‹ La défense de l'Europe contre le choléraChapitre 10 sur 89 · LA PROPAGATION ET LA DISSÉMINATION DE LA MALADIE. LE · texte numérisé non relu

LA PROPAGATION ET LA DISSÉMINATION DE LA MALADIE. LE

CHOLÉRA N'EST PAS ENDÉMIQUE EN PERSE, SUR LES BORDS DE LA MER CASPIENNE, DANS LE I1EDJAZ ET A LA MECQUE.

— LE DELTA DU GANGE EST LE SEUL BERCEAU DU CHOLÉRA ; MAIS IL Y A DES FOYERS ENDÉMO-ÉPIDÉMIQUES DANS L'iNDE, LA BIRMANIE, L'iNDO-CHINE, LA CHINE ET LE JAPON.

Le choléra qui, parti des bords du Gange en 1817, s'est étendu dans toute l'Europe, apparaissait-il pour la première fois dans l'Inde, ou était-il, avant cette époque, endémique dans ce pays ?

Les opinions qui ont été émises à cet égard peuvent être rangées sous trois chefs

M. Tholozan, qui défend la première (1), prétend que le choléra a de tout temps existé dans l'Inde et qu'on en retrouve les traces dans l'antiquité la plus reculée. D'après d'autres médecins (2), le choléra qui s'est montré jusqu'en 1817 différait complètement de la mala-

(!) Commentary of the bld. System of Medic. — Gaskain, Brit. and for. Me lie. Chir. Reuiew, 1817. — Tholozan, Du choléra dans l'Inde depuis le xvie siècle juqu'à la fin du xvmc (Gaz. médic, 1868).

(2) Tytler, On morbus Oryseus, etc. Calcutta, 1820. — Kiehl, Ursprung und die Verhulung der Seuchen. Origine et prophylaxie des épidémies éclaircies par l'histoire du choléra, 18G5.

die asiatique que nous observons aujourd'hui. « Toujours, dit Daremberg, le choléra qui a été observé dans l'Inde avant 1817 était du choléra nostras. » La Conférence de Constantinople n'a adopté ni l'une ni l'autre de ces deux opinions. Son rapporteur, Fauvel, sans rejeter absolument la présence possible du choléra asiatique avant 1817, remarque que la maladie, affectant à cette époque des allures toutes différentes, a été prise par le docteur Tytler pour une affection nouvelle, et qu'à partir de ce moment elle a revêtu un caractère très important pour nous, le caractère envahissant.

Ce pays, où la médecine était en si grand honneur que les Hindous disaient : « L'une des quatorze choses précieuses que les dieux ont produites en agitant l'Océan est un médecin instruit, » nous offre pourtant une grande pénurie de documents scientifiques. Les savants hindous confondent indistinctement les maladies épidémiques ou contagieuses qui dévastent leurs contrées sous la vague dénomination de peste. Et là, où le secours de l'histoire nous deviendrait le plus utile, nous rencontrons les lacunes laissées par la conquête musulmane, alors que le génie hindou, après avoir atteint son plus haut degré de puissance, commence la longue période de son déclin.

Il y a cependant certains points sur lesquels le doute n'est pas possible.

Il faut rejeter toute interprétation des textes qui indiqueraient dans l'antiquité le choléra vrai asiatique, dans les Hippocratiques, ou dans Arétée, Celse. Galien, Caelius Aurelianus, Paul d'Egine, Alexandre de ïralles, etc.

Il s'agit pour tous ces auteurs du choléra nostras ypkspr, des Grecs, mais non du choléra asiatique.

Il en est tout autrement dans les auteurs hindous :

Taylor, dans un manuscrit sanscrit a trouvé et prouvé que le Metsoneidan est l'épidémie indienne du vrai choléra.

En Chine le nom Ho-luan s'applique à des épidémies terribles qui ont été le choléra. Les descriptions probantes sont de l'époque correspondant à Hippocrate, Socrate, Périclès, Confucius.

Pour les premiers explorateurs la patrie du choléra était au nord du golfe du Bengale entre le Brahmapoutra et le Manahuddy.

Je rappellerai que les Portugais ont abordé l'Inde les premiers en 1498, puis les Anglais et un peu avant les Hollandais vers 1577.

Les récits des voyageurs, les chroniques, les relations médicales, donnent quelques lumières sur la question de l'antiquité du choléra dans l'Inde (1).

Toutefois les récits de Marco Polo, qui visita lTndo-Chine et les îles de la Sonde vers la fin du xiir3 siècle, ne font aucune mention de l'existence du choléra dans ce pays. Nicolo Conti, qui voyagea en Orient dans la première partie du xve siècle, garde le même silence à cet égard. Poggio Bracciolini, qui raconte le voyage de Conti, affirme qu'on ne voit dans l'Inde aucune de ces épidémies qui dévastent si souvent l'Europe, et cependant Conti avait traversé l'Inde et il avait accompagné les armées dans différentes expéditions.

