ÉPIDÉMIES NAVALES
L'épidémie de 1865 cessa en 1874. Il n'y eut plus aucun cas en Europe jusqu'en 1884; mais on observa dans d'autres pays et sur mer quelques manifestations qui offrent, surtout les épidémies navales, un grand intérêt.
["Épidémie de Syrie. — En 1875 le choléra apparut en mars à Hamah, loin de tout centre contaminé, et prit une assez grande extension sans envahir au loin les pays limitrophes.
La maladie gagna cependant Alep, Antiochc, Damas, presque toute la Syrie. Sur une population de 1 500 000 habitants environ, il y eu 15 000 morts.
Depuis 1865 le choléra ne s'était pas montré en Syrie. On a invoqué diverses hypothèses : l'importation par des militaires, par des pèlerins persans, la reviviscence des germes de 1866 (1), mais rien de positif n'a été établi et il est impossible de se prononcer sur l'origine de l'épidémie de choléra de Hamah de 1875.
2° Épidémies navales. — En 1878, quelques navires partis de Bombay, eurent des cas de choléra pendant la traversée de l'Inde à Suez (Maraval et Clydesdale).
(I) L'épidémie d'Espagne de 1890 rappelle l'épidémie de Syrie de 1874.
EPIDEMIES NAVALES. 89
3° En 1881, le navire à vapeur anglais Cohimbian quittait Bombay le 18 juillet avec OfiO passagers ou pèlerins (650 seulement sur la patente) ; le choléra sévissait avec intensité à Bombay où l'on comptait 118 décès cholériques pendant le mois de juillet.
Le Columbian perdit du choléra plusieurs de ses passagers dans la traversée de Bombay à Aden.
Il importa le choléra à Aden où le déchargement eut lieu le 1er août de grand matin. Le soir on constatait un des premiers cas mortels sur l'un des déchargeurs.
Il y eut 187 attaques et 151 morts ; les docteurs Lewis et Cunningham ont prétendu nier cette importation qui a été au contraire absolument établie par les autorités anglaises d'Aden, et on s'étonne, comme le dit M. le Dr Mahé, de les voir combattre et rejeter les conclusions si évidemment positives des médecins militaires d'Aden, leurs collègues, et cela non seulement près d'un an après les événements, mais encore fort loin du théâtre où ils ont été vérifiés avec une scrupuleuse attention par des observateurs consciencieux.
Mais, ajoute M. Mahé, il s'agissait avant tout, pour le gouvernement anglo-indien, de jeter des doutes sur l'importation à Aden du choléra de Bombay, ainsi que d'essayer d'expliquer, sinon d'excuser, la conduite du résident d'Aden qui n'avait déclaré la présence du choléra dans cette ville qu'un mois après son apparition alors qu'il avait fait la plupart des victimes et que le bruit alarmant s'en était répandu au dehors ; car la préoccupation du résident était, suivant ses propres déclarations, la sauvegarde à tout prix des intérêts commerciaux de l'Inde et d'Aden.
4° C'est d'ailleurs ce môme navire qui va être la cause de l'épidémie de la Mecque de 1881.
Cotte nouvelle importation, qui n'est pas absolument démontrée, est toutefois très probable.
5°Enjuillet 1882 partait également de Bombay, lenavire anglais Hesperia, qui contenait vingt-quatre pèlerins de plus que ceux portés sur la patente délivrée nette, bien que le choléra sévît à Bombay. Cette fraude d'inscription en moins du nombre des passagers, qui rend impossible la vérification exacte du nombre de ceux qui sont morts pendant la traversée, ôte toute valeur à la patente, ainsi d'ailleurs que la déclaration de patente nette qui est toujours donnée, même quand le choléra sévit dans les ports anglo-indiens. L' Hesperia eut des cas de choléra avant d'arriver à Aden. Il en eut également dans ce port et il fut envoyé à Camaran.
Les trois quarts des passagers de Y Hesperia venaient de Boukhara (Afghanistan).
Après trois mois de voyage, ils avaient pris le chemin de fer à Peschaver, sur la frontière de l'Inde et s'étaient rendus par Lahore et le nord-ouest de l'Inde à Bombay.
Plusieurs d'entre eux étaient allés jusqu'à Calcutta pour affaires ; car ces pèlerins sont aussi des marchands; ils étaient revenus par le chemin de fer à Bombay, d'où ils s'étaient embarqués pour Djeddah.
6° 11 y eut en 1882 une nouvelle épidémie à la Mecque, qui reconnaît très probablement pour origine l'importation par les navires à pèlerins venant des Indes orientales où sévissait le choléra et probablement par le navire Hesperia dont nous venons de parler.
Cependant les preuves irrécusables de l'importation font défaut.
7° Epidémie du Beloutchistan. — Pendant l'été de 1876, une explosion de choléra eut lieu dans le Béloutchistan