‹ La défense de l'Europe contre le choléraChapitre 28 sur 89 · REMARQUES · texte numérisé non relu

REMARQUES

Chiffre non justifié.

Surl.OOOh.

Quelque incomplet qu'il soit, le tableau ci-dessus fait voir qu'en Haute-Mésopotamie et surtout en Syrie, le choléra des trois dernières épidémies (1865, 1875 et 1890) a frappé proportionnellement les mêmes grands centres populeux, sauf que celui de 1875 ne s'étendit pas à la Palestine et s'arrêta à Damas et à Beyrouth, et que celui de 1890 fut, jusqu'au mois d'octobre 1891, du moins, borné à Hama, Homs, Tripoli et Damas. Sauf Antioche, éprouvée fortement dans les trois épidémies et Tripoli, très frappée dans la dernière, en général les ports de la côte syrienne ont moins souffert que les villes de l'intérieur.

En 1865, la mortalité du choléra en Syrie fut très considérable et dépassa 10000 à 15000 : en 1875 elle atteignit 6000 à 7000 ; en 1890, elle a été d'environ 4000 à 5000. On sait que ces chiffres sont inférieurs à la réalité et doivent être majorés. Mais je ne les cite que pour comparaison, et pour établir que la mortalité depuis un quart de siècle paraît avoir été en s'atténuant, en Orient comme en Occident. L'époque de l'apparition et la durée du choléra en Syrie ont été à peu près la même en 1865 et en 1890.

Voici, d'après les recherches que M. Mahé a faites aux archives de l'Administration sanitaire de Constantinople, la liste des principales apparitions du choléra en Mésopotamie depuis 1850 à 1889 :

De juillet 1851 à mars 1852. — Choléra dans la province de Bagdad.

D'octobre 1853 à avril 1854. — Province de Bagdad.

De novembre 1855 à janvier 1856. — Province de Bagdad.

En septembre 1856. — Mendéli (Bagdad).

En octobre et décembre 1856. — Province de Bagdad. D'octobre 1857 à janvier 1858. — Province de Bagdad. D'octobre 1858 à février 1859. — Province de Bagdad.

De décembre 1860 à janvier 1861. — Province de Bagdad.

De septembre 1861 à janvier 1862. — Province de Bagdad. , «

De novembre 1865 (début) à janvier 1867. — Une grande épidémie par importation, du Hedjaz par Bassorah et ayant envahi les provinces de Bagdad, de Mossoul. de Diarbékir, avec une petite interruption de janvier à mars 1866.

En juin 1867, district de Suleymanié (Mossoul). D'octobre 1869 à janvier 1870. — Province de Bagdad.

De septembre 1870 à décembre 1870; de mars 1871 à janvier 1872. — Provinces de Bagdad et de Mossoul.

De 1872 à 1889, on n'a pas signalé de choléra en Mésopotamie.

Il y a eu, en Perse, des apparitions analogues, et l'on peut dire que, durant cette période de vingt années, de 1851 à 1871, on a constaté une sorte de passage alternatif du choléra entre la Perse et la Mésopotamie et réciproquement.

Depuis 1871-1872 à 1889, il n'a pas été signalé de choléra en Perse, ni en Mésopotamie ; il n'y a eu qu'une épidémie en Syrie, en 1875.

Le tableau suivant donnera une idée de la mortalité de l'épidémie d'Irak-Arabi et de Mésopotamie, en 1889-1890.

Récapitulation de la mortalité par les épidémies du choléra en Orient,

de 1889 à 1890, en chiffres ronds.

En I889. — Irak-Arabi et Mésopotamie (Turquie) 7.300

— Perse (provinces de l'Ouest) 6.000

Total 13.000 13.000

En 1890. — Haute-Mésopotamie : vilayets de Mossoul,

Diarbékir, Van, Bitlis ^Turquie) 1.100

— Syrie et vilayets voisins (Turquie) 4.200

Total 5.300 5.300

En 1890. — Hedjaz et environs (Turquie) 5.000 5.003

Total général 23.300

Mais l'expérience a appris que tous ces chiffres doivent être doublés au moins, ce qui ferait un total de 35000 à 45000 cas de mort par suite des épidémies de choléra dans l'empire ottoman et en Perse, en une année et demie (de juillet 1889 à la fin de 1890).

Il a été de toute impossibilité de connaître la proportion des attaques avec celle des décès.

De même, faute de dénombrement des populations en Turquie comme en Perse, il est difficile de savoir sur quel chiffre d'habitants a porté cette mortalité; mais on peut l'estimer à environ 7 à 8 millions au maximum, dont 5 en Turquie et 2 en Perse : ce qui donnerait un cas de mort cholérique sur environ 175 habitants.

Ce ne sont là évidemment que des approximations.