Mendès Pinto, autre voyageur du xvie siècle, fut plusieurs fois pris et vendu comme esclave. A son retour en Portugal, en 1558, il fit la relation de ses excursions. Il s'étend sur les maladies qu'on observe dans l'Inde, mais sans faire aucune allusion à la présence du choléra. Il raconte qu'au siège de Prom par le roi de Burmah, une épidémie terrible se déclara sur l'armée, enleva 80 000 hommes,

(I) Susruta, Éd. Hessler, liv. III, p. 110. — Thévenot, Relation de rindostan. Paris, 1684. — Dellon, Relation d'un voyage aux Indes orientales. Paris, 1685. — Sonnerat, Voyages aux Indes orientales et à la Chine. Paris, 1782. p. 114.

parmi lesquels se trouvaient 500 Portugais ; mais rien dans sa description ne peut faire supposer une épidémie de choléra.

C'est parmi les chroniqueurs que nous trouvons la première mention de choléra dans l'Inde. En effet, Gaspard Correa, chroniqueur portugais, dont le récit a pour nous un très grand intérêt, donne deux relations d'épidémies cholériques. La première est tirée de Lendas da India (1) (Académie de Lisbonne).

Dans, ces premières descriptions du choléra, la maladie est toujours appelée uma d'or (une douleur ou une angoisse).

Quarante ans plus tard, en 1543, Correa relate une autre épidémie qui se montra à Goa. M. Gaskain, qui a commenté Correa, fait remarquer que le chroniqueur portugais, dans le titre du chapitre xxiv que nous citons ici, désigne le choléra sous le nom d'une maladie nouvelle. « De la grande mortalité de Goa, par suite d'une nouvelle épidémie, appelée mordixin (mort de chien), et de la difficulté qui s'ensuivit pour les funérailles d'un si grand nombre de personnes. »

M. Tholozan prétend que, si Correa a parlé d'une maladie nouvelle, c'est que les Portugais, nouvellement arrivés, n'avaient probablement pas été témoins encore d'une épidémie aussi intense que celle de 1543.

Nous avons de cette épidémie de Goa une autre relation réellement scientifique d'un médecin portugais, Garcia d'Orta. Son ouvrage parut à Goa en 1563, sous ce titre : Les simples, les drogues et les médecins de l'Inde. Cet ouvrage a la forme d'un dialogue ressemblant beaucoup à celui que J. de Bethencourt imagine entre le gaiac et le mercure dans son Nouveau carême de pénitence et purgatoire d'expiation a l'usage des malades affectés du mal français. On y retrouve la même forme originale. Le dialogue entre l'arbuste costo et la collerica passio est reproduit dans la Revue médico-chirurgicale britannique et étrangère.

Bontius (2) médecin de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, observa également une épidémie à Batavia en 1629. Sa description est très inférieure à celle de Garcia d'Orta (3).

Nous arrivons à une époque mieux connue de nous. Dans les

(1) C'était au printemps de l'année 1503, l'armée de Zamorin ne perdit pas moins de 20 000 hommes, indépendamment des blessés. En outre il y avait une affection foudroyante qui frappait de douleurs dans le ventre et enlevait les hommes en moins de huit heures.

(2) J. Bontii, In Indiis arcldatri de mëdic. Indorum, lib. IV.

(3) Le gouverneur général des Indes succomba au choléra, que Bontius avait pris pour une affection des voies respiratoires.

dernières années du xvnie siècle, de 1781 à 1791, on observa dans l'Inde un certain nombre d'épidémies cholériques. Je citerai entres autres la grande explosion qui eut lieu au mois d'avril 1783 à Hurdwar. Cette ville est un lieu de pèlerinage fameux pour les Hindous. A peu près en même temps on aurait observé une épidémie du même genre à Travancore, ville très éloignée d'Hurdwar. Hurdwar, en effet, est situé au nord de l'Hindoustan, tandis que Travancore est au sud de la péninsule.

La Conférence de Constantinople parait considérer ces deux épidémies comme absolument différentes, tandis que, pour M. Tholozan, ce seraient là simplement deux étapes d'une même épidémie. Pour lui cette grande épidémie de 1781, de 1782 et de 1783, a débuté près de Candjam, dans la partie nord du territoire connu sous le nom des Cinq-Circars ; de là elle se serait étendue au sud de la péninsule d'une part, et de l'autre elle aurait gagné le nord de l'Inde en passant par Calcutta. Ses ravages ne se seraient arrêtés qu'à Hurdwar, dans le point où le Gange sort des montagnes pour se rendre dans la plaine à 160 kilomètres au nord-est de Delhi, à 1024 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Nous sommes loin, dit M. Tholozan, de connaître exactement l'histoire de ce fléau. Toutefois, ces traits suffisent pour montrer que, dans la deuxième moitié du xvme siècle, il y a eu dans l'Inde une grande manifestation cholérique qui, débutant à 315 milles environ au sud-ouest de Calcutta, et tout à fait en dehors du delta du Gange, a parcouru, en deux années, la péninsule et l'Inde centrale, marchant dans les premières localités du nord au sud, et dans les secondes du sud au nord.

Si l'on tient compte aussi de l'épidémie de la côte de Coromandel qui a pu être importée à Maurice, si l'on tient compte des épidémies d'Hurdwar et de Travancore, qui peuvent n'être que deux étapes d'une même épidémie ayant débuté près de Candjam, on doit accepter que le choléra asiatique n'a pas dans l'Inde une origine aussi récente que Daremberg l'affirme; son antiquité dans ce pays nous paraît au contraire démontrée.

