supé* rieurs en nombre.
Ces conditions difficiles avaient fait reculer, à Tavance, et lorsque le combat n'était pas encore imminent, les généraux qui s'étaient succédé dans le commandement de Belfort.
Appuyés par les décisions formelles de leurs conseils de défense, ils avaient déclaré impossible l'occupation des abords de la place, et impossible par suite aussi celle des ouvrages ébauchés, que l'ennemi, laissé maître du terrain d'alentour, bombarderait et enlèverait dès son apparition ; moins cependant les Perches, dont le général Grouzat avait accepté l'occupation dans les derniers jours de son commandement.
On se renfermait donc, dès le jour de Tinvestissèment^ dans les remparts mêmes de la tbrteresseï laissant Tennemi commencer d'emblée Tattaque du dernier réduit de la défense^ et resserrer tellement son cordon, qu'il se trouverait fort partout, avec un effectif total assez faible, et pourrait, comme déjà de« vaut tant déplaces^ mener les affaires avec un nombre d'hommes peu supérieur à celui de la garnison.
Pour éviter cela^ le commandant supérieur, songeant que le canon de la place était pour ses soldats, tant qu'ils ne sortiraient pas de sa zone de portée, un formidable appui^ résolut, malgré toutes les impossibilités apparentes, de défendre mètre à mètre les abords de sa forteresse, et^ pour pouvoir les dé* fendre plus au loin, il s'occupa d'allonger la portée de ses pièces y restreinte par des affûts vicieux^ et en confia la modification aux officiers d'artillerie qui en voulurent prendre sous son contrôle Tinitiative, quel que fût au reste leur grade.
Dès que l'ennemi apparut^ on marcha à lui pour l'arrêter.
Victorieux à Gros-Magny, tenus en échec à Roppe, les Prussiens perdirent en somme leur journée. Le détachement de Dannemarie brisa le viaduc et rentra^ pendant que l'ennemi perdait ainsi son temps.
Alors, dès le lendemain et tous les jours, notre tir à grande portée, nos reconnaissances continuelles de tous côtés, nos sorties^ furent comme un effort
ptnBwent de la place, agissant partout et toujours sur les lignes prussiennes comme pour les distenére^ et elles ne purent se resserrer.
Pourtant^ si nos éclaireurs par petites poignées, faisant la guerre d embuscades, étaient presque tou* jours yietorieux des sentinelles et des postes avanoés de Tennemi, nos sorties en nombre étaient à pmx près régulièrement battues. Mais toujours infructueuses en i^[>parenee et toujours répétées, elles atteignaient leur but.
Pour les battre, et ne pas périr sous leur aeti^i, l'ennemi était obligé de rester en forces partout, puisqu'il était partout menacé. Il ne pouvait donc produire nulle part de rassemblement, sous peine de se voir forcé au point dégarnie
En somme, partout assez fort pour se défendre vtetorirasement, il était partout trop faible pour attaquer, et se rapprocher de la place, se mettant par là en prise à des feux plus redoutables, à des attaquée de la garnison plus faciles et plus nombreuses.
Force lui était donc de rester immobile ou de n^sembler devant la forteresse de plus en plus de BK)nde, débanrassant d'autant les autres armées de la France.
Tant que son nombre n'augmenta pas, il eut assez à faire à se fortifier dans ses lignes, ssms rien pou* ipoir contre eetie garnison si faible eyi appareaet, presque toujours battue, mais û opiniâtfo à reeom-
menoer le oombat, ai impossible à relniter pv dei éehecs.
Cela dura yiogt jours^ pendant lesquels nos ou« Yrages s'achevaient, nos positions se retranchaient^ Bos troupes s'aguerrissaient.
Enfin» au bout de ce temps, Tennemi prit i'oifeii- »ive,etpar deux jours de combat conquit sa première position. Mais il n'était point encore asseï fort, et, s'étant massé au Mont qu'il attaquait^ faillit payer cher sa diminution d'effectif au point opposé, à Se* venans, où vint agir la garnison^ une heure seule-* ment après sa défaite au Mont.
Pourtant^ maîtres du Mont , les Prussiens pouvaient installer leurs premières batteries. Ils le firent et commencèrent le 3 décembre, après un moi» complet passé devant la place , un de ees bombardements furieux que l'histoire militaire ne connaissait pas avant eux, même après }e gigantesque si^ge de Sébastopol.