En résumant ce que nous savons sur l'origine du choléra de 1889-1890, d'Irak-Arabi et de Mésopotamie, nous arrivons aux conclusions suivantes :

Il est bien difficile d'admettre que le choléra de l'Irak-Arabi, source certaine des épidémies qui ont successivement, et en dix-huit mois, envahi la Mésopo-

tamie, la Perse occidentale, la Syrie et les régions limitrophes de l'Anatolie, puisse être attribué à une renaissance des épidémies anciennes, puisque les dernières apparitions du choléra en Irak-Arabi remontent à la fin de Tannée 1871 et que les pays envahis en 1889, sauf la Syrie en 1875, ont été constamment indemnes de choléra durant le long intervalle de plus de dix-huit années.

Si cette hypothèse doit être écartée, on est bien obligé d'accepter l'importation, et de quelque côté qu'on se retourne, il n'est possible d'admettre qu'une porte d'entrée, le golfe Persique, et qu'une source, l'Inde et notamment Bombay et ses environs. Nous savons, d'un autre côté, que, durant et avant l'époque de l'apparition du choléra en Irak-Arabi, la mortalité cholérique de la grande ville de Bombay et des environs allait jusqu'au chiffre énorme de 600 personnes et plus par semaine.

L'état de plusieurs des navires de la British India C°, qui seuls fréquentent régulièrement le golfe et Bassorah et y apportent des passagers et fréquemment des pèlerins de l'Inde, a été constaté au moins comme suspect. Tout porte donc à admettre avec toute vraisemblance que si le choléra a pénétré par les bouches du Chat-el-Arab dans l'Irak-Arabi, cette importation a eu lieu par des navires de la Compagnie anglaise, bien plus probablement que par d'autres voies.

Épidémie du Hedjaz 1890-1891.

Le choléra a été importé dans l'île ie Camaran le 2 juillet 1890 par le vapeur anglais le Dekkan.

Il avait perdu pendant la traversée plus d'une vingtaine de cholériques.

Il y eut une petite épidémie à Camaran.

Le choléra se montra ensuite à la Mecque.

Les pèlerins, représentés par les 43 000 débarqués au Hedjaz pendant l'année et par environ 10 000 personnes composant les diverses caravanes de Damas, de Bagdad et de Djebel-Chammar, d'Egypte, du Nedj et de l'Yémen, ne dépassaient vraisemblablement pas le nombre total de 53 à 55 000 personnes. Le choléra en a fait disparaître, et cela pendant un trèseourt laps de temps, moins d'un mois, au minimum 1 sur 7 à 8, peut-être 1 sur 5 ou même 1 sur 4.

En 1881, on évalua le chiffre de la mortalité cholérique au pèlerinage du Hedjaz à 6000 ou 7000 décès ; en 1882, à 1200 ou 1300; en 1883, à environ 1200. Le choléra de 1890 au Hedjaz a donc été le plus meurtrier puisqu'il semble devoir être évalué à 10 000 morts. Ce dernier chiffre proportionnel paraît très vraisemblable si, à la mortalité par choléra, on ajoute celle par maladies ordinaires occasionnées par les privations subies dans diverses stalions quarantenaires, la lenteur du rapatriement et autres causes inhérentes au pèlerinage.

La durée du choléra fut courte à la Mecque et à Djeddah, de moins d'un mois, et elle diminua rapidement à mesure du départ des pèlerins : fait constamment observé dans les épidémies antérieures. A la Mecque, d'après le Dr Nouri Bey, on aurait enregistré en un seul jour jusqu'à 600 décès cholériques et il est probable que pendant deux à trois jours, la mortalité y atteignit un millier de personnes.

En vingt-sept jours on compta 2531 morts à Minah et à la Mecque. En 1891 la mortalité cholérique à la Mecque a été aussi considérable.

En 1890, le choléra n'accompagna les caravanes parties du Hedjaz qu'à une très courte distance de leur point de départ.

Les pèlerins qui avaient pris la voie maritime pour revenir du côté de la Méditerranée ont été retenus à Djebel-Tor jusqu'à ce que le choléra ait été éteint; on a pu ainsi comme on l'avait fait en 1882 à El-Wesch empêcher sa propagation en Egypte et en Europe.

Relativement à l'origine de cette épidémie de 1890, il est bien diflicile d'admettre la reviviscence des germes, puisqu'il n'y avait point eu de choléra au Hedjaz depuis 1883.

L'importation par les caravanes n'est pas beaucoup plus admissible et il est plus vraisemblable d'accepter l'importation par la voie de la mer Rouge.

Il est très probable que les pèlerins contaminés du Dekkan ont transmis les germes du choléra aux pèlerins de trois navires, qui avaient fait cinq à dix jours d'observation dans leur voisinage. Il n'est pas même impossible que, par suite des difficultés de faire observer l'isolement rigoureux et par suite de l'infidélité ou de la vénalité des gardiens arabes pris sur place, quelques pèlerins du groupe infecté aient pu se glisser parmi les pèlerins de l'un des trois navires partant pour Djeddah, et se rendre ainsi au pèlerinage de la Mecque. On peut encore supposer avec vraisemblance d'autres moyens de contamination par les personnes et les bardes entre le Dekkan et les autres navires se rendant au Hedjaz.

