DU ROLE DE L'EAU DANS LA TRANSMISSION DL" CHOLÉRA
L'air n'est pas le seul véhicule du principe cholérique, l'eau est également un agent, et peut-être le plus important, de propagation de la maladie. La matière cholérique qui existe dans les fosses d'aisances, les égouts, les terrains poreux, peut arriver à se mêler à l'eau.
Les observations suivantes de J. Simon ont été faites, il y a longtemps déjà, en Angleterre. A Londres, il mou-
rut 13 pour 1000 des habitants dont les maisons étaient alimentées par l'eau du fleuve en rapport avec le grand cloaque; puisée dans ce point, l'eau donnait 46 grains de résidu solide par gallon. Dans les autres maisons de la ville, qui, d'ailleurs, se trouvaient dans les mêmes conditions hygiéniques, la mortalité ne fut que de 3,7 sur 1000. Mais, dans ce cas, l'eau dont on faisait usage avait été prise en amont de la ville, et elle ne donnait que 13 grains de résidu solide par gallon.
A Halle, Delbruck a remarqué en 1866 que, dans une prison où l'épidémie avait pris un grand développement, les puits communiquaient avec les fosses. A Brachstedt, le fléau s'arrêta sitôt qu'on eut fermé un puits suspect.
Delbruck expliqua encore l'intensité moins grande de l'épidémie de 1867, comparée à celle de 1866, par cette considération que la canalisation des eaux avait été modifiée; l'eau arrivait presque pure en 1867, tandis que jusqu'à l'automne de 1866 les conduits puisaient l'eau de la Saale dans un endroit où se déversait la totalité des immondices de la ville.
Ballot a également parlé de l'influence de l'eau corrompue sur la propagation du choléra en Hollande. Il cite le fait d'une maison habitée par 24 familles; 32 individus furent atteints et 23 succombèrent. On trouva que les tuyaux de la pompe qui alimentait cette maison étaient complètement pourris. On interdit l'usage de cette eau et aussitôt l'épidémie cessa.
Ballot rapporte aussi que, dans les contrées où l'on ne boit que l'eau provenant des pluies, le choléra n'a eu que peu d'intensité. Beaucoup de commissions des villes de Hollande, Dordrecht, Botterdam, etc., confirment l'opinion de Ballot. Dans une maison de Groningue
s'alimentant à la même fontaine il y eut 24 cas de choléra. Dans les 17 autres maisons de la môme rue, il n'y en eut que quatre. Le plus souvent, dans tous ces cas, on constata que l'eau avait été corrompue par son mélange avec les matières excrémentiticllcs.
Mais un des auteurs qui ont le plus insisté sur cette question est Snow. Il a réuni un grand nombre d'observations à l'appui de son opinion. Il va môme jusqu'à regarder le mélange des évacuations aux eaux des ileuves et leur présence dans l'eau potable comme le mode principal de propagation du choléra. Il est un autre côté de la question qu'il nous paraît avoir envisagé sous son véritable jour. On avait prétendu que, dans ces cas de mélange de la matière cholérique à l'eau, la propagation ne se faisait pas directement par l'absorption de l'eau corrompue, mais par des émanations provenant de la terre imprégnée de matières putrides et altérée par le séjour, dans le sous-sol des bâtiments, d'une eau corrompue ; or, Snow a montré que, dans ces cas, les personnes atteintes n'étaient pas celles du voisinage, mais bien celles qui buvaient l'eau. Dans Broad-Street, ce sont les individus faisant usage de l'eau de la distribution qui devenaient malades.
Voici dans quelles conditions le mode de transmission dans Broad Street s'est révélé :
Une statistique de la mortalité dans les différentes maisons avait été dressée.
Le Dr Snow s'en servit pour marquer, sur un plan de Londres, au moyen de lignes noires, les maisons atteintes par la maladie.
Il résulta de ce travail, pour le quartier de Broad Street,
une tache irrégulière poussant des prolongements en divers sens et dans laquelle se voyaient des enclaves respectées par le fléau.
On chercha quelque temps à quoi correspondait cette figure bizarre et l'on découvrit que cette forme était exactement superposable à celle qu'affectait toute la canalisation d'une certaine pompe qui puisait dans la Tamise une eau suspecte de souillure.
Quant aux maisons que le choléra n'avait pas atteintes elles étaient alimentées d'eau par une autre canalisation. On a cité des exemples de passants atteints du choléra pour avoir bu dans Broad Street de l'eau prise à la pompe malsaine, une femme frappée du choléra dans un autre quartier de Londres, pour s'être fait envoyer de l'eau de la pompe de Broad Street.
En 1873, le Dr Blanc, chirurgien dans l'armée britannique, exposa au Congrès de l'association française pour l'avancement des sciences, les idées qui ont cours en Angleterre sur la transmission du choléra par les eaux prises en boisson, et cita des exemples nombreux où ce mode de transmission est évident.
D'un autre côté Dressler, Fischer et Pritzbam ont examiné les qualités physiques et chimiques des eaux potables de Prague, du mois de décembre 1687 au mois de mars 1868. Voici les conclusions auxquelles ces savants sout arrivés :
On ne peut démontrer, disent-ils, une relation entre les mauvaises qualités de l'eau potable et le choléra. Dans tels endroits, riches en excellente eau de citernes et de puits, le choléra avait sévi avec intensité. Ailleurs, malgré une eau détestable, l'épidémie avait été modérée.