La nécessité d'approvisionner aussi largement kurs batteries leur fit abandonner les b^iuteurs du Mont , dangereuses pour la place , et s'installer en avaot d'Esëert pour se trouver tout contre la ro^te, eomme ils le firent du reste toujours pendant la suite du siège.
Udâs bombarda ainsi d'un seul point, ià*wt pas tout foire. Si la petite place était traveraéf par les obus date toute s^ étendue t ^Ue était au debom
maîtresse de points qu'on ne pouvait atteindre, et, pour y poursuivre la garnison, il fallait répéter autre part l'imprudence commise au Mont. Les Prussiens n'étaient pas encore en nombre suffisant , et osaient d'autant moins qu'il s'agissait de villages retranchés maintenant, qu'il eût fallu emporter.
Notre système de pression continuelle contre ses lignes lui créait donc encore dans son attaque la même immobilité que jadis dans son simple in* vestissement. Il passait ses jours à un bombardement dont l'impuissance devait l'étonner, car on avait par de sages précautions enchaîné Tincendie^ fléau des autres places.
Quand, las de ce jeu, il voulut ménager davantage la ville, du reste déjà en ruines^ et accumuler presque tout le feu de ses canons contre les nôtres^ il fut frappé de la même impuissance ; à cette distance^ les pièces tirant sans voir ni être vues, et les pièces sans blindages ne purent pas être réduites au silence.
Il essayait pendant ce temps, et pour rapprocher ses feux, l'attaque pied à pied contre Bellevue, point faible de la place, point dangereux contre les Perches et le Château. Mais là encore il échouait. La redoute achevait sous les obus sa construction^ son armement, et marchant pour ainsi dire au-devant de lui^ par les tranchées de sa contre-approche, éclairait les plis de terrain cachés, et créait à Ten-
nemi tous les inconvénients^ toutes les faiblesses de Tattaque rapprochée, en prise aux fusillades de près^ et cela avant qu'il fût parvenu à détruire les feux d'artillerie^ condition esBentielle du succès de ces sortes d'opération.
Plus tard quand il eut renoncé à se débarrasser des canons de Bellevue^ soutenus par le Château^ en les écrasant de Bavilliers^ il dut abandonner le fruit de ses travaux et de son temps devant la redoute qui continuait à canonner ses cheminements. L'ennemi par cet échec capital payait encore le prix de son impuissance à se rapprocher que lui créait notre action extérieure.
Batteries de Bavilliers , batteries d*Essert , tout cela situé dans les mêmes parages déjà conquis sur nous^ ne créait pas des feux enveloppants^ qui eux auraient pu rester victorieux du petit fort en terre, en le forçant à disperser ses ressources en travail pour les réparations sur toutes les directions^ qui toutes lui auraient attiré des attaques de Tennemi. 11 aurait pu ainsi se trouver partout insuffisant et succomber.
Les Prussiens échouaient devant Bellevue, nonseulement pour n'avoir pu nulle part faire taire les canons de Belfort, mais aussi pour n'avoir pu prendre Danjoutin et étendre leurs attaques à notre gauche.
Renonçant à Bellevue, ils ne pouvaient pas da-
Tantdgd songer aui Ferehes, sans prendre Danjoii<tin. De toute façon il leur fallait donc ou rester déeidément impuissants , ou avoir les forées nécessaires pour enlever ce village et agir oSensivement en plusieurs points à la fois^ sans se dégarnir nulle party pour n y être pas bouscelés par nous.
En attendant qu'ils eussent reçu les nouveaux renforts indispensables pour cela , ils firent à ee simple village Thonneur d*un petit bombardement en règle^ avec une véritable batterie de siège à Andelnans.
Ainsi la place attirait à elle, et nécessairement^ UD nombre toujours croissant d'Allemands, perdus pour les autres opérations de l'ennemi, qui, devenu plus fort, put enfin se rendre maître de Danjoutin, du premier village , après soixante-cinq jours de siège.
Nous en avions retiré, pour l'usage de la place, toutes les ressources.
Les Prussiens ^ possesseurs de cette position restée si longtemps comme un coin enfoncé au milieu des leurs, employèrent tout leur effort à éteindre les feux du Ghàte)au, autour duquel tournaient les attaques^ toujours en prise à son tir. C'est là Tusage principal des batteries de Danjoutin où furent transportés les canons Krtipp de Bavilliers.