L'isolement des groupes de pèlerins à Camaran est plutôt fictif que réel : séparation par des cordes, par des gardes infidèles, etc.

On peut enfin soupçonner que d'autres navires qui ont fait de courtes observations, soit à Camaran soit à Abou- Saad près de Djeddah, aient pu importer au Hedjaz les germes du choléra.

En faveur de l'importation maritime il est permis

d'invoquer aussi l'analogie des précédents. Le choléra s'est manifesté au pèlerinage du Hedjaz en 1881, suivant toute probabilité importé par le navire anglais Columl/ian, lequel importa sûrement le choléra à Aden d'où il partit en patente nette pour Djeddah. En 1882, ce fut le navire anglais Hesperia, venant de Bombay comme le Columbian, qui apporta le choléra à Camaran, d'où, vraisemblablement encore, il fut importé au Hedjaz. L'origine du choléra de la Mecque de 1891 n'a pas encore été nettement précisée. Un navire anglais le Sculptor, avait du choléra à bord en arrivant à Camaran. D'un autre côté on a invoqué la reviviscence des germes de 1890.

Quoi qu'il en soit, le fait grave qui ressort de l'épidémie de 1890 au Hedjaz, c'est que les établissements dits quarantenaires de la Turquie à l'île de Camaran ou à l'îlot d'Abou-Saad dans la rade de Djeddah se sont montrés insuffisants pour prévenir l'importation du choléra au Hedjaz, puisque tous les pèlerins venant d'au delà du détroit de Bab-el-Mandeb, sans exception, ont dû faire dans ces établissements une observation variant d'au moins vingt-quatre heures, à cinq ou dix jours.

Mais je n'ai pas besoin de répéter que ces établissements laissent presque tous à désirer sous plusieurs rapports : désinfection presque nulle des pèlerins et des navires, isolement insuffisant permettant la communication des pèlerins infectés avec ceux qui sont censés indemnes, défaut de surveillance exacte par suite de l'obligation où l'on est de prendre des gardiens arabes dans le village même de l'île de Camaran, etc. Aussi le Conseil international de santé de Constantinople a-t-il mis à l'étude la réorganisation ou même l'organisa-

tion véritable de l'établissement de Camaran. Une enquête devra être faite sur les lieux par une commission présidée par l'inspecteur général du service, secondé de personnes compétentes, sur les constructions des bâtiments propres à loger et à isoler les pèlerins, sur la désinfection par des dispositifs sérieux et en général sur les améliorations indispensables au fonctionnement régulier de l'établissement. Resteront les moyens matériels d'exécution, les fonds, ce summum desideratum avec lequel il faut toujours compter en Orient.

J'ai proposé, relativement au choléra dulledjaz de 1890, les conclusions suivantes qui ont été acceptées par le Comité d'hygiène :

1° Le choléra de Camaran a été importé par un navire anglais venant de l'Inde;

2° Le choléra du Hedjaz semble avoir été importé par la voie maritime;

3° Le pèlerinage de la Mecque est une menace constante pour la santé de l'Europe ;

4° Les mesures prescrites à l'égard des pèlerins se rendant à la Mecque n'ont pas empêché le choléra de s'y développer; il est donc nécessaire de perfectionner les moyens employés jusqu'ici ;

5° Les mesures de prophylaxie prescrites par le Conseil d'Alexandrie au moment du retour des pèlerins ont empêché cette année le choléra de gagner l'Egypte et l'Europe. Il y a donc lieu, non seulement de maintenir ce Conseil, mais encore de lui donner plus d'autorité et de le rendre réellement international. H y a lieu également d'augmenter sur la mer Rouge les moyens d'isolement, d'assainissement et de désinfection.

Choléra d'Espagne.

L'épidémie qui asévi en Espagne du mois de mai 1890

jusqu'à la fin de novembre a présenté une allure toute différente de celle de 1885 et a donné lieu au point de vue de son origine à des discussions qui ne sont pas encore terminées. Si l'on jette un regard sur les cartes des deux épidémies de 1885 et 1890, on est frappé de la différence qui existe entre elles et au point de vue de la mortalité et par rapport au nombre des localités contaminées.

En 1885 l'extension fut tellement rapide que, dans l'espace d'un mois, toute la province de Valence fut

couverte de foyers cholériques et très peu de villages lurent épargnés.

Le contraire fut observé dans l'épidémie de 1890.

Oviedo

FRANCE

Léon

jSCfBiïBSrTV}

■-.ZomorK „ i /, J » S. S 0 A 7 ° >Valla<ioJit>— '< Sorla ( Saraqosso > ( / -, J'';, /,

tealamanque/ \ / [ GuadalaiaraS /*"\ ta

; .... >'a^7 eV ^V^'/ il?

i .-^-.Cuanca "•Wl*"»»' Ç"- Cacéré, \ " ;T°léd,ï\. (^/MMa

Page 1