Enfin, là où il y a eu une eau mauvaise, en môme temps que de nombreux cas de choléra, on a pu constater d'autres causes adjuvantes, de telle sorte que, dans ces cas même, on ne saurait attribuer un rôle bien défini à l'influence de l'eau.
Ces conclusions qui ne s'appliquent qu'aux qualités plus ou moins potables des eaux, aux souillures banales, et qui ne visent pas les eaux contaminées par des matières cholériques, ne sauraient altérer les faits démonstratifs que nous avons précédemment exposés. Veau potable souillée par le contage cholérique transmet évidemment le choléra.
Nous citerons d'abord quelques faits qui ont été observés dans l'Inde.
Choléra de Vadakencolan.
(hindoustan, province de madras.) (D'après le docteur Furnell, de Madras.)
Le village de Vadakencolan est divisé en deux parties distinctes et nettement séparées : l'une est habitée par la haute caste, l'autre par les parias.
Le choléra éclata dans ce village et frappa exclusivement la haute caste.
Les gens de cette caste puisaient leur eau à deux réservoirs qui, comme tous ces réservoirs dans l'Inde, servent à tous les usages domestiques. Les indigènes y font leurs ablutions, y lavent leurs linges souillés ou non, et y projettent toutes les déjections.
La partie du village habitée par les parias puisait à des puits ou ■des fontaines entièrement distincts, et, défense absolue, sous les peines les plus sévères, est faite à tout paria d'aller puiser l'eau aux réservoirs qui servent à la haute caste.
Les parias furent entièrement indemnes, malgré la proximité du foyer qui décimait la caste haute.
Il n'y eut parmi eux qu'un seul cas, et ce fut le laveur dont la femme, par un privilège spécial, pouvait faire emplir ses vases d'eau aux fontaines réservées à la haute caste.
Dans son voyage aux Indes en 1883 et 1884, Koch a établi le rôle important que l'eau joue dans la transmission du choléra. Il put en fournir la preuve d'une façon indiscutable. Il montra, en effet, la présence des bacilles virgules dans l'eau servant à la consommation d'un assez grand nombre de personnes atteintes du choléra.
Le rapport envoyé de Calcutta le 4 mars 1884, signale déjà ce résultat très important, et Koch y est revenu dans ■ses conférences de Berlin.
On a souvent signalé à Calcutta et dans la banlieue l'apparition de petites épidémies circonscrites à un groupe ■d'habitations. Une de ces épidémies éclatait au début de janvier et devenait en quarante-cinq jours le point de départ de 18 décès, ce qui correspond à une mortalité de ■55 p. 1000, à une morbidité sans doute double. Ces chiffres contrastaient singulièrement avec celui que l'on observait dans tout le reste du quartier où le choléra était très rare.
Les habitations qui furent le siège des cas de choléra étaient toutes situées autour d'un réservoir qui dans le (pays, comme nous l'avons déjà indiqué, porte le nom de « tank ». Tous les habitants venaient puiser dans ce réservoir l'eau des boissons et de la cuisine. Ils n'en utilisaient pas moins ce « tank » pour baigner eux et leurs bestiaux, pour les lessives, etc. Des latrines des plus primitives, installées autour du réservoir, sont une «ource de plus de contamination. L'eau ne paraît pas très trouble. Cependant elle n'en est pas moins extrêmement souillée, et nous ne sommes pas surpris qu'elle ait rappelé à Koch celle qu'il a vu consommer dans beaucoup de villes d'Egypte.
Quoi qu'il en soit, le 8 février, les membres de la com-
mission prélèvent en quatre points différents du « tank » des échantillons d'eau. Les plaques laites avec deux de ces prises donnent naissance au développement d'un nombre assez considérable de colonies de bacilles virgules.
Le 11 février, nouvelle visite. Cette fois on prend de l'eau de nouveau en six points du réservoir. Trois de ces prises renferment des bacilles virgules. Ils sont sensiblement moins nombreux que le 8. Deux de ces derniers échantillons ont été recueillis aux points même où l'eau, recueillie le 8, renfermait des bacilles.
Le 21 février, l'épidémie était à peu près terminée, Koch prélève de l'eau aux trois points où l'examen du 11 révélait des bacilles virgules. Cette fois une seule colonie de bacilles virgules parait sur une seule plaque.
Lors de chacune de ces visites, on prit comparativement de l'eau dans des étangs ou des canaux situés au voisinage, mais ne servant pas à l'alimentation du groupe des maisons contaminées. Cette eau renfermait de nombreuses espèces microbiennes, mais on n'y a jamais trouvé de bacilles virgules.
Un autre exemple, faisant ressortir le rôle de l'eau dans Tétiologie du choléra, nous est fourni par ce qui s'est passé au fort William. Ce fait a la valeur d'une expérience de laboratoire, puisque toutes les conditions du fort et de la garnison étant restées les mômes, l'eau seule a été changée.
