‹ La défense de l'Europe contre la pesteChapitre 9 sur 69 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

La peste à Bombay a presque exclusivement sévi au début sur la population hindoue et principalement parmi les Hindous sur une caste désignée sous le nom de Banyans^ et à qui ses habitudes végétariennes^ laissaient moins de résistance.

Quoique les musulmans soient très nombreux à Bombay, quelques-uns seulement au déKut ont été frappés.

On n'a cité d'abord aucun cas chez les Européens.

Les Parsis qui avaient été épargnés ont été ensuite atteints.

C'est dans le quartier de la ville indigène (Mandoï), oii la maladie a été originairement reconnue, que le plus grand nombre des décès se produisit.

A la fin de janvier l'inquiétude commence à se répandre parmi les résidents de Malabar-Hill, quartier privilégié habité par les familles aisées. Les riches indigènes Parsis, Musulinans ou Hindous qui y résident, et qui vivent dans les mêmes conditions de confort que les Européens, ne sont plus comme précédemment épargnés par la peste; celle-ci sévit très fortement dans le voisinage immédiat de Malabar-Hill ; il est vrai qu'elle continue à prendre surtout des victimes parmi les domestiques indigènes.

L'autorité locale commença alors à montrer plus d'activité. Un certain nombre de maisons furent journellement détruites après avoir été condamnées comme absolument insalubres. On a amélioré l'hôpital municipal et le gouverneur a mis à la disposition de la ville l'ancien palais du gouvernement à Parel pour y créer un nouvel hôpital de pestiférés. Il faut espérer qu'il sera mieux tenu que l'hôpital actuel, qui l'est extrêmement mal. Un seul médecin parsi a été chargé du service. Il est assisté seulement par six garçons indigènes. Le sol, mal entretenu et humide, reste souillé, étant à peine balayé.

La population de Bombay était de 900 000 habitants, lorsque la peste parut; 300 000 personnes ont quitté la ville depuis le commencement de la maladie.

L'existence de la peste bubonique à Bombay a été dénoncée seulement dans le courant du mois de septembre dernier, bien qu'il soit certain qu'elle sévissait dès le mois de juillet.

Pour se rendre compte des résultats statistiques, il faut prendre comme base de calcul le chiffre de la mortalité hebdomadaire depuis le mois de septembre 4890, comparé avec le chiffre de la moyenne de la mortalité des cinq dernières années pendant la même période. Le rapprochement de ces deux chiffres donne la différence de décès qui établit approximativement le nombre des victimes de peste.

A Bombay, on peut objecter que les privations causées par la famine ont amené des décès qui doivent rentrer pour une partie dans la différence constatée; mais, d'autre part, il faut considérer que la population est très diminuée par suite d'émigration, et que nombre d'habitants ayant quitté Bombay sont morts de la peste dans les provinces.

Depuis le mois de novembre seulement, les autorités municipales font figurer dans les bulletins hebdomadaires la nouvelle rubrique « fièvre bubonique », mais cette rubrique ne comprend que les cas de peste qui sont déclarés au service sanitaire. Or, les inspecteurs municipaux chargés de rechercher les malades de la peste et de constater les décès ne sont pas des médecins ; ce sont des fonctionnaires d'un rang très subalterne, sans intruction spéciale et que leur modeste situation peut rendre facilement accessibles aux sollicitations des familles, toujours intéressées à dissimuler les cas de peste; dans ces conditions, il est bien évident que l'on n'attribue à l'épidémie que les victimes qui portent des traces incontestables et visibles extérieurement, c'est-à-dire des bubons, et aussi les cas qui sont exceptiannellement reconnus et soignés par les médecins.

Beaucoup de décès n'ont jamais été signalés par le médecin ou par aucun autre officier du département sanitaire. Cependant le chiffre total des décès a pu être déterminé par un autre procédé, car des agents placés dans tous les cimetières et dans tous les endroits destinés à l'incinération tiennent un registre de tous les corps qui y sont transportés.

A Bombay, à la date du 30 octobre, pendant les cinq dernières semaines, le nombre des cas constatés était de 421 ayant causé 274 décès.

La moyenne des décès pendant les dernières semaines de décembre n'est que de 470 ; tandis que pendant la semaine finissant le 21 décembre 1896 on compta 1416 morts, soit un excédent de 946 ; sur ce total de 1416 décès les bulletins officiels ne mentionnaient que 226 victimes de la peste ; mais ce chiffre réduit ne trompa personne. On ne se fit plus aucune illusion sur l'intensité de l'épidémie

, . LA PESTE DE BOMBAY. il

qui s'était propagée dans toutes les directions avec les fuyards.

L'émigration indigène continua à être très active ; on évalua à plus de deux mille le nombre des personnes qui chaque jour quittaient la ville. Toutes les stations furent encombrées d'indigènes avec leurs paquets attendant pour trouver de la place dans les trains. Par contre il arriva de l'intérieur, soit par chemin de fer, soit surtout à pied, un certain nombre de malheureux chassés de chez eux par la famine et venant à Bombay dans l'espoir d'y obtenir quelques ressources. Ces malheureux, affamés, épuisés par les privations et les fatigues de la route, furent des victimes toutes préparées pour succomber à l'épidémie.

Nous donnons dans un tableau le relevé hebdomadaire de la mortalité à Bombay en 1896-1897, comparé à la moyenne de la mortalité des cinq dernières années pendant les mêmes périodes. La différence entre les deux chiffres permet d'établir approximativement la mortalité produite par l'épidémie de peste. Le chiffre donné parles documents officiels pour la mortalité de la peste est, comme on île voit sur le tableau, de plus de moitié moindre, 7 132'au lieu de 17 797.

Proust. — Peste.

Relevé hebdomadaire de la mortalité à Bombay depuis le mois de septembre 1896 jusqu'au 9 7nars 1897.

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