‹ La défense de BelfortChapitre 4 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La résistance souvent courte et inefficace de nos places fortes, dans la guerre que nous venons de soutenir contre les Allemands, a dû nécessairement frapper Topinion publique, et il est à craindre que Ton ne soit tenté d'en conclure à Timpuissance et à l'inutilité de la for tifica lion. Cependant la cause de ces faits se trouve bien plutôt dans le manque des éléments nécessaires pour utiliser convenablement nos forteresses que dans la nature même de leur rôle et des services qu'elles peuvent rendre.

Pour qu'une place paralyse un grand nombre

Il PRÉFACE

d'ennemis et résiste longtemps, il lui faut, en plus de ses remparts, des approvisionnements et une garnison suffisante. Il faut, en un mot, qu'on veuille, qu'on sache et qu'on puisse la défendre.

L'exemple de Belfort, qui a fait une longue et profitable résistanee, peut servir à montrer que les places fortes sont susceptibles déjouer un rôle utile et de premier ordre, dans la défense d'un pays, et qu^elles eussent pu nous rendre de grands services si, au lieu d'entreprendre une guerre hasardeuse, nous l'eussions préparée par toutes les mesures nécessaires de prévoyance.

C'est en . vue d'atteindre . ce but que cette relation de la défense de Belfort a été écrite. Elle n'est qu'un résumé du journal de défense du commandant supérieur, tenu au jour le jour, et relatant tout au long les mesures préparatoires et les péripéties diverses de la lutte*

On y a évité, autant que possible, tous les détails techniques de nature à n'intéresser guère que les officiers. Mais la vérité n'y a été nulle

répàcë . in

part altérée, et ceux qui désireront s'en convaincre ou entrer dans les détails d'exécution» pourront consulter le journal de défense, pièce officielle qui a pour contrôle tous les ordres et dépèches émanant du commandant supérieur, ainsi que tous les rapports qui lui ont été adressés chaque jour par les chefs de corps, commandants déposition ou d'opérations extérieures, et dont le recueil complet à écé déposé au ministère de la guerre, en même temps que le journal lui-mèmei

LA

CHAPITBE PREMIER

' lOLB IILITAllS DE LA'PLACB DE BBLPQIT

Notre frontière de l'est, avant la guerre malheureuse que nous venons de faire, était constituée du côté de rAUemagne par le Rhin. Mais ce n'était pas le fleuve qui, au point de vue militaire, formait de ce côlé le principal obstacle à une invasion allemande: c'était en Réalité la chaîne des Vosges.

Une armée qui fût passée du duché de Bade en Alsace en traversant le Rhin, malgré l'obstacle qu'il présente et les quelques petites places françaises qui en défendent les principaux passages , se serait trouvée enserrée en Alsace, ayant devant elle les Vosges, infranchissables pour peu qu'elles fussent

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défendues, et elle eût été obligée pour s'avancer en France , soit de descendre le long du Rhin pour gagner le nord des Yoéges, soit de remonter pour en gagner le sud.- - -

Le premier de ces partis est inadmissible, car, pour envahir la France par le nord des Vosges, les Allemands n'ont, comme ils l'ont fait du reste, qu'à franchir le Rhin chez eux.

Reste le second parti, qui mène à passer par la trouée existant entre le sud des Vosges et le nord du Jura. Ce parti est admissible, mais il conduit à franchir le Rhin en une région bien déterminée, au sud de l'Alsace, vers Huningue, près de la Suisse, pour se trouver en regard de la trouée et éviter une marche en Alsace, ayant les Vosges dans son flanc, et soumis au danger d'être pris à droite et en arrière par des forces françaises descendant des Vosges pendant le mouvement de l'armée envahissante, tandis qu'une autre armée viendrait de front lui bâçrer le chemin.

: Quand on a franchi le Rhin en ce point, les voies de communication menant vers l'intérieur et le midi de la France se présentent en deux faisceaux.

Le premier, le plus important, qui comprend la ligne du chemin de fer de Paris à Mulhouse, vient par Altkirch et Dannemarie, passer à Belfort même où se trouve la jonction de la ligne de Paris à Mul-^

house et d'une des lignes du réseau de Lyon passant à Besancon. C'est sur les routes de ce faisceau que Lecourbe a lutté contre Tinvasion, lors de sa belle défense de Belfort.

L'autre, plus au sud, vient aboutir à Montbéliard où il rencontre le chemin de fer et la route de Belfort à Besançon, qui, sans la présence de cette place, pourraient conduire vers Dôle et Chalon-sur-Saône. — De Montbéliard on peut marcher dans la direction de Paris pour se rendre maître des vallées du Doubs et de la Saône, soit par Héricourt et Lure où on rejoint la route de Vesoul et le chemin de fer, soit par Villersexel et Vesoul.

Montbéliard n'est pas fortifié, mais possède un ancien château dont on peut tirer parti en le combinant avec des ouvrages de fortification passagère, pour rendre la position assez solide, et une armée de défense qui s'appuierait sur cette position et sur Belfort, se trouvant maîtresse de toutes les routes qui passent entre les Vosges et le Jura, depuis le ballon d'Alsace jusqu'à la Suisse, pourrait efficacementfairetête aune tentative d'invasion de ce côté.

En supposant même qu'une pareille armée n'existât pas et que la place de Belfort en fût réduite à une simple garnison , elle rendrait à la défense l'immense service de forcer l'invasion à passer par Montbéliard, perdant ainsi jusqu'à Lure l'avantage d'user du chemin de fer.

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