Ce fort, situé auprès de Calcutta, était jadis un foyer cholérique des plus redoutés. La mortalité des troupes anglaises par le choléra atteignait 70 décès pour 1000 en 1851. En 1862 elle était de 14 pour 1000; depuis cette époque elle n'a jamais dépassé 5 pour 1000. Plusieurs années se sont même écoulées sans qu'il y ait eu un seul malade ; depuis 1865, tous les cas relevés paraissent
avoir été contractés en dehors du fort. Or, au milieu de cette année 1865, la garnison du fort a reçu de l'eau filtrée, eau qui provenait de deux tanks surveillés de façon à prévenir toute souillure. Depuis 1871, le fort reçoit la même eau filtrée que la ville.
La modification réalisée en 1865 avait déjà produit une amélioration sensible.
Comme nous le verrons plus loin, en parlant de sa théorie, Pettenkofer refuse toute action à l'eau potable dans la transmission du choléra. Pour lui, le choléra ne se développe que si un poison émanant de malades trouve dans le sol des conditions qui lui permettent une maturation plus grande, aboutissant à la production d'un élément morbide, qui seul produit la contagion. Pettenkofer attribuait l'amélioration sanitaire du fort William aux progrès du drainage du sol et de la modification des latrines. Koch, qui a pu se faire une idée personnelle, ayant été sur les lieux, conteste l'importance de ces modifications et enlève ainsi à la théorie du sol [Boden Théorie), l'un de ses principaux arguments.
Les variations de fréquence du choléra ne présentent pas un rapport constant avec les oscillations de la nappe souterraine. Celle-ci est la plus basse au mois de mai, et en mai le nombre des décès est presque toujours sensiblement inférieur à celui du mois de juillet.
Le choléra diminue bien de fréquence pendant la saison des pluies. Mais certaines années pluvieuses présentent une mortalité assez grande. L'influence des pluies ne se fait sentir que sur les personnes qui boivent l'eau des tanks, certainement d'autant plus malsaine que son niveau est plus bas.
La rareté du choléra à Pondichéry tient à la bonne qualité d'eau fournie aux habitants. Madras et quelques
autres villes indiennes ont dû les mômes avantages à la même cause.
La contamination de l'eau a également joué un rôle important dans l'extension du choléra en Egypte dans l'épidémie de 1883.
Si les populations musulmanes de l'Egypte exécutent rigoureusement des ablutions fréquentes, elles sont peu difficiles dans le choix de l'eau destinée à la boisson.
Elles n'ont comme eau potable que l'eau des rivières et des fleuves.
A Damiette, l'eau est très souillée dans les points du Nil où les porteurs d'eau viennent remplir leurs outres.
Là, en effet sont amarrés de nombreux bateaux, c'est cet endroit qui sert de bain pour les hommes et poulies animaux.
Les habitations placées le long du fleuve y versent directement leurs eaux sales de toute origine ; des rigoles y conduisent les produits de défécation des maisons ou des mosquées.
Suivant Koch, les mosquées jouent un rôle important dans l'évacuation des matières usées de la vie et par suite dans la transmission du choléra.
La mission allemande a pu, à Damiette, examiner un certain nombre de mosquées dont elle fait connaître la disposition de la façon suivante.
La partie de la mosquée qui est dirigée du côté de la Mecque est seule consacrée à la prière. Elle possède un plafond.
A l'autre extrémité se trouve un espace découvert renfermant à son centre un bassin destiné au bain.
Le long des murs de cette dépendance de la mosquée, sont situées les latrines dites à la turque. Une rigole en
pierre qui court autour des latrines renferme l'eau nécessaire pour les ablutions que le Coran prescrit après chaque défécation ou miction.
Cette eau reste plusieurs semaines sans être changée.
Au-dessous des latrines se trouvent des fosses non étanches. Quand les mosquées sont au voisinage du Nil, les latrines sont reliées au fleuve dans lequel les matières exc rémenti tielles arrivent alors directement.
Comme la population de Damiette, celle du Caire boit l'eau du Nil, qui est fournie par un canal de dérivation exposé aux mômes sources de contamination. Les femmes indigènes lavaient leurs vêtements et leur linges souillés en amont du point où l'on vient puiser l'eau dans le canal. Quant à la prise directe, qui a lieu dans le cours même du Nil, j'ai pu constater qu'elle a été placée au-dessous d'une grande caserne occupée en ce moment par un régiment anglais.
Dans cette même ville du Caire, les ouvriers des moulins français en buvant uniquement de l'eau qui avait été préalablement soumise à l'ébullition, ont fourni une contre-épreuve des faits que nous venons de citer. Aucun ouvrier ne fut atteint du choléra et cependant les moulins sont situés à Boulak dans le quartier du Caire, où il y eut le plus grand nombre de décès cholériques (53 p. 1000).
Alexandrie fut relativement peu frappée, 927 décès (4 p. 1000). En 1865, la proportion avait été de 22 p. 1000.
Selon Koch, cette différence doit être attribuée au progrès réalisé dans l'approvisionnement en eau.
Les habitants d'Alexandrie reçoivent maintenant de l'eau filtrée, qui, comme l'examen bactériologique le démontre, a été débarrassée de la plus grande partie de ses micro-organismes.
L'examen comparatif de la mortalité cholérique à Port-Saïd, à Ismaïlia et à Sue/, fait encore ressortir le rôle de l'eau dans la transmission du choléra.