Quelle que soit d'ailleurs l'époque à laquelle cette maladie ait fait son apparition dans l'Inde, il est évident qu'elle a l'Inde pour berceau et cette partie de l'Inde

Proust. — Choléra. 4

placée entre le Gange et le Brahmapoutra ; mais le choléra se montre-t-il sur tous les points de ce vaste pays avec la môme fréquence ?

La Conférence de Constantinople a nettement formulé les desiderata de la question; toutefois, elle n'a pu préciser les points où le choléra a toujours été endémique, les séparer de ceux où il ne s'est montré que plus tard; il lui a été également impossible d'indiquer les principales épidémies qui ont régné dans l'Inde depuis 1817, avec leur point de départ, leur marche et leur point d'arrivée. Cependant elle a conclu qu'il n'existe dans l'Inde qu'un petit nombre de foyers endémiques de choléra, et elle les a classés, suivant le plus ou moins de fréquence de la maladie, en trois catégories :

1° Le choléra règne de préférence, comme maladie endémique, avec une tendance à devenir épidémique à certaines époques, dans le Bengale en général. Il sévit dans les stations de Cawnpoor et de Allahabad, mais surtout dans la ville de Calcutta. Il se montre aussi à Arcot, près de Madras, et à Bombay.

2° Le choléra apparaît comme maladie épidémique, tous les ans ou presque tous les ans, à Madras, Conjeveram, Pooree, Tripetty, Mahadeo, Trivellore et d'autres localités où ont lieu des agglomérations de pèlerins hindous.

3» Il se montre encore comme maladie épidémique, mais à des époques indéterminées, dont les intervalles ne dépassent pas pour la plupart la période de quatre ou cinq ans, dans les provinces du nord-ouest de l'Hindoustan, ainsi que dans les parties des présidences de Madras, de Bombay, et dans le Pégu.

Nous ignorons encore la cause réelle de l'endémicité du choléra dans l'Inde.

Quelques-uns l'ont attribuée aux alluvions du Gange et du Brahmapoutra rendues plus pernicieuses par un soleil brûlant, une quantité considérable de matières organiques, animales et végétales, en fermentation permanente sous un climat chaud et humide. D'après cette opinion, le choléra ne serait que l'infection de l'économie par les matières organiques fermentées s'échappant de ces terrains. Mais bien d'autres fleuves que le Gange donnent lieu à de pareilles alluvions, et cependant le choléra n'est pas endémique sur leurs bords. Cette hypothèse d'ailleurs, comme celles que nous allons maintenant examiner, a perdu aujourd'hui beaucoup de sa valeur depuis la découverte du bacille spécifique du choléia.

Suivant une autre hypothèse, l'endémicité du choléra dans cette région serait due à la coutume traditionnelle d'abandonner au cours du fleuve sacré des cadavres à demi brûlés. Mais ce n'est pas exclusivement sur les bords du Gange que le choléra a son berceau : d'autres foyers de la maladie sont loin du fleuve sacré.

On a encore voulu expliquer la permanence du choléra et sa plus grande fréquence depuis la fin du siècle dernier par la ruine des grands travaux hydrauliques exécutés autrefois dans ce pays. Grâce à ces travaux, la circulation des eaux était rendue facile et ne donnait pas lieu à ces stagnations si favorables à la fermentation des matières organiques. Mais ces travaux de canalisation exis-

taient surtout dans le Carnatic, au sud de la péninsule. D'après les affirmations de Goodeve, qui a donné tous ces renseignements à la Conférence de Constantinople, le delta du Gange et du Brahmapoutra n'a jamais eu de ces travaux hydrauliques, et les eaux y ont coulé depuis des siècles dans les mêmes conditions. D'ailleurs, ils seraient irréalisables aujourd'hui dans l'immense territoire parcouru par le Gange : le sol y est très peu élevé, et au mois de septembre, à l'époque de la grande crue, les eaux s'écoulent sur une étendue de plus de 100 milles de largeur avec une violence et une rapidité qui se trouvent encore accrues par la multitude énorme d'affluents qui se déversent dans le fleuve. Le travail publié par la mission allemande qui s'est rendue aux Indes en 1883 nous a fourni à cet égard des renseignements intéressants (1).

Dans le delta du Gange, borné à l'ouest par le fleuve Hoogly qui est un bras du Gange, à l'est par le Brahmapoutra, de même que le long des bords du Gange en amont jusqu'à Bénarès, le choléra règne constamment. La partie supérieure du delta est parsemée de lieux habités, tandis que la base du triangle est complètement inhabitée. Ce territoire non peuplé s'appelle Sundarbans, il comprend 7500 milles anglais et se sépare de la partie habitée du delta par une ligne très prononcée. C'est là que le Gange et le Brahmapoutra se fondent en un cours d'eau dans lequel reflue, au moment des fortes marées, l'eau de la mer ; il en résulte également des inondations régulières du Sundarbans.