Peu de pièces étaient en position de répondre à ces batteries , qui pourtant ne purent pas rendre
iflq^ttksaiits 1«6 canons sons casemates du eataHef^ dont les embrasures étaient oouTertes d'un ciel de rails chargés de terre. Le Château ccHiseryait donc toujours des feux pour appuyer les Perches*
À cette époque l'armée de TEst arrivait^ et les Allemands ^ sans renoncer au siège, durent em* ployer à fortifier leur ligne de cîreonTallation, contre cette armée, une partie de leurs ressources) ce qui les empêcha de retirer de suite tous les fruits ée la prise de Danjoutin. Du reste, pour attaquer les Perches ^ Danjoutin ne suiBt pas, il faut aui^i Péfouse , à moins de courir chance de rencon^r la même impuissance que devant Bellevue.
Avec les préoccupations qui leur venaient de rextérieur, qui peut-être leur faisaient envisag)^ la levée du siège comme possible, les Prussiens ne se crurent pas en état de tenter l'enlèvement de œtle position. Ils augmentèrent au contraire leurs travaux défensifs à Chèvremont et Yézebis, probablement dans le but d'arrêter plus facilement toute tentative de sortie en masse de la garaisoft par Mfouse.
Le danger était grand en efifot pour l'armée 4e siège. Le général Bourbaki approchait av«c des forces numériques incomparablement* supérieures à celles des Allemands, et se dirigeait aur la trevée de Belfort.
En travers de cette trouée, on reneontre d'ab^
rOignoD, rivière qui descend des Vosges et se jette dans la Saône^ puis plus près de Belfort la Lusine coulant du Nord au Sud pour se jeter à Montbéliard dans rAUaîne, affluent du Doubs , puis enfin ^ la Savoureuse, parallèle à la Lusine , passant à Belfort même et se jetant aussi dans TAUaine à Sochaux, un peu en avant de Montbéliard.
Les Prussiens firent mine de défendre le passage de roignon à Yillersexel et Lure. Repousses, puis repoussés encore sur la route de Lure^ à Ronchamps et Glairgoutte, leur but était cependant atteint^ ils n*avaîent voulu que gagner du temps, pour Tof^anisation de leur véritable ligne de défense et Tarrivée de leurs renforts. L'armée de TEst était maîtresse de toutes les routes qui , entre le Jura et les Vosges , mènent à Belfort et Montbéliard. Un autre corps venait de Besançon par les routes du Jura et la vallée du Doubs, menaçant aussi Montbéliard. La ligne de défense de Tennemi était la vallée de la Lusine entre Montbéliard et Chagey, il couronnait toutes les hauteurs de la rive gauche de la Lusine et notamment le mont Vaudois. A Chagey, pour éviter d'avoir sa droite en Fair^ il abandonnait la Lusine , pour se replier davantage vers Belfort, suivant la ligne de hautes collines qui va de Chagey à Châlonvillars ^ appuyant ainsi sa droite aux massifs montagneux du Salhert et de TArsot,. qui rejoignent le pied des Vosges. A Montbéliard^
sa gauche, se retournant brusquement le long de TAIlaine, gagnait par Délie la frontière suisse.
Les corps de Tarmée de l'Est abordèrent cette ligne de défense à Montbéliard , à Héricourt et en avant de Châlonvillars à Frahier et Chénebier sur le cours supérieur de la Lusine. On se trouva alors en présence des batteries ennemies^ couronnant les hauteurs et battant toutes les routes.
Le corps qui arriva dans la boucle du Doubs, à. Audincourt^ ne trouva plus de ponts. Nous les avions nous-mêmes brisés dans le mois d^octobre. L'ennemi avait défendu à Ëxincourt, en avant de l'Aliaine , la route d'Audincourt à Sochaux en la battant par des tranchées placées sur les hauteurs d'Exincourt, et en embarrassant ses abords d'abatis d*arbres.
Les Français établirent leurs canons sur les hauteurs de la rive droite de la Lusine, et dans la boucle du Doubs sur les coteaux qui dominent Audincourt et Voujaucourt. A ces derniers feux, Tennemi répondait par des batteries à Étupes dont^ de Belfort^ nous apercevions la flamme le 18 janvier au soir.