Le même canal d'eau douce fournit à la consommation des trois villes, mais à Ismaïlia où il arrive tout d'ahord, il traverse le quartier arabe, il n'est pas couvert, et est soumis à de nombreuses souillures.
Les habitants et les médecins d'Ismaïlia s'accordent tous à rejeter une lourde responsabilité sur les officiers anglais qui ont imprudemment disséminé leurs soldats sur les bords du canal d'eau douce, dans lequel ceux-ci ont été vus jetant les déjections des malades.
La portion du canal qui va d'Ismaïlia à Suez est également découverte, mais elle traverse le désert, elle est plus difficilement souillée.
D'Ismaïlia à Port-Saïd, l'eau traverse des conduites en fer absolument imperméables.
Or, en 1883, il y eut sur 1000 habitants: A Ismaïlia. . . 16,8 décès cholériques; A Suez. . . . 4,7. — A Port-Saïd. . . 0,46. —
L'épidémie de 1884 a fourni de nouvelles preuves en faveur de la transmission du choléra par l'eau. MM. Marey, Brouardel et Thoinot, ont particulièrement insisté sur ce point.
« Parmi les influences qui peuvent transmettre la fièvre typhoïde ou le choléra, il en est une qui, par son intensité, domine toutes les autres : c'est la souillure des eaux livrées à l'alimentation publique », a dit notre collègue Marey dans la séance de l'Académie de médecine du 14 octobre 1884.
Lorsqu'on étudie un certain nombre d'épidémies de
choléra, on constate, en effet, que le choléra suit volontiers le bord des cours d'eau et que c'est surtout le long des petits cours d'eau que cette propagation est plus fréquente et plus remarquable.
Pour expliquer cette marche il n'est que deux hypothèses possibles.
1° Les ruisseaux, les torrents, les rivières sont contenus dans une vallée souvent étroite et fermée, et les villages qui s'y trouvent ne peuvent souvent avoir de rapports qu'entre eux : lorsque l'un est pris il est tout simple que les autres le soient à leur tour. Cette explication est fort plausible pour quelques cas et certaines épidémies ne s'expliquent pas autrement. Les grands fleuves, les grands cours d'eau, le long desquels sont échelonnés des pays atteints par le choléra servent à la propagation de cette maladie comme les grandes routes et les voies ferrées, par cela seul qu'ils sont des voies de communication fréquentées par les émigrants.
2° L'eau est vraiment un agent propagateur du choléra : c'est l'eau d'un torrent, d'un ruisseau, d'une rivière qui, souillée en un point de son parcours, transmet la maladie aux riverains qu'elle alimente en aval. C'est ce point que nous allons mettre maintenant en lumière.
Épidémie d'Arpavon (Drôme).
Le lundi H août, la famille A..., des Omergues, fuyant le choléra arrive àArpavon (Drôme, arrondissement de Nyons). Les Aubert l'accueillirent chez eux, mais, dès le lendemain, cédant à la pression de la population effrayée, le maire, par arrêté, envoya la famille A... à la grange Arnaud, à i kilomètre de l'agglomération.
La famille A... se composait de deux frères, dont l'un marié, et deux enfants. Le plus jeune des deux frères avait la diarrhée depuis quelque temps. Il quitta le village d'Arpavon le 12 et alla à la ferme Arnaud où les autres membres de la famille le rejoignirent le 13.
Arpavon est à 700 mètres d'altitude. Au pied, passe la route de Sédcron et coule la rivière de l'Ennuie.
La ferme Arnaud est située dans une partie traversée par denombreux ravins-sources, qui vont aboutir à l'Ennuie. La ferme Arnaud est arrosée par le ravin-source de Charaye, dont les eaux, d'une pureté et d'une limpidité remarquables, vont se jeter dans le ravin de Combes. Les eaux de cette source servent à l'alimentation de toutes les fermes riveraines que nous allons énumérer. A 300 mètres au-dessous ou en aval de la grange Arnaud et sur la môme rive (gauche) se trouvent la ferme Clary, et immédiatement au-dessous de celle-ci la ferme Buisson.
De l'autre côté du ravin-source, vis-à-vis la ferme Buisson est La Grange-des-Bœufs, mais celle-ci, éloignée des bords de la Charaye ne fait pas usage de son eau : elle s'approvisionne à une source spéciale n'ayant avec l'autre aucune communication.
Dès que la famille A..., des Omergucs, fut installée à la ferme Arnaud, la famille A..., ne comprenant pas le danger dont elle allait être cause, eut l'imprudence de souiller les eaux de la Charaye en y lavant les linges contaminés du frère cadet, atteint de diarrliée ; au dire même des propriétaires de la ferme, ce jeune homme se levait souvent la nuit pour aller évacuer sur les bords du ruiseeau.
Ce n'était pas une diarrliée simple et banale que celle dont souffrait le jeune A... Sa nature cholérique ne peut être contestée, car le 10 août, le fils Arnaud, de la famille hôtesse des A..., fut subitement pris d'une attaque cholérique qui l'enleva en quelques heures. La famille A... quitta la forme Arnaud au plus vite; le soir même du 19 le fils Arnaud succombait.