(1) Rapport de MM. Koch et Gtiflky, sur les travaux de la mission allemande du choléra en Egypte et dai'S l'Inde (Arbeiten aus dem kaiserlichem Gesundheilsamle, 111, Berliu, 1887). — Conférence sur le choléra, faite à l'Office sanitaire impérial allemand le 26 juillet 1884, par M. le Dr R. Koch. D'après la Deutsche medicinische Wochenschrift, de P. Bœmer.

CHOLÉRA DANS L'INDE. o3

Dans cette contrée, inaccessible à l'homme à cause des tigres nombreux qui l'habitent, et des fièvres pernicieuses qui y régnent, il existe une végétation luxuriante ; d'énormes quantités de déchets organiques sont en décomposition continuelle dans les marais du Snndarbans, et l'on comprend facilement qu'il s'y développe plus que partout ailleurs une grande quantité de microorganismes. Cela est vrai, surtout à la frontière de la partie non habitée du delta, là où les fleuves charrient les vidanges des habitants et les mélangent à l'eau saumâtre qui contient déjà de grandes masses organiques en décomposition.

Dans ces conditions toutes spéciales, on comprend qu'une faune et une flore particulière de microorganismes dont fait probablement partie le bacille cholérique puisse se développer. Car tout indique que c'est là la source du choléra. Toutes les épidémies ont débuté par une augmentation des cas de cette maladie dans le sud du Bengale.

En outre, le bacille-virgule trouve encore dans ce milieu les conditions les plus favorables à son développement et à sa transmission de l'homme à l'homme.

Calcutta, située sur la rive gauche de l'ïïoogly, renfermait en 1883, 430 000 habitants, ses faubourgs en comptaient 250000.

Si, dans certains de ses quartiers habités par les Européens, Calcutta renferme des palais et des monuments dignes d'une capitale européenne, le plus grand nombre des habitants a pour demeure de misérables huttes, et, dans les quartiers les plus riches, on trouve beaucoup de bushees, nom par lequel on désigne les petites agglomérations de cabanes.

Mais ce qui intéresse surtout l'hygiéniste, c'est la

grande quantité de tanks que Ton y rencontre. On donne ce nom à des flaques d'eau, réservoirs ou étangs. Leur nombre est extrêmement considérable, ainsi qu'on peut s'en assurer par l'examen de cinq plans annexés au livre de Koch et Gaffky, plans qui représentent quelques quartiers. La situation spéciale de la capitale de l'Inde explique comment ces tanks ont pris naissance. Le sol ne s'élève pas au-dessus du niveau de la mer, et la partie inférieure des maisons serait facilement submergée lors de la saison des pluies, si elles n'étaient construites sur un emplacement élevé. Celui-ci ne peut être constitué qu'aux dépens de la terre du voisinage, et c'est ainsi qu'auprès de chaque groupe de maisons existe une dépression plus ou moins profonde et plus ou moins remplie d'eau, suivant la saison. Cette eau sert aux usages domestiques, aux bains ; elle reçoit aussi les excréments. Pendant la saison sèche, le niveau du tank baisse de plus en plus et quand approche la saison des pluies, il ne renferme plus qu'une boue noirâtre, fétide, sale, et qui ne diffère guère du contenu de nos égouts.

Pedler, a analysé 200 échantillons d'eau des tanks ou des puits de Calcutta : 44 fois sur 100 on a affaire à du sewage pur, 22 fois à du sewage dilué, 20 fois à de l'eau mélangée à une forte proportion de sewage, 9 fois on doit qualifier l'eau de sale, 4 ou 5 fois on peut dire que l'eau est passable. On obtient une eau analogue à celle des tanks, en mélangeant six parties d'eau potable avec une ou deux parties de sewage concentré des égouts de Calcutta.

L'eau de l'Hoogly sert également à la consommation des indigènes. Elle n'est pas bonne. Koch et Gaffky ont placé, en tête de leur ouvrage, la reproduction d'une photographie provenant d'un des points où l'on vient recueillir l'eau. On voit le peu de profondeur du fleuve

à cet endroit, la quantité de bateaux amarrés et les diverses occupations auxquelles se livrent les indigènes.

Mais depuis le 1er novembre 1869, la ville de Calcutta est approvisionnée d'eau filtrée, qui est puisée à 16 milles en amont de Calcutta. Elle passe d'abord dans des bassins destinés à laisser déposer les sédiments, puis dans d'autres bassins dont le fond est couvert de sable que l'eau traverse.

La commission allemande a étudié dans tous ses détails le château d'eau de Calcutta. L'eau qui en sort est absolument purifiée. Elle ne renferme pas plus de bactéries que l'eau qui sert à alimenter Berlin et l'on n'y a trouvé que quinze à deux cent cinquante colonies par centimètre cube.

Le rôle de l'eau dans l'étiologie du choléra de Calcutta est capital. A la fin de 1869 on livre de l'eau filtrée à la consommation, le chiffre de décès cholériques, qui dépassait 4000, tombe à 1558. L'année suivante il est de 796 seulement. De 1870 à 1884 la moyenne est de 1488 décès. Les vingt-six années précédentes, deux fois seulement le chiffre des décès était inférieur à 3000, et seize fois supérieur à 4000 (Macpherson et Macnamara).

Le tableau suivant donne à cet égard des indications précises.

Choléra à Calcutta.

