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Le tableau suivant marque bien la différence de mortalité dans chacune des provinces envahies.
Nombre des décès causés dans diverses provinces d'Espagne par l 'épidémie cholérique de 4890 et de 4885.
Province de Valence 2.214 21.612
— Tolède 462 3.972
— Alicante 218 5.643
— Murcie 232 7.376
— Tarragone 196 2.536
— Séville 181 101
— Castellon 86 6.436
— Cuenca 74 3.459
Proust. — Choléra. 10
Province de Albacete
— Badajoz
— Madrid .
— Barcelone
— Lugo
— Teruel
Total
Dans la dernière épidémie il n'y a eu que trois capitales atteintes, Valence, Tolède et Murcie, avec une mortalité respective de 651, 155 et 213. En 1885 elle fut, dans les mêmes villes, de 46G7, 115 et 2102. De plus, le nombre de provinces envahies en 1885 a été plus grand qu'en 1890 et la totalité des victimes atteignit le chiffre considérable de 120 000.
Les chiffres qui sont indiqués dans le tableau sont évidemment au-dessous de la réalité et ils doivent être augmentés au moins de moitié, mais ils conservent toute leur importance au point de vue de la comparaison ; le peu de diffusibilité de cette épidémie n'en est pas une des particularités les moins curieuses.
Il y a quelques mois, je me suis rendu en Espagne pour me rendre compte sur place de l'origine de l'épidémie.
J'ai tracé une sorte de programme questionnaire que l'administration et quelques médecins espagnols ont bien \oulu me promettre de remplir ; mais je n'ai pas encore reçu tous les documents nécessaires pour apprécier d'une façon absolue quelle est celle des deux hypothèses qui doit être acceptée : la reviviscence des germes ou l'im-
portation de germes nouveaux. Quoi qu'il en soit, voici l'exposé succinct de cette épidémie.
Le choléra se montra à Puebla de Rugat, bourgade de la province de Valence (1) près des frontières d'Alicante, le 11 mai.
Le premier malade fut une femme ; le lendemain un enfant fut atteint et mourut; le 21 un autre enfant est pris et meurt le 24; le 2 juin la maladie reprend avec plus de violence.
Toutes les personnes qui purent émigrer le firent au plus vite. Les autres se dispersèrent dans les villes et se réfugièrent sous les oliviers. Les fugitifs de Puebla ne tardèrent pas à semer la maladie dans les environs.
Un d'entre eux la portait à Monti-Chelvo ; puis le choléra s'étendit à toute la province de Valence et dans les diverses provinces que j'ai indiquées dans le tableau précédent.
Le choléra d'Espagne a présenté une allure toute particulière; il s'est propagé avec beaucoup de lenteur mais partout où il frappait, c'était avec les caractères qu'on lui connaît, ses lésions anatomiques spéciales, et on a constaté presque dès le début la présence du bacille virgule.
S'il a frappé un moins grand nombre d'habitants qu'en 1885, sa gravité ne le cède en rien à celle qu'il a présenté dans les épidémies antérieures, puisque la proportion des invasions et des décès a toujours été de 60 p. 100.
M. le docteur Bide, médecin de l'ambassade de France à Madrid a fait une enquête sur l'origine de l'épidémie ; sa conclusion a été la suivante :
« L'épidémie qui a sévi en Espagne depuis le mois de
(1) La province de Valence fut le plus sévèrement frappée pendant l'épidémie de 1885.
mai est. le choléra morbus asiatique, rien ne démontre qu'il soit né sur place, il est probable qu'il a été importé. »
D'après l'enquête à laquelle s'est livré M. Bide, les premiers malades de Puebla de Rugat venaient de Valence.
D'un autre côté M. le docteur Hauser a communiqué au Congrès d'hygiène de Londres de 1891 une étude intéressante sur l'étiologie et la propagation de l'épidémie cholérique de 1890.
M. Hauser croit à la reviviscence des germes du choléra de 1884-1885. Il insiste sur les points suivants :
Depuis 1885 il n'y avait eu aucune épidémie cholérique en Europe, ni en Egypte.
Le choléra s'est montré dans le village de Puebla de Rugat situé en plein pays de montagne, loin de la côte, et n'étant relié à la capitale ni à aucune autre ville par une ligne de chemin 'de fer, mais seulement par une route de second ordre (1).
Le pays est constitué par un sol poreux assis sur un sous-sol complètement imperméable, condition favorable à la fécondation et au développement du bacille cholérigène.
Bien que l'idée de le conservation de la vitalité des
(1) Le médecin délégué par le gouverneur de Valence, d'accord avec les médecins de Puebla de Rugat attribuèrent la reviviscence des germes à des travaux de terrassement exécutés dans trois des rues principales du village que les pluies abondantes de l'hiver précédent avaient converties en véritables marécages.
Les terres enlevées furent transportées sur une place publique pour niveler les dépressions du terrain produites aussi par la pluie. Ces travaux furent exécutés au mois d'avril et les premiers cas de choléra se présentèrent après le 15 mai.
Ces trois rues avaient été les plus éprouvées du village pendant le choléra de 1885. Ce fait que les premiers cas de choléra s'étaient présentés dans des maisons situées très près des travaux de terrassement décida le délégué du gouvernement à ordonner la crémation des terres qui avaient servi à niveler la place.
germes pendant cinq ans semble assez étrange, M. Ilauser remarque que le fait n'est pas sans précédent.
En 1859, quelques cas de choléra furent observés à Valence à la fin de septembre, quelques-uns pendant le mois d'octobre: il y eut en tout 18 décès; le choléra s'étendit à d'autres points de la côte, tels que Malaga, Algésiras, accompagna l'armée dans la guerre contre le Maroc et causa des ravages sérieux parmi les troupes des campements et dans la garnison de ïétuan.
L'épidémie s'éteignit à la fin de mars, mais après le retour de quelques régiments dans la péninsule, la maladie reparut à la fin de juin 18G0 à Valence, où elle se maintint jusqu'au 18 août, causant un total de 580 victimes.
Je rappellerai à cet égard l'épidémie de Hamah qui s'est montrée en Syrie en 1875, alors qu'il n'y avait pas eu de choléra dans le pays depuis dix ans et sans qu'on pût saisir aucune importation.
Le choléra d'Espagne a été le point de départ d'une série de mesures de prophylaxie qui ont été prises à la frontière par le gouvernement français pour empêcher la maladie de pénétrer sur notre territoire. C'est là une question fort intéressante sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir dans le chapitre consacré à la Prophylaxie.