Pendant l'agonie du fils Arnaud, Alexis Clary, le propriétaire d'une des fermes situées en aval de celle des Arnaud et dont nous avons plus haut indiqué la situation, était pris à son tour de vomissements et de diarrhée. Alexis Clary n'avait eu aucun rapport avec les Arnaud depuis l'arrivée de la famille A... « Ayant une peur bleue du choléra il s'était bien gardé d'entrer dans la l'orme des Arnaud pendant que les émigrés des Omcrgues y séjournaient. Obligé de passer devant cette ferme la veille de sa mort il a parlé à M. Arnaud, mais à distance ; il ne l'a touché en aucune manière ni rien de ce qui lui appartenait ». Mais Alexis Clary avait passé la journée à la campagne et s'était abondamment désaltéré dans l'eau de la source contaminée : ce malheureux ressentit le soir en rentrant un malaise subit et mourut le lendemain.
Le même jour (19 août) Buisson, dont la ferme est contiguë en
aval à celle des Clary, avait, avec sa fille, passé la journée à arroser son jardin et s'était, lui aussi, abondamment désaltéré dans l'eau de la Charaye. Buisson, autant que Clary, se gardait de tout rapport avec les Arnaud et les émigrés. Le soir du 19, sur la demande de M. le curé d'Arpavon, il partit pour Nyons chercher du secours pour le jeune Arnaud. Mais à peine sur la route il fut pris des premiers symptômes cholériques, rentra, et se mit au lit avec les signes caractéristiques. Sa fille fut prise le 21, c'est-à-dire vingtquatre heures après, puis sa femme.
Les habitants de la Grange-des-Rœufs sont vis-à-vis les fermes Clary et Buisson sur l'autre rive de la Charaye ; mais l'eau dont ils font usage n'est pas, nous l'avons dit, l'eau de la Charaye : ils furent absolument indemnes, tandis que les deux fermes Clary et Buisson payaient un si lourd tribut à l'épidémie.
Résumons en quelques mots cette observation, que nous avons tenu à exposer en détail pour en faire ressortir toute la valeur.
Un cholérique ne présentant pour tout symptôme qu'une diarrhée légère arrive des Omergues, aux environs d'Arpavon : il souille lui-même de ses déjections la source qui passe aux pieds de la ferme qu'il habite : sa mère lave son linge contaminé dans cette même source. En aval, sont trois fermes dont les habitants craignant le choléra fuyaient les réfugiés comme des pestiférés : les habitants de deux de ces fermes faisaient usage de l'eau de la source contaminée : ils payèrent un lourd tribut au choléra ; les habitants de la troisième furent indemnes : ils ne touchaient en aucune façon à l'eau de la source contaminée (Thoinot).
Nous ne donnerons qu'un résumé à grands traits d'une autre épidémie qui a sévi également en 1884 dans la vallée de l'Ouïe.
L'Oule est un petit torrent à courant peu rapide et qui, en été ne renferme qu'assez peu d'eau.
Une de ses branches d'origine reçoit, au hameau de la Pégulière, d'abord le germe cholérique contenu dans des effets venus de Marseille, puis toutes les déjections des cholériques du hameau et les souillures de leurs linges : ceci se passe du 8 au 18 août environ.
Proust. — Choléra. 14
LA DÉFENSE DE i/EUROPE CONTRE LE CHOLERA.
Du 22 au 28, dans la commune do Montmorin, est atteint le hameau de Serre-Boyer, riverain de l'Ouïe.
A l'exception de Satuce qui, d'ailleurs, ne compte qu'un décès, les agglomérations de la commune distantes de l'Ouïe sont indemnes.
Du 20 au 29 août, la commune de Bruis, immédiatement en aval de celle de Montmorin, est fortement touchée par l'épidémie; mais le fldau est cantonne sur les bords de VOule; le village de Bruis et sa dépendance directe, le Château, sur la rive droite, Malafoux sur la rive gauche comptent seuls des cas et des décès : les agglomérations distantes des bords de l'Ouïe, tant au nord (Mianes, Bochas) qu'au sud (la Caoud) sont respectées, à l'exception de Fontetles, où est atteinte une femme qui apporte le germe de Bruis.
A Montmorin, comme à Bruis, l'eau de l'Ouïe ne sert qu'exceptionnellement de boissons, mais elle sert à tous les usages domestiques, et, du reste, elle était même en usage comme boisson, et cela d'une façon notoire, chez quelques-unes des victimes.
Cependant l'Ouïe était souillée de nouveau à Montmorin et à Bruis par les mauvaises coutumes des habitants : il est constant même qu'à Bruis un paquet de linge provenant de cholériques de Marseille fut lavé dans son courant.
Du 1er au 15 septembre, Sainte-Marie, en aval de Montmorin est touchée.
Puis, le 25 novembre, la Charcé, en aval de Sainte-Marie, est atteinte par une brusque explosion du fléau : en quelques jours, une grande partie des habitants est plus ou moins éprouvée.
A la Chace on buvait surtout l'eau de l'Ouïe.
« La Chace, écrit le docteur P. Laurens, fuyait avec énergie les villages cholériques d'amont. La Chace n'est pas allée chercher le choléra, et n'a rien reçu de suspect, absolument rien, ni objets, ni personne. »
On a vu, en outre, chez qui s'était produit le premier cas. Enfin, à la Motte-Chalançon, un dernier cas, sur les bords de l'Oule (1).
