‹ La défense de l'Europe contre la pesteChapitre 19 sur 69 · IG · texte numérisé non relu

IG

Marianne.

Tunis.

Providence.

Bône (Algérie).

Ma Loue L

Bône (Algérie).

Fortuna.

Alger.

10 ans.

Saint-Hilaire.

Alger.

Continuation.

Tunis.

Heureuse Marie.

Alexandrie.

Léonidas.

Constantinople.

Louqsor.

Alexandrie.

* Décès du garde de santé.

* V compris le médecin du lazaret.

' Décès de 3 gardes de santé.

* Y compris un garde de santé.

De cet exposé il ressort :

1° Que dans l'espace de plus d'un siècle (de 1720 à 1845)

15i LA DEFENSE DE L'EUROPE CONTRE LA PESTE.

alors que la peste était en permanence à Constantinople, en Syrie, en Egypte, et dans tous les États barbaresques, il y a eu au total, tant à bord des navires qu'au lazaret de Marseille, 73 cas de peste, plus ou moins confirmés, parmi lesquels 43 ont été suivis de décès, 24 à bord des navires et 19 au lazaret de Marseille.

2° Que depuis cinquante-deux ans, il n'a plus été constaté de cas de peste sur les nombreux bâtiments à voile et à vapeur provenant des pays contaminés de peste et arrivés dans le port de Marseille.

Marche des épidémies de peste et propagation de la maladie dans les localités atteintes.

Nous avons déjà démontré la transmissibilité de la peste par deux ordres de preuves : 1° par les faits d'importation ; 2° par les effets heureux de la séquestration et de risolement. 11 nous reste à étudier la marche des épidémies de peste, à suivre le mode de propagation de la maladie dans les localités atteintes, pour acquérir une démonstration complète de sa transmissibilité.

La peste a heureusement disparu aujourd'hui du cadre des affections européennes; si quelques foyers partiels ont pu naître de nos jours, ils ont presque toujours été rapidement concentrés et éteints, sans avoir présenté le développement d'une grande épidémie ; aussi ne pouvonsnous chercher dans la marche des épidémies de peste des arguments aussi irréfutables que pour le choléra, dont l'histoire plus moderne est mieux connue de nous. Cependant la marche de l'épidémie aux Indes britanniques, son extension de Bombay à Kurachie et à beau-

coup d'autres villes démontrent encore la contagion.

Plusieurs causes rendent ainsi la différence entre la peste et le choléra assez sensible.

Si, en effet, nous comparons l'histoire de la peste à celle du choléra, nous trouvons pour le choléra un berceau unique ; au contraire, les foyers de peste sont multiples.

Dans les grandes épidémies de 1830 et de 1847, nous voyons le choléra suivre une route presque identique ; si une différence existe dans la rapidité de propagation, elle sera seulement la conséquence de la plus grande rapidité des communications.

Enfin, comme je viens de l'indiquer, tandis que la transmissibilité du choléra trouve dans l'histoire des épidémies de cette maladie une démonstration évidente, la marche et la propagation des épidémies de peste ne peuvent servir d'argument aussi rigoureux à cette doctrine : dans le choléra, nous avons affaire à des faits récents, qui se sont passés sous nos yeux, dont chaque observateur a pu suivre et vérifier le moindre détail ; quel contrôle semblable avions-nous jusqu'à l'épidémie de Bombay, pour l'étude de la peste ? Il nous fallait recourir aux documents ou plutôt aux chroniques du moyen âge, nous contenter de descriptions incomplètes, de récits décousus. Nous faisions ce que fait le voyageur devant les fresques effacées des vieux maîtres : par une contemplation patiente, il retrouve d'abord un contour, puis une figure, puis un fragment de la composition ; s'il voit peu, ce qu'il voit est vrai ; c'est ainsi que, malgré les lacunes que nous venons de signaler, nous allons passer en revue quelques-unes des épidémies de peste dont la marche semble confirmer notre opinion.