Années.

Décès annuels.

Choléra à Calcutta (suite).

Années. Décès annuels.

1869 3582 inauguration de la canalisation d'eau 8.2

On voit que l'amélioration a succédé à la distribution de l'eau filtrée.

En outre la banlieue de Calcutta, qui ne reçoit pas cette eau, présente toujours la même mortalité, qui est également constatée clans tout le reste du Bengale où il n'y a pas eu de travaux d'amenée d'eau.

A Bombay le choléra est aussi en voie de décroissance. L'amélioration du régime des eaux y a aussi la plus grande part. On ne trouve pas dans cette ville les tanks observés à Calcutta.

Une partie de Bombay est bâtie sur le roc. Cependant, la mortalité cholérique y est la même que dans le reste de la /ille qui repose sur l'alluvion. Cela ressort de l'analyse de M. Weir et surtout de la carte placée dans le rapport allemand. On pourrait objecter que le rocher de Bombay, comme celui sur lequel est bâti Malte, doit être poreux et que, partant, il permet l'existence d'une nappe souterraine. Nous verrons plus loin que c'est de cette façon que Pettenkofer explique l'existence du choléra à Malte. Mais le roc de Bombay n'est nullement poreux. Il ne se laisse pénétrer au plus que par 2,35 p. 100 de son poids par l'eau au lieu de 30 p. 100 comme à Malte. 1

Quelles sont les circonstances adjuvantes qui favorisent le développement et la propagation des épidémies de cette maladie dans l'Inde?

Les saisons chaudes doivent être considérées comme très favorables au développement épidémique : ainsi, au Bengale, le choléra revêt la forme épidémique pendant les grandes chaleurs, d'avril en août.

Dans les provinces du nord-ouest, les plus grandes épidémies, notamment celle de 1851, ont sévi surtout

pendant les mois de juillet et d'août, et se sont terminées au commencement de l'hiver.

Dans la présidence de Madras, où les saisons sont moins tranchées, c'est aussi dans la période la plus chaude de l'année que le choléra se montre épidémiquement avec le plus d'intensité.

Enfin, la grande manifestation de Jessor en 1817 commença vers le mois d'août; mais, s'il est impossible de méconnaître que la saison chaude exerce une influence favorable au développement épidémique du choléra, ce n'est là, comme l'a fait observer Fauvel, qu'une circonstance adjuvante, soumise à de nombreuses exceptions, et on ne saurait y voir une condition nécessaire et indispensable au développement épidémique.

Je laisse de côté toutes les autres causes banales qui ont été invoquées et qui seraient également applicables à toutes les épidémies ou maladies : conditions d'âge, de sexe, de tempérament, etc., et j'arrive à la cause adjuvante par excellence, celle qui va devenir un agent de renforcement et de dissémination de l'épidémie, je veux parler des grandes agglomérations et migrations d'hommes, des foires et surtout des pèlerinages qui s'accomplissent à ces époques déterminées dans plusieurs localités de l'Inde. Je ne parlerai que des pèlerinages les plus importants; ce que je dirai des uns, d'ailleurs, sera applicable aux autres.

Hurdwar ou Gangadwara (les portes du Gange) est un lieu de pèlerinage et de foire fameux (1). En 1783, il s'y

(1) La réunion a lieu tous les ans à la pleine lune d'avril, et le pèlerinage y est réputé tous les douze ans plus efficace qu'à l'ordinaire. L'année 1783 était une de ces douzièmes années considérées par les Hindous comme plus propitiatoires que les autres. Comme Hurdwar est situé dans le point où le Gange pénètre dans l'Hindoustan, cette ville est plus que

CHOLÉRA DANS L'iNDE.

trouvait réuni plus d'un million d'individus, lorsque le choléra éclata et fit périr 20 000 hommes dans l'espace de huit jours. Comme nous l'avons vu, quand cette foule se dispersa, l'épidémie s'éteignit sans se propager. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Le choléra se montre tous les ans à Hurdwar à l'époque de la foire.

Jugurnath, sur la côte d'Orissa, au nord-ouest du golfe de Bengale, est aussiun lieude pèlerinage des plus vénérés. Les cérémonies y ont lieu dans les mois de juin et de juillet.

Je citerai également Conjeveram, qui est situé à 45 milles au sud de Madras, et qui voit arriver chaque année pendant le mois de mai plus de 20 000 pèlerins.

Les phénomènes que l'on observe à Hurdwar, à Jugurnath, à Conjeveram. sont partout les mômes et se montrent également dans toutes les autres localités qui sont

toutes les autres stations du fleuve visitée par les pèlerins. La facilité que l'on a pour y arriver des différents points de l'Asie augmente encore le pèlerinage. Les ablutions dans le (Jauge sont le grand rite pratiqué par les Hindous; ces ablutions commencent dans le mois de chaitra, quand le soleil entre dans le signe de mina ou des poissons, et elles finissent quand le soleil entre dans le bélier. Chaque douzième année est célébrée avec des réjouissances et appelée le Cumbh Mêla.

