MESURES A PRENDRE EN EUROPE ET EN FRANCE
1° Voie maritime.
A. — Europe.
L'application des quarantaines maritimes en Europe soulève de grandes difficultés.
La diversité de points de vue qui résultent de la divergence d'intérêts de chaque pays a toujoursjusqu'à présent arrêté l'entente et a été l'écueil des différentes Conférences qui ont été convoquées pour protéger l'Europe contre le choléra.
A Vienne on était arrivé à une sorte de transaction. Plusieurs délégués avaient demandé la suppression des quarantaines maritimes en Europe et avaient voulu les remplacer par le système dit de revision, qui n'était en somme qu'une inspection médicale.
D'autres et plus particulièrement les représentants des Etats riverains de la Méditerranée s'étaient mis d'accord pour voter un règlement quarantenaire applicable aux pays qui trouveraient insuffisant pour leur protection le système de la revision.
Notre règlement de police sanitaire maritime de 1876 tient compte, dans une certaine mesure, de ces deux tendances. Il y a évidemment, dans les moyens qu'il conseille,
un adoucissement marqué des mesures prescrites jusqu'ici. Il a d'ailleurs été accepté dans ses lignes principales par un certain nombre d'États.
Chose singulière! plusieurs pays qui, à la Conférence de Vienne, s'étaient fait remarquer par leur hostilité contre les quarantaines, ont été, pendant les dernières épidémies de choléra, les premiers à prescrire des quarantaines excessives et quelques-uns même n'ont pas reculé devant l'application de quarantaines terrestres.
Il serait inexact de dire que les mesures restrictives n'ont rendu aucun service durant les deux dernières épidémies. Ainsi en 1883, au moment où le choléra sévissait en Egypte, l'Europe a été préservée; et iî serait injuste de conclure que les quarantaines maritimes prescrites alors dans le bassin de la Méditerranée aient été inutiles.
Je citerai l'exemple du Peluse, navire des Messageries maritimes qui, parti d'Alexandrie eut deux cholériques à bord, fut repoussé de Naples et aborda à Marseille. Ses passagers, admis à la libre pratique après avoir fait quarantaine au lazaret du Frioul, n'apportèrent point le choléra en France.
En 1884, au moment où le choléra le plus violent régnait à Naples, la Sicile fut préservée par les longues et sévères quarantaines qu'elle imposa.
Toutefois nous marchons évidemment vers la diminution et même la suppression des quarantaines maritimes en Europe, au moins des quarantaines d'observation prescrites contre les navires suspects. Mais nous ne pourrons renoncer d'une façon absolue à ce moyen défensif que le jour où un système de protection sera réellement et sérieusement établi sur les bords de la mer Rouge, que le jour où la porte de Suez sera complète-