La peste de Justinien se divisa en deux rameaux,

suivant les communications des peuples : d'un côté, elle envahit l'Egypte, l'Afrique du Nord ; de l'autre, la Syrie, l'Asie Mineure, Constantinople, suivant les côtes avant de pénétrer dans l'intérieur des terres ; en 543, elle régnait en Grèce et en Italie ; elle fut importée à Marseille, en 588, par un navire espagnol: la première maison attaquée resta entièrement vide par la mort de huit personnes ; on la signala à Avignon en 591 ; elle était répandue en Germanie en 555, en Scandinavie en 589 ; les bourgs étaient dévastés, les villes dépeuplées par la lues inguinaria.

Mercurialis s'exprime ainsi : « Dans les dernières années qui viennent de s'écouler (c'est-à-dire les années antérieures à 1576), Constantinople avait beaucoup souffert de la peste. Le mal vint ensuite en Sicile, puis à Trente, à Vérone, à Mantoue, et cette année 1576, à Venise, à Padoue, puis enfin à Milan. »

D'après Mercatus, en 1596, la peste était en Flandre, elle fut portée de Flandre en Espagne, à Santander. De 1596 à 1602, cette peste de Santander se répandit successivement par des fugitifs dans des provinces voisines, elle gagna Tolède, Madrid, Alcala, Séville, la Puebla, etc. ; en un mot, elle pénétra dans quatorze grandes villes d'Espagne et jusqu'à Lisbonne.

En 1693 l'Egypte, ou plutôt la Turquie, est en guerre avec les Vénitiens ; des vaisseaux français sont pris de force ou nolisés par les Turcs, pour transporter des troupes d'Alexandrie en Candie : la peste s'embarque avec eux.

Citons aussi ce grand faisceau de peste qui, parti en 1623 de la Turquie, se déploya sur la Pologne, sur l'Allemagne, sur toute l'Europe. Elle entre en France ; en 1626, 1627, 1628, elle était à Toulouse et à Lyon;

en 1629, à Digne et à Narbonne ; en 1630, à Montpellier. Dans le même temps, elle était en Suisse, chez les Grisons. Les Grisons, par des condottieri, la firent passer à Milan. C'est cette peste de Milan qui forme le touchant épisode du roman de Manzoni.

Au commencement du xvni^ siècle, la peste forme deux rameaux ; l'un qui, parti de Constantinople, parcourt la Hongrie, la Pologne, la Russie, la Prusse, le Danemark, la Suède ; l'autre, parti de Saïd ou d'Egypte, envahit Marseille et la Provence.

La peste fut importée à Marseille en 1720 par un navire, capitaine Château. Il avait perdu six hommes pendant la traversée ; la désinfection de ses marchandises causa la mort de quelques employés ; les passagers se dispersèrent. Bientôt après, en juillet, des symptômes suspects se déclarent dans un quartier populeux, les échevins font transporter les malades aux infirmeries ; l'affection se dissémina ; la peste se répandit dans Marseille.

On a fréquemment invoqué contre la transmissibilih'' de la peste l'immunité de l'Arabie, voisine de l'Egypte, ce foyer autrefois si actif de la peste. Le fait est démenti par l'assertion du célèbre voyageur Burckhard. Burckhard raconte que, vers 1816, les Égyptiens, faisant une expédition contre certains peuples de l'Arabie qui s'étaient emparés de leurs lieux saints, transportèrent la peste à la Mecque et qu'elle y fit de nombreuses victimes.

L'incertitude et le doute qui planent quelquefois sur la marche de ces épidémies, se retrouvent dans l'étude de leur propagation et de leur développement dans les localités atteintes. L'insuffisance de démonstration tient encore aux mêmes causes.

Toutefois, à Moscou, à Venise, partout où l'on a pu retrouver les traces de la contagion, on la suit pour ainsi dire pas à pas : c'est comme un incendie qui se communique de proche en proche et qui dévore tout ce qui est à la portée des flammes. Dans les grandes villes, dans les grands centres de population, remonter à la source du fléau est quelquefois difficile, mais la même difficulté ne se rencontre pas dans les petites localités.

Après avoir étudié le fait même de la transmissibilité, nous allons aborder la question du mode de transmission.

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