Les ablutions à ces époques duodécimales sont considérées comme beaucoup plus efficaces. Le 10 avril est le dernier jour des purifications. La foire qui a lieu à l'occasion de ce pèlerinage est l'objet d'un trafic très étendu : elle était autrefois la plus considérable de l'Inde; il y venait des marchands du Pendjab, de la Tartarie, de Cachmir, du Radjpootanah. Hardwick, qui était au Cumbh Mêla de 179G, évalue â deux millions et demi la multitude assemblée. Douze ans après, Râper estime à deux millions le nombre des pèlerins.

La mortalité cholérique dans la province du Pendjab a été, les deux années de pèlerinage 1867 et 1879, c'est-à-dire à douze ans de distance, de G9281. Pendant les treize autres années de 1865 à 1881, il n'y a eu en tout que 41649 décès, les deux tiers.

Dans ces deux années de pèlerinage, les mois d'avril, mai, juin et juillet ont fourni 51 705 décès : dans les treize autres les mêmes mois n'en fournissent que 9511, moins du cinquième.

le siège de foires et de pèlerinages. Les pèlerins affluent de toutes parts dans ces lieux sacrés, ils arrivent épuisés par la fatigue et la misère, ayant souvent fait plusieurs centaines de lieues, presque toujours à pied, sous un soleil brûlant. Leur condition va s'aggraver encore ; dans ces endroits il y a partout des tanks dans lesquels des milliers d'hommes se baignent et dont ils boivent l'eau. La mauvaise nourriture, l'eau potable souillée, la débauche, vont s'ajouter à l'encombrement pour devenir une nouvelle cause de développement épidémique. La maladie se trouve ainsi renforcée ; la mortalité est considérable, mais ce n'est pas tout : quand cette multitude va se disperser, elle va semer partout le choléra sur son passage et devenir ainsi un agent des plus actifs de la propagation de la maladie. Après avoir été un agent de renforcement, elle va devenir un agent de dissémination.

Pettenkofer, s'appuyant sur le travail de Brydden, a essayé d'établir qu'à Jugurnath (1) et aux environs, le choléra est surtout fréquent au mois de juin, alors que les principaux pèlerinages ont lieu en mars et avril. La prédominance du choléra au mois de juin tenait, d'après lui, à ce que ce mois correspond au niveau le plus inférieur de la nappe souterraine. L'enquête de Koch aboutit à des résultats tout différents. La nappe d'eau souterraine se comporte exactement à Jugurnath comme à Calcutta. Dans les deux villes la saison des pluies commence, en mai et finit au début d'octobre. D'autre part la fête du mois de mars n'est pas la seule. Il y en a une beaucoup plus fréquentée au mois de juin. 11 y en a même encore une, moins importante il est vrai, en novembre et celle-ci se traduit à son tour à Jugurnath par une certaine

(1) Ce pèlerinage est appelé Puri dans les documents allemands.

augmentation du nombre des décès cholériques. On a donc le droit de dire que, à Jugurnath, le choléra est surtout lié à l'arrivée des pèlerins. En revenant des lieux saints les pèlerins deviennent à leur tour l'origine de cas secondaires, c'est pour cela que, dans toute la province, les décès cholériques sont surtout fréquents en mars, en juin et juillet.

Ces lieux de pèlerinage ne doivent pas être considérés comme des foyers d'endémie cholérique : le choléra s'y éteint après le départ des pèlerins, et il n'y reparaît, plus ou moins périodiquement, qu'à l'occasion d'un nouveau pèlerinage. Il est donc probable que, dans beaucoup de régions de l'Inde comme ailleurs, l'importation du choléra est la condition nécessaire de son développement épidémique.

Fauvel avait déjà repris, en 1883, cette question de l'endémicité du choléra dans l'Inde et de l'opposition qui existe entre les foyers endémiques et les grandes épidémies; il est arrivé à des conclusions que nous exposerons dans un autre chapitre en parlant des immunités cholériques.

Le choléra présente, dans certains pays en dehors de l'Inde, des caractères de fixité et de permanence si particuliers, que certains auteurs ont cru que cette maladie y existait à l'état endémique.

Les épidémies (1) qui se perpétuent depuis soixante ans en Birmanie, dans l'Indo-Chine, l'Annam, le Tonkin,

(1) Les premières extensions indiennes, chinoises et autres vers la côte de Malabar et au delà vers la Chine et l'Hymalaya sont les premières épidémies constatées (avant 1812).

les villes ouvertes de la Chine, la Corée, le Japon, les îles hollandaises de l'archipel indien, l'Afghanistan, le Béloutchistan, viennent à l'appui de cette opinion (1).

Il est démontré, d'après les communications d'Armand, que le choléra est endémique clans le vaste delta formé par le réseau inextricable des mille branches du Cambodge et de la rivière de Saigon. Le choléra asiatique, dit l'ancien médecin en chef de l'hôpital de Saïgon, endémique dans la Basse-Cochinchine, devient endémoépidémique à la mousson du nord-est, la saison sèche et chaude de l'année, c'est-à-dire de novembre à mai, mais surtout pendant les mois de mars et d'avril.

Les rapports qui existent entre la France et les pays d'Extrême Orient, la Cochinchine, le Cambodge, FAnnam et le Tonkin nous engagent à donner relativement à ces régions des renseignements plus complets. Je dois ces indications à MM. Lemardeley et Moty pour le ministère de la guerre, et à M. Treille pour le sous-secrétariat des colonies. Je les remercie de leur obligeance.

