‹ La défense de l'Europe contre la pesteChapitre 44 sur 69 · PROPHYLAXIE PAR LA VOIE MARITIME · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE PAR LA VOIE MARITIME

Mesures pendant la traversée.

Mer Rouge

Les mesures prises dans l'Inde, même si elles étaient plus complètes qu'elles ne le sont réellement, offriraient certaines garanties mais ne donneraient pas encore une sécurité absolue.

Un accident peut toujours survenir ; aussi faut-il pour le cas où la peste se montrerait à bord des navires, échelonner des obstacles sur son passage depuis l'Inde jusqu'au fond de la mer Rouge.

Ce n'est pas en Egypte et en Europe, c'est sur ces routes J lointaines qu'on doit attendre l'arrivée de la peste pour la combattre. Le canal de Suez est un défilé à la sortie duquel se fait un rayonnement immense de relations maritimes considérables avec tout le bassin de la Méditerranée.

La Conférence de Venise de 1897 a maintenu le système défensif qu'avaient déjà préconisé la Conférence de Venise en 1892 et la Conférence de Paris de 4894. Elle a décidé de garder les établissements sanitaires

fondés par ces Conférences : Camai'an, Aboii Saad, iVbou Ali, Vasta, Djebel-Tor, pour les pèlerins, les Sources de Moïse pour les navires ordinaires.

Une visite médicale place les navires dans les trois catégories suivantes : indemnes^ suspects^ ou infectés.

Les décisions de la première Conférence de Venise réglant le régime sanitaire des diverses catégories de navires ont été maintenues.

La station sanitaire des Sources de Moïse a reçu un accroissement. On a décidé la fondation d'un nouvel hôpital de douze lits. La Conférence a demandé que les améliorations et les créations décidées pour les Sources de Moïse, Caraaran, Abou Saad, Abou Ali, Vasta, fussent terminées dans le plus bref délai possible.

Le même vœu a été formulé pour Djebel-Tor, station sanitaire destinée à recevoir les pèlerins qui se dirigent vers le nord après l'accomplissement des fêtes de La Mecque et de Médine.

La Conférence a demandé encore l'augmentation du nombre des médecins internationaux qui font à Suez la visite médicale des navires venant du sud, des Indes et de l'Extrême-Orient avant le passage du canal de Suez.

Cette nouvelle garantie pour la visite médicale a une importance considérable, tout notre système de défense pour la protection de la Méditerranée et de l'Europe reposant sur le résultat de la visite médicale.

Le canal de Suez est un point mort que ne doit traverser aucun o;erme infectieux et conta sfieux.

Golfe Persique.

La Conférence de Paris de 1894 avait établi au golfe Persique un système de défense analogue à celui que la

Conférence de Venise de 1892 avait institué à Suez. Il s'agissait de protéger l'Europe contre des périls sans cesse renaissants. Cette défense est aussi utile contre la peste que contre le choléra. Le gouvernement anglais fit au système voté des objections d'ordre politique et d'ordre sanitaire.

Quant à nous, le but que nous recherchions avant tout était d'établir une protection efficace, c'était là le point capital ; nous fûmes alors amenés à chercher une autre solution, et nous substituâmes au projet voté à Paris l'organisation suivante qui fut adoptée par la Conférence à la presque unanimité. Ce nouveau système a pour premier avantage de placer le point d'arraisonnement à l'entrée du golfe Persique, au détroit d'Ormûtz. C'est là une garantie j)our la non-infection du golfe. Il évite en outre des pertes de temps pour la navigation en permettant aux navires, lorsque la durée de l'observation n'est pas terminée, lors de l'arraisonnement à Ormûtz, de passer le golfe Persique en quarantaine jusqu'à Bassorah oii les dernières opérations sanitaires seront effectuées.

Les intérêts de la navigation et la sauvegarde de la santé publique sont ainsi mis d'accord.

Mais en attendant que les études de ce nouveau projet soient terminées et que cette organisation fonctionne, il y a lieu de recommander au gouvernement ottoman et au Conseil supérieur de santé de Constantinople d'exercer sur ces régions une surveillance des plus efficaces et des plus rigoureuses.

Conseils de Constantinople et d'Alexandrie.

Le rôle capital que devront jouer les Conseils sanitaires d'Orient, d'Alexandrie et de Constantinople, dans

la direction et l'exécution des mesures prescrites contre la peste, dans la mer Rouge et au golfe Persique, nous indique combien la composition de ces Conseils devient importante et combien devra s'accroître leur autorité.

Le Conseil d'Alexandrie a déjà subi en 4892, à la première Conférence de Venise, une heureuse modification.

L'élément local du Conseil a été diminué, et il est devenu une institution d'un caractère plus international .

A Alexandrie comme à Constantinople, l'action des puissances européennes doit être prépondérante ; sous aucun prétexte, la direction des affaires sanitaires n'y peut être laissée sans les plus graves inconvénients aux gouvernements territoriaux.

Le Conseil de Constantinople, tel qu'il a été organisé par l'accord des puissances en 1840, a fonctionné avec indépendance pendant un certain temps.

Malheureusement le gouvernement ottoman lui a porté atteinte en allant plusieurs fois à l'encontre de ses décisions. L'influence du Conseil s'est amoindrie. Or il représente un intérêt sanitaire de premier ordre et sa ruine aurait pour la santé de l'Europe, pour l'intérêt du commerce et de la navigation, des conséquences désastreuses.

Nous espérons que la ratification de la Conférence de Paris de 1894 par le gouvernement ottoman, ratification douta pris acte la Conférence de Venise, va modifier ces dispositions regrettables. Il y a urgence; et si les Conseils sanitaires d'Orient méconnaissaient leurs devoirs, si par leur négligence nous étions exposés à de nouvelles invasions épidémiques, l'Europe devrait aviser.

Mesures à l'arrivée.

La Conférence de Venise a adopté les principes de la Conférence de Dresde qui sont ceux même de notre Règlement de police sanitaire maritime de 1896, avec cette seule différence que la Conférence de Venise ayant accepté pour la peste une durée d'incubation de dix jours au lieu de cinq pour le choléra, la durée de l'observation ou de la surveillance sanitaire a été également fixée à dix jours. L'application rigoureuse de notre règlement donne donc toute garantie pour la défense de notre territoire.

Un pays sur la Méditerranée a fixé d'une façon particulière l'attention de la Conférence; c'est le Maroc.

Elle a émis le vœu que la Convention fût communiquée au Conseil sanitaire de Tanger, afin de le mettre à même de prendre des mesures préventives contre la peste en harmonie avec les résolutions contenues dans cette Convention.

Nous savons mal ce qui se passe au Maroc, au point de vue sanitaire. Dans ces dernières années, le choléra y a régné. Le Maroc envoie des pèlerins à La Mecque. Quel traitement leur fait-on subir au retour ? Il y aurait pour nous un intérêt spécial à ce que nous eussions au Maroc un médecin sanitaire siégeant au Conseil de Tanger et qui nous renseignerait sur les événements sanitaires.

Tels sont les résultats de la Conférence de Venise de 1897. Tels sont les principes que MM. Barrère, Brouardel et moi y avons fait triompher.

Nous donnerons ici en annexe le procès-verbal de signature de la Conférence de Venise et le texte de la Convention qui a été signée le 19 mars 1897.

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