Ainsi le choléra, descend, à partir de la Pégulière, suit les bords
(1) L'Oule se jette dans l'Eygue et aussi l'Ennuie, la rivière d'Arpavon. Or il y a eu deux cas seulement à Nyons, sur l'Eygues, en aval du confluent avec l'Oule. « Ces deux cas ont lieu, écrit le docteur Laurens, sur le canal d'arrosage, dans des maisons qui étaient alimentées par lui en eau potable. Ce canal est desservi par les eaux de l'Eygues, qui reçoit l'Oule et aussi l'Ennuie qui passe à Arpavon ».
de l'Ouïe, n'attaquant que les villages riverains et les prenant un à un, d'amont en aval, à des intervalles presque égaux (I).
Apparition du choléra à bord d'un steamer.
Le steamer français, Ville de Palerme, parti le 24 juin de la Pointe-à-Pitre, arriva à Marseille le 17 juillet 1884. Il y séjourna du 17 au 24; c'est-à-dire pendant les plus mauvais jours de l'épidémie.
Pendant son séjour, il n'eut aucun malade; le 24, le navire part pour le Havre; deux jours après son départ des accidents se manifestent à bord.
Du 26 au 29, il y a 5 cas de cholérine; le 30 un cas de choléra. On ne constata pas de décès.
Avant d'arriver à Marseille le navire s'était approvisionné d'eau à Gibraltar. Ce fut la seule eau qui fut consommée pendant le séjour à Marseille. Mais le 24, la provision se trouvant épuisée on la renouvelle à Marseille; cette nouvelle eau est prise depuis le 24 et aussitôt les accidents se montrent; le capitaine est frappé de cette coïncidence, il prescrit de faire bouillir l'eau et de l'alcooliser; les accidents cessent immédiatement.
Choléra de la banlieue de Palerme.
(D'après le professeur Albanesse, directeur du service sanitaire pendant l'épidémie.)
1° Épidémie de Boccadifalco et San Lorenzo.
Boccadifalco reçut le choléra de Palerme; il y fut importé par un charretier. Boccadifalco fut sévèrement touché, au point que dans un seul jour les cas s'élevèrent à 100 et les décès à 42 sur une population qui n'atteignait pas 200 habitants.
Boccadifalco est traversé par un canal d'irrigation dont une branche va plus loin arroser le petit village de San Lorenzo (300 habitants environ). Il était bien recommandé aux fontainiers de prendre l'eau pour San Lorenzo au-dessus de Boccadifalco ; mais, pour s'épargner un travail fatigant, ceux-ci avaient jugé
(1) Cette observation, comme la précédente est empruntée à l'ouvrage du Dr Thoinot.
plus simple de dériver le canal de San Lorenzo du milieu de Boccadifalco.
San Lorenzo fut à son tour bientôt atteint et le fut sévèrement.
A Boccadifalco le canal d'arrosage ne servait pas à la boisson mais à tous les usages domestiques, c'est-à-dire qu'on y jetait les déjections, qu'on y lavait les linges souillés, les ustensiles de ménage, etc. A San Lorenzo, au contraire, l'eau du canal servait et à la boisson et aux usages domestiques.
L'épidémie cependant sévissait cruellement dans ces deux agglomérations malgré tous les soins et toutes les mesures prophylactiques ordinaires, lorsque le professeur Albanese imagina d'agir sur le canal d'arrosage ; il le fit couper au-dessus de Boccadifalco, et le choléra cessa, dit-on, à Boccadifalco et à San Lorenzo, tout aussitôt, comme s'il eût été coupé.
Dès le deuxième jour après l'opération il n'y eut plus de cas ni dans l'une ni dans l'autre de ces agglomérations.
2° Choléra de Brancaccio et de Romagnolo.
Brancaccio et Romagnolo sont deux agglomérations de la môme commune dans la banlieue de Palerme : elles sont alimentées d'eau par deux branches du même canal provenant de la source Favara, qui nait à Villabote au-dessus de ces deux villages.
Mais, circonstance tout à fait particulière, l'eau qui dessert Bomagnolo lui est fournie d'une façon continue tandis que la branche qui se dirige vers Brancaccio ne reçoit d'eau qu'à certains intervalles règrdiers.
Villabote fut frappé par le choléra importé de Palerme et bientôt Bomagnolo et Brancaccio furent atteints; mais, fait capital, le choléra fut continu à Bomagnolo.
Il fut intermittent à Brancaccio ; les périodes d'accalmie correspondent exactement à l'interruption du service des eaux, les périodes d'acalmie suivant à bref délai l'arrivée de l'eau de la source Favara « véritable courbe de fièvre intermittente régulière », dit le professeur Albanese.
Épidémie du Finistère.
Dans l'épidémie du Finistère, le Guilvinec a été très sévèrement frappé; tandis qu'au contraire Lechiagat n'a présenté que quelques cas de choléra. C'étaient des individus venant malades du Guilvinec, et qui n'ont été cause d'aucune transmission.
Les deux villes se présentent dans la même situation. Elles ne
sont séparées l'une de l'autre que par un cours d'eau qui vient se jeter dans la mer, mais le Guilvinec est approvisionné par des puits, tandis que Lechiagat reçoit son eau d'une source placée à une certaine distance et à l'abri de toute souillure.
Dans l'arrondissement de Brest, c'est par le village de Kerhuon que débute l'épidémie.
