TOTAL
des attaques.
NOMBRE des décès
dans les lazarets.
Dardanelles . .
Smyrne . .
Salonique . . . .
Volo
Benghazi
Trébizonde . . .
Samsoun
Bourgas
Quelquefois, contrevenant aux règlements, un individu atteint de choléra ou portant en lui le germe de la maladie viendra à communiquer avec la population voisine et apportera dans cette population, vierge de toute influence cholérique, la maladie dont il a pris le principe. Ces cas ne seront que la vérification de la loi de l'accoutumance cholérique. Ces individus qui, mêlés auxquarantenaires, n'ont provoqué entre eux presque aucun accident, peuvent, par la communication avec la ville voisine, y faire éclater une épidémie d'autant plus
redoutable que les habitants n'ont nullement subi l'accoutumance cholérique.
Nous trouvons dans le rapport de Bartolctti un fait qui confirme parfaitement cette manière de voir; il s'est passé aux Dardanelles.
Depuis le commencement de juillet, il y avait eu plusieurs cas de choléra admis ou développés dans le lazaret, lorsque le 12, un soldat de garde à la porte de l'établissement est atteint de la maladie. Il est transporté à l'hôpital voisin, où il succombe rapidement.
Le lendemain, huit cas de choléra sont constatés, savoir : trois parmi les soldats de garde à la porte du lazaret; deux parmi la garnison du fort touchant à l'établissement; un dans la ville, distante d'une heure de marche par terre, mais beaucoup plus rapprochée par mer, sur un garde de santé, sorti depuis deux jours du lazaret; un dans un autre quartier de la ville, sur un individu qui allait chaque jour au lazaret y vendre des gâteaux ; et enfin un sur un batelier de l'office de santé.
Tel fut le point de départ de l'épidémie, qui, sur une population de 6000 âmes, causa, du 12 juillet au 12 septembre, 344 décès cholériques, non compris vingt-cinq morts parmi la garnison des forts.
Sur ce point, il n'y a pas de doute possible ; il est évident qu'un lazaret peut être, dans les conditions que je viens d'indiquer, une cause de propagation de la maladie pour la ville voisine (1).
Nous retrouvons encore la confirmation de cette loi de V accoutumance dans ce qui se passe dans les armées, les foires, les pèlerinages. Lorsque le choléra est importé
(I) On a prétendu que le lazaret était un danger permanent, le contagepouvant être transporté par l'air, du lazaret à la ville. Fauvel, qui a fait l'exameu détaillé des cas où le choléra s'est propagé du lazaret à la ville voisine, comme à Smyrne, à Chypre, à Beyrouth, à Trébizonde, à Kustendjé, à Sulina, a montré que presque toujours il y avait eu communication, ou bien encore que des malades affectés de diarrhée avaient été débarqués avant qu'on eût prescrit les mesures quarantenaires. (Voir» pour plus de détails, le rapport de Fauvel, p. 62. )
DE L'ACCLIMATEMENT
dans ces grandes agglomérations, si ces masses n'ont pas subi l'accoutumance cholérique, l'explosion y est rapide, la mortalité considérable, mais cet éclat ne dure que quelques jours et la maladie cesse bientôt.
La guerre d'Orient nous a fourni un exemple de la rapidité du développement et de l'intensité de la maladie au milieu de navires vierges de toute influence cholérique. Nous y trouverons encore un argument identique à propos de l'invasion de l'épidémie dans les troupes de terre :
Au commencement d'avril 1855, arrivèrent de France à Gonstantinople quinze à vingt mille hommes de troupes, composées en partie de la garde impériale.
Ces troupes n'avaient pas eu, pendant leur traversée, un seul cas de choléra. Elles furent campées sur les hauteurs de Masslak, dans une situation extrêmement salubre. A ce moment on ne constatait plus dans la ville de Constantinople que des atteintes très rares de choléra. Les relevés des hôpitaux militaires français ne donnaient que cinquante-trois cas pour le mois de mars. Le relevé du 11 avril n'en signalait aucun.
En Crimée, les attaques étaient alors également peu fréquentes. Et cependant les troupes furent à peine installées à Masslak, que, dans la nuit du 14 au 15 avril, le choléra éclata parmi elles. Il s'ensuivit une épidémie assez grave.
Les armées, comme les foires et les pèlerinages, ont une double action : ce sont des foyers de renforcement, comme nous l'avons dit, mais en même temps des causes de dissémination. Les armées en marche transportent avec elles le choléra : la guerre de Pologne, en 1831, fut la grande cause de la dissémination du choléra en Europe.
La Conférence de Constantinople a formulé en ces termes l'influence des agglomérations :
« Toute agglomération d'hommes dans laquelle s'introduit le choléra est une condition favorable à l'extension
rapide de la maladie et, si cette agglomération se trouve dans de mauvaises conditions hygiéniques, à la violence de l'épidémie parmi elle ;
» En pareil cas, la rapidité de l'extension est proportionnée à la concentration de la masse agglomérée, tandis que la violence de l'épidémie est, toutes choses égales d'ailleurs, d'autant plus prononcée que les individus composant l'agglomération ont moins subi déjà l'influence cholérique, ou en sont restés vierges, c'est-à-dire, en d'autres termes, que les individus qui ont déjà subi l'influence d'un foyer cholérique jouissent d'une sorte d'immunité relative et temporaire qui contre-balance les fâcheux effets de l'agglomération ;
» Enfin, dans une masse agglomérée, plus l'extension est rapide, plus aussi la cessation de l'épidémie est prompte, à moins que de nouveaux arrivages sains ne viennent fournir un nouvel aliment à la maladie et aussi l'entretenir. »
Nous venons de passer en revue les conditions cosmiques ou somatiques qui favorisent le développement et la propagation de l'agent cholérique. Nous avons vu qu'un sol humide, un terrain poreux, étaient les plus aptes à s'imprégner du contage, à produire de nouvelles efflorescences épidémiques. C'est pourquoi on a observé dans certaines parties de la Russie, de l'Allemagne et de la Hongrie, de ces retours périodiques du choléra. Le terrain humide sur lequel est bâti Amiens explique aussi pourquoi le choléra a eu dans cette ville une durée aussi persistante.
Nous avons vu également que les populations misérables, n'observant en rien les lois de l'hygiène, minées par les excès de tout genre, offraient peu de résistance