Le choléra est endémique au Tonkin, en Annam et en Cochinchine depuis de longs siècles. (Légende de Liong-than, qui date du 111e siècle de notre ère et qui est insérée dans un recueil historique du xiv° siècle.)

Il s'y manifeste en permanence sous forme de cas sporadiques, et au printemps et en automne par des recru-

(1) On avait cité également l'Arabie. Sans doute le choléra a fait plusieurs apparitions dans l'Arabie intérieure, et notamment en 1854, 18G2, 1863 (Palgrave). En 1854, à Riad, ville capitale du Nedjd, un tiers de la population périt; tous les districts furent visités par le fléau, à part le Sedeyr, situé à une altitude exceptionnelle. L'épidémie de 1862 et 1863 fut moins meurtrière que la précédente. Mais la maladie avait été importée par les pèlerins venant de l'Inde et se rendant à la Mecque; suivant d'autres, elle fut un des rayonnements de l'épidémie de la Mecque.

dcscences endémo-épidémiques plus ou moins accusées.

Les médecins annamites attribuent aux épidémies d'automne un caractère moins franchement inflammatoire qu'à celles du printemps, les premières sont, disentils « froides », et les dernières « chaudes » ; ils ajoutent avoir remarqué, à des intervalles assez réguliers d'environ dix ans, de véritables explosions épidémiques. M. Moty, aujourd'hui professeur agrégé au Val-de-Grâce, a constaté l'endémicité de la maladie pendant toute la durée de son séjour à Hanoï, où le chiffre de la population (environ 100 000 indigènes) rend l'observation facile.

On rencontre de ces cas sporadiques chez les Européens immigrés mais assez rarement.

En outre pendant les recrudescences épidémiques annuelles la population indigène est ordinairement seule atteinte et quand les Européens et les indigènes payent leur tribut à une même épidémie la courbe nosographique n'est pas du tout parallèle dans les deux races : la mortalité annamite s'élève la première, celle des Européens ne suit qu'un certain temps après, et quelquefois quand la première est redescendue à 0.

Le mouvement des hommes paraît être la cause déterminante principale des développements épidémiques; le mal a sévi surtout pendant notre campagne dernière sur les points de passage des colonnes et de leurs convois sans que ce fait puisse être attribué à des conditions topographiques locales ; il a sévi dans les régions montagneuses (Lang-sôn), comme dans le delta.

Il y a, comme je l'ai dit plus haut, deux saisons cholériques : le printemps et l'automne ; c'est pendant celles-ci qu'a sévi, au Tonkin, le choléra épidémique de 1885,

Annam-Tonkin. — Les missionnaires ont signalé une grande épidémie en 1850; le pays des Muongs et la région du lac de Thô furent surtout éprouvés.

Le district d'Hanoï fut décimé, d'avril à août 1864.

En 1865-1866, on trouve le choléra à Quin-Hône, dans l'Annam inférieur, sévissant avec une grande violence sur les indigènes, et on estime les victimes à plus d'un million, chiffre probablement exagéré.

En 1875, d'après le docteur Foirèt, médecin principal, le choléra régna épidémiquement dans le Delta et sur le littoral de l'Annam.

En 1879, nouvelle épidémie au moment de la culture des rizières (Maget). Dix-neuf soldats et marins furent atteints, quatre moururent. Un nombre considérables d'indigènes périrent.

Quelques cas furent constatés à Haïphong, en 1884, parmi les Européens, et un très grand nombre parmi les Annamites.

La grande épidémie de 1885 a débuté, en été, à la fin de juillet ou au commencement d'août; les premiers cas ont été observés à Haïphong, de là, la maladie s'est répandue un peu partout, mais spécialement à Hanoï, à Lam, à Phu-lang-Thuong, àLang-sôn; la plupart des postes lui ont payé leur contingent.

En Annam, c'est surtout à Thuan-an et à Hué qu'elle s'est montrée.

Ses centres d'action ont été les mêmes, ou à peu près, les années suivantes, ce qui s'explique en partie par l'importance de la plupart de ces garnisons dont le chiffre avait été peu modifié.

Dans quelle proportion les Tonkinois et les Annamites étaient-ils atteints? On l'ignorait, les indications que nous recevons manquent à cet égard de toute précision.

En 1887, épidémie peu intense dans le delta du Tonkin. En septembre, le choléra a disparu complètement d'Hanoï.

En 1888, en moins de trois mois, l'administration a eu connaissance de 81 8 victimes, dont 675 Européens : je n'ai pas à rappeler combien la statistique donne encore dans ce pays des renseignements insuffisants.

Le choléra avait sévi dans tout le Tonkin; peu de localités avaient été indemnes.

En 1889, au contraire, le choléra ne s'est manifesté que sur un petit nombre de points et toujours à l'état sporadique.

Une épidémie a sévi à Phu-lang-Thuong, du 8 octobre au 12 novembre 1890.