Si les lignes allemandes eussent été attaquées par le gros des masses françaises^ sur la route de Lure, c*est-à-dire à Frahier et Chénebier, puis ensuite à Châlonvillars^ il est plus que probable que l'armée de l'Est eût été facilement victorieuse» Sur cette partie
458 iraMKrs.
de ton froDt de iMiteille, Teomni gèaé pir h Toiitnage de Beifort se fût trouvé ]»Î8 entre detix lignes de feux rapprochées^ et mis dans Timpossibilité d'effectuer une rapide concentration de forces. Il ne pouvait amener de renforts en ce point^ que par de dangereuses marches de fijane sur sa ligne de bataille^ ou par des routes divergentes et longaes contournant la place au Nord ou au Sud; hors ée la portée de ses canons. Dans de pareilles conditions il n'est pas douteux que nos colonnes se seraient ouvert le passage, forçant les Prussiens aune retraite désastreuse en défilant devant la forteresse qui aurait causé leur destruction.
Malheureusement, les efforts de l'armée de l'Est ne furent pas dirigés ainsi. Ils portèrent plutôt sar Montbéliardy et furent successifs sur les divers points de la ligne de défense des Allemands.
Néanmoins nous avons touché la victoire et mis l'ennemi à deux doigts de sa perte.
Nos soldats, en effets entrèrent à Montbéliard. Un effort de plus pour passer, et toute la ligne de défense des Prussiens, prise à revers, tombait. La vietoire, plus difficile ainsi qu^en attaquant avec te gros des fofces vers Châlonvillarsy n'était pas moins complète. Le gros de l'armée ennemie, poursuivie par r^fort des nôtres sur Ghàlonvillars et Héricourt, n'avait plus de salut possible. Il fallait mettre bae les armes ou se voir acculer à un massacre sans
«xeœple^ sovm la mitraille de Belfort. Peut-être^ seuks^ quelques troupes de la droite eusseat pu ae sauver en gagnait précipitamment les Vosges^ et celles de la gauche, en se jetant vers la Suisse ou le duché de Bade» G*en était fait de cette armée ennemie, qui essuyait un désastre comparable au nôtre à Sedan, et perdait tout son matériel de siège.
L'armée de l'Est gagnait ensuite les Vosges^ menaçant les communications de la grande armée prussienne , et provoquait sans coup férir le déblocus immédiat de Paris et la retraite des Prussiens, poursuivis par nos armées, jusqu'en Champagne et en Lorraine.
La France était probablement sauvée.
Il n'en fut pas ainsi. Le général Bourbaki, menacé lui-même au Sud sur ses communications, fit par le Jura la désastreuse retraite dont nous trouvâmes, en quittant Belfort, les effroyables épaves tout le long du chemin. Le froid, la neige épaisse, le malencontreux armistice du 28 janvier, dont cette armée et Belfort étaient seuls exceptés, tout conjura pour achever la débâcle. L'armée entière y périt sans sauver un débris.
Les Prussiens, en acceptant ces batailles et ne levant pas le siège de Belfort, avaient joué quitte ou double avec une incroyable audace» et avaient gagné.
Ces combats se passant loin die la portée extrétne de
nos canons^ à plus de 5 ou 6 kilomèlres^ et nos reconnaissances trouvant du reste partout Tennemi sur ses gardes et en force dans les positions d'investissement, il ne nous était pas permis de tenter, à de pareilles distances et pour apporter un secours presque nul à une grande armée, un effort qui eût pu, dans de semblables conditions, amener la chute rapide de la place, et aurait annihilé par là la victoire du général Bourbaki, si quelques jours lui étaient encore nécessaires pour l'atteindre.
Ces défaites de l'armée de TEst enlevaient à Belfort l'espoir de jouer un rôle principal dans le salut du pays, en changeant, par sa seule présence, la retraite de Tennemi en un désastre complet.
Vainqueur de l'armée de l'Est, l'ennemi disposait contre Belfort d'environ 80 000 hommes, autant que nous en avons pu juger.
Aussi, il n'hésita plus à nous prendre Pérouse, qu'il avait, comme jadis Danjoutin, bombardé à l'aide de batteries de siège spéciales, et qu'il occupa dès le 22, après un demi-succès sanglant et coûteux pour lui.
De tous côtés l'investissement s'était resserré autour de nous, excepté au Nord-Est, où nous conservions encore notre première zone d'action, et les Prussiens pouvaient entamer l'attaque définitive des Perches. Ils eussent dû, en ce moment, profiter de
leur nombre pour reprendre en même temps celle abandonnée de Bellevue.