Le village est formé de plusieurs hameaux, dont le moins important est celui de Prat-Salou, qui ne compte guère que 16 à 48 habitants.
Or c'est précisément lui qui a été le plus promptement et le plus fortement atteint.
Le premier cas s'y est déclaré le 27 octobre. Le 9 octobre il y avait eu dans ce hameau 7 cas dont o décès.
Voici ce qui s'était passé : On avait lavé les linges du premier cholérique dans un lavoir tout à côté duquel se trouve la source qui alimente en eau potable les habitants de Prat-Salou.
Cette source est légèrement en contre-bas du lavoir; un petit mur en terre de 2o à 30 centimètres d'épaisseur seul l'en sépare. Il est absolument impossible qu'une substance toxique, qu'un contage quelconque, contaminant l'eau du lavoir, ne contamine pas en même temps l'eau de la source.
Dans les autres groupes de maisons de Kerhuon, la plupart plus importants que Prat-Salou, mais ne se servant pas de la même eau, on a bien observé des cas, mais des cas isolés, ou au nombre de 2 ou 3 au plus, dans le bourg le plus considérable. Ces cas s'expliquent par des relations incessantes existant tout le jour entre ces divers hameaux de Prat-Salou (Gharrin).
Choléra de Prades.
Le premier cas qui parut à Prades fut celui d'un enfant, venant de Bouleternère avec des symptômes de choléra. Il alla habiter l'hôtel Pâlot, sur la route Nationale, où il mourut bientôt.
Ausitôt après son décès l'épidémie éclata à Prades, mais se limita nettement à un quartier formé d'une part par la rue du Pérou et ses prolongements, les rues de Belfort et de l'Hospice, et, de l'autre, par la route Nationale, dans la partie où elle estparallèle à larue du Pérou. Les rues du Canigou, Dagobert et Alsace-Lorraine unissent ces deux grandes voies, la première par un trajet rectiligne, les autres par un long trajet sinueux.
Les eaux potables qui alimentent ce quartier sont fournies par :
1° La fontaine des Chiens, dans la rue de l'Hospice ;
2° Le puits Salètes, rue de Belfort ;
3° Le puits Sabater, rue du Pérou, n° 16 ;
4° La fontaine Saint-Côme, à l'extrémité de la rue du Pérou ;
5° Une fontaine monumentale, au bout de la rue de l'Hospice, sur la place publique de Prades ;
6° Des puits particuliers assez nombreux dans la zone moyenne de la route Nationale.
La route Nationale ou grande route rectiligne et parallèle à la rue du Pérou dans sa première zone (du n° 1 au n° 45) forme un coude dans sa zone moyenne (du n° 4b au n° 65), puis redevient rectiligne dans une zone extrême dont nous n'aurons pas à parler.
L'hôtel Pâlot, où mourut le cholérique venu de Bouletcrnère, est traversé par un canal d'irrigation qui, coupant perpendiculairement la route Nationale, se subdivise en deux branches secondaires dont l'une continue le trajet primitif, traverse des maisons, des jardins et va aboutir à la rue de Belfort au niveau du n° 12. Là cette branche se subdivise à son tour en divers petits ruisseaux qui parcourent les côtés droit et gauche des rues de Belfort, et de l'Hospice, pour aller se déverser enfin dans l'égoutcollecteur des eaux sales de la ville. A la hauteur de la fontaine des Chiens, les eaux de ce canal d'irrigation ainsi subdivisé alimentent par des infiltrations ladite fontaine, qui ne donne qu'en petite quantité une eau de mauvais goût.
L'autre branche du canal d'irrigation longe, à couvert, le côté droit de la route Nationale, et reçoit, en passant, les immondices des maisons. Arrivée à hauteur de la rue du Canigou, cette branche change de direction et. va s'ouvrir au milieu de la rue du Pérou, dont elle irrigue à découvert les deux côtés, parvenant ainsi à la hauteur de la fontaine Saint-Côme, qui reçoit ses infiltrations.
Le premier cholérique, l'enfant venu de Bouletcrnère, était mort à l'hôtel Pâlot, traversé par le canal d'irrigation, qui avait naturellement reçu en ce point les déjections cholériques jetées sans aucune précaution, comme il devait recevoir tant d'autres plus tard, dans son trajet au milieu des rues de Belfort, de l'Hospice, d'une part, et du Pérou, de l'autre. On voit à quelles chances de contamination cholérique étaient exposées les fontaines des Chiens et Saint-Côme, soumises aux infiltrations de ce canal infecté sur son parcours et infecté dès le 1er jour de l'épidémie.
Les puits Salètes, Sabater, les puits de la zone moyenne de la route Nationale, la fontaine de la place publique étaient au contraire à l'abri de toute contamination.
Voyons maintenant :
1° Quelle est exactement la distribution de ces diverses eaux potables parmi les habitants du quartier contaminé, tel que nous l'avons délimité?
2° Quelle est la répartition des cas de choléra dans ce même quartier?
— Sont tributaires de la fontaine Saint-Corne :
a) Dans la rue du Pérou, les maisons du n° 61 au n° 17 inclusivement et du n° 44 environ au n° 28 inclusivement.
b) Sur la route Nationale, les maisons de l'un et de l'autre côté depuis les premières jusqu'à la hauteur du n° 45.