Pendant les premiers mois jusqu'en mai, la marche a été assez régulière; de Quin-hône le choléra remonte à Tourane, puis à Thuan-an et à Vinh, il passe de Vinh à Ïuyen-Quanet envahit en même temps Viétry et Sontay. De ces dernières localités il se répand dans le delta, frappe tour à tour Hanoï, Haï-phong, Tican et se cantonne à Ninh-binh, en octobre ; c'est alors que presque simultanément l'épidémie éclate aux Sept-Pagodes, à Haï-phong et Phu-lang-Thuong. C'est là que le choléra a été le plus meurtrier. En résumé le choléra parti de Quin-hone remonte vers le nord en suivant la côte, envahit le delta où il frappe spécialement Haï-phong, Phu-lang-Thuong, pour s'éteindre à Hanoï.

Je donne la statistique pour l'année 1890. Le chiffre des décès est considérable relativement aux atteintes.

Hôpitaux.

Décès.

108 iiO Proust. — Choléra. 5

Européens Asiatiques

Gochinchine. — Endémique chez les indigènes et respectant assez généralement les Européens, le choléra a sévi en 1889 avec plus d'intensité que de coutume et sur les deux éléments de la population, qui ont été également éprouvés.

C'est à Pnom- Penh, à la fin de la saison des hautes eaux, qu'il a fait, comme toujours son apparition. De là, il s'est répandu, en suivant d'abord le cours du Grand-Fleuve, puis les arroyos ordinaires, sur toute la Cochinchine. Les arrondissements riverains ont été généralement le plus, et en tout cas les premiers éprouvés, ainsi que le montre le tableau suivant, dont les chiffres, bien qu'au-dessous de la vérité et incomplets pour certains arrondissements, donnent cependant quelques indications.

Pnom-Penh 236

Chaudoc 119

Baclieu 193

Sadec 299

Vinh-Long 260

Bentré 249

Mytho 156

Cholon 251

Giadinh 159

Tayminh 84

Baria 83

Thudaumot 22

Chaquan 23

Gocong 8

Tanan 31

Travinh 5

Soctrang 23

Cantho 5

Langscuyen 47

Total 2353

En Gochinchine le transport et la propagation du choléra se font facilement : toutes les communications

ont lieu par les arroyos. Le sampan transporte l'Annamite et sa famille, et s'il y a un cholérique à bord le voyage ne s'en continue pas moins.

Contrairement à ce quia lieu presque chaque année dans la colonie, le choléra n'a point régné en 1890 à l'état épidémique. Quelques cas isolés ont eu lieu chez les indigènes dans divers arrondissements, surtout à Bien-Hoa, où l'affection s'est éteinte sans contaminer Saïgon, malgré la proximité de ces deux localités.

Cambodge. — En février, mars, avril, mai et juin 1880, M. le Dr Le Jollec, médecin principal du corps de santé des colonies, a observé une épidémie de choléra : il a constaté chez les Européens 30 cas, dont 19 décès. Le nombre des indigènes atteints n'est pas connu.

C'est la seule épidémie constatée dans les dix dernières années, mais il n'y a pas à douter de l'existence de cas sporadiques annuels survenus d'avril à août parmi les indigènes.

Le choléra se comporte au Cambodge comme en Cochinchine, malgré la différence de race entre les populations des deux pays.

En résumé il n'y a, dans les quatre provinces de notre colonie, Tonkin, Annam, Cochinchine, Cambodge, aucune localité particulièrement sujette aux atteintes du choléra, l'importance du centre de la population et le mouvement dont il est le siège paraissent les seuls facteurs spéciaux de chaque explosion épidémique.

La régularité des recrudescences cholériques annuelles et leur gravité vont croissant du Cambodge au Tonkin ou du sud au nord ; le Tonkin est donc le foyer principal de l'endémie.

Nous ajouterons à ces faits observés dans les pays qui nous sont soumis quelques renseignements sur le Japon. Pour ce qui concerne la Chine nous renvoyons aux rapports médicaux publiés par l'administration des douanes européennes de l'empire chinois (années 1882, 1883 et suivantes). Ils ont trait surtout aux stations dlchang, Amoy, Canton, Pakhoi. Schangai, Swatow, Hoihow et Wenchow.

Japon. — Le choléra fait, chaque année, au Japon, un nombre de victimes plus ou moins considérable. Les épidémies les plus sérieuses ont été : l'épidémie de 1879, survenue immédiatement après la guerre des provinces du Sud, puis celle de 1886; l'année 1890 ne vient qu'en quatrième ligne, depuis 1877, époque à laquelle remontent les premières statistiques à peu près exactes.

Généralement, la maladie n'exerce ses ravages que parmi la population indigène, et le nombre des Européens qui se sont trouvés atteints a été toujours très peu important. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a, au Japon, à peine un Européen pour 19000 indigènes. Dans la dernière épidémie, on n'a eu à constater aucun cas parmi les résidents étrangers, mais les navires de guerre ou de commerce dans les différents ports, ont perdu environ une cinquantaine de personnes.

Le tableau suivant montre d'une façon nette que le choléra est endémo-épidémique au Japon comme dans les ports de la Chine, et nos possessions de l'Extrême- Orient.

Relevé des cas de choléra et des décès cholériques constatés au Japon durant les quatorze dernières années 1877-1890.

ANNÉES

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