INCUBATION DE LA PESTE. — SA DUUEE
marchandises et les bagages des passagers arrivés le 8 juin par le navire du capitaine Jazidgi-Oglan. Ce portefaix ne mit jamais le pied à bord du navire infecté et ne fut employé qu'au transport des bagages et pendant leur débarquement. Les objets furent totalement débarqués le 11 juin, et ce portefaix tomba malade de la peste le 22, ce qui donnerait une incubation de onze jours.
Le D"" Carbonaro, dans les observations quïl a publiées à Naples, en 1847, a donné le tableau suivant des limites d'incubation fixées par les principaux auteurs : Duvigneau, 3 jours ; Wolmar, 4 ; Aubert-Roche, 8 ou 10 ; Grassi, 7 ; Zacchia, 10 ; Valli, 7 ; Ségur-Dupeyron, 8 ; Clôt bey 8 ; Russell, 10 ; Bulard, 12 ; Verdoni, 13 ; Siraud, 14 ; Edwards, 15 ; Maurice, de Toulon, 15.
Quoi qu'il en soit de ces chiffres divergents, il y a une sorte de chaîne d'affirmations qui constate que le maximum de durée d'incubation de la peste ne dépasse pas huit jours. Dans le courant de plusieurs années, dit Grassi, quelques milliers de personnes, de tout âge, de tout sexe, de toute condition, furent condamnées à subir une quarantaine d'observation de six jours, pour avoir été compromises avec des pestiférés. La maladie chez beaucoup d'entre elles s'est déclarée pendant leur isolement, mais jamais après six jours.
Pendant l'épidémie d'Égygte de 1835, Alexandrie d'abord, et le Caire ensuite, furent assez longtemps ravagés par la peste, alors qu'Abouzabel, situé à quatre lieues du Caire, était absolument indemne. Plusieurs individus qui étaient allés passer un jour ou même quelques heures au Caire sont revenus à Abouzabel rapportant en eux la peste à l'état d'incubation. Jamais la durée de cette incubation n'a dépassé six jours.
Enlin, comme nous l'avons vu, les bâtiments venant de quitter les lieux ravagés par la peste n'ont jamais eu la peste à bord plus de huit jours après le moment du départ.
Il y a dans tous ces faits une concordance remarquable, et, malgré quelques exceptions, nous pensons que l'on peut accepter que la durée de l'incubation de la peste ne va pas au delà de huit jours.
La Conférence de Venise de 1897, tenant compte des observations faites au cours des épidémies de 1717 à 1845 par Aubert -Roche, par Carbonaro, etc. , et des constatations plus récentes de Lowson, d'Aoyama, etc., qui ont assistée la dernière explosion de la peste à Hong-Kong, a proposé de fixer la durée de la période d'observation à dix jours. Par ce chiffre elle n'a pas entendu déterminer d'une manière absolue et scientifique le nombre maximum de jours pendant lesquels la maladie peut exister à l'état latent, mais la période pendant laquelle des mesures d'isolement doivent être prescrites.
On a fait remarquer, cependant, que l'incubation dans les formes de peste atténuée ou ambulatoire serait plus longue et pourrait peut-être durer plusieurs semaines.
Mais il n'a pas paru possible d'établir, pour ces cas de peste bénigne, d'autres règles que celles admises dans les cas qui apparaissent avec les caractères habituels au cours d'une épidémie.