PROPORTION
de la MORTALITÉ p. 100.
ol .631
1890 (fia;; octobre)
Environ 68
La Perse, en raison, de sa position intermédiaire entre l'Inde, l'Afghanistan, la Russie et la Turquie, et aussi à cause de l'importance de ses relations, doit nous arrêter un instant. Elle a eu de 1851 à 1862 neuf épidémies de choléra. Toutefois, la Conférence de Constantinople n'a pas cru devoir, et avec raison, classer la Perse au rang des pays dans lesquels le choléra s'observe à l'état endémique. Mais les mauvaises conditions d'hygiène qui régnent dans l'Iran, les pèlerinages avec transport de cadavres, les sépultures temporaires et superficielles, sont autant de causes de transmission de la maladie et doivent à ce titre intéresser les gouvernements européens.
On avait également supposé, sur les bords de la mer Caspienne, vers Salian et le delta de la Koura, des foyers secondaires de choléra. L'endémie aurait été produite par des miasmes ou des contages qui, imprégnant les terrains d'alluvions, se seraient dégagés, suivant la théorie de Pettenkofer, lorsque le niveau des eaux souterraines serait venu à baisser.
J'ai parcouru tout ce pays et je n'y ai trouvé aucun signe de l'existence d'un foyer cholérique. Si cette région a été le siège de fréquentes épidémies, c'est qu'elle a été la route suivie à trois reprises par le choléra pour passer de Perse en Russie, de Recht à Bakou et à Astrakan.
Les épidémies observées il y a une vingtaine d'années en Russie sont aussi d'un grand intérêt. Les germes cholériques ont paru, se fixant sur certains terrains, y sommeiller pendant l'hiver et provoquer au printemps de nouvelles explosions durant plusieurs années consécutives. Le pèlerinage de Kiew est une cause de renforcement et de dissémination qui, pendant quelques années, a donné lieu à de nouvelles épidémies. Mais ce n'étaient là que des foyers secondaires, et le choléra n'est pas endémique en Russie. Les mêmes faits ont été observés en Hongrie.
La question du Hedjaz a une réelle importance. On a pu croire qu'il y avait dans ce pays un foyer originel de choléra permanent, et quelques auteurs ont pensé que l'épidémie qui a désolé l'Europe en 1865 avait eu dans le Hedjaz sa première origine. Dans le vallon de Mina, en 4865, on voyait entassés sur les cadavres des moutons plus de 30 000 cadavres de pèlerins, morts de fatigue ou de maladies diverses. On comprend quels ravages doit
exercer une épidémie sévissant au milieu d'une multitude semblable. Cependant quel que soit le mystère dont s'entourent les musulmans quand ils se livrent à leurs pratiques, si le choléra avait dans le Hedjaz un foyer originel, son existence n'aurait pu y être ignorée. Or, les voyageurs Niebuhr et Burkhardt, qui ont visité l'Arabie avant l'invasion de 1831, décrivent les maladies qu'on y observe habituellement et ne mentionnent pas l'existence du choléra.
Il résulte en outre des documents que nous possédons que depuis 1831 le choléra asiatique s'est montré à plusieurs reprises dans le Hedjaz, en 1835, en 1846, en 1848, en 1839, et presque continuellement de 1857 à 1865 ; il a encore apparu en 1872, en 1877, en 1881, en 1882, en 1883, en 1890 et en 1891. Il est établi, en outre, que, toutes les fois que le choléra s'est montré dans le Hedjaz, il a été une conséquence du pèlerinage de la Mecque, et qu'il a toujours été précédé de l'arrivée des pèlerins hindous.
Cette observation a été faite d'une façon extrêmement évidente pour l'épidémie de 1865. Quelques auteurs avaient cru que cette épidémie avait eu pour foyer d'origine primitif le Hedjaz, sans importation de l'Inde : or c'est là une erreur, et il est démontré que les premiers cas de choléra qui se sont montrés à la Mecque et à Djeddah ont été consécutifs à l'arrivée des pèlerins. En outre, depuis 1866, sept fois seulement le choléra s'est manifesté parmi les pèlerins de la Mecque, en 1872, en 1877, en 1881, en 1882, en 1883, en 1890 et en 1891. H y a donc eu entre chaque manifestation jusqu'à celles de 1881, et de 1883 à 1890, des intervalles de plusieurs années, d'où la conclusion que le choléra n'est pas endémique dans le Hedjaz, et que chaque fois, ou
le plus ordinairement au moins, il y renaît par importation.
Ainsi donc le Hedjaz n'est point un foyer originel de choléra asiatique. H y a dans le Hedjaz un milieu très favorable au renforcement, à la propagation et à la dissémination de l'épidémie, mais, pour que l'explosion ait lieu, il est nécessaire que le Hedjaz reçoive l'étincelle, et cette étincelle part de l'Inde. De môme, lorsqu'on a prétendu qu'il y avait eu développement autochthone à Hambourg (1831), à Berlin et à Londres (1848), à Aarau (1854), dans la prison de Genève (1855), on a mal apprécié ces faits, qui tous sont passibles d'une interprétation différente.
Le choléra n'a qu'un berceau, l'Inde, et cette partie spéciale de l'Inde que nous avons précisée. Il est toutefois endémo-épidémique dans d'autres régions de l'Inde et dans plusieurs pays de l'Extrême-Orient : Birmanie, Indo-Chine, Chine, Japon. Toutes les fois qu'il se montre en Europe, c'est qu'il a été importé. Mais comment cette transmission s'opère-t-elle? Les vents, l'atmosphère, peuvent-ils, comme on le croyait naguère, transporter le principe générateur du choléra à de grandes distances?
Évidemment, pour démontrer cette puissance de l'atmosphère comme agent de transmission, il faudrait qu'une invasion cholérique quelconque eût eu lieu sans l'intermédiaire d'un voyageur ou d'une provenance. Le principe générateur contagieux serait alors transporté par l'air à travers les mers et au-dessus des montagnes, mais jusqu'ici un semblable fait n'a pu être observé.
Le choléra est importé, il s'attache aux pas du voyageur. Déjà, dit Griesinger, dans les épidémies qui ont
ravagé l'Inde depuis 1817, on avait remarqué que la propagation se faisait surtout le long des grands fleuves qui se trouvaient en môme temps les voies principales du commerce. Les rives des fleuves étaient plus fortement atteintes que les parties plus éloignées, le choléra régnait de préférence le long des routes et de leur voisinage, et l'on fit cette remarque que la maladie ne se développa dans aucune localité qui n'eût reçu un malade du dehors. Cette importation du choléra va devenir absolument évidente pour les faits que nous observons en Europe.