LE RÉVEIL DES CAMPAGNES
SECTION I
La crise agricole de l'après-guerre,
Pendant les premières années qui suivirent la guerre, les campagnes connurent une ère de prospérité. Les fournitures de produits agricoles des pays étrangers ne concurrençaient plus les produits français. Exploitant leurs fermes, louées sur le taux des loyers d’avant-guerre, avec le matériel rudimentaire et économique qui depuis des siècles avait ‘assuré l’exploitation agricole, les paysans français écoulaient facilement leurs produits et en obtenaient la rémunération raisonnable qui leur permettait à la fois de couvrir leurs dépenses et de reconstituer peu à peu le bas de laine que, dans un élan patriotique, ils avaient pendant la guerre, vidé dans les caisses de l'Etat. Ainsi, sans avoir rien demandé, sans avoir mené ces concerts de revendications professionnelles qui sont un moyen habituel d’obtenir les satisfactions corporatives, purent-ils avoir un instant l'illusion que la France se ressouvenant enfin de sa nature rurale accordait à ses producteurs le salaire équitable de leurs peines.
RS CPE
C'était le temps des illusions ; cette euphorie ne dura guère. Une crise implacable, précédant de beaucoup la crise industrielle et commerciale du monde allait s’abattre sur les campagnes, réduisant au désespoir et arrachant à leur sérénité séculaire les paysans qui, depuis les Jacqueries, avaient pourtant pris lhabitude de la résignation.
En effet, aucun gouvernement n’eut le souci de conserver aux paysans les avantages pourtant légitimes dont ils bénéficièrent pendant les toutes premières années qui suivirent la guerre.
À ceci deux raisons : 1° L’augmentation du coût de la vie, conséquence inéluctable de la dépréciation du franc, avait réveillé chez les consommateurs le réflexe ancestral des foules en famine : « le pain trop cher », argument politique imparable dans un système qui repose sur le suffrage universel et où les électeurs ramènent leurs préoccupations politiques à la mesure de leur budget quotidien.
Oh ! sans doute, on n’avait pas la simplicité de croire que le coût des denrées agricoles fût le seul élément qui déterminerait la cherté de la vie, mais on n’en adopta pas moins, pour exprimer les variations de ce coefficient, cette méthode singulière qui consistait à reproduire en images ou en graphiques les variations du prix du pain, chaque diminution étant considérée comme la marque d’une politique avisée et prudente.
2° Or, les circonstances favorisaient une telle politique. s
La démobilisation industrielle de la France avait jeté sur le pavé les ouvriers employés dans les fabrications de guerre, il fallait leur trouver du travail et partant,
des fndustries nouvelles, répondant beaucoup moins aux besoins de la consommation qu’aux nécessités de la production, s’installaient sur le marché.
À toute cette production, artificiellemeent créée, les débouchés manquaient sur le marché national.
En vain, pour défendre les objets manufacturés français, un étroit protectionnisme élevait-il des barrières douanières : il n’était pas suffisant d'empêcher l’importation, il fallait encourager et étendre l'exportation.
En cette matière, tout tient dans les concessions réciproques, et, pour décongestionner le marché industriel, on livra aux clients éventuels de l’étranger le marché agricole. La France exporta ses produits manufacturés mais importa du blé. Le pain fut en effet moins cher, le commerce reprit, on applaudit les ministres et le pay-
san fut ruiné.
- SECTION II
La rouvelle organisation agricole, — Établissement d’une représentation agricole dons le voisinage de la Bourse. -— L'Assccistion sérérale des Producteurs de Blé.
Les vieilles Chambres d’Agriculture qui, pendant de longues années, avaient, académies paisibles, abrité les sages propos de propriétaires terriens bien rentés, prirent soudain conscience de leur rôle.
Elles élevèrent des revendications précises qui, pour emprunter les formes légales, n’en exprimaient pas moins formellement la volonté absolue des producteurs agricoles de ne point subir le sort injuste qui leur était fait.