— Sont tributaires du puits Sabater :
a) Dans la rue du Pérou, les maisons du n° 28 au n" 2, et du n° 15 au n° 1.
b) Dans la rue de Belfort, les nos 20, 16, 14 et 12 (les nos 22 et 18 s'approvisionnaient ailleurs, comme nous le verrons plus loin) et les nos impairs du 27 au 19.
— Sont tributaires du puits Salètes :
a) Rue de Belfort, les habitants des nos 1, 3, 5, 7 (le n° 7 s'approvisionnait et à la fontaine des Chiens et au puits Salètes : c'est un point sur lequel nous reviendrons).
b) Rue Alsace-Lorraine, le n° 6.
c) Rue de l'Hospice, le n° 42.
Sont tributaires de la fontaine des Chiens :
a) Dans la rue de Belfort, les nos 24, 22, 18, 10, 8, 6 et 4, et, par le côté impair, les nts du 17 au 5 inclusivement. 6) Dans la rue de l'Hospice, les nos 40 à 30 ; 41 à 27.
— Sont tributaires de la fontaine de la place publique de Prades : Les habitants de la rue de l'Hospice, au delà du n°30 et du n°27.
— Enfin les puits de la zone moyenne de la route Nationale desservent cette zone, c'est-à-dire du n° 45 au n° 65.
Maintenant que nous connaissons la répartition des eaux dans les maisons de ce quartier contaminé, il s'agit de préciser la répartition des cas dans les maisons de ce quartier.
1° Route Nationale. — Il n'y a pas un seul cas au delà du n° 45. Tous sont répartis du n° 1 au au n° 45, c'est-à-dire parmi les habitants tributaires de la fontaine Saint-Côme.
2° Rue du Pérou. — Du côté pair tous les cas sont compris entre le n°44 et le n°32; de l'autre côté tous sont entre len° 61 et le n° 17, c'est-à-dire que le choléra s'arrête exactement à la limite de distribution des eaux de la fontaine Saint-Cômc.Lcrestede la rue est, en effet, tributaire du puits Sabater. Cependant, dans cette zone indemne, nous voyons un cas au n° 24. Pourquoi cette exception? La
raison en est que les propriétaires de cette maison, n" 24, étant brouillés avec les propriétaires du puits Sabater, allaient s'approvisionner d'eau à la fontaine Sainl-Côme.
3° Rue de Belfort, les seules maisons frappées au côté pair sont le n° 22, le n° 1 8, tributaires de la fontaine des Chiens : les autres maisons, nos 20, 16, 14, etc., tributaires du puits Sabater ou du puits Salètes (n° 2, etc.), sont épargnées.
Du côté opposé, du n° 27aun° 19, c'est-à-dire parmi les habitants qui s'approvisionnent au puits Sabater, il n'y a pas un seul cas; du 17 au 9, au contraire (maisons tributaires de la fontaine des Chiens), chaque maison compte un cas.
Les nos 7, 5, 3 et 1 s'approvisionnent au puits Salètes : ils sont indemnes, à l'exception du n° 7 toutefois; mais c'est que dans la maison n° 7, il y a deux familles : l'une s'approvisionnait au puits Salètes : elle fut indemne; l'autre allaita la fontaine des Chiens: la ménagère eut le choléra.
4° Rue de l'Hospice, du n° 40 au n° 30, du n° 41 au n° 31, il y a des cas : maisons tributaires de la fontaine des Chiens ; il n'y en a pas au delà : maisons s' approvisionnant à la fontaine de la place Publique. (Thoinot.)
Nous avons donné l'épidémie de Prades avec détails, parce que c'est une des plus démonstratives. Elle rappelle l'épidémie de Broad Street; elle a la même valeur au point de vue de la transmission par l'eau.
Nous avons étudié l'agent cholérique au point de vue clinique et expérimental. Nous possédons donc maintenant tous les éléments nécessaires pour élucider la question de la transmission du choléra.
L'agent cholérique a pour véhicule l'air ou l'eau. Transporté par l'air, il peut être absorbé par les voies respiratoires et digestives ; et c'est ainsi que nous voyons un individu prendre le germe du choléra, en vivant dans l'atmosphère d'un cholérique, ou bien encore en s'exposant aux émanations pulvérulentes provenant de ses matières ou de linges, d'effets, de bardes, souillés par les
déjections. Dans les cas, beaucoup plus fréquents et que l'épidémie de 1884 a surtout bien établis, où l'agent cholérique est mêlé à l'eau potable, la transmission a lieu exclusivement par le tube digestif.
L'agent cholérique abandonné à l'air libre perd bientôt sa propriété contagieuse, il s'y détruit rapidement; son activité n'est qu'éphémère, et l'épidémie cesserait bientôt, si le germe n'était reproduit par des régénérations successives. D'autres fois, il est conservé, entretenu par la séquestration ; nous avons vu, en effet, que des objets contaminés, enfermés à l'abri de l'air, pouvaient conserver longtemps la faculté de transmettre le principe contagieux qu'ils renferment. Enfin, malgré l'activité éphémère de l'agent contagieux, on le voit s'enraciner dans un pays, y reparaître périodiquement, sans que cette persistance soit explicable par les caractères seuls de l'agent spécifique.