Mais ils étaient pressés d'en finir ; ils voulaient la chute de la place avant la cessation des hostilités en France, qu'ils sentaient proche. Ils voulaient donner à la prise de Belfort Tautorité d'un fait accompli et éviter, dans la signature des préliminaires de paix, toute discussion sur la cession de cette forteresse à l'Allemagne.
Cela les poussa, pour brusquer les choses, à tenter, dans la nuit du 26 au 27 janvier, deux jours avant la chute de Paris, le téméraire assaut qui leur coûta un si terrible échec.
Ils se décidèrent alors à laisser l'armistice se faire en France, et à profiter de l'exclusion qui nous frappait, pour tâcher encore de vaincre notre résistance avant la signature des préliminaires de paix.
Ils firent donc l'attaque pied à pied des Perches. Nous manquions de projectiles, malgré notre petite fabrication. Les ouvrages des Perches battaient médiocrement leurs abords^ et leur artillerie était presque complètement démontée.
Tout cela permit aux travaux d'approche d'aller vite; il devint nécessaire d'abandonner les Perches, que l'extrême rapprochement de l'ennemi mettait à peu près à sa merci. Enfin il y entra le 8 février, au bout de quatre-vingt-dix-sept jours de siège.
Les Prussiens occupaient alors seulement les po-
461 épiLoauÈ.
sitions qu'ils auraient eues dès le début même de rinvestissement si nous avions abandonné les rillages et les redoutes inachevées^ et renoncé à combattre constamment dans la campagne.
Les Allemands reprirent^ après le 8 février^ les attaques de Betlevue , qui rationnellement eussent dû avoir leur dénoûment avant celle des Perches, et travaillèrent aux batteries nécessaires pour écraser le Château.
Mais, quels que fussent leurs efforts, c'était encore ta besogne de cinq à six semaines^ car il fallait faire brèche aux escarpes, cheminer vers cette brèche sur les glacis de roc, et y donner Tassant sous nos feux de mousqueterie et la mitraille des pièces lisses.
L'ordre du gouvernement français de quitter la place nous trouva dans cette situation. Au moment même où il arrivait, et avant que nous le sussions, le général ennemi essaya encore mais en vain de le rendre nul, en amenant notre reddition par la menace d'une épouvantable recrudescence de son terrible bombardement.
Ainsi Belfort était encore debout après cent trois jours de siège, et alors que depuis seize jours la France entière était en armistice, et que notre canon seul troublait le silence de la patrie terrassée. Nous maintenions devant nous quatre-vingt mille enne* mis qui se faisaient encore renforcer par des troupes de Paris devenues libres après la capitulatién.
Enfin Boas srutîodb à la France^ ouverte maintenant de tous côtés, la porte dit midi et wm dernier bottleyard en Alsace.
L'écho lointain du canon de Belfort rompant de sa voix le silence général, déjà vieux de seize jours^ appuyait Téloqueûce de nos hommes d'État en lutte avec M. de Bismarck pour lui arracher cette con^ oesaion» et la perspective de la prolongation du combat devant cette fabrique de cadavres, comme Tap pelaient les soldats de Tarmée de siège ^ fut p^x^ahlement puissante à le faire céder.
Le siège de Belfort était par là terminé au bout de cent trois jours, dont soixante-treize d'un bombardement sans trêve, qui avait jeté sur la place plus de cinq cent mille projectiles, alors que Strasbourg, fameux par ses malheurs, n'en avait pas, sur une superficie dix fois aussi grande, reçu plus de cent cinquante à deux cent mille , c'est-à-dire les deux cinquièmes.
La garnison en proie à ce feu, à un froid terrible qui gela les pieds à tant d'hommes, aux épidémies, était diminuée du cinquième de son eflectif. Elle sortait avec douze mille hommes seulement, et grâce encore à ce que tous, pour peu qu'ils pussent se traîner, avaient fui les infirmeries pour nous suivre et ne pas rester avec les Prussiens. Enfin les blessures et les maladies en avaient fait passer dans les hôpitaux et les infirmeries , sans compter les
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morts sur le champ de bataille ou le rempart, plus de six mille durant 1% siège.
Ces chiffres donnent la mesure des souffrances et des fatigues endurées.
Mais tout cela n*était rien à côté du résultat obtenu : quatre-vingt mille Prussiens paralysés, yingtcinq à trente mille mis hors de combat par le feu ou les maladies, Belfort conservé à la France, enfin un succès véritable au sein du naufrage de notre prestige militaire, puisque la reddition n'a eu lieu qu'à des conditions fixées par le gouvernement français.