DE L'IMMUNITÉ
à la maladie et subissaient les plus redoutables atteintes du fléau.
Enfin, nous avons remarqué que le choléra sévissait surtout sur des populations vierges de toute influence cholérique, et que c'était sur ces masses non encore accoutumées que l'explosion était la plus rapide et la plus violente.
Que ces conditions soient inverses, et l'on verra l'explication de ces immunités permanentes ou temporaires qui, aux yeux de certains esprits, infirment la doctrine de la contagion. Que le sol, en effet, soit granitique, que le terrain soit sec, composé de roches denses et serrées, que les infiltrations y soient impossibles, et il y aura pour ces pays une immunité complète ou partielle. C'est ainsi qu'on s'explique pourquoi certaines régions de la Suisse, les parties alpestres, ont été préservées du choléra, et comment, lorsqu'il y a été importé, il n'ait pu s'y maintenir.
Enfin, une dernière source d'immunité se trouve dans l'accoutumance, qui, à elle seule, comme nous l'avons vu, contre-balance les conditions funestes d'hygiène et d'encombrement.
Cependant certains faits présentent quelques points obscurs et d'une interprétation difficile.
La ville de Lyon a montré une grande résistance au choléra. En 1832, elle échappa complètement à l'épidémie qui ravagea la France. En 1835, elle résista également à l'épidémie qui remonta le Rhône. En 1849, une caserne fut envahie et quelques cas de choléra se manifestèrent dans les quartiers environnants. Mais, après trois semaines, tout avait disparu. En 1853, pendant l'automne, le choléra sévissait dans le département de la Drôme. La maladie apparutà Lyon, y détermina quatre cents attaques, cent quatre-vingtseize décès, puis s'éteignit. En 1865, il n'y a eu que quelques cas de choléra. L'importation y a donc été manifeste, mais le germe
cholérique n'a pas trouvé un milieu convenable pour y produire tous ses effets.
Cependant la population y est nombreuse, une partie est ouvrière, misérable : on y retrouve donc les conditions somatiques qui devraient favoriser la propagation de la maladie. Il est vrai que Lyon est bâti sur un sol dense, rocheux ; mais toutes les parties du sol n'ont point, à Lyon, une composition identique. Lyon est situé au confluent de deux fleuves, et certaines parties du terrain sont plus poreuses que dures, et plus humides que sèches. Mais le terrain dans ces points est habituellement noyé par la nappe souterraine qui ne subit guère d'oscillations.
La question de l'immunité a été de la part de Fauvel l'objet d'une étude importante (1), qu'il a résumée dans les propositions suivantes :
« 1° Les ports de l'Inde où le choléra est endémique ne sont jamais le théâtre d'une grande épidémie ;
» 2° Ce fait tient à l'immunité générale, mais non absolue, dont jouit la population native de ces ports;
» 3° Cette immunité n'existe pas dans les foyers endémiques, pour les étrangers à la localité qui sont dans les conditions d'aptitude à contracter le choléra; tels sont en particulier les pèlerins musulmans qui viennent s'embarquer à Bombay pour se rendre à la Mecque ;
» 4° Les épidémies de choléra qui se développent dans les régions de l'Inde où la maladie n'est pas endémique proviennent des foyers d'endémie et sont favorisées par les pèlerinages hindous ;
» 5° Les épidémies observées parmi les pèlerins de la Mecque se rattachent également aux foyers d'endémie cholérique ;
(l) A. Fauvel, Acquisitions scientifiques récentes concernant l'étiologie et la prophylaxie du choléra. — Mémoire lu à l'Académie des sciences. Paris, 1883. — Mémoire sur le choléra dans l'Inde, dans la mer Rouge et en Europe. Acquisitions nouvelles concernant l'étiologie et la prophylaxie de cette maladie depuis les Conférences de Constantinople et de Vienne. Lecture faite au Comité d'hygiène. Paris, 1883.